INEFFICACITÉ DES MOTEHS PRATIQUÉE
chercher des capteurs de testaments ou des faux témoins; ce sera demain un jeune noble qui viendra y prendre des meurtriers à gages. Longtemps il ne sortit de là que des crimes isolés, des crimes indlvi* duels. Catilina en fit sortir un crime collectif, un crime politique; et, comme lui, tous les agitateurs de leur pays y trouvèrent leurs recrues les plus détermi* nées, les plus prêtes à tout ' .
La concorde et la paix ne pouvant régner entre des éléments de population aussi antipathiques, aussi con* tradictoires, le bien-être des masses, qui n'eût pu résulter que de leur accord, que de leurs efforts communs, ne pouvait prendre racine parmi eux. L'esprit d'anta* gonisme et de division élevait d'ailleurs devant ce bien -être un obstacle éternel, — obstacle d'autaut plus insurmontable qu'il tenait à Fessence même de la république.
« On n'entend parler dans les auteurs, dit Montesquieu, que des divisions qui perdirent Rome, mais on ne voit pas que ces divisions y étaient nécessaires, qu'elles y avaient toujours été , et qu'elles y devaient toujours être. Ce fut uniquement la grandeur de la république qui fit le mal, et qui changea en guerres civiles les tumultes populaires. Il fallait bien qu'il y eût à Rome des divisions ; et des guerriers, si fiers, si audacieux, si terribles au-dehors, ne pouvaient pas être bien modestes au-dedans. Demander, dans un Etat libre, des gens hardis dans la guerre et timides dans la paix, c'est vouloir des choses impossibles ; et, pour règle générale, toutes les fois qu'on verra tout le monde tranquille dans
* Voy* Duniy, ub. iup.
un Etat qui se donne le nom de république, on peut être assuré que la liberté n'y est pas ^ . »
Mais, cette liberté tumultueuse était-elle donc la liberté? Non, non! Ce n'était, ce ne pouvait être que la servitude de la liberté, servitude qui enchaînait, de son anneau de fer le plus lourd, le plus grand nombre au plus petit, — le plus grand nombre ne possédant rien au plus petit nombre possédant tout.
Entre ces deux classes inégales de citoyens également libres, occupant, l'une, le plus bas, l'autre, le plus haut degré de l'échelle sociale, Rome n'avait plus à placer sa classe agricole, sa classe moyenne intermédiaire, cette classe sobre et laborieuse qui produit plus qu'elle ne consomme, et qui constitue la véritable richesse des empires. De là^ l'antagonisme éternel du patriciat et du prolétariat, au sein de la république romaine, faute d'un trait d'union qui rapprochât ces deux extrêmes opposés.
A défaut de Tagriculture, stérilisée par les latifun-^ dia et l'esclavage^, Tindustrie seule eût pu être ce trait d'union ; car « l'industrie élève peu à peu les hommes à l'aisance et à la richesse, les rapproche peu à peu de l'égalité, réconcilie le pauvre avec le riche, en laissant au premier l'espoir de s'asseoir un jour sur une terre à lui, de pouvoir enfin essuyer la' sueur de son front, et reprendre haleine*. » Or, l'industrie citoyenne n'existait pas sous la république ; Tindustrie servile y était seule connue ^« Le travail de ses esclaves suffisant au riche, le riche n'avait jamais besoin du pauvre. Lepau-
* Montesquieu, Grand, et décad, des Rom., IX. ' Voy. ci-dessus, p. 135 et 146.
* Michelel, Hist, rom,, I, p. 152.
^ Voy. ci-dessus, p. 64 et suiv.