‹ Du problème de la misère et de la solution chez les peuples anciens et modernesChapitre 77 sur 82 · SA INEFFICACITÉ OES MOYENS PRATIQUÉS · texte numérisé non relu

SA INEFFICACITÉ OES MOYENS PRATIQUÉS

irre et le riche, enfermés dans la même cité, étaient donc condamnés à se regarder éternellement d'un œil de haine, placés qu'ils étaient en face l'un de l'autre, et séparés lun de l'autre par une éternelle barrière^.

Quels sont, demande Aristote, les États le plus exposés aux mouvements populaires? Ce sont ceux, répond-il, où il ne se trouve que des pauvres et des riches, c'est-à-dire des extrémités et pas demiKeu^.

Tel était le cas de la république de Rome à son déclin.

Le seul milieu qui existât, à Rome, entre les riches et les pauvres, c'était l'oisiveté citoyenne, leur lien commun. -— Riches et pauvres, eu effet, étaient également oisifs, c'est-à-dire passant leur vie, en temps de paix, — les uns à jouir de leur fortune, sans rien faire, — les autres à mendier les secours de la sportule ou de l'annone, sans travailler, — comme au temps de l'âge d'or :

Sine militis usu Mollia securee peragebant olia geotes ^.

Ainsi, n* ayant pas même contre la misère la ressource du travail des artisans, les pauvres citoyens de la plèbe urbaine n'avaient pour vivre que les ressources mêmes de leur oisiveté.

« Des fêtes continuelles, de fréquentes distributions, et le préjugé qui notait le travail d'infamie comme un vice, nourrissaient l'oisiveté des pauvres, » dit un historien. « Écouter les orateurs du forum, courir aux jeux pendant des semaines entières, assiéger la porte des grands et leur faire cortège ; mais aussi irendre sa

^ Michelety ub. sup,

« Aristote, Politique, liv. IV, ch. 4.

• Ovide, JUétam,, Uy. I.

voix, son témorgnage» et, au besoin, son bras, tels étaient leurs uniques soins. On le leur avait dit : le peuple-roi doilj vivre, sans rien faire, aux dépens du monde vaincu \ »

Oui... Mais l'oisiveté citoyenne, — préjugé national, droit constitutionnel dont nous avons expliqué la savante et politique organisation \ — fut précisément une cause, la cause originelle, la cause permanente de la misère du prolétariat romain, — carroisiveté, même organisée, ne put produire à Rome que ce que Toisi* veté peut produire partout : •*- la misère !

« Ainsi, la république se mourait , et le peuple était plongé dans la plus affreuse misère. Le cens marquait pourtant alors un plus grand nombre de citoyens qu'au*^ paravant; mais ce grand nombre n'était plus l'indice d& la prospérité du pays ; c'était, au contraire, le signe de sa décadence. Car Rome, alors, regorgeait de citoyens^ prolétaires et manquait de citoyens -soldats^; car, alors, le peuple n'était plus que ce que disait Catilina : « Un corps sans tête et une tête sans corps; » une foule immense de pauvres, et, au-dessus d'elle, bien loin, quelques nobles plus ricbes et plus fiejs que des rois K »

A ces quelques nobles privilégiés appartenait le* droit exclusif non-seulement de rendre la justice à tous, mais de se la rendre seuls à eux-mêmes, c'est-à* dire d'être leurs seuls arbitres dans leur propre cause ; ce qui faisait que le jugement des crimes était exclusivement remis aux criminels \

* Duruy , 11^ p. 51 .

• Voy. notre ouvrage Du d/roit à Vomvetéy p, 68 et gttiv. » Voy. ci-dessus, p. 30, 81, 437, 148*

♦ Duruy, u6. 5u/)., p. 40. — JS| ci-des»u5, p. 11^» -fô» 489.

^ Après la YÎctotre de Pa^) Efflile, le sénajtsubstiiUdAUX.jttfçiiieifls

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