‹ Du problème de la misère et de sa solution chez les peuples anciens et modernes (volume 2)Chapitre 14 sur 76 · Citoyens ouvriei's · texte numérisé non relu

Citoyens ouvriei's

Qucllea profetsioni appartenaient aux patriciens, queiies aux pidbéiens. — Ou- Triera det mains et ourriers de la pensée. — Sellatarii. — Tabtmœ. — Citée ourrières. — Trarail proresaionnel, travail d'esclaves. — Cependant dee citovens étaient ouvriers; mais, quels eilej-ensl — Commerce en grand, IraQc honnête ; petit commerce, non, — Les entrepreneura faisaient travailler les ouvriers esclaves de préférence aux ouvriers libres. — Pourquoi? — Sort malheureux des ouvriers libres sous la monarchie — Le salaire même leur faisait souvent défaut. — La fosse aux quirites. — Çuid, sous la république ? — Mépris et mlséro attachés au travail libre. — Coucurrcnce du travail servile. — Quid, sous les empereurs? — Prix des denrées, etc. — Anéantissement du travail individuel.

En dehors de l’agriculture et des armes, nulle profes-

’ Michelet, Bisl. rom., II, p. 148.

’ Voy. ci-aprè», ch. VU, § 2 et 3.

sioii n’t'tait compatible avec le noble titre de citoyen romain, autre que celle des fonctions publiques et du barreau.

Aux patriciens, spécialement, appartenaient le sénat, l'ordre équestre, le consulat, l’augurat, les sacerdoces, la haute magistrature, la censure, etc. Aux plébéiens, spécialement, le tribunat, l’édilité, la curie, etc.

Je dis spicialement, et non exclusivement, car l’histoire nous montre des plébéiens sénateurs et consuls, et des patriciens tribuns du peuple.

Mais, en général, et dans l’état normal de la constitution monarchique ou républicaine de Rome, les hautes dignités de l’État n’étaient confiées qu’aux patriciens ; de même que les dignités inférieures n’étaieut dévolues qu’aux plébéiens.

Certaines fonctions pourtant étaient accessibles à la fois aux plébéiens et aux patriciens; telle était notamment celle du barreau.

Certaines autres n’étaient exercées que par les plébéiens; les patriciens n’eussent pu les remplir sans déroger; telles étaient, eu première ligne, celles de tribuns du trésor, et de scribes ou greffiers, auxquels il faut ajouter les officiers qu’employaient les magistrats, tels que les crieurs publics, les interprètes, les huissiers, les licteurs, etc. *.

Quant au commerce et à l'industrie professionnelle, ce n’étaient, en général, ni les patriciens, ni les plébéiens qui les exerçaient; c’étaient des esclaves, des étrangers domiciliés, des affranchis.

Il en était de même des arts libéraux et des travaux de la pensée.

1 De Beaufort, Rép. rom., IV, p. 364.

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CITOYENS OCVniEBS.

Les ouvriers de la pensée, poctes et écrivains, formaient la fleur de la clientèle des grands. 11 ne faut pas confondre les poètes et les écrivains avec les grammairiens ou rhéteurs, en général professeurs ou chefs de quelque école publique. Ceux-ci exerçaient une profession lucrative'. Mais Ovide, Catulle, Properce, Bassus, Bibaculus, Cornélius Sévère, Maniliiis, Phèdre, Ponticus, Tibulle, etc., vivaient-ils du produit de leur plume?... Le rôle de poète était celui d’un humble client patroné par quelque grand seigneur. Virgile avait Mécène, Horace avait Auguste, Martial avait Parthéliius, etc.

Les seuls écrivains qui parussent retirer quelque profit de leur métier d’hommes de lettres étaient les auteurs dramatiques, lorsque les édiles jugeaient à propos d’acheter une de leurs comédies; mais l’occasion était rare et le prix des plus minimes, à n’en juger que par la mieux payée de toutes ces œuvres, Y Eunuque deTérence. On lui en donna huit mille sesterces (mille six cent trente-sept francs), et cette libéralité parut si énorme, que ce chifiPre fut mentionné à côté du nom de l’auteur sur la première page de chaque copie. Après ce beau succès, il n'en demeura pas moins dans une profonde misère. 11 n’eut jamais de maison à lui, jamais d’esclaves, et mourut presque aussi pauvre que Plaute, lequel s’épuisait à tourner la meule dans une

' L’instruction primaire était un peu plus chère à Rome que dans nos villages de France. Il était alloué au pédagogue, par chaque enfant et par mois : au mettre de lecture, un franc vingt-cinq centimes; — id. au maître d’écriture ; — au maître de calcul, un franc quatrevingt-dix centimes; — au maître d’architecture, deux francs cinquante centimes; — au grammairien grec ou latin, ou au géomètre, cinq francs [Voy. Dureau de la Malle, Econ. polit, des Rom.).

r>6 CLASSES PAIVRES CHEZ LES ROJIAISS.

boiilangprio, après avoir perdu les modiques c'eonomies qu’il avait pu réaliser sur ses profits dramatiques

Le peuple romain n’était point, ne ]>ouvait être un peuple artiste. Ses architectes, ses statuaires, ses sculpteurs étaient esclaves. La philosophie, la poésie, la grammaire, la rhétorique, la médecine, la pédagogie étaient pareillement laissées aux esclaves, ainsi que le théâtre; ce n’était qu’exceptionnellement que des citoyens s’y livraient. Au contraire, la politique, la théologie, la jurisprudence et l’histoire, par cela seul qu’elles tenaient à l’art de la guerre et à la science du gouvernement, étaient seules réservées aux citoyens des familles libres ; l’esclave n’était point admis à les cultiver *.

Une distinction analogue était faite pour le commerce et l’industrie. Le petit commerce était taxé de trafic et laissé comme tel aux étrangers et aux affranchis *. Le grand commerce, au contraire, était réputé trafic honnête, et pouvait, comme tel, être exercé par . des citoyens libres *. Bien qu’une loi l’interdit aux sénateurs, beaucoup d’entre eux, ne négligeant aucune occasion d’augmenter leur fortune, faisaient le commerce en grand ou exploitaient des usines, non directement par eux-mêmes, mais indirectement par

* Voy. Galhis or Roman scènes, pIc., Londou, 1815.

• De Beaufort, Rép. rom., IV, p. 361.

• Voy. notre ouvrage Du droit d l'oisiveté, p. 23-25.

* Cic. De Officiis, I, lit. II, cap. XL1I. — Le curieux passage de Cicéron sur ce point mérite d’être cité textuellement : Ne quidquam tngenuum potest habere o/pcina... Mercatura si tenais est sordida putanda est ; sin autem magna et copiosa, mulla undique apportons, non est admodùm viluperanda... Nihil enim proficiunt mercatores, nisi admodùm mentiantur.

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leurs esclaves ou leurs affranchis ' . Quelques-uns mémo équipaient des vaisseaux, ce qui fit qu'on régla un jaugeage qu’ils ne devaient pas dépasser Le commerce, d’ailleurs, se bornait en quelque sorte à l’approvisionnement de Rome en grains et en objets propres à la guerre, que la guerre se chargeait le plus souvent de procurer.

Rien, dès lors, d’étonnant qu’un grand nombre de chevaliers crussent qu’il n'était pas au-dessous d’eux de se livrer aux spéculations de banque ou de négoce, et de se faire collecteurs ou fermiers des impôts de l’État’. Rien d'étonnant que Caton abandonnât l’agriculture comme plus amusante que profitable, et exerçât l’usure qu’on blâmait le plus, celle qui résultait des bénéfices éventuels du commerce maritime ‘. Rien d’étonnant enfin que le riche Crassus trouvât que, pour s’eniichir encore plus, tout gain considérable était honnête *.

Pour ce qui était de l’industrie professionnelle et du travail proprement dit, bien que Denys d’Halicamasse nous enseigne que Romulus avait interdit aux citoyens de s’y livrer et bien que cette défense fût sanctionnée par le préjugé national et par le mépris universel qu’encouraient, sous les rois comme sous la république, tous les artisans et tous les gens de métier, il n’en est pas moins constant que les métiers, même les plus vils,

> Blanqui, Bist. de Fécon. polit., I, p. 78, note 1.

* Tile-Live, XXI, 63.

* Cic. ad Quint., lib. Il, Ep. V. — In Verr., III, LXIV. — Pro Dejot., IX.

* Plul-, Vie de Caton.

‘ Plut., Pi'« de Crassut.

* Den. d'Hal., II, 38; IX, 3b.

ont été exercés parfois par des citoyens romains. Caïus Terentius Varron, qui parvint au consulat, était fils d’un boucher, et avait été élevé dans le métier de sou père'. Le père d’Émilius Scaurus avait été charbonnier, et cela n'empécha pas le fds d’étre deux fois consul et prince du sénat

Mais, dans l’état normal, le travail matériel, celui qui ne demandait à son agent que de l'obéissance et de la force, était la véritable fonction sociale de l’esclave; et si parfois l’homme libre s’y appliquait accidentellement, c’est, ou qu’il avait passé par l’esclavage comme affranchi, ou qu’il appartenait à une condition sociale équivalant pour lui à la servitude.

Numa, au dire de Plutarque, constitua à part, dans la cité, les arts des forgerons, des teinturiers, des cordonniers, des corroyeurs, des ouvriers en airain, des potiers, des fondeurs en or, et réunit tous les autres arts en un mémo corps, leur donna une môme organisation, et leur attribua des collèges, des assemblées et des rites sacrés appropriés à chaque genre Il y avait donc des artisans de condition libre à Rome du temps de Numa ; et ce sont ces artisans, organisés par lui en corporations, qui, plus tard, dans la constitution de la plèbe romaine par Servius Tullius, formèrent les quatre tribus de la ville.

Quand les censeurs firent une nouvelle répartition des citoyens pour l’exercice du suffrage universel, l’an 574 de Rome, ils classèrent les citoyens de chaque tribu par métiers et professions, caïuts et qucetlibm, dit

' Tite-Live, lib. XXII, cap. XXXVI.

’ Aurel Vicl., De Vir. i(l.,cap. LXXII.

, • PluUrque, f'ie de Nwna, 17, Irad. de Ricard.

CITOYENS OüY’RlERS.

Tite-Live 11 y avait donc encore à cette époque des citoyens romains ouvriers et petits marchands.

Mais, en général, et à très peu d’exceptions près, je le répète, les citoyens qui exerçaient le petit commerce ou des professions manuelles, à Rome, appartenaient beaucoup moins à la classe des hommes nés libres, ingenui, qu’à celle des hommes qui l’étaient devenus par affranchissement, liberti, ainsi qu’à celle des Urangers domiciliés.

Aussi , cette classe de citoyens formait-elle la plus vile partie du peuple, et comme, à cause de cela, on ne les enrôlait pas dans les légions, la tourbe des artisans et des boutiquiers, sellularii, étant impropre à la guerre c’est peut-être pour cela que Denys d’Halicarnasse s’est cru fondé à les exclure du nombre des citoyens. Mais ils n’en étaient pas moins inscrits, pourtant, sur le rôle des censeurs ; seulement, ils l’étaient à titre de capite censi, c’est-à-dire de citoyens pauvres dont le travail des mains était l'unique ressource : (Quorum rr( et fides tn manibus sitœ eranl , comme dit Salluste’.

C’est de cette classe de citoyens que Plaute et, après lui, Horace, entendent parler, lorsque le premier nous montre à quel bas degré de mépris public étaient descendus ces mercenaires du quartier toscan, ces petites gens des tribus urbaines, qui allaient, soit à la porte Trigémine, soit au Vélabre, vaquer à leurs minces tra-

* Tile-Live, lib. XL, cap. LI. — Voy. ci-dessus, p. 22, nolel.

* Opi/icum vulgus , et sellularii , militiœ minimè idoneum gémis. Tilc-Live, lib. VIII, cap. XX.

* Sal., De bell. Jug.. cap. LXXVI. — Voy. dans la préface de la IraduclioD du Mercator de Plaute, par M. Mauüet, des détails curieux sur les professious mercantiles en usage parmi les tribus urbaines.

Kcs‘, et que le second, rdpétant les injures du vieux poêle contre celte foule que l’on trouvait toujours aux mêmes lieux prouve que le mépris dont elle était frappée n'avait fait qu'augmenter avec sa misère.

A Rome, ouvriers et marchands étaient comme parqués, par espèce d’industrie, dans certains quartiers de la ville, convertis eu cités ouvrières.

Au Forum romanum, c'étaient les banquiers, les préteurs, les courtiers d’affaires *.

Dans Tuscus vicut et dans le Velabre, c'étaient les confiseurs, les parfumeurs, les pigmentaires, les débitants de drogues, telles que la ciguë, la salamandre, l’aconit, les chenilles de pin, les cantharides, la mandragore, etc. V

Dans Argiléie, c’étaient les fabricants de chaussures *.

Sous le Portique d' Agrippa, les fabricants de riches habits

Dans la Foie sacrée, les fournisseurs de toutes les riches bagatelles dont on fait des cadeaux aux femmes, telles que : éventails en plumes de paon, boucles de cristal, osselets d’ivoire, coffrets de bois précieux, dés, tables h jouer, tablettes à écrire, et mille autres colifichets ’.

Aux environs des théâtres, des cirques, des bains.

• Piaule, Curculio, IV, 1,490. — Id., Trinummus, I, 11, v. 178.

• Hor., Sol., II, 111, V. 227.

> Deoys d’Halicarnasse, III, 20.

• Senec., Epist. 56. — Horat. II, Sat. III, vers 226. — Hart., XI, 28. — Digest., XLVIII, lit. VIII, leg. 2, §3.

• Mari., II, 17.

• Mari., X,87.

’ Oïid., Amor., I, vers 100. — ProperU, 11, 18, vers 59.

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et dans tous les lieux de réunions publiques, les marchands de vin, les charcutiers, les débitants d’aliments cuits

Les locaux où les boutiquiers faisaient leur commerce s'appelaient tabernœ. Les tabernes se composaient d’ordinaire d'uiic chambre de douze à quinze pieds carrés environ, dont une baie, ouverte pendant le jour, occupait la devanture, et d’un petit étage audessus où logeait le marchand Il y avait des tabernes dans de simples baraques de bois couvertes en planches et adossées à une maison *. Quoiqu’on y mesurât, pour ainsi dire, l’air et le jour , ces cases étroites se louaient fort cher, surtout dans les quartiers du centre, où les riches, en en faisant entourer leurs vastes demeures, eu retiraient de gros pioBts *.

Mulheureusement, il n’en était pas de môme de l’artisan dont le travail libre lui rapportait moins que le travail servile ne rapportait à l’esclave. L’esclave, qu’il travaillât ou non , était sûr d'avoir toujours chez son tnaiire le toit, le vêtement et 1a nourriture ; tandis que l’ouvrier libre, si le travail manquait, ne mangeait pas, et qu’alors môme qu’il avait de l’ouvrage, le salaire souvent lui faisait défaut.

Souvent, en effet, pour les grands travaux publics, le gouvernement faisait travailler les artisans et les autres ouvriers sans leur payer aucun salaire Ainsi (ItTarquiii l'Ancien pour les fondations du Capitole, ces

’ Mari., V, 71. — Hor., I, Ep. XIV, vers 21.

< Den.d’Hal., lit, 20.

• Voy. Mazois, Ruines de Pompfi, II.

‘ Cic., adAttic. I, 14; Xtt, 32; XtV,19.

• 'Tile-Live, I, 55. — Cic., in f'err., V, 19. — Den. d’Hal., IV, 13.

iubslruclions insensées, comme les appelait Pline Ainsi fil le môme roi pour le grand cloaque, ce vaste égout de Rome que Caton appelait le fleuve chacal L’ouvrage dura si longtemps, fut si difiieile cl si périlleux qu'im grand nombre de citoyens, rebutés, se donnèrent la mort’; ce qui fit appeler le canal la Fosse aux Qniriles*.

Ce fut à l’occasion de ces travaux, et moins, toutefois, parce qu’ils avaient été meurtriers pour le peuple que parce qu’ils étaient de nature servile, que, pour exciter le peuple à la révolte, Brulus fit un crime à Tarquin d’avoir converti des citoyens en manœuvres et en maçons L

La condition des mercenaires et des travailleurs libres n’était donc et ne pouvait qu’être des plus misérables, dans un pareil état de choses, sous la monarchie.

Elle ne changea pas sous la république. « Combien d’hommes libres, disait Philon, vont creusant, labourant la terre, exerçant toute œuvre mercenaire pour trouver à peine de quoi vivre; souvent même portant des fardeaux à travers la place publique, à la vue des hommes de leur âge, de ceux avec lesquels ils ont été élevés et nourris®. »

Pressés par le besoin, bon nombre d’entre eux tentaient de s’y soustraire en offrant leurs bras à exploiter à quelque riche entrepreneur. Mais quel intérêt avait

> Plin., XXXVI, 13. — Elles coûtèrent de deux U trois millions de francs (Voy. Dezoliry, I, p. 2S8J.

* Festus, Cloacale.

* Plin.,XXXVt, 13.

‘ Aurel. Vict., de Vir. illust., 8.

‘ Tite-Live, 1, .39.

* Pliilon le Juif, p. 870, o, c.

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l’entrepreneur à traiter de leur travail avec des ouvriers libres, alors que tant d’esclaves habiles étaient à sa disposition, ou travaillaient déjà pour lui sans condition ni traité?

Que si pourtant ces malheureux, n’ayaiit plus la force de continuer isolément leur pauvre travail, parvenaient à se faire admettre aux ordres et aux gages d'un patron, ce qu’ils gagnaient suilisait à peine à pourvoir aux premières nécessités de la vie , et leur mauvaise nourriture ne le cédait qu’à leurs mauvais vêtements *.

« Ils vivaient, dit Blanqui, entassés dans des demeures étroites et fétides, en proie aux excès les plus hideux, aux privations les plus cruelles. Leurs vêtements, généralemeut confectionnés en tissus de laine, et rarement renouvelés, auraient bientôt propagé parmi

' Dans les derniers temps de la république , le rapport de l’argent au blé était : : tTOi : t . Il est aujourd'hui en France de 708 ht. — Du temps d’Auguste et de Tibère, le salaire des ouvriers n’était guère que d'un tiers b un quart au-dessous du prix actuel qui est, par journée, en prenant la moyenne de toute la France, d’un franc vingt-cinq centimes. C'était le prix de journée du maçon, du cuiseur de diaux, du menuisier en bâtiments, du forgeron, du boulanger. La journée du chamelier, de l’ànier, du meneur de bestiaux, était payée cinquante centimes; celle du berger, aussi cinquante centimes, mais il était nourri; celle du muletier, soixante-cinq centimes et nourri; celle du marbrier et du fabricant de mosaïque, un franc cinquante centimes. — La paire de souliers de muletier ou de paysan, sans clous, coûtait trois francs ; id. pour les soldats, deux francs cinquante centimes ; pour les patriciens, trois francs soixante-quinze centimes; pour les femmes, un franc cinquante centimes. Le prix des vins des meilleurs crus était de soixante-quinze centimes la bouteille ou le demi-litre. Le vin vieux ordinaire, de première qualité, coûtait soixante centimes le demi-litre. Le vin commun vingt centimes, la cervoise dix centimes, la bière cinq centimes. — Les prix paraissent avoir augmenté b certaines époques, dans une proportion extraordinaire. Au commencement du

eux des dpiddmies meurtrières, si l'usage des bains, universel à Rome, n’en eût prévenu l’invasion »

Cette misère attachée au travail libre ne pouvait qu’achever de l’avilir. C’est pour cela que le prolétaire préféra toujours la sportule au salaire, et l’oisiveté la moins bien nourrie au travail libre le moins mal payé.

Le mépris, d’ailleurs, qu’on ne cessait d’avoir, dans la classe libre, pour le travail matériel, joint à la répugnance que le plus pauvre de celte classe avait toujours à s’y livrer, môme sous la loi de la nécessité, faisait que le travail servile, le seul qui fût vérilablement organisé, acquérait dans l’opinion publique, et en réalité, une supériorité qui tournait nécessairement au préjudice du travail et du travailleur libre

Et puis, comment le travail libre, individuel, eût-il pu lutter contre la concurrence désastreuse qu’il rencontrait dans le travail collectif de ces machines vi-

quatrième siècle, le travail et les choses nécessaires à la vie étaient intrinsèquement dix h vingt fois plus chers qu'aujourd’hui, et la valeur des subsistances, comparée a celle des salaires, était excessive. Le taux de la journée, pour lu pajsan et pour le mercenaire, était de onze francs environ, et de vingt-deux francs pour l'artisan. Avec une rétribution qui parait si élevée, les ouvriers libres devaient sc contenter de la nourriture grossière et insuffisante des esclaves; les aliments sains et succulents étaient inabordables pour eux. Ainsi, il en coûtait quatre francs cinquante centimes pour une livre de viande de boucherie. Le prix des légumes recherchés s’élevait dans la même proportion. Une oie grasse coûtait quatre-vingt-dix francs, un canard ou un lapin dix-huit francs, un lièvre soixante-sept francs, un cent d’buUrcs quarante-cinq francs, le setier d’huile de onze à dix-huit francs. Celle élévation du prix vénal des choses s’explique par les cas de disette, et par la prodigieuse accumulation des capitaux précieux et l’avilissement du numéraire il cette époque (Dureau de lu Malle, Econom. polit, des Rom.).

‘ Blanqui, Uùt. de l'économ. polit., I, p. 82. — Voy. ci-dessus, p. 48 et suiv.

* Varro, De re rustica, I, 17.

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vautes, appelées esclaves, qu’exploitaient les capitaux spéculateurs des riches patriciens ' ?

Force était donc à l’ouvrier libre, qui voulait parvenir au bien-être de l’ouvrier esclave, de se faire esclave comnae liii. Et c’est ce qu’il faisait en vendant, pour prix du pain suffisant qu’il voulait gagner par son travail stérile, la liberté qui ne pouvait que lui en donner un insuffisant en ne travaillant pas.

C’est à cette dure extrémité, que subissaient les classes ouvrières libres, que fait allusion Montesquieu, quand il parle de la vente volontaire faite par le pauvre de lui-même ou de ses enfants, pour se soustraire, et eux aussi, à la misère et à la faim

La réhabilitation du travail, sous les empereurs, ayant élevé le travailleur au rang de fonctionnaire, lu condition de l’ouvrier libre dut changer.

Mais comme cette réhabilitation n’eut pour effet que de rendre les travailleurs esclaves moins esclaves et les travailleurs libres moins libres, en confondant l’un et l’autre, non dans une même liberté, mais dans une même servitude de liberté, — servitude nouvelle, servitude appelée service de l'État, — il s’ensuivit que le prolétaire artisan, devenu soldat de la milice ouvrière, resta attaché à toujours, lui et les siens, à sa milice, comme le condamné aux mines à sa chaîne, et que, ne s’appartenant plus, mais appartenant à l’État, sou travail individuel s’absorba dans le travail sociétaire des ateliers impériaux et des jurandes, sans bénéfice particulier pour lui-même.

‘ Voy. ce que nous disons de l’organisation du travail servile induftricl chez les Romains, daus notre ouvrage Du droit à l'oisiveté, p. 198 et suiv.

* Uontesquieu, Eeprit des lois, XV. •

Dès lors, la condition personnelle du travailleur libre perdit plus qu’elle ne gagna peut-être à cette révolution sociale extraordinaire survenue dans l’organisation du travail servile, au deuxième siècle de l’empire, révolution dont j’ai raconté ailleurs l’origine, les phases et les résultats

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