‹ Du problème de la misère et de sa solution chez les peuples anciens et modernes (volume 2)Chapitre 16 sur 76 · Affranchis · texte numérisé non relu

Affranchis

Comparalion de« libérés de la senrilnde et des libérés des bagnes. — Parqués dans les quatre tribus de la villa et da»s les métiers, — Finissent par envahir la cité et le pouvoir. — Leur nombre toujours croissant. — Leur insolence. — Instruments des partis. — Mépris qui les Trappe. — Exemples d'alTranchissements en masse. — Causes des atTranebissements. — lx>is pour en arrêter le danger et le scandale, Efforts impuissants, — DediiH. — Appauvrissement qui en résulte pour la société libre.

Les affranchis do l’esclavage, — Uberti, — recouvraicut autrefois, par le fait de l’émancipation, une liberté, analogue, de mot et de chose, avec celle que recouvrent, de nos jours, par le fait de l'expiration de leur peine, les affranchis des bagnes, — libérés.

La môme réprobation qui frappe ceux-ci frappait ceuxlà. Et, de môme que les forçats libérés, joints aux libérc's de nos maisons de force et de correction, et aux soriis de nos maisons d’arrêt et de justice, forment un total annuel de plus de cinquante mille libérés de toutes sortes, lesquels, au bout de dix ans seulement, composent, avec leurs femmes et leurs enfants, au sein de nos villes et de nos campagnes, une popu-

• Voy. Du droit à roisiveti, p. t7îS.

• Voy. Ibid., et ci-après, chap. IV, § t".

• Voy. Ibid., p. t76, et ci-aprèa, chap. IV, § l».

lation de plusieurs millions d'affranchis, de conjoints et de descendants d’affranchis de prison, inoculant partout autour d'eux le virus des mauvaises pensées et des mauvaises actions que le régime des prisons communes a développées ou entretenues en leur cœur, ou que le mépris public, qui suit partout les libéi-és, — partout, jusque dans les actes de leur repentir auquel on ne croit pas, — ne peut que convertir eu crime ou en misère — de môme, les libérés de l'esclavage, introduits peu à peu ou jetés par masses au sein de la population libre pendant une suite de siècles, finirent par devenir si nombreux, que la plèbe romaine finit elle-môme par en être absorbée , avec tous les vices que l'affrancbissemeut apportait de la servitude.

« Consumé par la double action d’une guerre éternelle et d’un système de législation dévorante, le peuple romain, dit Michelet, disparaissait de l'Italie. Le Romain, passant sa vie dans les camps, au delà des mers, ne revenait guère visiter son petit champ. La plupart n'avaient plus môme ni terre ni abri, plus d’autres dieux domestiques que les aigles des légions. Un échange s’établissait entre l’Ilalie et les provinces. L’Italie envoyait ses enfants mourir dans les pays lointains, et recevait en compensation des millions d’esclaves. De ceux-ci, les uns, attachés aux terres, les cultivaient et les engraissaient bientôt de leurs restes ; les autres, établis dans la ville, dévoués aux vices d’un maître, étaient souvent afb'ancbis par lui, et devenaient citoyens. Peu à peu, les fils des affranchis furent seuls

’ Voir, pour tout ce qui concerne ici les libérés, et le régime des prisons, mon ouvrage De la Réforme des prisons en France, et l’article Les Détenus, des Français peints par eux-mémet, publié chez Curmer.

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en possession de la cité, composèrent le peuple romain, et, sous ce nom, donnèrent des lois au monde'. »

Dès l'an 312 avant J.-C., les affranchis étaient devenus si nombreux, si prépondérants, qu’ils faillirent s’emparer du pouvoir

En 512, en effet, Appius, étant censeur, répandit daus toutes les tribus les liberiini, les affranchis, les humbles, comme les appelle Tite-Live : Uumilibxu per omnes tribus dim$i$*. En cela, Appius, patricien quirite de race, se proposait peut-être d’humilier la noblesse plébéienne, les patriciens parvenus. Peut-être aussi se servit-il du prétexte d’augmenter la classe soumise au service militaire, dont les affranchis étaient exempts

Quoi qu’il en soit, les anciens citoyens ayant fait arriver à la censure, en 504, le plus illustre des patriciens. Fabius, et le chef de la noblesse plébéienne, Décius, ceux-ci, n’osant toutefois rétablir la proscription prononcée autrefois contre les affranchis, les renfermèrent, après les avoir chassés des tribus rurales, dans les quatre tribus urbaines, où, malgré leur nombre, ils ne pouvaient jamais avoir que quatre suffrages sur trente-cinq. Les tribus urbaines furent, par là, comme dégi'adées : c’était une punition d’y être inscrit par les censeurs

Ce qui n’empécba pas la populace affranchie, refoulée dans son obscurité par cette mesure, de remonter bientôt à la surface, plus nombreuse encore, et de se substituer partout aux vrais enfants de la cité.

Cependant, la lâcheté qu'avaient montrée les affran-

' Michelet, Hist. rom., II, p. 137.

• Suet., Tih.,!. — Cic., Tusctil.,\\,f.i.

• Til.-Liv., IX, 16.

‘ Duruy, I, p. 269, 261 .

• Voy. ci-dessus, p. 39. ' •

chis de Rome lors de l’assassinat de Tibérius Gracchus combattant pour eux, inspirait pour ces hommes, mal* gré leur jactance et leur audace, un indicible mépris. Un jour qu’ils interrompaient ScipiouËmilien au forum ; « Taisez-vous, leur cria-t-il, vous que Tltalie ne reconnaît pas pour ses enfants ! » Et comme les murmures s’élevaient encore : « Ceux que j’ai amenés ici oncliainés ne m’effraieront point parce qu’aujourd’hui on leur a ôté leurs fers ! » repiit froidement le vainqueur de Niimance, et les affranchis se turent.

Plus tard, Cicéron dit la même chose au retour de son exil : « Non, le peuple romain n’est pas cette populace que Clodius ameute et qu’il paye ; les citoyens des municipes, voilà le vrai peuple, le maître des rois et des nations. »

Toutefois, le nombre du petit peuple, presque tout composé d’affranchis ou de fils d’affranchis, devenait de plus en plus incommode; ou en fit des colonies par le moyen desquelles on s’assurait de la fidélité des provinces. « C’était une circulation des hommes de tout l’univers : Rome les recevait esclaves, et les renvoyait Romains, » dit Montesquieu

Quand P. Sulpicius, tribun du peuple (l’an de Rome 665), voulut se rendre maître des comices, il répandit les affranchis dans toutes les tribus, avec droit de suffrage’'.

C’est ce que fit aussi Carbon, chef du parti de Marias (l’an de Rome 669), en obligeant le sénat d’ordonner que les affranchis fussent distribués dans les trente-cinq tribus

■ Montesquieu, Grand, et décad. des Rom., XIII. * Liv., Epit., LXXXVII.

» Ibid., LXXXIV.

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C’est ce que, pareillement, tentèrent de faire deux antres tribuns du peuple, Muniiius, puis Clodius, une vingtaine d’années après

Ainsi, la servitude était la porte par laquelle on entrait dans la cité souveraine. Dès 187 (avant J.-C.), Rome avait chassé de sou sein douze mille familles latines. Ën 172, une nouvelle expulsion diminua la population de seize mille citoyens*. Ces vides furent remplis par des esclaves devenus libres.

Après l’épouvantable destruction de la noblesse citoyenne à Cannes, Rome arma huit mille de ses esclaves, qu'elle récompensa de leur bravoure en les affranchissant *.

De l'an 240 à l’an 210 avant J.-C., plus de cent mille affranchis étaient entrés dans la société romaine*.

Ils finirent par devenir si nombreux, qu’aux yeux de Scipion Ëmilien tout le peuple de Rome n’était pas autre chose *.

Quand Marins « voulut détruire dans Rome l’aristocratie de la noblesse », il chargea de ce soin des milliers de démocrates malheureux, démocrates qu’il prit paimi les esclaves, comme il y avait déjà pris ses soldats, esclaves qu’il osa faire citoyens*.

Quand Sylla fut proclamé dictateur, il voulut avoir dans la plèbe urbaine de Rome le moyen de contenir ses adversaires. Pour cela, que fit-il ? Il répartit, aussi

* Voy. Beauforl, Bép. rom., V, p. 7.

* Michelet, Hist. rom., II, p. 132.

» Til.-Liv., XXII, 52.

* Duruy, Hist. des Rom., II, p. 52.

‘ Ibid., 1, p. 397.

* Plut., J/ariiM, 9 et 47.

lui, dans les treiile-cinq tribus, dix mille nouveaux citoyens, autrefois esclaves des patriciens proscrits. Il les affranchit en masse, et leur donna, avec sou uoni, les droits de cité

Après la défaite de Varus, Auguste recompléta ses légions avec des esclaves affranchis *, comme avait fait Marins pour les siennes *.

Rien, dès lors, d’étonnant qu’au dire de Cicéron les affranchis dominassent, de son temps, non-seulement dans les quatre tribus urbaines où ils étaient d’ordinaire renfermés, niais encore dans les trente et une tribus rurales dont les censeurs les avaient primitivement exclus *.

Comment, se demande-t-on, de rares qu’ils étaient sous les rois et dans les premiers temps de la république , les affranchissements devinrent-ils plus tard si fréquents, si multipliés? Nous allons en donner la raison, ou plutôt les raisons, en très peu do mots.

Les affranchissements primitifs étaient rares; pourquoi? Parce que, d’une part, les esclaves étaient peu nombreux alors, et parce que, d’une autre part, l’émancipation n’avait lieu qu’individuellement , et en raison seulement de la bonne conduite de l'esclave qu’on rendait à la liberté.

Les affranchissements ultérieurs furent de plus en plus nombreux ; pourquoi ? Parce que, d’une part, le nombre des esclaves devint de plus en plus considé-

‘ Voy. Mérimée, Essai sur la guerre sociale, § XIX.

• Suel,, Octave, XXV.

’ Plut., Marius, IX.

* Cic., [)e oral., I, p. 9.

Digit! )yGoosli

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rable, et parce que, d’autre part, rintéiêt, le caprice, la vanité et la dépravation des maîtres étant devenus les seuls mobiles de la libération de leurs esclaves, les afri*anchissements ii’eurent plus d’autres bornes que l'horizon sans limites des causes mêmes qui les opéraient.

Par exemple:

Il y avait beaucoup de Romains qui, poussant la va* nité jusqu’au delà du tombeau, affranchissaient tous leurs esclaves par leurs testaments, afin que leur pompe funèbre en eût d’autant plus d'éclat; l’usage étant que tous ceux qui avaient été affranchis de cette manière accompagnassent le convoi, la tête rase et couverte d’un chapeau '. Comme un maître, qui affranchissait ses esclaves parce motif, se mettait ordinairement peu en peine qu’ils méritassent la liberté ou non, il se trouvait souvent dans ce nombre des scélérats plus dignes de la mort que des droits de bourgeoisie *.

Ces affranchis testamentaires allaient rejoindre la tourbe de ceux qui avaient eux-mêmes acheté leur liberté, non plus avec un pécule légalement acquis, mais avec de l’argent gagné par mille voies illégitimes. Les brigandages, les vols, la prostitution faisaient alors que les plus vils esclaves devenaient citoyens romains...

Citoyens de l’espèce de ceux que fabriquaient les maîtres, en donnant gratuitement la liberté à leurs esclaves pour les récompenser de complaisances honteuses , ou de crimes commis en leur faveur, ou bien encore en témoignage de reconnaissance pour la

' De Beaufort, Kép. rom., V, p. 43.

’ Dionys. liai , lib. IV, p. 228.

constance avec laquelle ils avaient souffert la torture sans les dénoncer'.

Souvent, à celte époque, un maître poursuivi par ses créanciers, et se voyant à la veille d'ôlre condamné à leur céder ses biens, afiranchissait tous ses esclaves, pour se venger de leurs poursuites, et les frustrer d’une proie sur laquelle ils avaient crn pouvoir compter *. ,

Souvent aussi des maîtres affranchissaient leurs es-* claves uniquement pour que ceux-ci, après leur affranchissement , leur rapportassent , comme de clients à patrons, la part à laquelle ils auraient droit dans les distributions gratuites de blé ou de pain faites par le gouvernement aux prolétaires

Mais, de toutes les causes d'affranchissement, la plus habituelle et la plus féconde était l’intérêt qu’avaient les maîtres à affranchir le plus grand nombre possible de leurs esclaves. Atlranchis, en effet, ils ne l’étaient pas tellement que les liens brisés de l’esclavage cessassent de les rendre soumis à leurs maîtres. Nous avons prouvé ailleurs que l’affranchissement n’était qu’un changement de joug, et qu’en vendant à un affranchi sa liberté, pour, avec le prix de la vente, acheter un autre esclave , le maître avait , pour ce même prix, deux esclaves au lieu d’un*. En affranchissant leurs esclaves, les maîtres leur imposaient des obligations qui équivalaient pour eux plus qu’à un servage. Parmi ces obligations étaient celles, notamment : de payer an-

* Dionys. Hal., IV, p. 228.

> Tacil.,.InnaI.,XV, 55.

* Dion., XXXIX, 24.

* Voy. Ou droit à l’oisiveté, p. 184 et suiv., et 225.

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Duellement à leurs maîtres certaines sommes d'argent, de faire pour eux certains travaux , de leur fournir certaines redevances, de leur rendre ceitains honneurs, de leur rapporter, ainsi que nous l’avons vu, tout ou partie de ce qu’ils recevaient dans les distributions gratuites ; de leur laisser, enfin, après leur mort, une partie de leur succession, et d’assurer l’effet de cet engagement par le serment formel de ne point se marier'. L’affranchissement, dans ces cas, n’était-il pas réellement une servitude continuée, ou, comme nous l’avons dit, d’après un critique célèbre : u Un abonnement à l’esclavage, qui trompait la servitude comme la loterie trompe la misère * ? »

Qu’on ajoute à ces affranchissements ceux qui étaient le résultat des dispositions de la loi des prescriptions del’usage*, des luttes politiques* et delaphilan* thropie des maîtres*, et l’on comprendra à quel chiffre devait s’élever le nombre des affranchis qui affluaient dans la cité romaine, et qui en exerçaient les droits, à la ffn de la république.

Ce chiffre était si élevé, et les abus qui s’y rattachaient de telle nature que, dès les premières années de l’empire, Auguste regarda comme urgent

> Den. d’Hal., IV. — Dion Cass., XXXIX, 21.

* Du droit à Foisiveté, p. 181.

* La loi, en certains cas, déclarait les esclaves aiïrancliis de droit.

* Au temps de Cicéron, il était d’usage d'alTrancbir le captif honnête et laborieux au bout de six années de servitude {Philipp., VIII, 11 ).

' Exemples : les affranchissements de Sylla dont nous avons parlé page 81 , et ceux qui se faisaient par les ambitieux comme moyen d'influence dans les comices, etc.

' Toute guerre heureuse était suivie de nombreux affranchissements : c’était l’un des moyens de célébrer ta victoire.

d’en arrêter les progrès, en en rétrécissant la source.

Pour cela, il rendit deux lois spéciales : la première, la loi Furia-Canima, l’an de Rome 731, et la seconde la loi Ælia-Smtia, l’an 756, — l’une et l’autre portant les noms des consuls subrogés de l’année où elles furent rendues.

La loi Ftirta-Caninia réglait surtout les affranchissements par lesiameni. Ils ne purent plus avoir lieu que proportionnellement au nombre d’esclaves que l’on possédait. Ceux qui en avaient moins de dix purent en affranchir la moitié ; au delà de ce nombre et jusqu’à vingt-sept, le tiers ; depuis vingt-sept jusqu’à cent, le quart ; et au delà de cent, le cinquième ‘.

La loi Ælia-Scntia défendit qu’aucun esclave marqué d’un fer rouge, ou qui aurait subi la torture , pût jamais obtenir le droit de cité romaine^. Elle établit encore que, pour pouvoir affranchir, il fallait être âgé de vingt ans nu moins, et que, pour pouvoir être affranchi, il fallait avoir trente ans accomplis’.

Mais le seul effet de ces lois fut d’établir une nouvelle espèce d’affranchis, sans diminuer le nombre toujours croissant des autres.

Ces nouveaux affranchis s’appelaient dtdilii ; leur condition était celle des peuples vaincus qui s’étafeut rendus à discrétion C’étaient d’anciens esclaves punis publiquement pour quelque crime, et conservant encore, sur leur visage ou sur quelque autre partie de leur corps, les marques ineffaçables et non équivoques de la flétrissure qu’ils avaient subie. Ils étaient les

' Ulpian., Frag., til. i, § 24.— Gaii Jnstit., I, lit., 2, §3.

’ Siiél., Aug., 40.

• Ulpian., lit. i, § 11. — Gaii Instit., lib. I, lit. 3, § 3.

* Instit., De success. Ubert., § 4 .

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plus vils de tous, et ne pouvaient jamais jouir d'aucun des droits de citoyens romains

La loi Ju/ta-iVor6ana, rendue l’an 771, sous le règne de Tibère, créa encore une nouvelle classe d’affranchis. On appelait ceux-ci Lalini parce qu’ils ne pouvaient jouir que des droits fort circonscrits de citoyens latins. Ils étaient inhabiles à tester et à gérer leurs biens, lesquels demeuraient toujours entre les mains de leurs patrons, comme des pécules d’esclaves*.

Quant à l’effet que se proposait Auguste, en tentant d’arrôter le scandale des affranchissements intéressés et en limitant la puissance d’affranchir, non-seulenient il ne fut point atteint, mais les affranchissements se multiplièrent d’autant plus qu'on apportait plus d’entraves à l’esprit de spéculation qui les opérait. Aussi les affranchissements achetés à prix d’argent, ou concédés à prix de honte, se multiplièrent sans frein sous les empereurs, au point que les plus hautes dignités comme les plus petites fonctions publiques, les sacerdoces, les magistratures, les tribus, les curies, les légions, les cohortes urbaines, les finances, etc., furent envahies par les affranchis

Et comme la race affranchie devenait définitivement ingénue à la troisième génération, cette race finit par se confondre avec le reste du peuple, à tel point que l’élément populaire s’absorba tout entier dans la masse des anciens esclaves *.

Tacite dit textuellement que, sous Néron, les afl’ran-

‘ Ulpian., Frag., til. 1, § 2. — Cujas, Instil., de jure persan.

* Ulpian., ub. sup., § 10. — Instit,, desuccess. libert., § 4.

* Voy. de Beaufort, Rép. rom., V, p. 21, et les aulorités qu’il cite.

* Wallon, De l’esclavage, part. Il, cliap. X. — Biot, Esclav. ancien, p. 86 et tuiv.

chis remplissaient l’ordre e'questre et le sénat, et qu’ils composaient presqu’à eux seuls le peuple de Rome *.

C’est dire que la société libre, appauvrie déjà par l’esclavage, le fut encore par l’affranchissement, l’affranchissemeiit inoculant à la vie civile le virus délétère de toutes les habitudes serviles, et ne s’obtenant plus qu’au prix des plus viles passions.

De là, la misère morale qui couvrit comme d’une lèpre honteuse la société romaine à son déclin; de là, la misère physique qui s’étendit, en proportion, sur le corps social tout entier, misère qui atteignit spécialement les affranchis vicieux, les affranchis vendus, les affranchis prolétaires, lesquels, comme les prolétaires quirites, leurs prédécesseurs, furent toujours les plus nombreux.

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