FEMMES
Aussi, daus les tableaux, dans les plaidoyers des orateurs, dans les pièces de théâtre, la concubine a-t-elle toujours le pas sur la femme mariée. La femme légitime n’y figure qu'avec l’escorte de défauts que lui prêtent les poêles : âcreté d’humeur, esprit du vol et de gourmandise, amour du vin, vices secrets; tandis que la concubine y est parée de toutes les qualités qui justifient la préférence du mari pour elle
Outre la concubine, la courtisane avait, dans les sociétés antiques, une place distincte à côté et souvent au-dessus de l’épouse.
Ce n’était point à la femme vertueuse, à la beauté chaste, à la maîtresse pure de corps et de cœur, que les poètes adressaient leurs vers et leurs hommages. Pyrrha, Lydie, Leuconoé, Tindaris, Glycère, Chloé, Bariue, Astérie, Lycé, Néobulé, Chloris, Phidilé, Galathée, Phyllis, Phryné, Cinara, chantées par Horace; — Lesbie, Acmé, Quintia, Aufilena, Hypsithille, chantées par Catulle; — Délie et Néæra, chaulées par Tibulle, — étaient des courtisanes !
Des philosophes, des sages de la Grèce, non-seulement ne rougissaient pas, mais tenaient à honneur de faire cercle chez les plus célèbres courtisanes d’Athènes. Athénée nous a laissé le curieux catalogue des noms des graves pei*sonnages qui prenaient plaisir à ce passetemps. On y trouve Socrate qui, fuyant sa femme, la querelleuse Xantippe, venait avec ses disciples philosopher chez Aspasie. On y trouve aussi Platon et l’épigramme qu’on lui prêtait sur la belle Archéanasse ; .Aristote, avec le fils qu’il eut de la courtisane Herpyllis; Euripide, qui maudissait tant les femmes, et Sophocle,
‘ Voy. ci après, di. lit, § 7.
qui souillait parmi elles ses cheveux blancs; Aristippe le voluptueux, et le cynique Diogène; Lysias, Isocrate, Démosthène, et le fameux Épicure, plus logique dans son système qu’on ne le dit généralement
Périclès et Céthégus avaient, pour Égéries, leurs maîtresses, et ces maîtresses étaient deux courtisanes, Aspasie et Prœcia.
Tous les jours, des gens en place, qui n'osaient se montrer en public avec elles des hommes d’un certain âge, des magistrats, des philosophes, des maris délaissant leurs épouses ’, venaient chez elles en secret pour tout autre chose que pour y faire platoniquement l'amour ou pour y discuter des thèses d'école; ils les entrelenaient comme maîtresses; ils passaient dans leur intimité la majeure partie de leur temps, et ils en rapportaient souvent des enfants qu’ils adoptaient et confondaient avec leurs enfants légitimes *.
« La courtisane est le buisson, dit Plaute; nul ne peut l’approcher sans perte ni dommage. »
Dépouillée de la couronne de femme comme femme, l’épouse l'était de même de toute autorité comme épouse.
Jamais une femme n’était iuijuris, c’est-à-dire qu’il n’arrivait jamais qu’elle ne dépendît que d’elle-méme. Les institutions des Romains, dit Montesquieu, mettaient les femmes dans une perpétuelle tutelle. Quand elles n’étaient pas sous la puissance de leurs pères ou
« AlUen., XIII, p. 837 à 592, C04 h 603. — Wallon, De l'esclavage, II, p. 442.
’ Tercnl., Ëunuch., acl. III, sc. 2, vers 42.
• Demosth., In Neoer., p. 881.
* Samuel Petit, Leg. Allie., p. 141.