‹ Du problème de la misère et de sa solution chez les peuples anciens et modernes (volume 2)Chapitre 22 sur 76 · FEMMES · texte numérisé non relu

FEMMES

l’autorité d'un mari, leur tutelle était doimëe au plus proche de leurs parents par mâles

La puissance du père de famille, comme mari, lui donnait le droit de vie et de mort sur sa femme. Il avait dès lors, d fortiori, le droit de la répudier, et, par une conséquence naturelle, celui de la condamner à rester captive dans sa maison, ligandi

Lors donc que l’épouse infidèle était traduite au tribunal domestique du mari outragé, celui-ci assemblait les parents de sa femme, et prononçait contre elle une peine arbitraire proportionnée à la gravité de l'injure

La plus douce qu’il pût infliger, parce qu’elle restait ignorée comme la faute, était celle de la prison privée.

Mais lorsque la faute était publique, l’application de la peine le devenait aussi, et alors elle était laissée à la vindicte du peuple *.

Ne jamais s’appartenir; vivre dans un état continu de dépendance et d’incapacité, sans droits, sans biens, ou, ce qui est plus injuste encore et plus humiliant, sans jouissance aucune de ses biens; tomber au pouvoir d’un homme, et devenir sa propriété; n’étre pas une personne, mais simplement une chose; une chose qui se vend *, qui se donne ou se prête pour en avoir de la race '; à la moindre faute, se voir faire sou

‘ Voy. Etpril des lois, liv. VII, ch. XII.

* Farinacius, De delictis camis, quæst. 143, u°205.

• * Voy. Fournel, Traité de l'adultère.

* Til.-Liv., ffist., lib. XLIX. — Val. Max., lib. VI, ch. III.

' l'Iaut., Meneehmes, à la fin.

* SIrabon rapporte que Colon (d’Uliqnc) céda pour un cerlain temps sa femme Martia à son ami Ilorlensius, pour qu’il en eût des enfants, et cela conformément à l’ancienne coutume des Homains. Voy. Plut., Cat., 36 et 68. Voy. aussi Bayle, Dict. hist., au mot Hortensius, note N.

CLASSES PAl'VItES CHEZ LES ROMAIAS.

procès, c’est-à-dire condamner au tribunal d’un maître à la fois juge et partie ; subir des peines cruelles ; pour un peu de viu bu, expirer sous le bâton ‘ ; encourir l’affront d’élre répudiée parco qu’on aura peidu de sa jeunesse et de sa beauté, parce que celui qui vous a ne veut plus de vous, mais en veut une autre, une plus jeune, une plus belle, une plus ridie qui le mette en état de payer ses dettes * ; et alors, sans plus de façon, un beau jour s’entendre dire : « Femme, va-t’en ! femme, sors d’ici ! Mulier, i foras * ; » telle était communément à Rome la condition des femmes, telle que le vieux droit l’avait faite

Quand elles faisaient retour sur l’état de choses, les femmes ne pouvaient-elles pas se trouver indignement traitées, tyrannisées, asservies? Comme les esclaves, elles aussi détestaient leurs maîtres; elles aussi soupiraient après leur affranchissement. Appien, véridique historien des Guerres civiles de Rome, fait une bien grave révélation ; il dit que, quand Catilina eut formé son complot, — dont, par parenthèse, le noyau se composait de plébéiens, d’esclaves, d’étrangers, et de (ils de famille impatients de voir mourir leurs pères *, — un de ses premiers soins, pour avoir le nerf de la gueire, fut de s’adresser aux femmes, et de ramasser auprès

* Val. Max., lib. VI, cap. III.— D’après une loi de Romulus les maris avaient droit de vie et de mort sur leurs épouses adonnées au vin. De là l’usage d’embrasser les femmes pour découvrir, à l’odeur de l’baleme, celles qui avaient goûté du vin. Ut odor indioûm fatseret si bibissent (Aul. Gel., X, 23).

* Montesquieu, Espr. des lois, XVI, 16.

* Plaut., Mercator, IV, sc. 5.

* Plaut , Cassette, act. II, sc. 2.

* Voy. Bouchaud, U I, p. 667. — Et Le Gris, Etude sur Catulle.

* Salluste, In Caiii., H.

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FEUMES.

d’elles beaucoup d’argent, en faisant une quête au profit de l’œuvre qui leur donnait l’espoir d’être bientôt veuves, à la faveur d’une sanglante exécution

Donc, les femmes, ainsi que les fils et les esclaves, étaient du parti des mécontents; chez les femmes, comme chez les esclaves, même esprit d'hostilité contre l’ordre établi. Seulement, en raison du sexe, les actes diflêrent : les forts attaquent ouvertement, glaive en main ; les faibles ourdissent des ligues funestes prennent conseil de leurs passions, et, par représailles, s’abandonnent à des excès où il y a peut-être plus d’esprit de vengeance que de libertinage. Dans ce que les Romains, à l’instar des Grecs, appelaient le vrai atnour, les femmes n’avaient aucune part’. Ce mépris de leur sexe était bien de nature à les rendre furieuses. Furms quid femina possitl « Qu’est-ee qu’en sa fureur une femme n’essaye ! * »

Au commencement du cinquième siècle de Rome, un grand nombre de dames romaines attentent aux jours de leurs maris par le poison '. Procès instruit: Cent soixante-dix sont condamnées à mort et exécutées *.

* Voici la traduction littC-rale du passage d'Appien : « Quêtant beaucoup de richesses auprès de beaucoup de feimnes, lesquelles espéraient détruire leurs maris dans le soulèvement » (liv. U, 2]. — Le Gris, Etude sur Catulle, p. 2G0.

* \oy. sur la lig. des femmes, Plaute, Cassette, act. sc. t^*. — Tit.-Liv., XXXIX, 18.

* Uontesquieu, Espr. des lois, ch. IX, liv, VII, note. — De là ce passage de saint Paul ; < Masculi, belicto natubali usu foehinæ, exarserunl in desideriis suis in invicem, masculi in masculos turpidinem opérantes, et mercedem quam oportuit erroris sui in semetipsis recipientes » (Ep. ad Rom., 1, 27).

‘ Corneille, AVeoméde, act. V, sc. 1'*.

‘ De Ségur, Hist. rom., répibliqi'e, ch. Vil.

* Le Gris, Etude sur Catulle, p. 261. — On lit dans Tite-Live « que

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