LATIFUNDIA
cicns pillèrent Rome comme fœne'rateurs , et employèrent leurs immenses richesses à convertir le modeste héritage de leurs pères en des domaines vastes comme des provinces.
Dans les derniers temps de la rc'publique romaine, cent domaines n'en formaient plus qu'un seul, et, de cent maîtres, il n’en restait plus qu’un ; les quatrevingt-dix-neuf autres devenaient métayers, journaliers à gages, serfs de la glèbe ou colons '. Ainsi, là où jadis cent familles vivaient à l'aise, un seul se trouvait à l'étroit. Pour augmenter son parc, il achetait à vil prix le champ d’un vieux soldat blessé ou d'un paysan endetté, qui allaient bientôt perdre dans les poptnœ de Rome le peu d'or qu’ils avaient reçu*. C'est ainsi que les grands dérobèrent au labour la majeure partie du sol pour la livrer aux caprices stériles du luxe, pour s'y bâtir, sous le nom de cülœ , des palais, des royaumes, basiîeiat, comme les appelait Strabon *.
« 11 y a, dit Sénèque, des villa qui ressemblent à des provinces et dont la surveillance a à s'exercer sur une étendue de terrain supérieure à celle des gouvernements des anciens consuls *. »
Le même auteur parle d’un certain Pompée dans les possessions duquel plusieurs fleuves avaient leur source et leur embouchure *.
Six propriétaires seulement possédaient la moitié de l’Afrique lorsque Néron les fit mourir*.
' Voy. ci-dessus, p. 36.
* Diiruy, 11, p. 46.
• Vuy. Le Gris, Etude sur Virgile.
* Sencc., De irà, I, 16.
‘ Senec,., De tranquill. animi, 11.
• Plin. XVlll, 6.
CALSE.S DE La MISÈRE.
HS
« Les puissants du siècle, dit Columelle, ont des propriétés dont ils ne peuvent pas même faire le tour à cheval. Dans une villa, dont parle Varron, le bûcher seul avait un jugerum (vingt-cinq ares) de surface, le parc au gibier, cinquante jugera, et un plant d’oliviers, quatre cent quatre-vingts »
Une inscription récemment trouvée près de Viterbe montre qu’un aqueduc, long do six milles, ne traversait les terres que de neuf propriétaires*. Sur tout le territoire de Léontine, en Sicile, il n’y avait que quatrevingt-trois propriétaires ; sur celui d’Herbite, deux cent cinquante-sept; d’Argyra, deux cent cinquante; de Alotyca, cent quatre-vingt-huit *.
Ainsi, il en était des fortunes particulières comme des États ; une énergique concentration amenait toutes les terres dans les mains de quelques grandes familles. La petite propriété disparaissait donc du sol de l’Italie romaine, et, avec elle, cette forte population de laboureurs qui aimait sincèrement la patrie, les dieux et la liberté
« Les riches, dit Appien , s’emparèrent peu à peu des terres du domaine public, restées indivises et abandonnées en jouissance à ceux qui voulaient les défricher; et, dans l’espérance qu’une longue possession deviendrait un titre inattaquable de propriété, ils achetèrent ou prirent de force les terres situées à leur convenance et les petits héritages de tous les pauvres gens, leurs voisins. De cette manière, ils firent de leurs
‘ Varro, De re rusf., I, t-t8; lit, 3, 12, 13, 16.
* Dureau de la Malle, Econom. polit, des Rom., Il, p. 221.
• Cic., In Verr.
‘ Duruy, II, p. 17.