‹ Du problème de la misère et de sa solution chez les peuples anciens et modernes (volume 2)Chapitre 43 sur 76 · Vénalité; Concussion; Péculat · texte numérisé non relu

Vénalité; Concussion; Péculat

Triple lource d'IniqnUée et de miaère. — Lee Juges BuWent l'exeinple du législateur, et les gouverneurs l'exemple do sénat. — Traits monstrueux de vénalité et de corruption. — La probité est bannie de Rome. — Arrêts qu'ou rendait dans ce temps-lé.

A Rome , la vénalité et la partialité des magistrats étaient une double source d’iniquités dont le peuple eut souvent à se plaindre et dont le résultat inévitable fut, en cela comme toujours, de sacrifier le plébéien au patricien, le pauvre au riche, le faible au fort.

Ce n’étaient pas des arrêts, c’étaient des services que la justice rendait, ou plutôt vendait, en ce temps-là.

Les auteurs contemporains constatent, en effet, que la justice se vendait ostensiblement dans les tribunaux , et que la concussion dont l’administration était envahie avait pénétré jusque dans le sanctuaire de Thémis. On tra-

• Voy. Du droit à l'oisiveté, etc., p. 39 cl suiv. — El ci-après, ch. VII, § 3.

* Péculat, peeulattu (do pecus, troupeau, principale richesse des temps primilifs ) s’entendait de tout vol des deniers publics. — Concussion, repetundœ, sous-entendu pecuniœ, se disait lorsqu’un magistrat abusait de son autorité pour lever de l’argent. — Voy. ci-après, ch. VII, §3.

CADSES DG LA HISÈRG.

fiquait des audiences des juges, comme de toute autre chose vénale et le législateur n’avait, pour réprimer ce scandaleux abus, que de vagues et inutiles menaces : M Arrière ces mains rapaces des officiers de justice ! Arrière, dis-je; et si, prévenues, elles ne se retirent, qu’on les coupe ‘ ! »

Non-seulement la justice se vendait à prix d’argent, mais il n’était pas rare de voir des plaideurs gagner leur procès, non en donnant de l’or, mais en procurant à leurs juges les faveurs de quelques femmes, ou de quelques jeunes gens d’une grande beauté En cela, d’ailleurs, les juges suivaient l’exemple do législateur et du peuple souverain.

Jugurtha, roi de Numidie, ayant indisposé le sénat par ses crimes, et le voyant prêt à sévir contre lui, se sauva en corrompant la majorité des sénateurs : «Ville à vendre! il ne lui manque plus qu’un acheteur», dit-il en sortant de Rome et en jetant un dernier regard de dédain vers ses murs; puis, à deux reprises différentes, il évita la guerre en achetant les consuls et l’armée romaine envoyée contre lui

Ptolémée, roi d’Égypte, chassé de son royaume par ses sujets, parvint à se faire rétablir sur le trône, à l’aide de l’armée romaine et de Gabinius, son chef, qu’il acheta à prix d’argent. Gabinius, accusé à Rome pour ce fait, coiTompit ses juges et fut absous

Un commissaire du sénat, en lllyrie, se laissa acheter

’ Cod. Thiod. lib. l, lil. VII. De officio reet. provinciœ, lib. I. — Voy. ci-après, ch. VII, $ 3.

• Cic., Ad Attie. I, 16. — Seneo., Ep. 97.

• Sali., Jugurt., 13, 16, 28, 29. — Flor., III, I.

• Dion. XXXIX, p. 129 el 130.— Cic., in Pi«o.,21.— Plut., yln<ort.,4.

Digitizod by GoOgI(

VÉNALITÉ; CONCUSSION; PÉCULXT. 223

par le roi pour faire un rapport favorable. Licinius, en Grèce, faisait argent de tout, et vendait jusqu’à des congés à ses soldats. Un Fulvius Nobilior licencia ainsi, en une seule fois, toute une légion

On sait de quelle indulgence usait la censure envers les sénateurs; cependant, enâ04, avant notre ère, sept membres du sénat furent dégradés par les censeurs, sept aussi par Caton, neuf en 174, et un plus grand nombre encore en 164. En 116, Métellus dégrada d’un coup treute-deux sénateurs. L’un d’eux avait employé l’argent du trésor à construire une digue pour préserver ses terres de l’inondation. Un autre avait enlevé les tuiles de marbre d’un temple pour en couvrir sa maison. Ces concussions n’étaient que trop communes. Il n’y avait plus de pudeur publique *.

Dès le temps de Plaute, on ne croyait plus à la bonne foi romaine ’.

En l’an 516 de Rome, le frère de Scipion dit l’Africain, Scipion l’Asiatique, fut condamné pour avoir extorqué de l’argent au roi Antiochus, et n’avoir pas versé au trésor ce qu’il avait reçu *.

Les gouverneurs des provinces nommés par le sénat ne pouvaient qu’imiter l’exemple de leurs maîtres.

Tous se réllètent dans Verrès, le plus célèbre d’entre eux.

En Sicile, où il était préteur, Verrès vendait tout, la justice, les charges ; se jouant des lois, de ses propres édits, de la religion, de la vie, de la fortune, surtout de

‘ Duruy, llitt. des Rom., Il, p. 14.

• Voy. Duruy, u6. sub.

• Voy. Plant., Curcul., V, 27C.

• Voy. du Boy», Hist. du droit crim., p. 368.

CAUSES DE LA MISÈRE

la résignation des provinciaux. Pendant trois ans, pas un sénateur des soixante-cinq villes de la Sicile ne fut élu gratuitement ' .

Pour les approvisionnements de Rome, il avait reçu du ti-ésor trente-sept millions de sesterces : il garda l’argent, et envoya les grains qu’il avait volés. Pour sa maison, les provinciaux devaient lui fournir des vivres, que le sénat payait. Le blé valait deux et trois sesterces; il en fixe le prix à douze, exige cinq fois plus qu’on ne lui en devait, puis s’en fuit donner la valeur en argent ’.

On était au plus fort de la guerre contre les esclaves. Les pirates couvraient la mer; Verres équipa une flotte. Il demanda aux villes des navires, des matelots, des armes, des provisions, mais pour tout vendre, vivres, congés, exemptions de service; et l’on put voir des soldats i-omuins réduits à se nourrir, au milieu de la plus fertile province, de racines de palmier. La première fois que cette flotte, vide de soldats et d’armes, sortit du port, elle fut battue, et ce gardien sévère de l’honneur du drapeau fit frapper de la hache tous les capitaines. Ses licteurs vendirent encore aux parents la grâce de tuer d’un seul coup les victimes *.

Quoi d’étonnant, après cela, d’entendre Cicéron s’écrier douloureusement : « Toutes les provinces gémissent, tous les peuples libres se plaignent, tous les royaumes crient contre notre violence et notre cupidité. Il n’est plus, jusqu’à l’Océan, aucun lieu, si reculé et si caché qu’il soit, où n’aient pénétré l’iniquité et la

* Duruy, Hist. rom., cb. XXI, g 5.

• Ibid.

» Ibid.

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