‹ Du problème de la misère et de sa solution chez les peuples anciens et modernes (volume 2)Chapitre 52 sur 76 · Les deux Gracchus · texte numérisé non relu

Les deux Gracchus

Tenlatire dei deux frèrea Uracchua pour faire revivre la loi Licinia. — Tempérament qu'lia y apporlent. — Malgré cela, vive oppoaillou dea granda. — Troublea et lalomniea ae mêlent aux dllDcultéa d'exécution. — La loi paiae. — Maia Tiberiua et Calua meurent aaaaaainéa. — De leur pouaalèra naquit Mariua.

Après deux siècles d'usurpations continuelles, qui finirent par dévorer complètement les petites propriétés privées, deux grands hommes, deux frères, les deux Gracchus, entreprirent de remettre eu vigueur la loi

* App., D$ b(dl. cto., I, 7.

LECES ACnARIÆ.

agraire Licinienne laissée, depuis sa naissance, dans un entier oubli.

Quand l’un d’eux, l’atnë, Tiberius Sempponius Gracchus, parvint au tribunat, l’an 133 avant notre ère, il trouva les fertiles campagnes de l'Étrurie désertes; dans Rome, une multitude oisive et affamée que la guerre ne nourrissait plus; dans ritalie entière, plusieurs millions d’esclaves qui frémissaient au bruit des succès d’Eunus. Quel remède contre ce triple mal : la misère et la dégradation du peuple, l’extension de l’esclavage, la ruine des campagnes? Un seul, peutêtre : diviser ces immenses domaines que les grands avaient usurpés sur l’État; rendre à la propriété, régénérer par la vertu du travail la foule indigente; chasser les esclaves des campagnes en les rendant aux ouvriers libres, et changer en citoyens utiles et dévoués ces affranchis qui de Romains n’avaient encore que le nom; en un mot, faire reculer d’un siècle la république, en reconstituant, par une loi agraire, la petite propriété et la classe moyenne

pberius Gracchus le tenta. Tout entier au noble but qu il se proposait, il ne s’arrêta pas un instant devant les difücultés ou les dangers de son entreprise. Il voyait bien qu’il allait soulever contre lui tous les riches, tous les hommes influents dans le sénat; mais il se sentait un courage indomptable, et il comptait sur l’appui de la classe opprimée, dont il voulait soulager la misère *.

Donc, Tiberius Gracchus proposa, dans une assemblée du peuple par tribus, la loi suivante ;

• Duruy, Bist. des Romains, cb. IX, $ 2.

* P. Mérimée, Etudes sur Ihi^. rom., U, p. 37 ,

« Que personne ne possède plus de cinq cents ar* pénis de terres conquises ; que personne n’envoie aux pâturages publics plus de cent tètes de gros bétail, ou plus de cinq cents tètes de petit; que chacun ait sur ses terres un certain nombre d’ouvriers de condition libre »

C’ëtuit, comme on voit, l’ancienne loi de Licinius Stolon qu’aucune prescription légale n’avait abolie. Toutefois, aûn d’en rendre l’exécution moins douloureuse aux riches, Tiberius y ajouta ; « Les détenteurs des terres publiques garderont deux cent cinquante arpents pour chacun de leurs enfants mâles, et une indemnité leur sera allouée pour les dédommager des dépenses utiles faites par eux dans le fonds qui leur sera ôté Ce que l’État aura ainsi recouvré sera distribué aux citoyens pauvres par des triumvirs qu’on changera tous les ans. Ces lots seront inaliénables, et ne devront au trésor aucune redevance *. »

Quelque doux que fût ce tempérament, l’opposition fut vive. Les riches considéraient ces terres, pour la plupart usurpées depuis un temps immémorial, comme leur propriété. Leur résistance irrita Tiberius (jui, de dépit, proposa une loi nouvelle, où il leur retranchait l’indemuité, les cinq cents arpents, et leur ordonnait de sortir sans délai des terres du domaine. C’était ruiner ceux qui n’avaient pas d’autre bien; spolier ceux qui avaient acquis de bonne foi par achat,

> Voy. Cic., Dt lege agr., U, S.

’ App., De bell. civ., I, tl j d non une indemnilé pour lo prix des terres cC'dÉcs, comme ou Ta dit souvenl d’après Plutarque. Duruy, U, p. H3.

• Duruy, ub. tup . , . „

LEGES A6R1RIÆ.

mariage, etc. ; c’était, de plus, dépouiller, non-seulement les propriétaires, mais leurs créanciers

Malgré ces diiïicultés, la loi passa, non sans trouble pourtant, et non sans porter atteinte à la puissance tribunitienne

Mais, ceci mis de côté, et en supposant que la république n’ayant point, à cette époque, de guerre onéreuse à soutenir, son trésor national pût sufGre à cette immense opération, comment l’exécuter? Commencerait-on par exproprier intégralement tous les détenteurs du domaine public possédant plus de cinq cents jugères, sauf à faire ensuite entre eux, par un tirage au sort, suivant la pratique romaine, une nouvelle répartition de Vager publicus redevenu complètement libre? Mais comment les expulser? Comment, d’ailleurs, reconnaître ces terres du domaine usurpées depuis des siècles? Comment faire et distribuer les lots? etc., etc.

Puis, sur tout cela, il fallait contenir l’impatience des pauvres, et déjouer le mauvais vouloir des grands.

Puis, au milieu de ces embarras, surgit la vieille calomnie qui avait perdu Spurius Cassius.

Tiberius fut accusé de vouloir se faire roi!

Le peuple ajouta foi à ce propos soufflé par les patriciens, et les patriciens l’assassinèrent, sons qu’un seul brus du peuple se levât pour le protéger! Il était âgé de vingt-neuf ans *.

Caïus, son frère puîné, qui parvint à son tour au tribunat. Tan 121 avant notre ère, fit tous ses efforts pour redonner vie à sa loi agraire ; mais il y trouva

' Michelet, Hist. rom., II, p. 164.

* Voy. ibid., et Mérimée, ub. sup., p, 45 et suiv. — EtDüruy, tib.Mp. ’ Voy. Plul., Tib. Gracch., ch. XIX, et ci-dessus, p. 52 et 80.

326 SOLCTIOM DU PROBLÈME DE Li MISÈRE.

lui-ménie la mort abandonné qu'il fut, aussi lui, par ce môme peuple qu’il avait mis toute sa gloire à tirer de l’oppression et de la misère, en le corrompant vertueusement par la possession du soP.

« Ainsi périt le dernier des Gracques, de la main des patriciens; mais, atteint du coup mortel, il lança de la poussière vers le ciel , en attestant les dieux vengeurs, et de cette poussière naquit Marius; Marius moins grand pour avoir exterminé les Cimbres que pour avoir abattu dans Rome l'aristocratie de la noblesse. »

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