Des frères Gracchus â Rullus
Le tribon Ttaorlui fait abroger légalement la loi dea Gracquet, — Dèi Ion, l'otan* paliOD le légitime. — Mail llariui et Sjlla dépouillent i leur tour lei ipollateun. — Proicrlptlona. — Récompenua agrairei. — Coloniea de vélérani. — L'Italie en est peuplée. — Déplorable! réaultata.
Quoique morte avec ses auteurs, la loi des Gracques, non légalement abrogée, n’eu restait pas moins une arme redoutable sous la main de quiconque se serait senti assez d’audace pour en demander l’exécution. Un tribun obscur, Sp.^Thorius, excité sans doute par le sénat, proposa donc et obtint son abrogation complète; il eut môme l’adresse de persuader à la multitude qu’il réalisait les intentions de son auteur. Thorius permit
* Poursuivi, et craignant de tomber aux mains de ses ennemis, il se fit tuer par un esclave, qui se poignarda sur le corps de son mallre. Voy. sa vie dans Plutarque, et détails sur les événemenls qui précédèrent, accompagnèrent et suivirent sa mort, dans Mérimée, Duruy et Michelet, u6. sup.
* Expressions em|irunlée$ à M. de Lamartine; voy. CmsûUtr du peuple, 12* livrais., 1840.
LECE8 AGRàRIÆ.
la possession d’un nombre illimité de jugères sur le domaine public; mais, en même temps, il décréta que la redevance à laquelle ces biens étaient soumis, au lieu d’entrer dans le trésor de la république, serait répartie entre tous les pauvres plébéiens qui, d’après la loi Licinia, auraient dû prendre part au partage des terres. C’était instituer une taxe des pauvres. On conçoit facilement que cette loi fût bien accueillie par une populace affamée et paresseuse, qui croyait obtenir plus que Caïus Gracchus ne lui avait promis. En effet, Tborius leur donnait le revenu sans le travail; mais l’épuisement du trésor ayant obligé d’appliquer les revenus du domaine aux besoins de la guerre, leur illusion fut de courte durée '.
Dès ce moment, l’usurpation réelle, assise sur la possession et la prescription, se légitima partout d'ellemême sous le nom de droits acquit, et son inviolabilité devint, comme celle de la propriété elle- môme, un axiome de droit public : Patrona generit humani prceseripiio / Dès ce moment, les prolétaires perdirent leur dernière espérance de s’élever à la propriété, ou plutôt les réformateurs populaires perdirent celle de les y rattacher jamais.
Le principe de la propriété sortit sain et sauf, comme on le voit, du milieu des dissensions qui signalèrent la fin de la république; mais, si l’on cessa momentanément de faire la guerre à la propriété , ce ne fut que pour la déclarer plus acharnée aux propriétaires. L'histoire de cette période n’est, en effet, qu'une longue suite de spoliations. On dépouilla les nobles au profit des chevaliers, les chevaliers au profit des no-
* Mérimée, Etudes $ur Vkist. rom., I, p. 88.
blés, les Italiens en faveur des vétérans, les provinces au profit de chaque parti victorieux. Tellement qu’au commencement de l’empire il n’y avait guère de propriété, en Italie, dont l’origine ne fût entachée de violence, ou souillée du sang versé dans les proscriptions de Marius, de Sylla ou des triumvirs
Les alliés qui, dans les guerres des Cimbres et des esclaves, composaient les deux tiers des armées romaines, et qui, depuis, s’étaient établis, pour la plupart, dans les environs de Rome et introduits dans les tribus rustiques, malgré les décrets du sénat, attendaient de Marius les récompenses agraires promises. Ces récompenses leur étaient d'autant plus légitimement dues que la plupart d’entre eux avaient été dépouillés autrefois de leurs terres par les colonies romaines, ou, récemment, par l’avidité des chevaliers. Les terres que les Cimbres avaient occupées un instant dans le nord de l’Italie furent celles que Marius proposa de leur distribuer. Mais que de clameurs ne souleva pas ce projet parmi les propriétaires qu’il allait dépouiller de leurs biens ! Qu’importaient les clameurs à Marius? Pour les faire cesser, il fit égorger en plein jour, dans le forum, tous ceux qui osaient se plaindre et trouver mauvais qu’on les spoliât. Tout sénateur qui ne jurait pas la loi agraire accordée aux soldats de Marius était puni de mort^.
A son tour, Sylla, devenu dictateur, osa faire, quarante ans après la mort du dernier des Gracques, ce que les Gracques n’eussent jamais osé tenter. Sous le
« Sudre, Ilist. du Communisme, ch. IV.
» App., De bell, civ., p. G2S et 027. — El Michelet, ub. sup., p. 206 — Plut , 2/anÏM, XXX.
LEGES AGRARIÆ.
nom de eolonit», il peupla ritalie de ses vétérans. Pour cela, il fallut s’approprier toutes les terres où ces colonies furent placées. C’est ce qu’il fit, en chassant tous les propriétaires, patriciens et autres, de la Lucanie, du Samnium, de l'Elrurie, et en les remplaçant par des soldats. Cent vingt mille légionnaires se partagèrent ainsi les terres les plus fertiles de la Péninsule.
Mais les tristes résultats qu'eut cette nouvelle loi agraire montrèrent combien était chimérique l’espoir mis dans cette réforme. Il y a des remèdes qui, administrés trop tard, tuent au lieu de guérir. Sylla croyait avoir fait de ses vétérans des laboureurs paisibles, et de ses sicaires enrichis d'honnétes citoyens. Mais, établis dans le pays par cohortes et par légions, ces hommes, livrés depuis longtemps à l’indiscipline, pouvaient, en raison de leur nombre et de leur organisation militaire, se livrer impunément à tous les excès contre les populations nu milieu desquelles ils vivaient en vainqueurs. D'un autre côté, ces soldats paresseux firent travailler pour leur compte, puis vendirent leurs terres et ne gardèrent que leur épée qu’ils vendirent plus tard aux factions '.
C’e.st dans les colonies de Sylla que Catilina recruta surtout ses bandes révolutionnaires*.
Les lois agraires, — lois de progrès et d’encouragement au travail, eussent sauvé la république; — lois de réaction et d’appât aux séditions populaires, elles la perdirent.
• Voy. Duruy, Bint. des Itomains, 11, p. 288 el 360; el Mérimée, Essai sur la guerre sociale, § 12.
* Voy. le savant roman de Félix Deriége, Les mystères de Home.
ilOLUTION DU PROBLèVB DE LA VISÈRB.