‹ Du problème de la misère et de sa solution chez les peuples anciens et modernes (volume 2)Chapitre 55 sur 76 · Les Triumtirs · texte numérisé non relu

Les Triumtirs

I.e peuple se venge de li mort de César sur les biens de rarlsloeratie, — Hœe mca iuni! — Partage de dix-huit villes et de leur territoire. — Octave, devenu l'empereur Auguste, reprend l'œuvre de César et fait comme lui : — Tau rura marubunt.

L'un des Gracques avait dit : « Je ne conçois pas qu’au milieu d'uue ville libre on rende la condition du peuple pire que celle des animaux féroces. Quand ces ennemis de l’homme veulent reposer, ils trouvent des retraites sûres dans leurs antres , des asiles paisibles dans les forêts ; tandis que les citoyens, qui exposent sans cesse leurs jours pour le salut et pour la gloire de leur patrie, se voient privés, à la fin de leurs travaux, de logement et de subsistance ; et, s’ils jouissent encore de l’air et du soleil, c’est que la cupidité de leurs oppresseurs ne peut les leur ravir. — Écoutez, cependant, nos superbes consuls , nos orgueilleux préteurs, quand ils baranguent les soldats, un jour de bataille : ils leur parlent comme à des hommes fortunés qui possèdent tous les biens de la vie. N’est-ce pas une raillerie insultante que de les exhorter à combattre pour nos autels quand ils n’ont pas de foyers; pour les palais de Rome quand ils ne possèdent pas une cabane ; pour une patrie* opulente qui ne leur laisse aucun héritage? Privés de tout, qu’ont-ils à défendre? Ils ont conquis les vastes contrées qui enrichissent la république, et ils n’en sont que plus pauvres. Leur sang a payé ces trésors auxquels on ne leur perrriet pas de participer. La veille d’un combat, on leur donne le titre de maîtres du monde; le lendemain du triomphe, ou leur conteste

LEGES iGRARIÆ.

quelques nrpens des royaumes qu'ils ont conquis »

Ces paroles étaient restées gravées dans la mémoire du peuple.

Et le peuple ne les oublia pas lorsque le patricial eut fait poignarder César. Alors, il se vengea de la mort de son héros, de son dieu, — deus, deus «7/e, — sur les biens mêmes de l'aristocratie auxquels César n’avait osé toucher. Donc, les triumvirs, les élus du peuple, après avoir proscrit trois cents sénateurs et deux mille chevaliers, — sanglantes représailles de la démocratie I jeux funèbres donnés par le peuple à la mort du héros de Pharsale * ! — réalisèrent la loi agraire que César n’avait osé formuler, en partageant aux soldats, pour leur tenir lieu de colonies (coloniarum loto), dix-huit villes choisies parmi celles qui avaient embrassé le parti aristocratique des meurtriers de César, les plus opulentes , les plus renommées par la bonté de leur territoire : Capoue, Rhegium, Venusia, Beventum, Nuceria, Ariminum, Yiboua ’;... auxquelles il faut ajouter Mantoue : Mantouc, pour son malheur, trop voisine de Crémone!

Manlua, V£ miseras nimiùm vidDaCremonae!

Virgile habitait Mantoue. C’est à cette circonstance que nous devons de couiiaître la touchante description qu'il nous a laissée des malheurs de cet inique partage agraire. Les propriétaires dépossédés fuyaient devant

' De SOgur, flist. rom., It, cli. I.

• Notez que l’on vil n des sénateurs, des préteurs, des tribuns se rouler en larmes aux pieds de leurs csdaves, leur demandant grâce, et les suppliant de ne point les déceler » (Michelet, rom., Il, cli. Tl).

• App., De Ml. cio., IV, 3.

l'dtranger farouche qui, sans pitië, leur disait : « Arrière, anciens colons, arrière ! ces biens-là sont à moi. » Ilæc mta $unt ; velere$ migrait co/ont / Ils fuyaient du sol natal, délaissant une terre chérie ; — JVos palriæ fines et dulcia Unquimut arva, nos palrfam fugimus t — pour aller loin, bien loin ! les uns vers la brûlante Afrique, les autres vers la froide Scylhie; ceux-ci en Crète, aux bords ravagés par les torrents de l’Oaxe; ceux-là dans le fond de la Bretagne , pays perdu, séparé du reste de l’univers ; et penitus loto ditisos orbe Brilannos. Et tous ces pauvres émigrés, donnant un dernier regard à leur patrie, pleuraient, et se demandaient si jamais, après un long exil, ils auraient l’heur de la revoir... « Des champs divinement cultivés appartenir à un soldat impie ! Un barbare recueillir de si belles moissons 1 ... O suites funestes des discordes civiles !... En qub discordia tives ptrduxtl miseros ' / »

Heureusement que, dans le partage du monde que se firent entre eux les triumvirs, Octave se trouva avoir l’Italie, et que, les temps de colère étant passés, et la politique voulant qu’au régime de spoliation et de terreur succédât l’esprit de mansuétude et de justice’, Octave apporta tous ses soins à cicatriser les plaies de cette pauvre Italie si déchirée, et fit dire aux anciens colons, par la voix du poète de Mantoue qui était venu l’implorer; «Je vous rends vos champs; luaruramanebunl. Retournez donc à vos charrues et menez paître vos troupeaux, comme auparavant. »

Pascile, ut aotë, boves, pueri; summittite lauros*.

‘ Virg., Edog., I et IX.

* Le Cris, Rome, ses novateurs, etc., U, P- 19-

* Virg., u6. sup.

LEGES ACnARtifi.

Puis, devenu l’empereur Auguste , il reprit l’œuvre de Ce'sar, et colonisa au profit des classes indigentes les terres non posstidces du domaine public. Mais il abolit l’usage des colonies militaires, en ordonnant qu a l’avenir les véte'rans recevraient leur récompense non en terres mais en argent Il résultait, aux yeux d’Auguste, plusieurs mauvais effets de cette distribution deà terres que l’on faisait depuis Sylla. D’abord, la propriété des biens des citoyens était rendue incertaine; ensuite si on ne menait pas dans un même lieu les soldats d’une cohorte, ils se dégoûtaient de leur établissement, laissaient les terres incultes, et devenaient des citoyens dangereux * ; que si on les distribuait par légions, les ambitieux pouvaient trouver dans un moment des armées toutes prêtes contre la république ’ ; danger auquel Auguste crut devoir remédier.

Et ainsi firent ses successeurs , sans que le problème agraire ait reçu d’autre solution.

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