LIBÉRATION DES ESCLAVES
l'institution elle-même, telles que, par exemple : la division flottante des successions , les inaptitudes individuelles, et les accidents imprévus.
Ainsi , il pouvait arriver, et il dut arriver souvent, que le patrimoine originaire de chacun finit par s'amoindrir et se morceler, par les partages successifs qu'y nécessitait la multiplication des familles. Mais le patrimoine, dans ce cas-là même, ne disparaissait jamais entièrement, et alors le travail, l'activité, l'intelligence, surexcités forcément par la nécessité, suppléaient, par un perfectionnement de culture, ou par une augmentation de bestiaux, à l'absence ou à l'amoindrissement de la part originelle dans l'héritage commun.
En tout cas, la pauvreté, dans le système agraire de Moïse, n'était, ne pouvait être que transitoire. C'en est assez pour que l'institution du jubilé nous paraisse devoir compter parmi celles qu'il est le plus regrettable que nous ne puissions emprunter aux anciens.
§ VI
Libération périodique des «sclaveH.
Les esclaves avaient aussi leur année sabbatique. — Distinction à ce sujet entre les esclaves étrangers et les esclaves hébreux. — Sort et condition domestique des uns et des autres.
L'esclavage étant la loi générale de l'antiquité, le législateur des Hébreux ne put ni l'abolir, ni en préserver son peuple entièrement. L'esclavage, d'ailleurs, était pour lui l'une des nécessités, l'un des droits réciproques de la guerre. Mais Moïse le mitigea par toutes les douceurs que comportait la justice des repré-
sailles, tempérée par rhiimaiiité. Ainsi, chez les Hébreux , il n'y avait d'esclaves que ceux que les malheurs de la guerre leur livraient en servitude, es-|| elaves que la loi prenait sous sa protection, en les mettant à couvert des mauvais traitements ^, en favorisant leur évasion de chez les mauvais maîtres ^, en faisant respecter l'honneur et la pudeur des femmes esclaves % en assurant à tous un jour de repos après six jours de travail, enfin en les faisant participer à la joie des festins dans les fêtes publiques *.
Toutefois, il est fait, dans V Ecclésiastique, entre les bons et les mauvais esclaves, une distinction dont les termes témoignent que , chez les Juifs des derniers temps, la douceur et l'humanité des maîtres n'étaient point le tempérament habituel, le correctif obligé de Tesclavage.
« Le chardon, le bâton et le fardeau à Tâne ; le pain, la discipline et le travail à l'esclave.
« L'esclave travaille quand on le châtie ; il reste oisif et ne songe qu'à s'enfuir quand on lui lâche la main.
« Le joug et les cordes font plier le cou le plus dur; un travail continu rendra souple l'esclave le plus récalcitrant.
« Donc, la torture et les fers au mauvais esclave...
(( Surtout tenez-le constamment au travail, car
» ££Cod.,XXI,20.
« Dewf., XXIII,15.
3 DeML,XXI, 14.
♦ Deut., XVI, etsuiv. —Du reste, il ne paraît pas que les Israélites eussent beaucoup d'esclaves. Ils n'en avaient pas besoin, élanl euxmêmes si laborieux et si nombreux dans un si petit pays. Les patriarches en avaient un bien plus grand nombre, puisque Abraham seul en arma plus de trois cents parmi ceux qui étaient nés chez lui (Gen., XIV, H),