ANNÉE JUBILAIRE
VOUS ne pourrez jamais le vendre que sous condition de rachat.
(( Si donc votre frère, étant devenu pauvre, vend le petit héritage qu'il possédait, le plus proche parent pourra, s'il le veut, racheter ce que celui-là a vendu.
« Que s'il n'a point de proches parents, et qu'il puisse trouver de quoi racheter son bien, on comptera les années des fruits depuis le temps de la vente qu'il a faite, afin que, rendant le surplus à celui à qui il a vendu, il rentre ainsi dans son bien.
« Que s'il ne peut point trouver de quoi rendre le prix de son bien, celui qui l'aura acheté en demeurera en possession jusqu'à Tannée du jubilé. Car, cette annéelà, tout bien vendu retournera au propriétaire qui l'avait possédé d'abord.
« Si, au lieu d'un fonds de terre, il s'agit d'une maison, si cette maison est dans un village qui n'a point de murailles elle sera vendue selon la coutume des terres; et si elle n'a point été rachetée auparavant , elle retournera à son ancien propriétaire en l'année du jubilé.
(( Si, au contraire, cette maison est située dans l'enceinte des murs d'une ville , celui qui l'aura vendue aura le pouvoir de la racheter pendant un an. - K Que s'il ne la rachète point dans ce délai, et qu'il ait laissé passer l'année, celui qui l'a achetée la possédera, lui et ses enfants, pour toujours, sans qu'elle puisse être rachetée, même en l'année du jubilé ' . »
D'après la loi, donc, aucun bien immeuble ne pouvait être aliéné à perpétuité chez les Hébreux. Les familles seules y étaient propriétaires, les individus n'é-
* lemY., XXV, 40 el suiv. '
4e INSTITUTIONS DE MOÏSE.
taient qu'usufruitiers. Le législateur n'avait excepté de cette mesure que les maisons des villes environnées de murailles. Le motif de cette restriction était que, tout en désirant l'accroissement du peuple, Moïse désirait qu'il se répandît uniformément sur le territoire au lieu de s'entasser et de se corrompre dans les grandes villes. 11 y trouvait, de plus, une garantie d'indépendance et de sécurité pour la nation. On sait que l'appât de Jérusalem enrichie fut la cause perpétuelle des invasions des rois d'Egypte et de Babylone , et , à la fin, de la ruine de tout le peuple \
D'après, donc, cet ensemble de mesures, tout enfant d'Abraham était obligé de conserver son patrimoine. Chacun devant pouvoir, dans la prospérité générale, manger sous sa vigne et son figuier, il n'y avait ni grandes exploitations, ni grands domaines. Chaque Israélite ayant son champ à cultiver, et le même qui avait été donné en partage à ses ancêtres, ils ne pouvaient, dit Fleury, changer de place , ni se ruiner, ni s'enrichir excessivement. La loi du jubilé y avait pourvu. Cette loi, rendant impossible toute acquisition durable, arrêtait dans sa source la passion d'acquérir. Chacun, d'ailleurs, sachant d'avance que jamais son bien ne sortirait de sa famille, s'appliquait davantage à le cultiver mieux, et la prospérité publique y gagnait.
De cette manière , la loi du jubilé rendait tous les Israélites à peu près égaux en biens , et cette égahté était organisée de telle sorte qu'une fois le bien-être (l'une famille fixé, ce bien-être ne pouvait plus ni péricliter ni baisser que par des causes étrangères à
' Proudlion, «6. snp., p. 46.