De la Charité
Définition et caractères de la charité. — Qu'est-ce qu'aimer son prochain comme soi-même? — Qu'est-ce que le prochain? — Nos ennemis, les méchants, Bont-ils notre prochain ? — Égoïté fraternelle substituée à l'égoïsme individuel. — Compelle inlrare, — Des actes et non des paroles. — La foi de saint Jacques. — Explication du mystère de l'inégalité des conditions. — Aumône, prêts gratuits, hospitalité en découlent.
Le christianisme, qui ne détruisit du monde païen que ce que le monde païen avait d'incompatible avec la foi nouvelle, et qui adopta comme siennes, en les épurant, le peu de vertus que le paganisme mourant lui légua, ne pouvait ne pas faire une vertu chrétienne de la bienfaisance des anciens.
Mais Jésus-Christ fit plus que de faire de la bienfaisance une vertu, il en fit la vertu des chrétiens, en lui imprimant le nom et le cachet de la foi nouvelle.
« Pour exprimer cette vertu, dit Chateaubriand, la religion ne s'est servie ni du mot amour, qui n'est pas assez sévère, ni de celui d'amitié, qui se perd au tombeau, ni de celui de pitié, trop voisin de Torgueil, mais elle a trouvé l'expression char i tas (grâce et joie), qui tient en même temps à quelque chose de céleste. Par là, elle nous enseigne cette vérité merveilleuse que les hommes doivent, pour ainsi dire, s'aimer à travers Dieu, »
« Qui n'aime pas son frère est homicide, dit l'apôtre saint Jean. Qui n'aime pas son frère ne connaît pas
Dieu ; car Dieu est charité ; Deus chantas est * . »
Donc, aimer Dieu, aimer le prochain, c'est Valpha et Voméga de la loi nouvelle. Et cet amour ne s'appelle pas amour, mais dilecttoriy — diligere'^.
Mais quelles paroles pourraient mieux définir la charité que celle du Sauveur lui-même?
(c Un docteur de la. loi s'étant levé dit : Maître, que ferai-jepour posséder la vie éternelle? — Jésus lui dit : Qu'est-ce qui est écrit dans la loi? Qu'y lisez-vous? — Il répondit : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toutes tes forces, et de tout ton esprit, et ton prochain comme toi-même. — Jésus lui dit : Vous avez bien répondu ; faites cela, et vous vivrez^. »
Aimer son prochain comme soi-même, c'èst-à-dire faire pour lui ce qu'on fait, ce qu'on ferait pour soi, c'est donc la vertu propre de la charité; c'est la charité ellemême.
(( Tout ce que vous voudrez que les hommes vous fassent, dit encore Jésus, faites-le-îewr dôric, èar Ceci est la loi et les prophètes*. »
Et ailleurs :
(( Donnez, et l'on Voils donnera. Si Vous avez fait aux autres une bonne mesure, pressée et rernu&, et s'épandant par-dessus les bords, on versera dans voire sein une mesure pareille; car on usera pour vous de la même mesure dont vous aurez usé pour les autres *. »
' Jean, I Ep., III, 15 et suiv. — IV, 8 et suiv.
* Voy. Philosophie sociale de la Bible, par l'abbé Clément, lom. II, p. 76.
3 Luc, X, 25-28. — Matt., XXU, 35.
* Malt., VII, 12. — Luc, VI, 31.
» Luc, VI, 30 k 35, 38.
w Personne ne recueille que ce qu'il sème, dit saint Paul. Semons donc le bien sans relâche, puisque nous en recueillerons le fruit en son temps*, et semons-le avec abondance; car celui qui sème avec abondance moissonnera aussi avec abondance ; de même que celui qui sèmera peu moissonnera peu K »
Mais, pour recueillir, il faut que la semence de l'a- .mour du prochain soit fécondée par le rayon de l'amour de Dieu. Les deux amours ne font qu'un. Tous deux sont confondus dans celui que Jésus a eu pour nous. C'est ainsi que nous nous aimons, par la charité, à travers Dieu.
On lit dans saint Jean, l'évangéliste de l'amour :
« Je vous donne un commandement nouveau, c'est .que vous vous aimiez les uns les autres, comme je vous ai aimés.
« En cela, tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de la dilection les uns pour les autres.
« Donc, aimez- vous les uns les autres, comme je vous ai aimés*. »
Ce commandement d'amour, Jésus le répète sans cesse; c'était toute sa doctrine, toute sa loi; ajoutons : c'était toute sa vie ; car sa courte vie ne fut qu'un long bienfait; pertransiit benefaciendo^»
C'était aussi toute la doctrine, toute la vie de saint Paul, le grand apôtre :
« La fin des commandements, c'est la charité, — la charité qui naît d'un coeur pur, d'une bonne conscience et d'une foi sincère.
1 Paul, Galat, VI, 9.^Jd., H Cor., IX, 6.
» Jean, XIII, 34 et 35. — XV, 12 et 17.
* ^ct. Apost.f X, 38. — Voy. ci-dessus, p., 96.
^( Portez donc les fardeaux les uns des autres, et vous accomplirez ainsi la loi du Christ*.
(( Et unissez-vous les uns avee les autres pour vous soutenir mutuellement, comme Jésus-Christ vous a unis avec lui pour la gloire de Dieu.
(( Et soyez-vous bons les uns aux autres, pleins de compassion et de tendresse, vous pardonnant mutuellement comme Dieu vous a pardonné en Jésus- Christ.
« Que votre charité soit sincère et sans déguisement, que votre affection pour votre prochain soit tendre et fraternelle. Tous les commandements sont résumés dans celui-ci : Vous aimerez le prochain comme vousmême ^. »
Encore et toujours la mutualité, la réciprocité, c'està-dire Yégoïlé fraternelle, ou amour du prochain dans soi, substitué à l'égoïsme individuel, ou amour de soi sans le prochain.
Mais qu'est-ce que le prochain ^?
Un docteur de la loi ayant demandé à Jésus : « Qui est mon prochain ? » Jésus lui répondit par la parabole suivante :
« Un homme, qui descendait de Jérusalem en Jéricho, rencontra des voleurs qui le dépouillèrent et qui, l'ayant blessé, le laissèrent à demi-mort.
(( Or, il arriva qu'un prêtre descendait par le même chemin ; lequel, l'ayant vu, passa outre.
« Pareillement, un lévite, étant venu là, le vit, et passa outre aussi.
* Paul, I Tim., i, 5- — /c/., Galat., VI, 2.
* Paul, Rom., XII, 9el 10.— XIII, 9.— XV, 7.— 7c/., Ephes., IV, 32.
* Prochain, proximus^ qui est près de.
« Mais un Samaritain, qui était en voyage, vint près de lui, et, le voyant, fut touché de compassion. Et, s'approchant, lui banda ses plaies, y versa de l'huile et du vin; et, le mettant sur son cheval, il le conduisit en une hôtellerie, et prit soin de lui. Et, le jour suivant , tirant deux deniers , il les donna à l'hôte et lui dit : Prenez soin de lui, et, tout ce que vous dépenserez de plus, je vous le rendrai à mon retour.
« De ces trois, lequel vous paraît avoir été le prochain de celui qui était tombé parmi les voleurs?
« Le docteur répondit : Celui qui a été compatissant pour lui.
(( Alors Jésus lui dit : Allez et faites de même *. »
Or, les Samaritains étaient pour les Juifs un objet de haine et d'horreur, à cause des dissidences religieuses qui les séparaient. Frappés d'anathème par la synagogue, elle les avait en telle abomination que leur nom même était, chez la nation entière, une sanglante injure, et comme le nom propre du pécheur et du réprouvé. Or, ce n'est pas le prêtre qui passe, le lévite qui passe, sans être ému , devant le voyageur blessé, c'est le Samaritain, le schismatique, l'excommunié, que Dieu regarde avec complaisance, parce que lui seul a accompli le précepte auquel le salut est attaché. Lui seul possédera donc la vie. Quel jour immense Jeté dans les ténèbres de l'égoïsme pharisien ^
Les pharisiens, voulant pénétrer plus avant dans ce jour si nouveau pour eux, et aussi pousser Jésus jusqu'au point extrême qui sépare l'élévation de la chute, cherchèrent à le détourner de son enseignement, en
* Luc, X, 29 k 37.
lui disant « que sa mère et ses frères étaient là, dehors, qui demandaient à lui parler ^ »
(( Ma mère! mes frères I répondit Jésus. Mais ce sont ceux qui écoutent la parole de Dieu, et qui la pratiquent * ! »
Et il continua à évangéliser les pauvres *.
ic( Evangéliser les pauvres ! C'était là le signe suprême, plus que la vue rendue aux aveugles, plus que la marche aux estropiés, plus que la pureté aux lépreux, plus que l'ouïe aux sourds, plus que la vie aux morts. Evangéliser les pauvres ! c'est-k-à\re restituer la sciencei, la lumière, la dignité à la portion de l'humanité qui n'avait plus rien de tout cela ; c'est-à-dire établir entre rhumfauité et Jésus-Christ une alliance, une solidarité qwi devait couvrir éternellement le pauvre et lui^assurer le respect de tous les siècles à venir : (c Tout ce que vous aurez fait, dit Jésus, au plus petit d'entre mes frères, c'est à moi-même que vous l'aurez fait '. »
Alors ses disciples lui demandèrent : mais, le prochain, sont-ce nos ennemis?
Jésus leur répondit :
« Vous avez entendu qu'il a été dit: Vous aimerez
* Marc, VIII; 20 et 21. — L'Écriture nous apprend que Jésus-Christ aîinait particUlièreraent ses disciples, et ses apôtres entre les autres, et, entre ceux-ci, saint Pierre et les deux frères, fils de Zébédée, et surtout saint Jean. Par les différentes marques d'affection données spécialement à saint Pierre et à saint Jean , Jésus autorise les liaisons particulières d'amilié, sans préjudice de la charité générale. En témoignant qu'il ne reconnaît pour mère et pour frères que ceux qui écoutent la parole de Dieu, il montre que la chair et le sang n'avaient aucune part dans ses affections (Luc, II, 49. — XI, 28. — Matt., XII, 48. — Jean, XI, 4).
« Luc, IV, 18.
» Lacordaire, Conférence sur la propriété, t. II, p. 326.
votre prochain et vous haïrez votre ennemi '. — Et moi je vous dis : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux (|ui vous persécutent et vous calomnient ; — afin que vous soyez les enfants de votre Père qui est dans les cieux, qui fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants^ et descendre la pluie sur les justes et sur les injustes. — Car si vous n'aimez que ceux qui vous aiment, et si vous ne faites du bien qu'à ceux qui vous en font, que vous doit-on pour cela? Les pécheurs, les publicains ne font pas autre chose. — Et si votre justice n'abondait plus que celle des scribes et des pharisiens, pourquoi entreriez-vous plus qu'eux dans le royaume du ciel? — Faites donc du bien à tout le monde, et vous serez les enfants du Très-Haut ; et vous serez parfaits, comme votre Père qui est dans les cieux est parfait^. »
C'est cette sublime doctrine qu'enseignait saint Paul en disant :
« Ne rendez à personne le mal pour le mal. Au contraire, si votre ennemi a faim, donnez-lui à manger; s'il a soif, donnez-lui à boire ^ »
Faire du bien à ceux qui vous font du mal, telle était donc la vengeance des premiers chrétiens. Ee
* Ceci ne peut s'entendre que de l'inimitié, que delà haine politique que les Juifs devaient concevoir contre leurs oppresseurs (voy. Bossuet, Hist. univ,^ part. II, ch. 5, page dernière), haine si bien justifiée, et qui éclata en représailles si terribles , lors de la ruine définitive de Jérusalem par Vespasien et Titus, l'an 71 (voy. Flav. Josèphe, Guerre judaïque^ liv. VII, ch. 5. ~Et Philar. Chasles, Etudes sur les premiers temps du Christian. , p. 6). Quant aux ennemis privés, l'ancienne loi n'a jamais dit de les haïr; au contraire. (Voy. ci-dessus, p. 58. — Et Exod., XXIII, 4, b.^Levit., XIX, 18. — Prov., XXIV, 17, 29.)
« Matt., V, 20, 43 à 48. — Luc, VI, 30 k 35, 46.
« Paul, ad Rom., XII, 17 et 20. — Voy. ci-dessus, p. 58.
chrétien dealers ne cherchait à vaincre son ennemi que par ses bienfaits. Noli vinct à malo, sed vince in bono malum *.
Mais si notre prochain c'est tout le monde, même notre ennemi, est-ce aussi le méchant, le pécheur, rinjuste?
A ceux qui lui adressaient cette question, Jésus fit cette autre réponse, plus éblouissante que toutes d amour et de charité :
w Ce ne sont pas les gens en santé qui ont besoin de médecins, mais les malades : je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs. C'est pourquoi, allez d'abord aux brebis perdues de la maison d'Israël.
(( Quel est celui d'entre vous ayant cent brebis, qui, s'il en perd une , ne laisse les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert, et ne s'en aille après celle qu'il a perdue jusqu'à ce qu'il la trouve?
« Il y aura plus de joie dans le ciel pour un pécheur qui fait pénitence que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n'ont pas besoin de pénitence ^. »
Et, de fait, si, vivant à part, les forts se séparaient des faibles, les bons des mauvais, où ceux-ci trouveraient-ils l'appui nécessaire pour se réformer? La charité se fait toute à tous , suivant l'expression de l'apôtre.
« La charité est bénigne et patiente ^ ; la charité n'est ni envieuse, ni orgueilleuse, ni irréfléchie. — Elle
* Ibid., 21.
« Marc, II, 17. — Malt. IX, 12; X, 6. — Luc, XV, 4, 7.
' « La patience est une partie de la douceur, et la douceur est la matière de la bonté; ces trois qualités , fondues ensemble, la patience, la douceur et la bonté, produisent la charité, la plus excellente des Yerlus » (S. Basile, Petites règles).
n'est nî ambitieuse, ni égoïste, ni soupçonneuse, ni colère. — Elle ne se réjouit point de l'injustice, et ne se complaît que dans la vérité. — Elle souffre tout, croit tout, espère tout, supporte tout... *. »
La charité patiente doit- elle donc attendre qu'on frappe à sa porte pour l'ouvrir?
Voici la réponse des livres saints :
« Si quelqu'un d'entre vous avait un ami et qu'il allât le trouver au milieu de la nuit pour lui dire : « Mon ami, prêtez-moi trois pains, parce qu'un des miens, qui est en voyage, vient d'arriver chez moi, et je n'ai rien à lui donner, » — et que cet homme lui répondît, du dedans de sa maison : « Ne m'importunez point, ma porte est déjà fermée, et mes enfants sont couchés aussi bien que moi ; je ne puis me lever pour vous en donner; » — rsi néanmoins l'autre persévérait à frapper, je vous assure que, quand il ne se lèverait pas pour lui en donner, à cause qu'il est son ami, il se lèverait à cause de son importum'té , et il lui en donnerait autant qu'il en aurait besoin.
« Et je vous dis de même : Demandez et on vous donnera ; cherchez et vous trouverez ; frappez et l'on vous ouvrira ; — car quiconque demande reçoit ; et qui cherche trouve; et h qui frappe, on ouvrira ^.
« Que si Ton n'ouvre pas, c'est que vous demandez mal, et seulement pour satisfaire vos convoitises'. »
Mais la pitié secourable, la compassion, l'amour, va au-devant de toutes les misères et n'attend pas qu'elles
» Paul, I Cor., XIII, i et suiv.
« Malt., VII, 7 et 8. —Luc, XI, 5 h iO.
' Ep. cathol. de saint Jacques, IV, 8.
\7:i PRIMITIVE ÉGLISE.
frappent à sa porte. La faible voix du malheur crie plus haut aux oreilles de la charité que la voix criarde (}u mendiant, dit saint Ambroise. L'amour n'attend point ceux qui souffrent; il les cherche partout où ils se retirent pour fuir les regards de3 hommes, comme le maître qui dit à son serviteur : Allez dans les chemins, et le long des haies, et contraigne^ d'entrer tous ceux que vous trouverez, compelle iifitrare, afin que ma maison soit remplie. L'amour surmonte leur timidité, dissipe l'espèce de honte amère et douloureuse qui les porte à se renfermer en $oi, les relève de leur abattement, et, par tout ce qu'inspire une sympathie profonde, et le sentiment du devoir fraternel, les contraint d'entrer dans la salle du festin *.
C'est ce qui fait que de ces trois vertus, — la foi, l'espérance et la charité, — la charité est la plus excellente, « la charité étant l'océan où commencent et aboutissent toutes les autres vertus. »
« Quand je parlerais toutes les langues de la terre et du ciel, si je n'ai point la charité, je ne suis qu'un airain sonnant et une cymbale retentissante ^.
(( Et quand j'aurais le don de prophétie et le secret de tous les mystères ; quand j'aurais la science parfaite de toutes choses ; quand j'aurais même la foi, la foi à transporter des montagnes , si je n'ai point la charité, je n'ai et ne suis rien.
(( Et quand j'aurais distribué tout mon bien pour nourrir les pauvres, et livré mon corps aux bourreaux
» Luc, XIV, 23. — Commenlé par Lamennais, p. 284, note 3.
2 Le prophète comparait ces hommes vides k des paniers percés. Comedistis et non estis satiati; bibistis et non estis inebriati; et qui mercedes congregavit misit eas in sacculum pertusum (Agg. , 1, 5, 6}. Opéra eorum, opéra inutilia (Is. XLIX, 6).
pour être brûle, si je n'ai point la charité, tout cela ne me sert de rien * . »
La charité est donc l'âme de la foi, en même temps qu'elle en est le corps, c'est-à-dire la manifestation.
C'est pour cela que Jésus disait : « Pourquoi m'appelez-vous Seigneur! Seigneur! et pourquoi ne faitesvous pas ce que je dis * ? »
C'est pour cela que l'apôtre saint Jacques écrivait, dans son Èpître catholique^ ces maximes sublimes de foi pratique et de charité :
« Ce n'est point par des paroles , mais par des actes, que la vie de la foi se révèle.
« Comme un corps sans âme est un corps mort, de même une foi sans œuvres est une foi morte.
« Que si quelques-uns de vos frères on de vos soeurs sont nus et privés de leur nourriture de chaque joiir, et que vous leur disiez : « Allez en paix, couvrez-vous, et rassasiez-vous, » et cela, sans que vous leur damiez ni le vêtement, ni le pain qui leur manquent, à quoi leur serviraient vos paroles ?
(c Vous croyez qu'il n'y a qu'un Dieu; c'est bien! Mais les démons le croient aussi, et ils en tremblent.
(f Croire , sans agir conformément à ce qu'on croit , n'est rien. Voyez Abraham ! Lorsqu'il pjffrit son fils Jsaac sur l'autel, «a foi était jointe à ses -couvres
« L'homme est justifié par les œuvres et pa^ jsejitement par sa foi.
(( Sans les œuvres donc, la foi, en elle-même, est
» Paul. IConrï(/i.,XUI,lkl3.
2 Luc, VI, 30.
morte, mortua est y et qu'est-ce qu'une foi morte pour le salut * ?
(c Ne vous y trompez pas, mes frères, — nous dit un autre apôtre, — ce n'est pas de la langue ni en paroles qu'il faut aimer le prochain, mais en œuvres et en vérité. Voir son frère dans le besoin, et lui fermer ses entrailles, ayant de quoi l'aider^ est-ce donc avoir en soi la charité de Dieu ^ ? »
C'est ainsi que le christianisme , qui ne commande que des vertus tirées de nos besoins, est venu expliquer, par le précepte de la charité, le mystère de l'inégalité des conditions parmi les hommes, et faire jaillir une source inépuisable d'abondance de la source même des nouvelles misères que Fémancipation , devenue plus fréquente et plus active, des races esclaves, dut naturellement amener avec elle.
Les œuvres de la charité consistaient, chez les premiers chrétiens, en trois actes extérieurs principaux : l'aumône ; le prêt gratuit ; l'hospitalité.
Nous allons en faire connaître les lois, le but, et les résultats.