‹ Du problème de la misère et de sa solution chez les peuples anciens et modernes (volume 3)Chapitre 17 sur 40 · De l'Aumône · texte numérisé non relu

De l'Aumône

Définition et caractère de l'aumône. — C'est une dette. — Obligation de l'acquitter. — Fruits spirituels et temporels de l'aumône. — Objet de l'aumône. — Quels pauvres doit-cin soulager? — Quantum de l'aumône. — Faut-il tout donner aux pauvres ? — L'Évangile et les Pères en discord sur ce point. — Les Pères font la règle de l'exception admise par Jésus. — Toutefois, distinguent entre le nécessaire et le superflu. — Notre superflu est le nécessaire du pauvre. — C'est son bien. — Ne pas le lui donner, c'est le voler. — Mais qu'est-ce que le nécessaire, et qu'est-ce que le superflu, d'après les Pères

* Ep. cathol. de saint Jacques, II, 44 k 26. « I Joan., III, Sel 17.

* Aumône, en grec iXtïijAoïuvyi, signifie compassion, miséricorde.

AUiMÔNE. 177

de l'Église ? — Leur doctrine à cet égard taxée d'exagération révoltante. — Cette exagération tenait aux mœurs du temps. — Exemples. — Finit par se rendre à la raison. — Da secundum vires tuas. — Aumônes des premiers chrétiens. — Jalousie qu'en ressent Julien l'Apostat. — Plus de mendiants !

Sous la loi du monde juif et du monde païen, la victime, l'holocauste acquittaient la dette de l'homme envers Dieu. Sous la loi du Christ, l'aumône, le sacrifice au prochain ont remplacé l'holocauste et la victime. (( C'est par de telles victimes que Dieu sera apaisé, » dit saint Paul aux Héhreux, en leur recommandant d'exercer l'hospitalité et de faire part de leurs biens aux autres.

L'aumône est le premier devoir qui découle de la charité. Aumône et charité sont même, dans le langage ordinaire, une seule et même chose ; car Ton dit communément : faire, donner, demander la charité^ pour : faire, donner, demander Yanmône.

Les anciens ont pratiqué l'aumône *; mais, à la différence du paganisme qui se contentait de recommander l'indigent h la générosité du riche, le christianisme montra Dieu personnellement obligé dans la personne de l'indigent^. Donner aux pauvres, dit l'Écriture, c'est donnera Dieu même et lui prêter à usure ^. L'aumône, suivant l'ancienne philosophie, est un bienfait, Cesi justice , suivant l'Écriture; elle dit même : c'est une dette'*.

Ainsi, la bienfaisance revêt une physionomie toute nouvelle. Avant le christianisme, elle était l'amie des malheureux ; depuis, elle en est devenue la mère, et

1 Voir tom. \^\ p. 281 et suiv.

« Malt., XXV, 35-40.

» Prov., XIX, 17. — Malt., XXV, 40.

* EccU. , lY, 8. — Voy. ci-après, § VIH.

Taumône qu'elle leur donne, c'est le paîn qu'elle doit à ses enfants.

L'Écriture sainte n'afFecte-t-elle pas, en effet, de nous répéter sans cesse que tous les chrétiens sont frères, c'est-à-dire tous enfants d'une seule grande famille, laquelle ne reconnaît qu'un même père, qui est Dieu ? Or, serait-il dans la nature que, dans la maison paternelle, un des enfants absorbât pour lui seul toutes les ressources de la famille ; qu'il vécût dans la joie et dans l'abondance, et que les autres manquassent de tout et mourussent de besoin * ? Première preuve que le devoir de l'aumône est une obligation de famille découlant naturellement de la loi de charité.

Une seconde preuve de cette obligation résulte d'une autre comparaison de l'Écriture. Malgré tous les liens qui unissent les enfants d'un même père, ce n'est pas encore assez pour faire sentir l'union étroite qui doit exister entre les chrétiens. Il est encore, dans la nature, une union plus intime et plus inviolable, et c'est cellelà qui doit nous faire entendre ce que c'est que la charité et quels en sont les devoirs. Nous ne sommes tous ensemble qu'un même corps, nous dit saint Paul ; nous sommes les membres les uns des autres ^. Voyez donc l'union et le rapport intime qui existe entre les différents membres de votre corps ; voyez comme ils se prêtent assistance ; comme ils s'entre-secourent dans tous leurs besoins. Qu'un membre de votre corps soit dans la souffrance, tous les autres ne semblent-ils pas res-

1 Traité de Vaumône^ par M. le curé de ***, avec approbation de Monseig. l'archevêque de Paris. Paris, 1841, p. 24.

* lia mulli unum corpus sumus, aller allerius membra. (Rom., XII, 4, 5.) Vos autem estis corpus Christi, et membra de membre, (I Cor. y XII, 27.) Sumus invicem membra. {Ephes.j IV, 25.)

sentir et partager sa douleur * ? D'où celte conséquence, que les chrétiens qui restent insensibles aux souffrances des malheureux n'ont pas la charité, et, par conséquent, ne peuvent être membres de ce corps, puisqu'ils n'en ressentent pas les douleurs.

Nous avons vu en quels termes Jésus recommande cette charité qui doit unir tous les chrétiens pour n'en faire plus qu'un même corps et une même famille. C'est dans la charité que sont renfermés la loi et les prophètes. C'est là le commandement de Jésus-Christ. C'est là le caractère essentiel et distinctif de ses disciples^. Quiconque n'a pas cette charité dans le cœur n'a plus aucune part à l'Évangile de Dieu ; il est exclu de l'alliance, étranger à toutes les promesses ; il n'a plus Dieu pour père, et Jésus-Christ ne le compte plus parmi les siens. Aurait-il opéré des miracles, s'il n'a pas la charité, tout le reste est inutile et ne le sauvera pas^. (c Plusieurs viendront en ce jour, a dit Jésus- Christ, et ils diront : Seigneur, Seigneur, n'avons-nous pas opéré en votre nom des prodiges? N'avons-nous pas chassé les démons en votre nom ? Et je leur répondrai ; Je ne vous ai jamais connus. Retirez- vous, ouvriers d'iniquité*. »

Or, si telle est la nécessité de la charité que, sans elle, rien ne peut nous sauver de l'anathème éternel, comment ne pas voir que de là suit évidemment l'obligation de l'aumône dans toute sa rigueur ^ ?

* Et si quid patitur unum membrumy compatiuntur omnia membra. (I Cor., XII, 26.)

2 Voir ci-dessus, p. -167.

^ Ibid. , it. il4.

* Mail., VII, 22, 23.

* Imité de V aumône, p. 19 et 2.5.

En principe, tous les chrétiens sont d'accord sur le devoir obligatoire de l'aumône. Mais, lorsqu'il s'agit de l'application^ chacun agit et raisonne comme si c'était un simple conseil, une de ces œuvres, bonnes et louables en elles-mêmes, mais dont il est libre à chacun de s'affranchir, s'il le veut.

Et cependant, tous les livres sacrés, tant de l'Ancien que du Nouveau Testament, nous présentent l'aumône, non pas simplement comme une bonne œuvre agréable à Dieu, mais comme une loi expresse et formelle à laquelle on ne saurait se soustraire sans tomber sous les anathèmes les plus terribles.

Nous avons vu les préceptes et les commandements du mosaïsme sur l'aumône \

Les préceptes et les commandements du christianisme ne sont ni moins sévères ni moins formels.

On dirait même, à voir la manière dont l'Écriture et les saints docteurs s'en expliquent, que toute l'affaire du salut en dépend, et que la miséricorde toute seule, pratiquée ou méprisée, doit, un jour, opérer l'éternelle séparation entre les élus et les réprouvés.

« Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde, » dit le Sauveur^.

i< Malheureux qui a le pouvoir de faire le bien et qui n'en a pas la volonté, dit saint Ambroise. Malheureux qui ferme ses greniers devant le peuple qui a faim^. »

« Heureux au contraire, dit le psalmiste, celui qui repose son intelligence sur le pauvre et l'indigent ; le

* Voy. ci-dessus, p. 53 et suiv.

2 Matt., V, 7.

» S. Ambr., deNabut., c. XIII.

Seigneur le délivrera dans le jour mauvais. Le Seigneur viendra lui-même le consoler et l'assister sur le lit de douleur ; il prendra soin lui-même de retourner et de remuer sa couche * . »

« Comme Feau du baptême éteint le feu de l'enfer, ainsi Taumône efface le péché, » dit saint Gyprien ^. « L'aumône est même plus riche encore en indulgences que le baptême, « ajoute saint Ambroise, « car le baptême ne nous donne le pardon qu'une seule fois, tandis que l'aumône nous le procure chaque fois que nous la faisons^. »

« Partagez votre pain avec celui qui souffre la faim, dit Jésus-Christ par la bouche d'Isaïe; donnez une retraite à celui qui est sans asile ; procurez un vêtement aux malheureux. Alors voire lumière se lèvera belle comme l'aurore ; alors vous invoquerez le Seigneur, et il vous exaucera; alors vous crierez et aussitôt il vous répondra : Me voici * ! »

« C'est ainsi que la charité couvre la multitude de nos iniquités, » dit saint Pierre ^

i( J'ai connu, dit saint Basile, bon nombre de chrétiens qui priaient, qui jeûnaient, qui pratiquaient tous les exercices de piété commandés par la religion, mais sans y joindre les largesses de la miséricorde. A quoi bon, dès lors, tout ce zèle? C'est un vain étalage de vertus, quand il n'est pas soutenu par l'aumône ^»

* Ps. XL, V. 1 et suiv.

* s. Cypr., de Operib et eleemos, ' S. Ambr., in cap. III Eccli.

* Is. LVIII, 7 et suiv.

" Caritas operit multitudînem peccatorum. (I Petr.y IV, 8.)

* S. Bas., in Ditescentes,

« Donnez et il vous sera donné*; mais il est plus heureux de donner que de recevoir, » dit le Seigneur ^.

« De quel front oseriez-vous adresser vos prières au Seigneur votre Dieu, quand vous ne daignez pas écouter la voix de votre frère, « dit saint Augustin.

Ainsi, en même temps qu'elle est un devoir obligatoire pour nous, l'aumône est une semence fe'conde qui produit pour nous plus d'un fruit précieux : — elle efface et expie le péché; — elle soutient nos prières et les rend efficaces auprès de Dieu.

L'aumône produit un autye fruit : elle porte les bénédictions, même temporelles, au sein des familles, tout en assurant à celui qui la donne le bonheur éternel.

D'après saint Pierre Chrysologue, le moyen d'être toujours riche, c'est d'être riche en miséricorde. Esio dîves in misericordiâ, si semper esse vis dives. Et tune erunt horrea tua majora, tune plena ^.

(( Vous craignez que l'abondance de vos aumônes n'épuise vos richesses, dit saint Cyprien; mais croyezvous donc que Jésus-Christ manquera de nourrir celui qui le nourrit lui-même dans la personne du pauvre ! Ce serait là une pensée impie, qui vous rendrait infidèle dans la maison de Dieu^. »

« Le sein du pauvre, dit saint Augustin, est une terre fertile qui vous rendra promptement ce que vous lui aurez confié ^ »

(( L'aumône est une source d'eau vive, dit saint

» Luc, VI, 38.

« Act. apost., XX, 35.

8 B. Pelr. Chrysol., Or., 104.

* S. Cypr., de Operib, et eleemos.

« S. Aug., Serm., XXI, de Verbo Dei.

Basile; c'est une fontaine d'autant plus abondante qu'on vient y puiser plus souvent *. »

« Je ne me souviens pas, e'crivait saint Jérôme, d'avoir vu jamais que celui qui a exercé de bon cœur les œuvres de miséricorde ait fait ensuite une fin malheureuse. Il a pour lui un si grand nombre d'intercesseurs! Il est impossible que tant de voix ne soient pas entendues^. »

« L'aumône, a dit un Père de l'Église moderne, est l'arôme qui empêche les richesses de se gâter ^ »

Qu'est-ce que la richesse sans la charité !

(( Il y avait un homme riche dont les terres avaient beaucoup rapporté, et il s'entretenait en lui-même de ces pensées : Que ferai-je? car je n'ai pas de lieu où je puisse serrer tout ce que j'ai à recueillir. Voici, dit-il, ce que je ferai : j'abattrai mes greniers, et j'en bâtirai de plus grands, et j'y amasserai toute ma récolte et mes biens. Et je dirai à mon âme : mon âme, tu as beaucoup de biens en réserve pour plusieurs années; repose-toi, mange, bois, fais bonne chère. Mais Dieu, en même temps, dit à cet homme : Insensé que tu es, on va te redemander ton âme, cette nuit même, et pour qui sera ce que tu as amassé? — Celui-là n'est point riche pour lui-même qui ne l'est pas devant Dieu. »

Quand Jésus raconte à l'avance ce qui doit se passer au dernier jour, en ce jour qui doit rendre à chacun selon ses œuvres, et fixer irrévocablement notre sort pour l'éternité, que dit-il à ses élus : « Venez, les bénis de mon père, possédez le royaume qui vous a été

* s. Bas., de Avar.

'S. Hier., ad Nepot,

' Le P. Lacordaire, Sermon de charité prêché à Nancy, cet. 1846.

préparé de toute éternité; car j'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger; j'ai eu soif, et vous m'avez donné à boire; j'étais sans asile, et vous m'avez recueilli ; nu, et vous m'avez vêtu ; malade, et vous m'avez visité; en prison, et vous êtes venus à moi*. »

Et aux réprouvés : « Retirez-vous de moi, maudits; car j'ai eu faim et vous ne m'avez pas donné à manger; j'ai eu soif, j'étais nu, malade et sans asile, et vous ne m'avez pas secouru. Chaque fois que vous avez refusé le dernier des miens, c'est moi-même que vous avez repoussé^. »

Comme on le voit, en ce jugement où tous les criminels doivent comparaître, Jésus-Christ semble n'avoir égard qu'à la miséricorde ou à la dureté envers les malheureux. Tout le reste paraît indifférent à ses yeux. Les devoirs de la miséricorde, observés ou méconnus, tel est l'unique motif de sa sentence ^

Maintenant qu'il doit demeurer démontré pour nous que l'aumône n'est pas, dans l'Évangile, qu'un conseil de perfection, mais bien un devoir d'obligation à l'accomplissement duquel la conscience et le salut sont intéressés, examinons quelle était l'étendue de ce devoir, chez les premiers chrétiens, et quant à l'objet même de l'aumône, et quant à la portion des bienis qu'on devait obligatoirement y employer.

Et d'abord, l'objet de l'aumône, c'étaient les pauvres mêmes dont tout chrétien était tenu de soulager les misères.

* Malt., XXV, 35 et 36.

* Ihid., XXV, 41 et suiv.

^ Voy. ci-dessus, p. 80, le même motif qui a fait condamner le mauvais riche pour sa dureté envers le pauvre Lazare.

L'aumône étant l'expression naturelle aussi bien que la preuve de la charité, elle devait en avoir le caractère essentiel, c'est-à-dire qu'elle devait s'étendre à tous, sans exception, sans exclusion, sans réserve.

Toutefois, dans sa sollicitude incessante pour les pauvres, l'Église ne s'est occupée, et n'a pu vouloir s'occuper que des bons pauvres*, c'est-à-dire de ceux que leurs infirmités ou leur âge mettaient hors d'état de gagner leur vie par le travail ^ ; autrement, elle eût favorisé l'oisiveté et tous les vices dont l'oisiveté est la mère ^. C'est pourquoi les saints Pères recommandent de faire l'aumône, non-seulement avec joie*, avec promptitude ^, avec humih*té% avec charité"^, mais encore avec justice et discernement® ; car la charité n'agit pas à l'étourdie, caritas non agit perperam, dit l'apôtre®.

* Voir sur les bons pauvres, ci dessus, p. 83.

* Nam cùm omnes pauperes adjuvandi sunt, tune illi qui œgrotant prœcipuè sunt complectendi. Qui enim egens et œger est duplici laborat paupertate. (S. Greg. Nyss., Oral, de Pauperib. amandis.) — Consideranda etiam in largiendo œtas atque débilitas , ut senibus plus kirgiaris qui sibi labore jam non queunt victum suum quœrere. Similiter et débilitas corporis ; et hœc juvanda propitiùs. (S. Ambr. , de Doctr. fid. 30,)

3 Voy. ci-dessus, p. 26 et 153.

* Miseretur in hilaritate. (Paul, Rom., XII, 8.) — Voy. ci-après, p. 189.

^ Scio enim promptum animum vestrum; pro quo de vobis glorior, (Paul, II Cor., IX, 2.) - Voy. ci-dessus, p. 56.

* « Lorsque vous faites raumône, ne sonnez pas de la trompette devant vous pour fixer sur vous les regards. Que votre main gauche elle-même ignore ce que fait votre main droite. Ne cherchez d'autre témoin que votre Père céleste qui vous voit dans le secret, et qui vous le rendra. » (Matt., VI, 1 et 5.)

'^ On peut faire l'aumône et n'avoir pas la charité. Voy. ci-dessus, p. 174.

^ Voir la note 2 ci-dessus.

« Paul, I Cor., XIII, 4.

Saint Paul dit même que, tout en faisant du bien à tous, nous devons en faire principalement à ceux qui, comme nous, se sont rendus les domestiques de la foi^

De même que l'Église ne distribuait pas ses aumônes à tous indifféremment, de même elle ne recevait pas les aumônes de tous indistinctement. Ainsi, elle refusait celles desexcommunie's, des adultères, des femmes débauche'es, des pe'cheurs publics. Elle aimait mieux exposer les pauvres à manquer du nécessaire, que de les faire profiter de secours dont la source était impure, ou plutôt elle remettait à la Providence divine le soin d'y pourvoir par une autre voie^.

Quant à la portion de leurs biens que les chrétiens de l'Évangile devaient obligatoirement employer en aumônes, nous avons vu déjà que vendre tout, pour tout donner aux pauvres, n'était, dans le langage du Christ, qu'une prescription exceptionnelle, applicable seulement au cas de perfection apostolique qu'elle concernait. Pour les cas généraux, nous ne connaissons d'autres préceptes émanés de Jésus sur l'aumône que les suivants :

« L'homme bon tire le bien du bon trésor de son cœur; car là où est le cœur, là est le trésor \ »

« Donnez à quiconque vous demande, et, ce qu'on vous ravit, ne le réclamez point*. »

« Vous autres Pharisiens, vous nettoyez le dehors de la coupe et du plat; mais, au dedans de vous, tout est

* Paul, Galat., VI, 10.

2 Const. Apost., IV, c. i, 2 et suiv. » Luc, VI, 65. — Malt., VI, 21.

* Luc, m, 11. — VI, 30. -XI, 39 et 41. -XIV, 14.

plein de rapine et d'iniquité. — Faites l'aumône de ce que vous avez, et tout sera pur pour vous *. »

« Que celui qui a deux tuniques en donne une à celui qui n'en a point, et que celui qui a de quoi manger fasse de même * . »

(( Lorsque vous faites un festin, appelez-y les pauvres, les débiles, les boiteux, les aveugles, et vous serez heureux de ce qu'ils n'ont rien à vous rendre, car ce vous sera rendu dans la résurrection des justes ^ »

La vertu de l'aumône n'était-elle donc accessible qu'aux riches ? Le pauvre, jusque dans sa misère, peut encore, avec la moitié de son pain, goûter le grand bonheur de la richesse, qui est de donner, et le denier qu'il verse dans le tronc de ses frères ne sera pas le moins haut compté.

« Jésus, s'étant assis dans le temple près du tronc, regardait de quelle manière le peuple y jetait de l'argent, et plusieurs riches y en jetaient beaucoup.

(c Et une pauvre veuve étant venue, elle y mit deux petites pièces, de la valeur d'un quart de sou ;

(( Et Jésus, appelant ses disciples, leur dit : En vérité, je vous le dis, cette pauvre veuve a mis plus que tous ceux qui ont mis dans le tronc, car tous ont mis de ce dont ils abondaient ; mais elle, de son indigence, elle a mis tout ce qu'elle possédait, tout ce qu'elle avait pour vivre ^ »

Tels sont les seuls préceptes que Jésus nous ait donnés sur la quotité des aumônes que chaque chrétien, riche ou pauvre, a à faire.

Saint Paul y a ajouté les suivants :

« ibid,

* Marc, XII, 41 et suiv. — Luc, XXI, 1 et suiv.

« Les conseils que j'adresse aux riches de ce siècle, c'est de ne point placer leur sagesse dans l'orgueil, ni leur espoir dans des richesses incertaines, mais bien dans le Dieu vivant qui pourvoit abondamment à tous nos besoins; — C'est d'être bienfaisants, de se montrer faciles dans leurs largesses, et de devenir riches en bonnes œuvres ; — C'est, enfin, de thésauriser pour le ciel, en se faisant un trésor qui soit pour eux le fondement de la vraie vie *. »

« Que, lepremier jour de la semaine, chacun de nous mette quelque chose à part chez soi, réunissant ce qu'il veut donner, afin qu'on n'attende pas mon arrivée pour recueillir les aumônes. »

u L'extrême pauvreté des fidèles de Macédoine a répandu avec profusion les richesses de leur simplicité. ** Ils se sont portés d'eux-mêmes à donner selon leur pouvoir, et même au delà de leur pouvoir, nous conjurant avec instance de recevoir leurs aumônes. »

(.< Assistez les pauvres de ce que vous avez, ex eo quod hahetis, car, pour peu que vous ayez de volonté à donner. Dieu la reçoit selon ce qu'elle peut, non selon ce qu'elle ne peut pas. »

(( Ainsi, je n'entends pas que les autres soient soulagés et que vous soyez surchargés outre mesure. Seulement, votre abondance d'aujourd'hui doit suppléer à leur indigence, afin que votre indigence de demain reçoive, à son tour, de leur abondance le supplément dont elle aura besoin, et qu'ainsi se fasse l'égalité, selon ce qu'il est écrit de la manne, que celui qui en recueillait beaucoup n'en avait pas plus que les autres, et que celui qui en recueillait peu en avait tout autant. »

» Paul, ïr»m., VI, ITetsuiv.

(( Or donc, que chacun donne ce qu'il aura résolu de donner, et qu'il le donne, non avec tristesse, ou comme forcé contraint, mais volontiers et avec joie, car Dieu aime les aumônes gaies, hilarem datorem diligitDeus ^ »

Ces généralités sur la quotité relative des aumônes de chacun, généralités que Tohie avait admirablement résumées dans ce sage conseil à son fils : « Si vous avez beaucoup donnez beaucoup, si vous avez peu donnez de bon cœur de ce peu que vous avez % » — les saints Pères, toujours plus fougueux , toujours plus extrêmes dans les ardeurs de leur charité, tentèrent de les réduire à une précision mathématique, et, de peur de se tromper dans leurs calculs, et de se damner en se trompant, ne danmeris, ils décidèrent que ce n'était ni un quart, ni une moitié, ni une partie quelconque de ses biens qu'il fallait donner aux pauvres, mais la totalité, cuncta; — faisant ainsi la règle de ce qui, dans le précepte de Jésus, ne devait être que l'exception *.

Cependant, quelques écrivains, interprétant dans le sens restreint des cas extraordinaires la doctrine des Pères de l'Église sur l'obligation de tout vendre pour tout donner, ont cherché à établir que cette doctrine ne s'appliquait qu'aux cas de nécessité extrême j et

* Paul, II Cor. , VIII, il , 12 cl suiv. — Ibid. , IX, 7. — Id., Bom. , Xn, 8. Voy. ci-dessus, p. 185.

2 Si miiltum tibi fuerit, abundanter tribue ; si exiguum tibi fuerit^ etiam exiguum libenter impertiri stude. {Tob., IV, 9 ) L'aumône ne connaissait de bornes que celles des moyens et des facultés de ceux qui la faisaient: Secundum vires tuas exporrigens da pauperi (Eccli., XIV, 43) ; le principe, en celle matière, étant qu'il fallait rendre k Dieu , dans la personne du pauvre , en proportion de ce qu'on en avait reçu : Da Altissimo secundum datum ejus, {Eccli. , XXXV, 12.) Voy. ci-dessus, p. 55.

^ Voy. ci-dessus, p. 110 et suiv.

que ce n'était que dans ces cas-là seulement que les saints docteurs avaient dit que tous les biens devenaient communs, et que les chrétiens devaient partager avec les pauvres, non-seulement ce qui était superflu, mais même ce qui était nécessaire à leur état*. Admettons qu'il en fût ainsi, dans la pensée, comme dans les écrits sainement interprétés des saints Pères, et voyons, dans ce cas, ce qu'ils entendaient par nécessaire, necessaria, et par superflu, superfluay dans leur théorie pratique de l'aumône.

Saint Augustin enseigne à ce sujet que a tout ce que Dieu nous a donné au delà de nos besoins, ce n'est pas à nous précisément qu'il l'a donné, il nous l'a seulement remis pour être transmis par nous aux indigents. Le retenir, ce serait nous emparer du bien d'autrui^. «

« Sur ce que Dieu vous a donné, dit le même saint docteur, prélevez d'abord ce qui vous suffît. Le reste , qui est voire superflu, est le nécessaire des autres. Votre superflu donc est le nécessaire des pauvres, et ce superflu est leur bien ^ . »

Maintenant, quelle limite séparait le superflu du nécessaire et quelle mesure était faite à chacun d'eux? Saint Augustin prend soin encore de nous l'apprendre : Quidquidf excepta victumediocri et veslilu rationahili , superfuerit, non luxuriœ reservelur, sed in cœlesli thesauro per eleemosynam paitperum reponatiir^. Ainsi, à l'exception d'une médiocre nourriture et d'un modeste vête-

* Voy. Théologie morale de Monseig. l'arclievêque de Reims, t I", p. 150; et V Univers, n° du 27 sept. 1849.

* S. Aug., Serm.^ 219, de Temp.

3 S. Aug., inPs. 147.

* S. Aug., Sermon^ 249, de Temp.

ment, tout, dans la fortune du chrétien, devenait la matière de l'aumône.

f Saint Jérôme dit pareillement que le superflu du riche est tout ce qui excède sa nourriture et son vêtement. Au delà, dit-il, vous êtes débiteur du reste envers les pauvres*.

Saint Athanase exprime la même opinion. «Tout ce que nous gardons, dit-il, en sus du boire, du manger, et du vêtement nous sera, au jour du jugement, une cause de condamnation sévère; condamnation, ajoutet-il, pareille à celle qui frappe l'homicide*. »

Entendre de la sorte le nécessaire et le superflu de la vie, pour tous les rangs, pour toutes les conditions domestiques , pour toutes les fortunes , pour tous les cas, c'est, dit le pieux auteur du Traité sur V aumône y une exagération aussi insoutenable que révoltante^.

Cette exagération, pourtant , est celle qui est formulée comme principe dans tous les livres des saints docteurs, et, quoi qu'on ait dit pour la dissimuler ou l'amoindrir *, nul tempérament , nulle exception , nulle distinction n'y vient atténuer ce qu'elle a de trop absolu et, répétons-le, d'absurde ^

Cette exagération, d'ailleurs, ne doit point nous étonner ; elle était dans les mœurs, dans la foi, dans les nécessités du temps. Tout, alors, était exagéré, prodigieux, extraordinaire : — conversions, continence * ,

* s. Hier., Ep. 150, ad Hedibiam.

2 S. Alhan., Q. 89.

^ Voy. le Traité sur Vaumône précité, p. 82.

* Voy. Ibid., p. 83 etsuiv.

^ Voy. ci dessus, p. 117, et ci-après, p. 192.

« Origène, le grand Origène! se mutile ; et il faut rinlervenlion des conciles pour arrêter la contagion de son exemple. (Voy. ci-dessus, p. 107.) — Vivre avec les clercs sous un toit commun, même coucher

martyres, expiations, pénitences*... Tous les saints couraient à la mort, et, loin de fuir les persécutions, ils les provoquaient, ils en faisaient leur couronne de gloire ^. Quand ils faisaient si peu de cas de la vie, quel cas pouvaient-ils faire des richesses, et à quoi leur eussent servi leurs biens, étant toujours à la veille de mourir?

Pour que le christianisme convertît le monde il fallait que ses premiers apôtres montrassent aux païens ce que pouvait la foi nouvelle, et, comme le moî était la montagnela plus lourde à transporter, le renoncement au moi et aux biens qui s'y rattachent fut précisément le miracle qu'ils eurent le plus à cœur de manifester en eux, aux yeux de tous. Pour qu'on les imitât en partie ils durent plus faire que leurs disciples. Ils durent dépasser le but pour l'atteindre. Ils durent se faire aôsurdes pour nous faire raisonnables '. De là, pour obte-

avec eux dans le même lit, cum us concumbere, était, pour plus d'une sainte vierge de l'époque, un moyen de se perfectionner dans la pureté des sens ; c*était pour elles un exercice de vertu , une gymnastique de chasteté, d'où elles prétendaient sortir intactes, asseveràbant se intégras. Il ne fallut pas moins que la persévérance du sage saint Cyprien et les prohibitions des conciles pour éteindre ce feu sacré de continence, audacieuse et singulière. (Voy. à ce sujet détails curieux dans les Etudes de Philar. Chasles sur les Premiers temps du Christ,, p. 87 et suiv.)

* Nous ne citerons qu'un exemple, celui de Tbéodose, un empereur, faisant pénitence, la corde au cou, k la porte d'une église (voy. Fléchier, Hist. de Théod. ).

2 Voir, pour preuve, le martyre de saint Ignace, évêque d'Antioche, dans YHist. ecclés. de Fleury, liv. III, ch. 8.

^ (f Credo quia absurdum... S'il n'y avait rien d'extravagant dans la doctrine , on ne croirait pas ; on verrait tout simplement. Il faut, pour croire, quelque chose qui surpasse la raison, et ce qui surpassera la raison a évidemment pour elle un caractère d'extravagance. C'est pourquoi saint Paul disait : « Si quelqu'un de vous paraît sage h. ce

nir, en faveur des pauvres, les quelques bribes du festin qu'on leur distribue aujourd'hui à titre d'aumône, cet exorbitant précepte : Omnia quœ possides , da CUNCTA pauperibus.

Et ce précepte n'était pas, chez eux, que de théorie. S'ils n'eussent confirmé leur enseignement par leur exemple, s'ils eussent vécu de la vie de la chair en appelant les hommes à celle de l'esprit, qui les eût écoutés? Leur puissance fut dans leur renoncement absolu à leur personnalité, et dans leur dévouement ahsohi à leurs semblables; elle fut, en un mot, dans la folie, dans V extravagance de leurs actes et de leur foi *.

(( Nous en connaissons plusieurs parmi wows, dit saint Clément, — le troisième pape après saint Pierre, — qui se sont constitués prisonniers, se sont chargés de chaînes pour délivrer les autres de prison ; plusieurs qui se sont vendus comme esclaves, et qui, ayant reçu le prix de leur liberté, l'ont employé à procurer du pain aux indigents ^ »

siècle, qu'il sq fasse fou pour se faire sage » (I Cor., UI, 18). D'ailleurs, « si le saint se condamne à d^absurdes abstinences, c'est qu'une partie de l'humanité est aussi affamée jusqu'à Vabsurde... etc. » (Lacordaire, Confér.y tom. II, p. 187 et 192). — Voy. la note ci-après.

* Voy. la note précédente — « Comme deux fleuves qui coulent Tuu à côlé de l'autre, V extravagant et le sublime^ mêlés et fondus l'un avec l'autre , font de la sainteté un seul tissu où il est impossible à l'esprit d'analyse le plus vif, au moment oii il voit le saint agir, de démêler ce qui est sublime de ce qui est extravagant ^ ce qui blesse le sens humain de ce qui le ravit... Ainsi passent les docteurs de l'Église, de siècle en siècle, à travers les nations civilisées, affirmant, discutant, enlevant la raison plus haut qu'elle-même, se rabaissant jusqu'à elle pour lui faire plaisir, également forts par Vextravagance et par le raisonnement, rebutés pour l'une, craints pour l'autre, respectés pour tous deux » (Lacordaire, Confér., tom. H, p 184 et 196).

* Epit. de S. Clément aux Corinthiens.

Saint Grégoire le Grand faisait distribuer, chaque jour, dans chaque rue de Rome, des aumônes aux malades et aux infirmes, et, tous les premiers jours du mois, du blé, du vin, du fromage, des légumes, du lard à tous les pauvres, et, aux personnes déchues d'une meilleure fortune, des légumes et des rafraîchissements. Chaque jour, avant de manger, il envoyait de sa table les meilleurs morceaux à des pauvres honteux*.

Saint Chrysostôme, n'étant encore que simple prêtre, avait donné aux pauvres tout son patrimoine, et l'abondance de ses aumônes fut telle, pendant toute sa vie^ qu'elle lui valut le titre de Jean V Aumônier^, Il avait coutume d'appeler les pauvres ses seigneurs et maîtres, parce que Jésus-Christ leur a donné le pouvoir d'ouvrir les portes du ciel. Il fit inscrire sur un registre tous ceux de la ville d'Alexandrie ; il s'en trouva sept mille sept cents à qui il faisait l'aumône tous les jours ^.

Saint Ambroise fut le contemporain de saint Chrysostôme et l'imitateur de son amour pour les malheureux. Il disait, lui, que les pauvres étaient ses intendanis et ses trésoriers. C'était entre leurs mains qu'il déposait ses revenus *.

Saint Augustin pratiqua la pauvreté volontaire pendant tout le cours de son épiscopat. Tout son clergé faisait comme lui. Les revenus de l'Éghse étaient consacrés à l'entretien des pauvres. Quand les revenus

* Fleury, Hist. eccl, liv. XXXV, n. 16.

■ Godescard , Vie de saint Chrysostôme, — Ne pas confondre avec saint Jean l'Aumônier, évêque d'Alexandrie, mort en 617. » Fleury, Hist. eccl, liv. XXXVH, n. 11 et 12. ^ Godescaïd, rie de saint Ambroise.

manquaient; il faisait appel aux fidèles, et faisait briser et fondre les vases sacrés * .

Saint Basile, pendant une famine, vendit ses terres et toutes ses propriétés personnelles pour en employer le prix à la nourriture des pauvres. Il les faisait assembler en un même lieu, hommes et femmes, jeunes et vieux, chrétiens et juifs, et leur distribuait des aliments de toutes sortes. On apportait, par ses soins, d'immenses marmites, remplies les unes dépotage, les autres de légumes cuits et apprêtés. Il prenait un linge devant lui, lavait les pieds aux convives affamés, et en faisait faire autant aux prêtres de son Église^.

Avec de tels chefs, l'armée de l'aumône ne pouvait que se recruter de soldats dévoués, et, « si chacun d'eux employait son revenu à pourvoir à ses besoins, puis à donner le superflu aux pauvres, personne, selon saint Basile, ne devait plus être riche, mais personne non plus ne devait plus être indigente »

Oui ! mais si tout le monde donnait tout son bien aux pauvres, comme le voulaient les saints Pères, tout le monde, au contraire, devait être dans la misère, car, lorsque tout est donné , il n'y a plus rien à recevoir.

C'est pourquoi toutes les exagérations des Pères de l'Église sur TobUgation de l'aumône vinrent se perdre et s'oublier dans la doctrine plus raisonnable, — la seule raisonnable, — de saint Grégoire de Nysse, le Père des Pères : Da quod hahes, Neque enim suprà vires tuas quicquam abs te requirit Deus, Da, tu, panem; ille

' Fleury, ub. sup., liv. XXIV, n. S9.

2 S. Grég. de Naz., Panégyrique de saint Basile.

3 Si tantùm quisque usurparet quantum ad propriœ nécessitâtes solatium faceretj superfluumque egenti trihueret, nemo profedà esset dives^ nemopauper (S. Bas., in Ditescentes) .

posulum vmî, alius vestimentum dàbit, Aique ex muUorum benignilate unius calamitas suhlevahitur *.

C'est cette doctrine , d'ailleurs, que l'on suivait généralement, — que Ton pouvait seulement suivre, — même en cas de famine, de peste, ou d'autre fléau.

Pendant l'épiscopat de saint Cyrille, évêque de Jérusalem, l'an 351, une famine survient dans la ville. Saint Cyrille vend une partie des trésors de l'Eglise pour nourrir les pauvres.

Vers la fin du quatrième siècle, la famine fait des victimes à Edesse; saint Ephrem quitte la solitude qu'il habite dans les environs , excite la charité des riches, en obtient de copieux secours , et organise , dans des galeries publiques, trois cents lits destinés à recevoir les fugitifs des campagnes voisines *.

C'est toujours vers les villes qu'aflïuent les habitants des campagnes, en temps de fléau. « Ces pauvres paysans que vous voyez sans pain et sans demeure fixe ont été réduits, depuis peu, à cette condition déplorable, disait saint Grégoire aux fidèles de Nysse. — Lorsque vous jeûnez, prenez sur votre jeûne ce qui leur est nécessaire; rassasiez-les de ce que vous vous retrancherez; que votre plénitude remplisse leur vide ^ »

Saint Basile, frère de saint Grégoire de Nysse , disait dans une même occasion : « Vous n'êtes pas abondamment pourvus, mais il en est qui le sont encore moins que vous; vous avez du blé pour dix jours, et ce pauvre n'en a que pour aujourd'hui. Si vous êtes bons et charitables, partagez avec égalité ce qui vous reste avec

* s. Grég. Nyss., Oral, de Beneficentia,

2 Voy. Martin Doisy, Hist. de la charité, p. dl9.

3 S. Grégoire de Nysse, Orais. fan, de S. Basile.

celui qui n'a rien. Ne préferez pas votre commodité, votre sécurité au péril commun et présent de plusieurs pauvres. Quand vous n'aurez plus qu'un pain, si un misérable vous en demande un morceau à votre porte, ne le lui refusez pas^ et, en le lui donnant, levez les mains vers le ciel et dites ces tristes et charitables paroles : « Seigneur ! je n'ai plus que ce pain , et je me vois en danger de n'en avoir plus; mais je préfère votre commandement à ma conservation ; du peu que j'ai je fais la charité à mon frère, qui est pressé par la faim, comptant, mon Dieu, que vous donnerez à votre serviteur sa nourriture de chaque jour ^ »

C'est ainsi que l'empereur Julien put écrire, dans le même temps : « Ces impies de Galiléens mettent tous leurs soins à secourir et à soulager les pauvres; et comme ceux qui veulent enlever des enfants, pour les vendre, les attirent en leur donnant des gâteaux, ainei font-ils pour attirer le peuple à eux, en commençant par la charité, l'hospitalité et le service des tables, car ils ont plusieurs noms pour ces œuvres qu'ils pratiquent abondamment. Outre leurs pauvres, les Galiléens nourrissent aussi les nôtres que nous laissons sans secours. Les Juifs n'ont plus de mendiants, et les villes foisonnent des nôtres. N'est-ce pas une honte pour nous^?»

Deux sortes : à fonds perdu, à fonds remboursable. — Jésus encourage le premier. — Dîner qu'on ne rend pas. — Dettes. — Remise volontaire. — Quid, quand pas payées? — Contrainte par corps. — Loi romaine appliquée en Judée. — Dès lors, prêts à intérêt permis, — Les Pères et les conciles sont

« Ibid.

» Fleury, Hist. eccles., liv. XV, n. 7. — Jul., EpisUy XLIX.

198 PillMITIVE ÉGUSE.

d'un avis contraire. — Unanimes contre l'usure. — Textes qu'ils invoquent. — Textes que nous leur opposons. — Parabole du talent et de la mine d'argent.

Le prêt gratuit et la remise des dettes étaient «ne autre conséquence naturelle de la loi de charité.

Mais, à la différence de l'aumône, le prêt gratuit, ou sans intérêt, était volontaire. Nulle part Jésus ne le prescrit comme étant d'obligation.

w Donnez à qui vous demande, et ne vous détournez point de celui qui veut emprunter de vous^ »

L'Évangile distingue deux sortes de prêts : Le prêt à fonds perdu et le prêt à fonds remboursable.

Le premier était un don, le second une avance. Jésus- Christ recommandait surtout le premier :

(c Lorsque vous donnerez à dîner ou à souper, n'appelez ni vos amis, ni vos frères, ni vos parents, ni vos voisins riches, de peur que peut-être ils ne vous con^ vient à leur tour et ne vous rendent ce qu'ils auront reçu de vous,

« Mais lorsque vous faites un festin, appelez-y les pauvres, les débiles, les boiteux, les aveugles, et vous serez heureux de ce qu'ils n'ont rien à vous rendre , car ce vous sera rendu dans la résurrection des justes*. »

Dieu ne rend, en effet, que ce qui a été donné à ceux qui ne peuvent rendre. Donner pour recevoir, c'est échange, trafic, non charité.

(( 33. Si vous ne faites du bien qu'à ceux qui vous en font, que vous doit-on pour cela? Les pécheurs aussi le font.

« 34. Et si vous prêtez à ceux de qui vous espérez rece^

» Malt., V, 42.

* Luc, XIV, 12 et suiv.

DU PRÊt GRATUIT. 190

voir, que vous doit-on pour cela? Les pécheurs aussi s'enlreprétent à intérêt (fœnerantur),

i( 35. Pour vous, faites du bien à tous, et prêtez, date mutuum, sans en espérer rien, nihil indè sperantes. Votre récompense sera grande, et vous serez les fî!s du Très-Haut, qui est bon pour les ingrats et pour les méchants*. »

Mais ce n'était là qu'un conseil. Aucune sanction pénale n'y était jointe, comme dans l'ancienne loi.

En principe, tout prêt devait être remboursé à l'époque convenue :

(( Rendez à chacun ce qui lui est dû, dit saint Paul, et n'ayez d'autres dettes vis-à-vis les uns des autres que celle de l'amour que vous vous devez mutuellement; car il est écrit : Vous ne retiendrez ni ne convoiterez le bien d'autrui) et vous aimerez votre prochain comme vous-même \ »

La dette ne pouvait donc ne pas être acquittée, si ce n'est quand le créancier en faisait volontairement la remise au débiteur.

Il est souvent question de ces remises volontaires dans l'Évangile :

« Remettez et on vous remettra, » est-il écrit dans saint Luc ^

« Et dimitte nohis débita nostra, sicut et nos dimittimus dehitoribus nostris, » disons-nous, chaque jour, à Dieu, dans l'Oraison dominicale*.

« Un créancier avait deux débiteurs ; l'un lui deVait

> Luc, VI, 33, 34 et 35.

« Paul, Rom., XUI, 7, 8el9.

» Luc, VI, 37.

* Malt., VI, 12. — Luc, XI, 4,

cinq cents deniers, et l'autre cinquante. N'ayant pas de quoi payer leur dette, il la leur remit à tous deux, » ditsaint Luc *.

« Un autre créancier avait pour débiteurs plusieurs de ses serviteurs avec lesquels il fit ses comptes.

K On commença par lui en amener un qui lui devait dix mille talents.

« N'ayant pas de quoi les rendre, son maître ordonna qu'on le vendît, et sa femme et ses filles, et tout ce qu'il avait, pour payer sa dette; mais, se jetant à ses pieds, le serviteur le [)riait, disant : Prenez patience, et je vous rendrai tout. Alors le maître de ce serviteur, ayant pitié de lui, le renvoya et lui remit sa dette.

« Mais le serviteur, en sortant, rencontra un de ses compagnons qui lui devait cent deniers, et, l'ayant saisi, il l'étouffait, disant : Rends-moi ce que tu me dois. Et, se jetant à ses pieds, son compagnon le priait, disant : Prenez patience, et je vous rendrai tout. Mais lui ne voulut pas; et il s'en alla et le fit mettre en prison jusqu'à ce que sa dette fût acquittée.

(( Ce que voyant les autres serviteurs, ils en conçurent une grande tristesse; et ils vinrent raconter à leur maître tout ce qui s'était fait.

« Alors le maître de ce serviteur l'appela, et lui dit ; Serviteur méchant, je t'ai remis toute ta dette parce que tu m'as prié. Comme j'ai eu pitié de toi ne devais-tu pas avoir pitié de ton compagnon?

« Et son maître irrité le livia aux exécuteurs {lorloribus) jusqu'à ce qu'il payât toute sa dette ^, »

Ainsi; quand le créancier ne remettait pas la dette à

* Luc, vu, 41 et 42.

* Malt., XVUl, 23 à 34.

DU PRÊT GRATLIT. 201

son débiteur, et quand celui-ci tardait ou refusait de la payer à l'échéance, le créancier avait recours, pour l'y contraindre, à la contrainte par corps et aux exécuteurs de la loi romaine *.

La loi romaine était donc applicable, en matière de prêts et de dettes, et seule appliquée, en Judée, comme dans le monde civilisé, lorsque l'Evangile parut; — d'où cette conséquence que le prêt à intérêt, permis par la loi de César *, devait y être également permis par la loi du Christ portant qu'il fallait obéir aux lois de César ^.

Reddite ergo omnibus débita, et nemini quidquam debeatis, dit saint Paul*.

Cependant, les Pères de l'Église ont décidé qu'avec le remboursement du capital prêté, le créancier ne pouvait, de par la loi du Christ, exiger l'intérêt ou l'usure de ce capital, en raison du profit qu'en avait retiré le débiteur, et du préjudice ou de la privation qu'en avait éprouvé le créancier, pendant tout le temps que la somme prêtée était restée hors de ses mains.

Et en cela, encore, d'après nous, la doctrine des Pères de T Eglise est allée à l'opposé ou au delà de la doctrine de Jésus.

Cela tient sans doute aux usures sanguinolentes que les lois romaines autorisaient à cette époque.

Mais le bon usage devait-il être proscrit comme l'abus?

Voici, en résumé, ce qu'ont écrit les saints Pères sur

* Voir tome !«', p. 109 et siiiv. « \oy. Ibid., p. 171.

' Paul, /îow., XUÏ, lelsuiv.

* Paul, ub. sup.j 7 et 8.

le prêt à intérêt ou usure : — ces deux mots sont synonymes dans le langage théologique, comme dans la loi romaine.

Il est souverainement injuste, d'oxiger plus qu'on n'a donné, dit Lactance '.

Le prêt à usure n'est jamais permis, dit saint Cyprien^.

L'usure, dit saint Jérôme, est le prix exigé pour l'usage de l'argent prêté ^

L'usure consiste à recevoir plus qu'on n'a donné, dit saint Chrysostôme*.

L'usure est un brigandage, dit saint Grégoire de Nysse\

Le rentier ose dire : Je n'ai pas d'autre ressource pour vivre. N'est-ce pas ce que répondrait un voleur pris sur le fait? dit saint Augustin ^

L'intérêt de l'argent prêté est une rapine, dit saint Ambroise. C'est comme un lièvre qui engendre h la fois ses petits, les nourrit, et en engendre de nouveaux, dit le même saint docteur \

Les conciles des premiers temps ne sont pas moins explicites pour condamner l'usure :

L'usure consiste à demander plus que ce qu'on a donné, dit le concile d'Agde.

L'usure consiste à exiger un intérêt au delà du

* Lact., Instit, divin., liv. YI, n. 18.

* S. Cypr., liv. de lapsis,

3 S. Jér., sur lePs. 36 d*Ezéchiel—El terluUien, liv. IV, contre Marcion, ch. 17.

* S. Chrys., Hom. V et LVII sur S. Matthieu ^ et XLÏ sur la Genèse, » S. Grég. de Nyss., Orat. — Et S. Hilaire sur le Ps. XIV, n. 48.

« S. Aug., sur le Ps. XXXVI, vers. 16. — Disc, III, n. 5.— El sur le Ps. CXXVIII, vers. 3.

'' S. Ambr., sur Tobief réfute toutes les raisons contraires.

DU PRÊT GPvATUlT. 203

capital, dit le second concile géne'ral de Latran. (Gan. XIII.)

Que celui qui prête à usure soit rejeté de l'Église, dit le concile d'Eivire. (Can. XX.)

Qu'il soit puni comme hérétique , ajoute le second concile général de Vienne *.

Et, depuis lors, toutes les nations nouvellement converties au christianisme, et qui venaient de se partager les débris de l'empire romain, adoptèrent et consacrèrent, dans leur législation civile, la doctrine du prêt gratuit.

Mais l'Église n'a jamais fait de loi formelle sur l'usure : point essentiel à noter.

« En cela, comme en tout le reste, sa sagesse a été grande, dit l'abbé Tailhant, en son Traité de la Bienfaisance ; car, le christianisme étant destiné à vivre autant que le monde, et à recevoir dans son sein toutes les nations, des circonstances de temps et de lieu pouvaient se présenter, des peuples pouvaient survenir qui, à raison de leurs habitudes de commerce, ne pourraient pratiquer la loi du prêt gratuit^, »

Et, de fait, toutes les nations chrétiennes pratiquent le prêt à intérêt.

Sur quels textes les Pères et les conciles appuient-ils donc leur sentence contre l'usure, ou intérêt quelconque de l'argent prêté ? Sur un texte de l'Ancien Testament et sur un texte du Nouveau.

Le texte de l'Ancien Testament est la loi de Moïse que nous avons rapportée ci-dessus, p. 37.

* Voir toutes ces décisions de l'Église et autres dans le Corps du droit canonique.

* De la Bienfaisance^ p, 262,

Mais la loi de Moïse, prohibitive du pi et à intérêt, est-elle bien de celles que Jésus est venu confirmer? N'est-elle pas de celles, au contraire, que Jésus est venu abolir? — car il n'est venu en confirmer qu'une seule, — la loi du Décalogue. Toutes, ou presque toutes les autres : la dent pour dent, le jubilé, la libération périodique des esclaves, la remise septennale des dettes, etc. \ sont venues mourir, avec l'institution de la gratuité du crédit, dans la captivité deBabylone, ainsi que nous l'avons fait observer déjà ^. Si le prêt gratuit de la loi de Moïse était resté obligatoire sous la loi du Christ, le retour semi-séculaire de tous les biens vendus aux mains des anciens possesseurs le fût donc devenu aussi! Or, le jubilé et les autres institutions du mosaïsme n'eussent pu devenir des institutions du Christ qu'autant qu'une disposition formelle des Évangiles leur eût donné cette consécration. Et cette disposition n'existe pas.

Le seul texte de l'Évangile invoqué par les saints Pères, à l'appui de leur proscription de l'usure, est le verset 3S du chap. VI de saint Luc que nous avons cité ci-dessus p. 199. Mais ce verset ne s'applique-t-il pas seulement qu'au prêt à fonds perdu, ainsi que l'indique clairement la comparaison, qui le précède, du dîner qui ne sera pas rendu?

Et quand il serait vrai que ce verset s'appliquât encore, et surtout, à l'intérêt du capital prêté, — de ce que Jésus y conseille ou recommande le prêt gratuit,

* Voir, dans le Diction, ihéolog. de Bergier, l'article Loi mosaïque et les distinctions qui y sont établies entre les lois cérémonielles et les lois morales de Moïse.

* Voy. Ibid.f t« Jubilé, et ci-dessus, p. 72.

mutuum, s'ensuit-il nécessairement qu'il y défende ou condamne le prêt à intérêt, fœnus, alors même que ce dernier prêt est volontairement stipulé et consenti dans les limites de la loi romaine? Nous ne le pensons pas ; et cette opinion nous la fondons, non-seulement sur les raisons qui précèdent, mais encore sur deux textes clairs et précis :

On lit dans saint Matthieu :

(( Un homme, partant pour un long voyage, appela ses serviteurs et leur remit ses hiens, hona sua. A l'un il donna cinq talents, à un autre deux, à un autre un, selon sa capacité, et aussitôt après il partit.

(( Celui qui avait reçu cinq talents s'en alla; il fit valoir cet argent, operatus est in eis, et en gagna cinq autres. Et pareillement celui qui en avait reçu deux en gagna deux autres.

u Mais celui qui n'en avait reçu qu'un s'en alla creuser la terre et y cacha l'argent de son maître.

u Longtemps après le maître revint et fit rendre compte à ses serviteurs.

« Celui qui avait reçu cinq talents s'approcha et lui en présenta cinq autres, disant : Seigneur, vous m'aviez remis cinq talents, en voilà de plus cinq autres que j'ai gagnés : Ecce alia quinque superlucratus sum. Celui qui avait reçu deux talents fit de même.

« Le maître dit à chacun d'eux : Bien ! serviteur bon et fidèle ; parce que vous avez été fidèle en choses de peu, je vous confierai beaucoup ; entrez dans la joie de votre maître.

« Celui qui n'avait reçu qu'un talent, s'approchant après, dit : Seigneur, je sais que vous êtes un homme dur, et que vous recueillez où vous n'avez point jeté de semence. Craignont donc, je m'en suis allé, et j'ai ca-

206 PRI3IITIVE ÉGLISE.

ché votre talent dans la terre ; le voici : Je vous rends ce qui est à vous.

(( Son maître lui re'pondit : Serviteur mauvais et paresseux, vous saviez que je recueille où je n'ai point répandu de semence.

(( Il fallait donc remettre mon argent aux banquiers, numuïarnSy afin qu'à mon retour je reçusse avec usure ce qui est à moi; utique quod meum est, cum usurâ.

« Reprenez-lui donc le talent et donnez-le à celui qui en a dix ; car on donnera à celui qui a et il sera dans l'abondance; mais celui qui n'a pas, on lui ôtera ce qu'il a.

(( Et jetez ce serviteur inutile dans les ténèbres extérieures *. »

Saint Luc rapporte une légende à peu près pareille. 11 s'agit aussi d'un roi, d'un grand, d'un riche capitaliste, qui, à son retour d'un long voyage, fit appeler ses serviteurs pour savoir quel profit chacun d'eux avait tiré de l'argent qu'il leur avait donné à négocier, à faire valoir, pendant son absence. Jussit vocari servos quitus dédit pecuniam ut sciret quantiim quisque negociatus esse t.

L'un d'eux lui ayant rapporté la mine d'argent qu'il en avait reçue, et qu'il avait gardée enveloppée dans un linge, tandis que les deux autres avaient quintuplé et décuplé la mine qu'ils avaient également reçue , le maître dit à ce serviteur paresseux :

(( Pourquoi, mauvais serviteur, n'as-tu pas mis mon argent à la banque ? Quare non dedisli pecuniam meam ad mensam? afin qu'à mon retour je pusse en exiger le

» Malt., XXV, 14 à 30.

payement avec les intérêts : Ut ego veniens cum usuris utique exegissem illam * f »

Ainsi, non-seuJement Je'sus-Christ n'a pas défendu le prêt à intérêt que prohibait absolument la loi de Moïse, mais il Fa admis comme règle économique dans les transactions d'affaires ou de commerce, et non-seulement il Ta admis, mais il Va commandé comme légitime moyen d'accroître son avoir et de faire fructifier ses capitaux ; tellement qu'il rejette comme serviteur inutile ou paresseux celui qui ne sait ou ne veut pas tirer profit de son argent, et qu'il ôte, même à celui qui n'a rien, l'argent qui pourrait Tenrichir s'il savait en tirer parti, pour le donner, même à celui qui a déjà et qui, en l'exploitant, s'enrichira encore davantage.

Si le double texte que nous invoquons n'est pas précis, si les conclusions que nous en tirons n'en sont pas logiquement déduites, il nous faut fermer, à la fois, et notre Bible et notre raison , car nous n'y pouvons rien voir qui soit plus clair et moins susceptible de doute.

Comment donc cette double parabole du talent et de la mine d'argent, — négociés, negociatus, exploités, opératus, surgagnés, superlucratus, quintuplés, décuplés au bout d'un certain temps, placés chez des trafiquants d'argent, numulariis, exigés enfin avec usure, exegissem cum usuris, — a-t-elle pu être omise dans les dissertations des saints docteurs contre l'usure, et comment n'en est-il fait nulle mention dans la polémique récente que la même question a soulevée dans les journaux ^ ?... *

» Luc, XIX, 45 k 26.

2 Voy. la Presse, fcuillclons des J6, 23 et 30 sept., 9 et 28 oct., 6 et 41 nov. 4849; et l'Univers, n^^ des 47, 23, 27 sept., 28 oct. et i^<^ nov. 4849. — Bergier, en son Dictionnaire théologique, émet une opinion qui donne un grand appui à la nôtre, V" Usure.

C'est que, comme Ta dit im écrivain célèbre : « Il y a hien des vérités dont on n'est pas encore persuadé dans le christianisme. »

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