HOSPITALITÉ
étrangers étaient reçus à bras ouverts pour peu qu'ils montrassent qu'ils faisaient profession de la foi orthodoxe, et qu'ils étaient dans la communion de l'Église. Pour cet effet, les chrétiens qui voyageaient prenaient des lettres de leur évêque, et ces lettres avaient certaines marques qui n'étaient connues que des affidés '. Ces précautions étaient surtout nécessaires dans les temps de persécution, alors qu'il n'était pas prudent d'admettre à son foyer des inconnus qui pouvaient vous trahir^. Quand c'était quelqu'un de leurs frères qu'ils recevaient sous leur toit, quelle joie dans toute la maison ! On priait avec lui, on s'encourageait avec lui dans la foi, on lui déférait tous les honneurs de la famille. Il faisait la prière et avait à table le haut du banc... Le repas auquel il prenait part était réputé plus saint; si c'était un évêque qui voyageait, on l'invitait partout à faire l'office et à prêcher, pour montrer l'unité du sacerdoce et de l'Église ^
Mais cela n'empêchait pas les chrétiens d'exercer aussi l'hospitalité envers les infidèles. C'est à l'hospitalité reçue ainsi chez eux que Pacôme, officier des armées romaines, dut le premier sentiment de sa conversion *.
Les monastères et les hospitia témoignent, d'ailleurs, que l'hospitalité a toujours été chère aux chrétiens.
Mais, on ne peut ne pas reconnaître que l'hospitalité était beaucoup plus fréquemment exercée avant l'établissement du christianisme qu'elle ne le fut depuis.
* Voy. Fleury, Mœurs des chrétiens, § XXIX.
Ml y a eu des saints a qui l'hospitalité donnée ou reçue a été une occasion de martyre. (Voy. Fleury, ub. sup.) 3 Const. Apost., II, cap. 18. — Eus., IV, Hist.^ c. XIV.
* Vie de saint Pacôme^ cli. IV.
Doit-on en faire un reproche au christianisme? Il faut l'en bénir, au contraire, puisque c'est à lui qu'on doit les routes, les chemins et les auberges qui n'existaient pas autrefois, et qui permettent aujourd'hui aux étrangers et aux voyageurs de circuler, d'un bout du monde à l'autre, sans avoir d'asile à demander à personne*. Les Arabes et les autres peuplades nomades sont encore hospitaliers comme aux premiers âges du monde. Ils le seront moins quand le christianisme aura peuplé et civilisé leurs solitudes. En seront-ils moins parfaits?...
§ VI
Administration de la cbarilé.
Deux modes d'exereice : — Diaconiea ; — Hôpitaux.
La participation des pauvres aux secours de la charité affecta successivement, dans les cinq premiers siècles du christianisme , deux formules spéciales, deux modes d'exercice distincts, suivant les deux périodes, très différentes lune de l'autre, qui partagèrent l'époque primitive que nous parcourons.
* Les anciens étaient beaucoup plus sédentaires que nous ; ils voyageaient beaucoup moins; alors les peuples vivaient isolés; presque toujours en guerre ou en inimitié contre leurs voisins, ils faisaient peu de commerce ; il n'y avait ni routes habituellement fréquentées, ni auberges pour recevoir les voyageurs; même sous l'empire romain les voilures publiques n'étaient destinées qu'à ceux qui voyageaient par les ordres et pour le service du souverain. On n'était donc pas dans le cas de recevoir beaucoup de voyageurs, ni d'exercer très fréquemment l'hospitalité. Si elle n'avait pas été pratiquée dans ces lemps-lk, tout étranger aurait été en danger de périr par la faim ; c'était donc alors une œuvre de nécessité (Bergier, Dict. théoL, v° Hospitalité).
DIACONIES. 211
Dans la période croissante de la charité et de la foi, les secours se distribuèrent individuellement et à domicile, selon les besoins de chacun ; — ce fut l'œuvre des diaconies.
Dans lapériode décroissante, au contraire, les secours ne se distribuèrent plus individuellement, mais collectivement, et dans un lieu central, selon les besoins communs de la masse; — ce fut l'œuvre des hôpitaux.
Examinons en quoi consistaient, péchaient, ou excellaient, ces deux procédés de mise en œuvre de la charité en action,