‹ Du problème de la misère et de sa solution chez les peuples anciens et modernes (volume 3)Chapitre 32 sur 40 · AFFRANCHISSEMENT DES COMMUNES · texte numérisé non relu

AFFRANCHISSEMENT DES COMMUNES

chartes d'affranchissement aux communes qui y existaient depuis la formation des bourgs ou des villes % et cela pour les soustraire à la tyrannie des seigneurs^.

On compte deux cent trente-six actes de gouvernement relatifs aux communes dans le cours des douzième et treizième siècles ^ Les rois n'étant pas les seuls qui donnassent des chartes et qui intervinssent dans les affaires communales, il est facile de concevoir Vénergie du mouvement général des esprits, et l'importance du changement qui s'était opéré dans la condition des peuples à cette époque.

Ce mouvement, ce changement ne furent pas propres à la France. Nous voyons, en effet, s'étabhr presque simultanément les communes dans toute l'Europe, en Italie, en Espagne, en Allemagne, en Angleterre. Gênes, Florence, Venise, Barcelone, Brème, Lubeck, Hambourg, Bruges, Londres, Bristol, Paris, Lyon, Marseille, semblent un moment régies par les mêmes lois*.

Quels que fussent les noms divers que prissent les

de son règne que les affranchissements se multiplient, tant par la couronne que par les seigneurs » (Châteaub., Etudes hist.y HI, 292).

* Voy. développement k ce sujet dans VHist. des classes ouvrières de M. Granier de Cassagnac, p. 146 et suiv.

* On lit dans le préambule d'une charte communale accordée aux habitants de Dourlens, « que cette charte est concédée à cause des injustices et des vexations exercées par les puissants contre les bourgeois de la dite ville. » Philippe-Auguste disait, en octroyant une charte à la ville de Saint-Jean-d'Angély, qu'il y adhérait de grand cœur afin que les habitants pussent mieux défendre et garder tant leurs droits que les siens.

» Guizol, Cours d'hist. mod., t. V, p. 132.

* Voy. Blanqui, Hist. de l'écon. polit., 1. 1, p. 209.

communes affranchies * et leurs magistrats', la sûreté des personnes et des propriëte's, la garantie solidaire de chacun des membres de l'association, l'élection des magistrats municipaux et leur juridiction particulière étaient les bases de toute charte d'incorporation communale ^

Un économiste moderne a résumé en ces termes les résultats de cette grande innovation : « La richesse mobilière s'établit fièrement, dans les communes affranchies, à côté de la propriété foncière et y revendique ses droits. La terre, incapable désormais de suffire seule aux besoins de la société nouvelle, commence à perdre de son prestige, et voit passer aux mains des artisans une part du pouvoir des propriétaires. La démocratie apparaît, forte de l'esprit d'association et de toutes les ressources du travail organisé et discipliné. Le tiersétat se constitue; la classe moyenne, rêvée jadis par Aristote, devient un corps délibérant, accorde ou refuse des subsides, se juge, se garde, se régit elle-même. La population s'accroît avec les moyens de subsistance; les industries se perfectionnent, le commerce donne le signal du rapprochement général des nations, et les châteaux forts deviennent tributaires des manufactures^. »

* Ces noms variaient selon les localités : Communio, Communia, Comm,umtas^ Franchisia, Consuetudines, Libertas, Burgesia, elc. (Voy. textes a ce sujet dans VHist. des classes ouvrières, p. d43).

* Tournai avait trente Jurats; Péronne, vingt-deux Cossors; Châteauneuf, en Touraine, dix Bourgeois, Les officiers de la commune de Verdun s'appelaient H Communs de la ville; ceux de Boussac, Consuls; ceux d'Issoudun, Gouverneurs; ceux de Nancy, Francs-Bourgeois ; k la \He de ces conseils se trouvait un maire électif, appelé aussi màïeur ei prévôt (La Thomassière, Coût, loc, ch. XIX}.

* Desmichels, ub. sup., p. 239.

* Voy. Blanqui, «6. sup., p. 240.

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