‹ Du problème de la misère et de sa solution chez les peuples anciens et modernes (volume 3)Chapitre 33 sur 40 · AFFRANCHISSEMENT DES COMMUNES · texte numérisé non relu

AFFRANCHISSEMENT DES COMMUNES

Pourquoi donc le clergé , si favorable à l'émancipation progressive des esclaves , se montra-t-il généralement si opposé à l'afifranchissement des communes*? C'est que cet affranchissement ouvrait la porte à la révolte en même temps qu'à la liberté, et que, parallèlement à ce fait, s'en produisait un autre non moins inquiétant pour l'Église, savoir : l'affranchissement de la raison, s'insurgeant contre le principe même de l'autorité^. Le clergé, cependant, ne fut pas le dernier à comprendre le besoin de cette époque; et si l'on vit plusieurs princes de l'Église résister courageusement aux exigences intempestives, et comprimer une liberté qui dégénérait en violence % on en vit d'autres aller au devant des vœux du peuple, présider eux-mêmes à l'organisation des communes, et leur octroyer des chartes et des franchises*.

Au fond, les avantages du self-govemment , revendiqués et conquis par les communes, n'ont-ils pas été contre-balancés pour elles par les charges et la responsabilité nouvelles qui en ont été la conséquence nécessaire ? Ce qu'il y a de certain , c'est que les communes affranchies, obligées de pourvoir aux dépenses municipales, créèrent des taxes, des

* « Novum ac pessimum nomen, » s'écrie l'abbé Guibert, chroniqueur du douzième siècle ; « nouveauté détestable qui réduit les seigneurs à ne pouvoir rien exiger des gens taillables au-delà d'une rente annuelle une fois payée, et qui affranchit les serfs des levées d'argent qu'on avait coutume de faire sur eux » (Voy. Aug. Thierry, Lettres sur Vhist. de France, p. 248 à 250).

* Voy. l'Introduction à VHist. de saint Bernard^ par M. l'aljbé Ralisbonne, l. I, p. 73.

* Voy. Dunoyer, Liberté du travail, liv. IV, ch. V.

* Voy. l'abbé Ratisbonne, w6. sup.

privilèges, des monopoles, des barrières, des douanes, comme l'avaient fait les rois et les seigneurs j — ce qui fit qu'il n'y eut guère de changé, pour le peuple, que le nom du maître.

Orsanlsation du Travail.

Corporations de métiers ou jurandes. — Républiques ouvrières.

La terre étant le patrimoine exclusif des nobles et des anoblis, le travail des mains et l'industrie deviurent le patrimoine exclusif des serfs affranchis et des bourgeois. Et comme ce patrimoine, laissé sans défense, pouvait devenir la proie des seigneurs féodaux, les classes laborieuses du plus grand nombre des villes et des bourgs mirent en faisceau leurs intérêts individuels, et s'associèrent en corporations ou jurandes, pour les garantir, sous la loi d'une solidarité commune. D'autres , absorbant la terre dans le travail, établirent la propriété sur le seul pivot de l'industrie, et convertirent les gouvernements de leurs États en républiques ouvrières. C'est sous ces deux aspects que nous allons envisager la question de l'organisation du travail au moyen âge.

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