PRÊTS GRATUITS; REMISE DES DETTES
ruiner, en empruntant, le devenait aussi. Et c'est encore, je crois, ce que voulait Moïse.
Ce que Moïse voulait, c'était que les riches ne prêtassent point , mais donnassent leur superflu aux pauvres manquant du nécessaire.
Mais ce qiren même temps Moïse ne voulait pas , c'était que, mésusant des bénéfices de la loi qui les libérait de leurs dettes, quand ils n'avaient pu les payer à l'échéance, les débiteurs refusassent de les acquitter, alors même qu'i7s le pouvaient avant les sept ans*. Or, Israël ne manquait pas de ces mauvais débiteurs. Voici le portrait qu'en fait l'Écriture :
(( Plus d'un débiteur considère l'argent qu'il a emprunté comme une chose qu'il a trouvée, et prend prétexte de là pour faire de la peine à qui l'a obligé.
« Ces gens-là baisent humblement la main de quiconque a de l'argent à prêter ; ils lui font, pour l'avoir, toutes sortes de belles promesses; l'ont-ils une fois, qu'ils songent à ne le point rendre. C'est un nouveau délai qu'on demande, sous prétexte de la dureté des temps. Le créancier hésite-t-il; plaintes et menaces. Il faut payer pourtant. Mais on donne à peine la moitié, et l'on trouve que c'est encore trop. L'autre moitié se paye en injures.
« Que de gens aisés refusent de prêter, non par mauvais cœur, mais par crainte d'être payés de cette monnaie-là * î »
Malgré cela, les livres saints persistent à recomman-
* «Acquittez-vous de ce que vous devez, redde debitum tuum [Eccli.y IV, 8). Rendez au temps préfix ce qu'on vous aura prêté. Tenez fidèlement votre parole, et vous trouverez toujours ce qui vous sera nécessaire » (Eccli., XXIX, 2 et 3).
» Eccli., XXIX, 4 à iO.
der de venir en aide même aux pauvres qui ne pourront rendre ce qu'on leur aura avancé.
« Assistez le pauvre, à cause du commandement, dit V EccUsiasiique , et perdez y otre argent jpowr votre frère y s'il le faut * . »
r C'était là, au fond, l'unique fin de la théorie de Moïse sur le prêt : Perde pecuniam propter fratrem tuum. Nous suivrons le développement de cette doctrine dans le paragraphe qui traite de l'aumône.
Année Jabllatre.
Jubilé agraire : institution magistrale de Moïse. — Toutes les ventes à réméré. — Au bout de cinquante ans toutes les terres aliénées rentrent aux mains de leurs premiers possesseurs. — Distinction entre les fonds de terre et les maisons. — Partage primitif des terres entre les douze tribus d'Israël — Conséquences du système agraire de Moïse.
En empêchant les pauvres de devenir plus pauvres par des emprunts qu'il sut rendre impossibles ou sans effet. Moïse n'eût accompli que la moindre partie de sa tâche, s'il m les eût empêchés, en même temps, de tomber dans la misère par la vente de leur patrimoine, vente qu'il frappa de résiliation légale, au bout d'un certain délai, par u^ie mesure analogue à celle de l'abolition périodique des dettes contractées.
Nous voulons parler du Jubilé agraire, institution ayant pour objet d'assurer la permanence des biens dans les familles, en prohibant les ventes à perpétuité et en ordonnant le retour périodique des biens aliénés aux anciens propriétaires.