ANNÉE JUBILAIRE. *Î
On rappelait Jubilé S parce que Viôheî qui l'annonçait, à la fin de chaque demi-siècle, proclamait l'année sainte, l'année de la jubilalion pour toutes les familles pauvres que la misère avait forcées de se dépouiller de leurs héritages paternels.
Dès l'origine, les terres d'Israël avaient été soumises à un partage égal, entre les douze tribus, par une sorte de cadastre général exécuté par les soins de Josué, afin que, dans certains cantons, la stérilité naturelle du sol fût compensée par une plus grande étendue de territoire, ou par d'autres équivalents.
Le texte relatif au partage des terres qui se fit sous Josué porte : « Vous partagerez la terre entre vous au sort. Vous en donnerez une plus grande partie aux familles qui seront plus nombreuses, une moindre à celles qui le seront moins. Chacune aura ce qui lui sera échu par le sort. Le partage se fera par tribus et par familles^. ))
S'il faut en croire l'abbé Guénée, ce partage fut équitable et fait à l'avantage et à la satisfaction de toute la nation; car, dit-il, tandis qu'à Lacédémone, à Athènes et à Rome , le peuple ne cesse de se croire lésé, de se plaindre, de demander une nouvelle distribution, on ne voit rien de semblable dans l'histoire du peuple hébreu. Le partage subsista tel qu'il avait été fait d'abord, sans qu'il y ait jamais eu sur ce point de mécontentement ni de murmure ^ , les terres qu'il comprenait étant suffisantes, en quantité et en qualité,
* Ce mot vient de l'hébreu iôbely corne de bélier dont on se servait en guise de trompette pour annoncer l'année sainte; d'où les mots latins jw6î7eMm,jw6//an, jubilatio, jubilatus,
* Nomb.y XXXIII, 53 et 54.
* Lettres de quelques Juifsy 4* partie, lettre 2.
4i INSTITUTIONS DE MOÏSE.
pour satisfaire aux besoins de toutes les familles en général, et de chacun de leurs membres en particulier ^
Mais, pour que ce partage se maintînt, entre tous, tel qu'il avait été opéré dans l'origine, il fallait, de toute nécessité, que chacun se bornât à la part qui lui avait été assignée primitivement, et cela, sans pouvoir ni acheter ni vendre, autrement qu'à titre provisoire.
C'est ce à quoi pourvut Moïse par la loi du jubilé :
« Vous sanctifierez la cinquantième année, et vous publierez la liberté générale à tous les habitants du pays. Tout homme rentrera dans le bien qu'il possédait, et chacun retournera à sa première famille, parce que c'est l'année du jubilé.
(( L'année du jubilé, l'année cinquantième, tous rentreront dans les biens qu'ils ont possédés.
(( Quand vous vendrez quelque chose à un de vos concitoyens, ou que vous achèterez quelque chose de lui, n'attristez point votre frère, mais achetez de lui à proportion des années qui se sont écoulées depuis le jubilé; et il vous vendra à proportion de ce qui reste de temps pour en recueillir le revenu.
« Plus il restera d'années d'un jubilé jusqu'à l'autre, plus le prix de la chose augmentera; et moins il restera de temps jusqu'au jubilé moins s'achètera ce qu'on achète ; car celui qui vend vous vend ce qui reste de temps pour le revenu.
« La terre ne se vendra point à perpétuité, parce qu'elle est à moi et que vous êtes commodes étrangers à qui je la loue.
« C'est pourquoi, tout le fonds que vous possédez
» Voy. à ce sujet Fleury, Mœurs des Israélites, Vil.