ASSEMBLÉE CONSTITUANTE. — ATELIERS NATIONAUX
on attribua à chaque département une somme de 30,000 livres pour occuper ses pauvres de la même manière en travaux utiles (art. 5). »
Le règlement adopté pour la police de ces ateliers les distinguait en deux classes. Dans les uns on ne devait admettre que des ouvriers à la tâche, dans les autres on devait occuper les individus faibles à la journée. La fixation du prix du travail^ soit à la journée, soit à la tâche, devait toujours être inférieure aux prix courants du pays. (Décret du 51 août -10 septembre 1790.)
Après avoir ainsi assuré de l'ouvrage aux individus valides on décréta que tout mendiant infirme serait conduit à VHôpital, et tout mendiant valide au Dépôt de mendicité, La rédaction des règlements relatifs à la nourriture des mendiants valides détenus, et à l'emploi de leur travail fut confiée aux administrations départementales (Décret précité du 30 mai 1790, art. 10 et 11).
Malgré toutes ces mesures, et bien que l'Assemblée nationale ait voté une somme de quinze millions pour être employée en travaux d'utilité publique et répartie entre tous les déparlements de la France (décret du 16 décembre 1700), les mendiants, dont le nombre avait diminué d'abord par l'effet de la crainte d'être arrêtés et par celui de l'activité qu'on déploya dans ce but, reparurent aussi nombreux qu'auparavant.
Atelier S' de Paris ; leurs abus ; leur suppression, — Les ateliers de Paris, surtout, engendrèrent plus d'abus qu'ils n'avaient pour but d'en éteindre.
L'abus de ces ateliers fut dénoncé à l'Assemblée nationale dès le mois de mai 1790. Ils lui furent présentés comme une charge considérable pour le trésor public, comme un moyen funeste d'entretenir la pa-
rcsse, comme un centre de réunion où les malveillants envoyaient, de toutes les parties de la France, môme des pays étrangers, des hommes sur lesquels ils comptaient pour servir leurs funestes desseins. Le nombre des ouvriers entretenus alors dans ces travaux se montait à 11,800. Au mois d'octobre de la même année il se montait à 19,000! Une sédition ayant éclaté dans un atelier de Montmartre, Lafayette fut obligé de s'y rendre, et il y trouva réunis plus de 17,000 ouvriers.
En rendant compte à l'Assemblée nationale de cet effrayant résultat, les comités des finances, d'agriculture et de commerce, des domaines et de mendicité, s'expriment ainsi, dans leur rapport du 16 juin 1791. (c Vous n'ignoriez pas les inconvénients des grands ateliers ouverts dans la seule intention de présenter quelque apparence de travail, quoique le travail offert soit sans utilité. Vous n'ignoriez pas que l'ouvrier, même isolé, qui reconnaît l'inutilité du travail auquel ou l'emploie, s'y livre sans courage, sans zèle, et contracte bientôt l'habitude de la paresse, penchant si naturel à l'humanité. Vous n'ignoriez pas que ce vice, attaché à tout ouvrage manifestement reconnu sans objet, s'accroît beaucoup dans ses conséquences parla réunion d'un grand nombre d'hommes; qu'alors, surveillés lâchement par des piqueurs, chefs et inspecteurs, qui n*ont aucun intérêt à voir avancer l'ouvrage, ils travaillent moins, plus leur nombre est grand; que les mauvais ouvriers gâtent les bons; que souvent même, pour cacher leur paresse dans l'inaction générale, ils les empêchent, avec menace, de travailler; qu'ainsi le patrimoine des pauvres se dissipe, sans fruit, par des hommes qui, laborieux autrefois, s'habituent à la fainéantise, ne tiennent plus compte à la chose pu-