ASSEMBLÉE CONSTITUANTE. —ATELIERS NATIONAUX
blique des secours qu'ils reçoivent, regardent ce bienfait comme une dette, et ne se croient nullement obligés au travail dont ils reçoivent le salaire. Vous n'ignoriez pas enfin que des ateliers, même utiles, ouverts dans l'intention unique de donner de l'ouvrage, avaient encore le funeste effet d'entretenir les ouvriers dans la dangereuse opinion quelle gouvernement doit les débarrasser des soins et de la prévoyance nécessaires pour en chercher, et de les plonger dans la fainéantise, l'imprévoyance et la misère qui en est la suite. Mais il fallait assurer l'existence d'un grand nombre d'ouvriers sans travail, dans une saison morte à tout ouvrage des champs, dans des circonstances où l'incertitude de chacun sur son sort, où l'impression récente de la commotion générale laissaient encore l'industrie sans activité dans la capitale et dans le royaume, et les considérations de l'humanité vous parurent les plus pressantes.
« Les abus accrus dans les ateliers depuis leur éta^ blissement devaient s'accroître encore; ils se sont accrus. La dépense, déjà énorme, s'éleva beaucoup ; le nombre d'hommes entretenus aux frais du trésor pubhc fut porté à 31,000; les dépenses à près de 900,000 livres par mois, sans compter 50,000 livres versées encore par le trésor pour solde de 1,400 ouvriers employés au canal de Bourgogne. Sans doute, messieurs, vous avez voulu, pour ordonner la rupture de ces ateliers immoraux et ruineux, attendre le moment où Tabondance du travail fournirait une subsistance assurée à ceux qui voudraient en trouver. Aucune circonstance ne peut être plus propice pour ordonner cette rupture que la circonstance actuelle, d'autant que la distribution des huit millions restants sur les quinze
millions votds, va faire ouvrir de grands travaux utiles dans les départements. Ainsi donc, rompant vos ateliers de charité, ceux des ouvriers qui voudront se procurer de l'ouvrage sont assurés d'en trouver, non plus comme autrefois, comme à présent encore, en apparence de travail, en aumône déguisée, mais en travaux nécessaires, en travaux importants, aussi utiles à la prospérité nationale et aux mœurs de l'ouvrier, que le fantôme de travail qu'on leur offrait en était destructeur. »
L'Assemblée nationale approuva le^ vues, si sagement et si éloquemment exprimées, de son Comité, et les ateliers de secours furent dissous.
Mais les mendiants, concentrés sur un point, se disséminèrent partout, et le mal devint général, de local qu'il était auparavant î...
Droit au travail. — Ce qui surtout créa ce mal, ce fut la nuit fameuse du 4 août 1789, où les privilèges du maître cordonnier et du maître perruquier étuviste, du marchand drapier et du marchand épicier, etc., etc., périrent par l'abolition des jurandes, en même temps -que périrent ceux des Montmorency, des Rohan, des La Trémouille, par l'abolition de la noblesse. Ce qui surtout l'augmenta, ce fut le décret du 2-16 mars 1791 qui dégagea le travail de tout frein, de toute discipline, et déclara le travailleur entièrement libre. Autrefois, le droit de travailler était un droit domanial que le roi n'accordait qu'à ceux qui l'achetaient; maintenant, le droit au travail est déclaré droit naturel, et la loi l'accorde, ou plutôt le laisse à tous, sans condition.
Toutefois, le droit de travailler, le droit au travail rendu ou concédé à la classe laborieuse, fut soumis à une grave restriction ; c'est que le travailleur, déclaré