‹ Du problème de la misère et de sa solution chez les peuples anciens et modernes (volume 4)Chapitre 119 sur 168 · CONVENTION. — ORGANISATION DE L^ASSISTANCE · texte numérisé non relu

CONVENTION. — ORGANISATION DE L^ASSISTANCE

présence du Peuple, le payement du premier semestre de la bienfaisance nationale. » — L'art. 6 ajoute : c( Le Livre de la Bienfaisance nationale sera lu par l'agent national du district, en présence des autorités constituées et des jeunes citoyens des écoles primaires, dans le lieu où les citoyens se rassemblent les décadis. » — Art. 8. (f Le décret de la Convention qui règle le mode de cette bienfaisance y sera lu par le président du district : la dignité de la profession agricole et l'utilité des arts mécaniques y seront célébrées par un discours et par des hymnes patriotiques, etc., etc. »

Ce qui stupéfie le plus l'esprit, au milieu des extravagances — souvent sublimes! — de cette époque, c'est cet épanouissement des cœurs, cet épanchement de sensibilité, ce naïf amour des fêtes et des plaisirs de village qui se mêlaient partout à la fumée du canon de la guerre, et à l'odeur du sang des échafauds. Le plus farouche tribun était le plus tendre ami de l'humanité. Il parlait de la guillotine du même ton que de bienfaisance, et ses plus sanguinaires discours avaient toujours quelque accent champêtre.

« C'est sur Vhumhle chaumière que vous devez surtout porter vos regards, disait Barère à la Convention. C'est sur les habitants des campagnes, pauvres et industrieux, qui ne trouvent que le travail après le travail, le dédain dans l'infirmité, et l'oubli dans la vieillesse, que la rosée républicaine doit se répandre. Qii'ont fait jusqu'à ce moment les législateurs pour la misère des campagnes? Quelles institutions ont-ils fondées pour ces laboureurs domestiques, ces ouvriers agricoles, ces artisans rustiques parvenus à la vieillesse? Quelle dette la république a-t-elle payée à ces créanciers de la nU" iure et de la société qui ont fertilisé l'une pour enrichir

l'autre? Le silence morne des campagnes et les larmes stériles de quelques vieillards nous ré[)ondent!... »

Cependant, cette rosée républicaine empruntait toujours quelque chose à l'atmosphère rouge d'où elle tombait, et les plus douces paroles de la bouche s'imprégnaient souvent des sauvages exhalaisons du cœur.

« Ce n'est pas assez, disait le rapporteur du Comité de salut pubHc, ce n'est pas assez pour le peuple, de saigner \e commerce riche, d'abattre les factions, de dé^ moUr les grandes fortunes. Ce n'est pas assez de renverser les hordes étrangères, de rappeler le règne de la justice et de la vertu, il faut encore faire disparaître du sol de la république la servilité des premiers besoins, l'esclavage de la misère, et cette trop hideuse inégalité des hommes qui fait que l'im a toutes les intempérances de la fortune et l'autre toutes les angoisses du besoin. Le despotisme avait l'ostentation et le luxe du riche qui fait l'aumône; la république doit avoir l'abondance et Vobscurité de la nature qui répand chaque jour ses bienfaits. » (Séance du 22 floréal an II.)

Cesgasconnades philanthropiques des hommes delà terreur ne pouvaient avoir pour but, dans la bouche de leurs auteurs, que de jeter de la poudre d'or aux yeux du peuple. Du moins, il n'est guère permis de croire qu'ils eussent le projet ou l'espoir de les réaliser. Dans l'état le plus florissant et le plus paisible, il eût été impossible de satisfaire à des largesses distribuées avec tant de profusion. Que devait-ce donc être dans une nation attaquée au dehors par la guerre étrangère, déchirée au dedans par la guerre civile, ruinée par les emprunts forcés, les réquisitions, le maximum, les assignats, les spoliations, la banqueroute!... etc., etc.

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