‹ Du problème de la misère et de sa solution chez les peuples anciens et modernes (volume 4)Chapitre 121 sur 168 · Hèaction charitable · texte numérisé non relu

Hèaction charitable

La nation ne peut s'acquitter de sa dette envers la misère. — Delecloy fait suspendre la vente des biens des hôpitaux. — Opinion remarquable de ce représentant. — Critique tout ce qui s'est fait. — Plan nouveau qu'il propose ; — Aussi chimérique que ceux qu'il combat.

Réduite à l'impossibilité absolue d'acquitter la dette nationale qu'elle avait si fastueusement, si imprudemment contractée envers la misère, et ne pouvant pas même faire face aux nécessités du moment avec les revenus des biens des hôpitaux dont elle s'était emparée, non plus qu'avec le produit de la vente de ceux dont elle avait commencé l'aliénation, la Convention s'arrêta au milieu de sa route, effrayée elle-même des périls qui l'attendaient si elle poursuivait son chemin.

Elle hésita pourtant à revenir sur ses pas, et, au heu de rapporter le décret qui l'autorisait à vendre les biens des hôpitaux, elle se contenta d'en suspendre l'exécution *.

C'est sur la motion du représentant du peuple Delecloy que ce temps d'arrêt fut résolu.

L'opinion de ce repiésentant, aussi peu connue que son nom, mérite d'être tirée de l'oubli où on Ta laissée. Lui seul, en effet, osa faire entendre des paroles raisonnables, au milieu des bucoliques sentimentales de ses collègues, et demander résolument l'abrogation de

» Décrets des 26 août 1793 (9 fructidor an m) et 17 avril 1796 (28 germinal an iv).

la loi de 1795, qualifiée par lui de spolialrice. Ces paroles, les voici dans toute leur rudesse :

« Il est temps de sortir de l'ornière profonde où une philanthropie exagérée nous arrôte depuis l'Assemblée constituante qui , très savamment sans doute, mais très inutilement, s*est occupée du pauvre. Depuis cette époque, il semble que tous les spéculateurs en bienfaisance aient pris à tâche de pousser sans mesure vers le trésor national toutes les classes du peuple... Tous ces spéculateurs n'ont pas craint d'établir l'état habituel de pauvreté, tantôt au vingtième, tantôt au cinquième de la population. Cette métaphysique politique, soumise à de simples séries de chiffres auxquelles on attachait sans réserve les localités, les hommes et les choses, n'a servi jusqu'à ce jour qu'à faire divaguer méthodiquement sur la nature des secours à accorder aux indigents... Qu'est-il résulté de ce chaos d'idées? Une série effrayante de dépenses illimitées; des lois stériles et impossibles à exécuter.

« Les écrivains anglais qui ont fourni la plupart de ces idées ont été copiés par les discoureurs; comme si on devait marcher, en administration, d'après uu peuple chez lequel la mélancolie tient lieu de sentiment, et l'humeur, de bienfaisance ; comme si Ton devait chercher des principes en faveur de l'indigence chez une nation qui, à force de compter orgueilleusement ses riches et ses pauvres, n'a rien encore imaginé de mieux, pour soulager ces derniers, qu'une taxe énorme dont le produit ne sert qu'à salarier les gardiens de ses workhouses et à tourmenter l'indigent.

« Il sera toujours très impolitique de pousser le gouvernement à appeler avec éclat ses pauvres, à les compter; à les marquer, en quelque sorte, d'un sceau

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