‹ Du problème de la misère et de sa solution chez les peuples anciens et modernes (volume 4)Chapitre 136 sur 168 · Principes et Budget de la Charité Ugaîe · texte numérisé non relu

Principes et Budget de la Charité Ugaîe

En quoi diffèrent et se rapprochent de ceux de la Charité privée. — Statistique financière des établissements de bienfaisance.

La monarchie de Juillet ne pouvait ne pas reconnaître les dangers de la charité légale. « Si l'État, dit un de ses plus éminents ministres ' , dote trop libéralement les établissements destinés aux pauvres j s'il promet à la vieillesse ou aux infirmités un asile assuré ; s'il laisse à l'indigent qui tend la main l'espérance de trouver l'aumône toujours prête , il encourage et accroît le paupérisme au lieu de le diminuer et de le détruire ; il habitue les classes pauvres à recevoir le secours comme un revenu que l'État leur reconnaît et leur garantit ; et ces classes ne tardent pas à le considérer comme une espèce de prélèvement légitime, auquel

1844, et présenté a la Chambre des pairs le 25 janvier 1847, y était à l'état de rapport lors de la révolution de 1848. * Circulaire Réniusat, du 6 août 1840.

elles ont droit, sur la fortune sociale. Alors, plus de prévoyance ni d'économie, et bientôt aussi plus de travail. L'indigent perd ainsi le sentiment de sa propre dignité , et il en vient à préférer recevoir sans peine, de la charité publique, le pain qu'il pourrait gagner lui-même. »

Mais, ce sont là les abus de la charité légale. Quels qu'ils soient , ces abus ne peuvent aller jusqu'à faire mettre en question le principe même de la bienfaisance publique. Les principes du gouvernement de Juillet, à cet égard, consistaient dans cette règle d'humanité sociale, que « la charité publique doit principalement faire en sorte d'empêcher l'individu de tomber dans l'indigence, ou l'aider à en sortir, en entretenant en lui l'amour du travail, l'esprit d'ordre et d'économie ; et en lui offrant, dans les moments difficiles, les moyens d'améliorer sa position par ses propres efforts ; — la perspective d'un secours permanent ne pouvant être sans danger que lorsqu'elle s'adresse au malheureux que la nature même semble condamner à l'indigence en le rendant incapable de tout travail '. «

Donc, tout en maintenant le secours pour le pauvre, le gouvernement s'appliqua à le lui montrer incertain et précaire ; il essaya même de le déconsidérer à ses propres yeux en y attachant une idée de honte : « Nul ne doit croire que c'est un droit pour lui d'être secouru; et tendre la main doit toujours être une action dégradante ^. »

Quand on examine, comme nous l'avons fait, l'origine et le but des anciennes fondations charitables, on

1 Ibid,

* Rapport de M. de Gasparin au Roi, du 5 avril 1837.

voit qu'elles ne s'occupaient guère que de pourvoir simplement aux besoins de l'indigence. Les institutions fondées, plus récemment, sur divers points du loyaume, eurent pareillement pour but moins de recueillir définitivement le pauvre que de l'aider à sortir de son état de pauvreté. C'est sur cette base que reposent toutes les œuvres de la charité privée de nos jours.

C'est aussi sur celte base que le gouvernement de Juillet chercha à consolider et à asseoir les œuvres de la charité publique en France , encore bien que le trésor en soit alimenté par des dons et legs particuliers dont le chiffre élevé va toujours croissant ^

C'est pourquoi les 120 millions de francs que la charité publique consacre annuellement au soulagement des classes pauvres, dans ses 9,242 établissements de

1 Les dons et legs aux hôpitaux et hospices, et aux bureaux de bienfaisance, se sont élevés, de 1800 à 1846, à la somme de 122,504,450 francs, décomposée ainsi qu'il suit:

Ire période. — Consulat et Empire. — 1800 k 1814.

Hôpitaux et hospices 8,979,433 fr.

Bureaux de bienfaisance 5,942,264

14,921,703 fr.

2« période. — Restauration. — 1815 k 1829.

Hôpitaux et hospices 32,358,105 fr.

Bureaux de bienfaisance 18,662,668

51,020,773 fr.

a** période. — Monarchie de 1830. — 1830 à 1846.

Hôpitaux et hospices 31 ,255,815 fr.

Bureaux de bienfaisance 25,306,156

56,561,971 fr.

Dans celle somme de 122,504,450 francs ne sont pas compris les dons et legs de 300 francs et au-dessous pour lesquels l'aulorisatioa n'était pas nécessaire, non plus que les dons manuels ou quêtes faites, chaque hiver.

bienfaisance *, ne sont considères que comme une addition aux 120 millions annuels que la charité privée dépense, pour le même objet*, en dons manuels % ou

dans les villes, par les soins des administrateurs des bureaux de bienfaisance. A Paris seulement , ces quêtes dépassent 200,000 francs par an (Voy. ci-dessous, note 3).

* M. de Walteville établit, ainsi qu'il suit, le budget de la charité légale, en France, pour l'année 1844.

Il existe en France, savoir :

1,388 Hôpitaux ou Hospices, dont les revenus ordinaires

s'élèvent à 53,622,972 fr.

4 Hospice pour les aveugles ^ id. . . . 322,492

7,599 Bureaux de bienfaisance, id 13,557,836

46 Monts- de-piété dont les prêts s'élèvent k. 42,220,684 39 Institutions d'éducation de sourds -muets, 255,503

1 Institution id. de jeunes aveugles. . . 156,699

144 Dépôts d'enfants trouvés, pour mémoire quant k la dépense, les 6,717,829 fr.

consacrés à ce service, figurant déjà dans les revenus hospitaliers ci-dessus

mentionnés

73 Asiles ou quartiers d'aliénés indigents

recevant des départements 4,826,168

1 Maison de santé pour les aliénés k Cha-

renton 459,857

9,242 établissements divers dépensant annuellement. 115,441,232

A cette somme il faut ajouter:

Secours votés par les chambres et mis k la disposition des ministres de l'intérieur et du commerce 4,000,000

Total 119,441,232 fr.

* On calcule qu'en France, comme en Angleterre, les sacrifices que s'impose la charité privée sont égaux en somme h ceux de la cli.irilé publique. A ce moyen, le budget de la chanté française s'élèverait à 240 millions, c'est-à-dire au cinquième environ du budget des receltes de l'Étal (De Girard in. Abolition de la misère, p. 65).

» La somme de 122 millions menlioûnée ci-dessus, p. 464, note 1 , ne

dans ses innombrables asiles * ; double et riche subvention qui se cache modestement sous le simple nom d'assistance.

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