‹ Du problème de la misère et de sa solution chez les peuples anciens et modernes (volume 4)Chapitre 142 sur 168 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

11 ne s'agit ici que d'enfants trouvés de moiiis de i2 ans. Le nombre (les enfants trouvés au-dessus de Cist âge e.st compiéiemeni inconnu. Les deparlemenls n'ayant plus, pour ces derniers, de pension à payer, on cesse de s'occuper d'eux, et l'on ne sait, eu général, ce qu'ils deviennent.

8 De 1834 k 1837, 67 tours furent supprimés dans 42 déparlements {Rapport du 5 avril 1837). Les enfants trouvés sont reçus dans 144 hos-

notable dans le nombre des abandons * et dans le chiffre de la dépense % n'a produit, quoi qu'on en ait dit, aucune augmentation dans le nombre des infanti-

cides ^.

De là, le déplacement des enfants de département à département, mesure qui, en mettant les parents dans l'alternative ou de perdre la trace de leurs enfants ou de les retirer pour les élever eux-mêmes, n'a plus laissé à la charge des départements que les enfants véritablement abandonnés *, sans faire courir aux dé-

pices dits dépositaires. Un ou plusieurs de ces hospices existent dans chaque déparlement. En 1844, on comptait 90 de ces hospices qui avaient un tour, et 54 qui n'en avaient pas. Il résulte des tableaux dressés que les départements qui n'ont pas de tours comptent moins d'enfanls trouvés que ceux qui en ont (Watleville).

* Le nombre des abandons, qui s'élevait à 129,699 en 1833, était descendu à 95,624 en 1838. En 1833, la proportion était d'un enfant trouvé sur 248 habitants ; en 1845, elle n'était plus que de 1 enfant sur 353 individus. La dififérence de chiffre entre ces deux années est de plus de 30,000, malgré une augmentation de près de 2 millions d'habitants.

2 L'économie obtenue de 1834 a 1837, dans les 42 déparlements ci-dessus, n'a pas été moindre de 1,086,500 francs. Mais l'importance de ce résultat appartient, en grande partie, il faut le reconnaître, à la mesure coïncidente du déplacement {Rapport précité, p. 70).

3 « En fait, depuis la suppression des tours, on n'a constaté nulle part ni plus d'infanticides, ni plus d'abandons sur la voie publique. C'est que, dans le vrai, l'éloignement des tours ne doit pas être rangé dans la série des différentes causes qui conduisent à commettre les crimes de celle espèce. En effet, proportion gardée sous le rapport de la population, on a plus d'infanticides à déplorer dans les villes qui ont des tours que dans les campagnes où il n'en existe pas. Le tableau ci-joint présente même ce résultat assez bizarre que les infanticides ont été plus nombreux précisément dans les départements où on compte un plus grand nombre de tours» {Ibid., p. 68).

* 36,493 enfants ont été déplacés, de 1834 à 1837. Sur ce nombre 10,339, c'esl-a-dire près de la moitié, ont été retirés par leurs parents, ou par leurs nourrices et patrons, ou enlin par des personnes charitables qui leur étaient plus ou moins étrangères. Dès ce moment, ils ont

placés aucun des dangers que de vaines prévisions avaient fait craindre * .

Mais, quelque énergiques qu'ils fussent, ces moyens, transitoires et locaux, étaient des palliatifs non des remèdes. Or, c'est seulement en s'attaquant aux causes du mal qu'on peut en détruire les effets.

L'une des causes les plus fréquentes du grand nombre des abandons, c'est la misère.

L'hospice des Enfants-Trouvés de Paris recueille annuellement plus de 4,000 enfants abandonnés, dont 400 sont légitimes. Les neuf dixièmes des abandons sont déterminés par l'indigence, et l'indigence, à Paris, a sa principale cause dans l'insuffisance du salaire des femmes ^.

C'est ce qui explique pourquoi, sur 50,000 enfants, près de 10,000 sont illégitimes, près de 7,000 naissent à l'hôpital î

En province, pareillement, la misère engendre l'abandon ^. Sur un million de naissances, il y a 75,000 enfants naturels, dont 26 ou 30,000 sont abandonnés. Ainsi, sur 100 naissances, il y a environ 7 enfants naturels, dont 2 ou 5 sont exposés *.

cessé d'êlre à la charge des départements [Rapport précité, p. 70). 1 yo^.Ihid.,^. 70.

* Sur 6 pauvres à Paris on compte \ homme, 2 femmes et 3 enfants. La plupart des ménages surchargés d'enfanls ont pour chef une femme (Marbeau, Réponse aux détracteurs des Crèches, 1850).

' Les 3S déparlements frontières, qui sont les plus riches, et dont la population est de 15,638,315 âmes, ne comptent que 1 enfant trouvé sur 360 enfants, alors que les 51 déparlements du centre, qui sont les plus pauvres, et dont la population est de 18,636,532 âmes, comptent 1 de ces enfants sur 233 habitants; un tiers en plus d'enfants trouvés pour un cinquième en plus dans la population (Voy. Watleville, Essai statistique^ p. 14).

* De Beaussel- Roquefort, Devoirs^ droits, assistance, p. 91.

w Si Jâ mère pouvait nourrir son enfant, si, au moment de sa naissance, elle n'était pas souvent dépourvue du plus strict nécessaire, elle se déterminerait difficilement à Tabandonner. Si la femme véritablement indigente avait l'espoir d'obtenir un secours alimentaire qui lui permît d'élever son enfant pendant les premiers temps, elle le garderait et ne s'en séparerait plus. Ce n'est pas après lui avoir donné son lait et ses soins pendant un an ou deux qu'une mère consent à mettre son enfant à l'hospice ; la plupart des expositions ont lieu dans les premiers mois de la naissance *. »

Donc « secourir les mères pauvres, en s'arrêtant à cette moyenne de secours qui suffît pour sauver l'enfant, sans donner de facilité, sans servir de prime au relâchement des mœurs, voilà le seul moyen d'arriver à la suppression complète des tours et à la diminution du nombre des enfants trouvés '. »

« Il n'y a, effet, qu'un seul moyen d'une valeur réelle pour arriver à ce résultat : c'est de déterminer les fillesmères à garder leurs enfants, en les encourageant dans cette résolution par des secours, si leur état de misère les rend nécessaires. Ce moyen fût-il reconnu impuissant, je déclarerais encore une fois qu'il n'y en a pas d'autre, et qu'il n'y a plus, dans ce cas, qu'à se résigner à laisser aux expositions leurlibie cours... Mais s'il est impuissant, c'est qu'il est mal et insuffisamment compris; c'est qu'il n'a jamais été étudié ni embrassé dans toute son étendue; c'est qu'il n'a jamais été appliqué avec toutes les ressources ni avec toute la

* Rapport au Roi du h avril 1837, p. 73.

* Alhanase Coquerel, Rapport sur l'assistance publiquey 1849.

puissance d'action qu'on peut lui créer et qu'on lui créera dès que toutes les forces morales de la société se confondront dans une lutte commune *... »

C'est dans ce but que le gouvernement de Juillet s'appliqua sérieusement à remplacer, par un bon système de secours à domicile pour la mère, le secours que l'on donne aujourd'hui à l'enfant dans l'hospice, en payant à la mère les mois de nourrice qu'on paye actuellement à une nourrice étrangère.

Mais, malgré les avantages incontestables qu'eût procurés ce mode d'assistance, tant sous le rapport moral ^ que sous le rapport sanitaire ^ et économique ^, on n'y vit qu'un retour à la législation de

* Curel, Parti à prendre sur la question des enfants trouvés^ 4845, p. 88.

2 « Aidons la mère à remplir son devoir, puisqu'après tout, elle ne devrait pas être seule k le faire; récompensons-la de ses efforts, mais ne l'en dispensons pas, car ils entrent comme élément essentiel dans les forces vitales de la société. La sera toujours le nœud de la question )» (Curel).

' A l'hospice des enfants trouvés de Paris, la mortalité est en moyenne de plus de 1 décès sur 3 enfants. En dehors de l'hospice, pour les enfanls conservés par leurs mères secourues, elle est de moins de 1 sur 5 iM (10 sur 100). Cette dernière proporlion est a peu près celle de la mortalité des enfanls dans la ville, et môme dans toute la France pour la première année de la vie. Les visiteurs ont remarqué que presque tous les enfants nourris par leurs mères se portent très bien (Valdruche, 1839). « Les enfants que leurs mères ont gardés avec les secours que la charité publique ne refuse k aucune misère, ont trouvé auprès de leurs mères des chances de vie supérieures de moitié k celles que l'hospice leur eût laissées » (Ilemacle, 1839).

* Les 10 millions que l'État dépense pour élever les enfants trouvés sont, quelque écrasant qu'en soit le fardeau, insuffisants et en pure perle. Avec sept francs de mois de nourrice pour la première année, prix qui décroît dans les années suivantes, l'État ne les élève pas, il les tiie. Avec moitié moins il les ferait vivre près de leurs mères (Voir les notes suivantes).

1795*, et, à l'exception de quelques départements qui le pratiquèrent avec succès % — ce qui eût dû convaincre ou encourager tous les autres, — il en fut de ce projet de secours à domicile comme de tous les autres projets d'assistance domestique, c'est-à-dire qu'il vint se perdre dans Tabîme de la charité monumentale, de la promiscuité hospitalière , et que le vicieux système des hospices d'enfants trouvés ^, remis en possession de ses tours % de ses nourrices \ de ses layet-

* Voy. ci-dessus, p. 408 et 409. « Tout ne me paraît pas à blâmer dans la loi du 28 juin 1793. Ainsi, la pensée d'offrir des secours aux mères, pour arrêter celles que la misère pouvait porter à exposer leurs enfants, avait l'avantage d'encourager l'amour malernel et de le faire tourner au profit de l'enfant... Mais, en rendant le secours obligatoire, la législation de Tan ii en faisait une espèce de prime, en raison du nombre d'enfants donnés au pays... Or rien de semblable n'existerait dans la mesure dont il s'agit : les secours ne seraient accordés qu'à l'indigence bien constatée, et il suffirait de quelque surveillance pour empêcher les abus » (Rapport au Roi du 5 avril 1837, p. 38 et 74).

2 Voy. les exemples cités par M. le préfet Curel, ub, sup., p. 88 et suiv.

^ « Les hospices d'enfants trouvés multiplient les enfants trouvés » (Duchàtel). « Le séjour a l'hospice est un grand danger pour les enfants; les faibles, les infirmes s'y rencontrent avec les mauvais sujels, et achèvent d'y perdre la santé de l'àme et du corps au contact de la maladie et de la corruption » (De Melun).

* « Qu'est-ce qu'un tour ? c'est une affiche portant : Quiconque veut se débarrasser du soin d^élever son enfant, pour en donner la charge à la société, est invité à le déposer sans être tenu d'aucune justification » (De Gérando). « Le tour vient en aide à la nécessité. Une seule femme exposa sept enfants; sans le tour, peut-être se fût-elle arrêtée au premier » (Marbeau). « Les départements où il y a le moins d'enfants trouvés sont ceux où il n'y a jamais eu de tours » (Walteville).

^ Trop souvent le bas prix de la pension (Voy. p. 487, note 4), oblige de prendre pour nourrices les femmes les plus pauvres. Nourris d'eau et de farine au lieu de lait, dépouillés de leurs langes au profit des tjiifaats de la maison, les pauvres enfants trouves servent de mar-

tes*, de ses placements au rabais^, de sa tutelle % etc., etc., reprit le conrs de ses abus se'culaires, au grand préjudice de la morale*, de la sécurité^ et de la for-

chandises pour de honteux trafics, etc. (De Melun). « Où trouver de bonnes nourrices pour un aussi grand nombre d'enfants, quand les familles riches ont souvent tant de peine à en trouver une seule. Les trois quarts de celles qui viennent se faire visiter devraient être refusées. Mais, il n'y a pas a opler : on prend celles qui se présentent parce qu'il n'y en a pas d'autres. Et vous vous étonnez que les trois cinquièmes des enfants meurent dans la première année de leur vie! S'il fallait s'étonner de quelque chose, c'est du nombre de ceux qui survivent » (Curel).

* En général, les administrations d'hospices dépositaires exécutent fort mal le décret de 1811, relatif à la fourniture des vêlures et des layelles. Plus de la moitié de ces administrations ne donnent aucun vêtement à leurs malheureux pupilles. Il n'y en a guère qu'un seizième qui pourvoie un peu convenablement aux besoins des enfants confiés à leurs soins (Watteville, 1849).

* Après quelques jours passés à l'hospice, l'enfant est confié k une nourrice qui l'élève a la campagne. A l'âge de 6 ans, s'il ne reste pas chez son père nourricier, on le met en pension chez des cultivateurs. La m.odique rémunération accordée le fait tomber en partage k la classe la plus misérable et souvent la plus corrompue de nos campagnes (Watteville, 1846). Voy. ci-après, p. 490, note 2.

^ « La tutelle des enfants trouvés confiée aux commissions administratives des hospices dépositaires, en vertu de la loi du 15 pluviôse an XIII, est généralement très négligée. Elle est complètement abandonnée dans 61 départements » (Watteville, 1849).

* « Un gendarme disait : Sur trois vauriens que j'arrête, il y a presque toujours un enfant trouvé. Le bagne a 15en fan Is abandonnés sur 100 forçats. La chance du crime est sextuple pour eux. Sur 4 abandonnés, 3 meurent avant l'âge de 12 ans, et le quatrième semble voué au mal » (Marbeau). « Très peu d'enfanls trouvés savent lire. Ceux qui se livrent aux arts industriels deviennent en général de très mauvais sujets. La grande majorité des filles se livrent k la prostitution. J'ai pu constater, dans soixante villes de France, que le nombre de filles, enfants trouvés, placées dans les maisons de prostitution, est toujours égal au cinquième du chifi*re des malheureuses qui composent ce triste personnel » (Watteville).

* « 11 existe, en ce moment, en France, près d'un millions d'enfanls

tune publiques *, autant que du présent et de l'avenir ' et de la santé des enfants ^

trouvés de tout âge. Si l'on ne se hâte de prendre des mesures pour arrêter le mal, on peut prévoir l'époque où leur nombre excédera la moitié de la population ; et quels dangers ne présentent pas pour la société des êtres qui n'ont ni famille ni propriété, ni état civil ! » (B. Delessert, '1838), « Le nombre des enfants abandonnés, en additionnant ceux de Tannée courante avec ceux qui restent des onze années précédentes, atteint le chiffre de i24,000, au-dessous de 12 ans. Si on y ajoutait les enfants qui ont dépassé l'âge de 12 ans, on trouverait un chiffre total d'au moins 600,000 enfants trouvés sur 3i millions d'habitants (près du cinquantième). Ajoutez ce que 000,000 individus de celte classe prélèvent sur nous en aumônes, en rapines, en frais de justice criminelle et de prison, et ce qu'ils causent de mal par leur contact, et vous comprendrez combien il importe au bonheur social d'en diminuer le nombre » (Marbeau).

* Après avoir subi une assez forte réduction, par suite soit de la fermeture d'un grand nombre de tours, soit de l'exécution de la mesure du déplacement (Voy. ci-dessus, p. 484, noie 4), le chiffre des enfants trouvés et de la dépense correspondante, stalionnaire depuis quelques années, tend a revenir h. son chiffre de 4833 au fur et mesure que l'administralion revient a ses anciens errements.

2 « Un enfant est exposé; deux ou trois jours après, il part avec sa nourrice qui le porte à trente ou quarante lieues. Il est soigné de telle manière que, dès la première année, il en meure 42, 50 et parfois 6C sur 100. Celui qui survit est confié, après le sevrage, à de pauvres gens moyennant 4, 5 et 6 francs par mois. On trafique sur lui, on l'exploite. On le dresse à mendier, à marauder. A 12 ans, lorsqu'il est en état de gagner de quoi rembourser à la société les avances qu'elle a dû faire, nous l'abandonnons » (Marbeau). « Obligé, dès l'âge le plus tendre, de gagner son pain qu'on lui donne d'une main trop avare, le pauvre enfant abandonné ne peut suivre l'école, ne reçoit aucune instruction religieuse, et reste enfin, sous le rapport de l'intelligence, presque au niveau des animaux dont il a la garde. Que dironsnous des filles ? Que de périls pour elles dans tant de misères et d'abandon ! Trop souvent leur innocence est le prix funeste de la nécessité » (Walteville).

s « Les conséquences d'un pareil système retombent sur la sanlé des pauvres enfants, victimes de l'extrême pénurie des hospices, qui sont forcés de désobéir aux prescriptions des ordonnances et d'économiser sur les langes et les plus indispensables vêlements » (De Me-

De sorte que, de toutes les réformes tentées par le gouvernement de Juillet pour trancher la question des enfants trouvés, il n'est resté debout aucune solution du problème, si ce n'est le changement matériel opéré dans le stigmate dont sont marquées les pauvres créatures, savoir : la substitution de boucles d'oreilles au collier ^

InBiltations préventives.

En quoi consistent; — Nonaenclature et statistique à ce sujet. — Embrassent tous les âges de la vie: — Crèches, Salles d'asile, Ecoles professionnelles, Patronage, Refuges, Colonies agricoles, Prêts gratuits. Secours mutuels. Caisses d'épargne, Caisses de retraites, etc., etc. — Critique de plusieurs d'entre elles. — Égoïlé et Communisme.

Le gouvernement de Juillet fit plus et mieux pour prévenir la misère que pour la secourir. A son exemple, et sous son impulsion, la charité privée fonda, féconda, propagea, dans toute la France, une multitude d'associations, d'institutions, d'œuvres de toutes

lun, 18S0). « Il esl prouvé que la mortalité des enfants trouvés est deux fois plus forte que celle des autres enfants; sur 35,000 enfants abandonnés, chaque année, le tiers au moins meurt avant l'âge de 12 ans. Voilà donc 10,000 enfants qui, chaque année, trouvent la mort parce qu'on les a abandonnés, et qui auraient été sauvés si l'on n'en avait pas favorisé et facilité l'abandon » (B. Delesserl, 1838). « Si la mortalité est considérable a l'hospice, elle est plus forle encore k la campagne. 112,625 enfants ont été apportés k l'hospice des enfants trouvés de Paris, de 1816 à 1837; sur ce nombre, 85,686 sont morts, savoir: 30,055 dans l'hospice, 55,631 à la campagne. La mort a donc frappé plus des Irois quarts des enfants (76 sur 100). Les tables de la mortalité, en France, font connaîlre que, sur 100 enfants, 46 succombent avant l'âge de 12 ans. La mortalité de nos enfants est donc plus forte de 30 pour 100 que celle des enfants de toute la France » ^Valdruche). * Circulaire du 12 janvier 1842.

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nuances et de toutes sortes, lesquelles, se dirigeant toutes, par des voies diverses, vers un but commnn, et embrassant toutes, dans leurs spécialités particulières, les mêmes généralités de besoins, se donnèrent la généreuse mission d'aller au-devant de toutes les souffrances et d'obvier à toutes les misères, tant du corps que du cœur et de l'esprit, dans tous les âges de la vie.

Telles, furent, telles sont encore aujourd'hui : les Sociétés de charité maternelle *, les Bureaux de nourrices *,

* Ces sociétés ont pour but d'assister les pauvres femmes en couches. Cellede Paris secourt, par année, à peu près 800 familles. Elle reçoit du gouvernement une subvention annuelle de 45,000 francs, et du conseil municipal 6,000 francs. Elle a pour auxiliaire VAssociation des mères de famille, fondée en 1835.

2 « Il naît, en France, un million d'enfants; on ne peut évaluer à moins de cent mille ceux qui sont mis en nourrice loin de leurs parents. Il y a des nourrices qui ne voient dans leur élève qu'un instrument de gain. Aucune n'est surveillée; on ne les soumet pas même au livret. Celle incurie cause la mort de 20 ou 25,000 enfants par année. Les plus malheureux sont ceux qui, faute de soins, reviennent estropiés, infirmes, rachitiques ou idiots » (Marbeau). « Les nourrices s'attachent rarement aux enfants qu'elles élèvent; c'est une spéculalion qui doit leur rapporter le plus de profit et leur causer le moins de dépense possible ; aussi, les enfants abandonnés à ces soins mercenaires sont mal soignés et n'échappent que par miracle^ pour ainsi dire, aux mille chances de mort qui les environnent. Souvent ces femmes se chargent à la fois de plusieurs enfants, et lorsque arrive un décès, quelquefois l'acte de naissance qu'on présente au maire est celui de l'enfant qui paye le moins ou le moins bien. » (Boissel, Ch. des dép., 27 juillet 1847). « Sur les 30,000 enfants qui naissent, à Paris, dans le courant d'une année, 10,000 au plus sont allaités et sevrés par leurs mères ; les autres sont élevés par des nourrices, par des sevreuses ou par des gardeusesA A Bureaux de nourrices envoient plus de 6,000 enfants à 30, 40, 60 lieues de leurs mères; plus de 500 Maisons de sevrage, dans le département de la Seine, gardent plusieurs milliers d'enfants, nuit et jour; un grand nombre de Garderies, la plupart clandestines, soignent beaucoup d'autres enfants, mais seulement

les Maisons de sevrage \ les Garderies \ les Crèches '\ les Salles d'asile^, pour la maternité indigente et la première enfance.

Telles sont : les Ecoles primaires éle'mentaires pour les enfants au-dessus de sept ans*; les Écoles du soir pour

pendant les journées de travail de leurs mères. Toulrs les ouvrières ne gagnent pas assez pour donner h la nourrice j 2 ou 15 francs par mois; au sevrage, 15 ou 20 francs; k la garderie, 70 cenliraes par jour. De là la nécessité des Crèches » (Alarbeau). 1 Ibid.

* La Crèche vient en aide à la fois à la maternité et à l'enfance, en gardant, moyennant une faible rétribution (20 centimes par jour, à Paris), les pelits enfants de moins de deux ans, que leurs mères, légitimes et honnêtes, obligées de travailler hors de leur domicile, y apportent le matin, viennent y allaiter aux heures des repas et y reprennent chaque soir. La première crèche fut fondée à Paris par M, Marbeau, le 14 novembre 1844. Depuis, 16 autres se sont ouvertes sur les divers points de la capitale par les soins de la Société des Crèches. 10 autres fonctionnent dans la banlieue. Déjà plus de 8,000 enfants de Paris ont été admis à jouir des bienfaits de ces établissements. Et pourtant la ville ne les a encore favorisés que de 7,500 francs de subvention. — 65 de nos départements comptent déjà 400 crèches. Les autres suivent le mouvement. (Voy. ci-après, p. 499, notes 1 et 2).

^ Ces petites écoles gratuites, destinées aux enfants pauvres de 2 k. 7 ans, on t été soustraites par l'ordonnance du 27 décembre 1 837 à l'action directe de la Charité, pour renirer dans le domaine de l'Université, ce qui n'est pas le moindre obstacle apporté k leur développement. La première salle d'asile a été fondée k Paris par les soins et des deniers de M. Cochin, en 1828. 28 salles d'asile fonctionnent aujourd'hui dans la capitale. Il en faudrait plus de 100 pour répondre aux besoins de plus de 300,000 ouvriers des deux sexes. 1,500 salles d'asile existaient, en France, au 31 décembre 1843. Plus de la moitié était mal dirigée ou médiocrement tenue. (Voy. Rapp. off. de F. Delessert, Ch. des dép,, 26 mai 1846).

* En 1840, le nombre des écoles primaires élémentaires était de 55,342, dirigées par 62,859 instituteurs et inslitulrices, dont 50,352 laïques et 12,507 religieux. Le nombre des élèves était de 2,881,679, dont 1,240,272 filles. La population étant de 34,500,000 habitants, la France comptait alors 1 élève sur 119^10 habitants. Le nombre des

les adultes * ; les Écoles de chant pour les uns et pour les autres ^.

Telles sont les institutions qui ont pour objet d'assurer à Vorphelin^ à V enfant pauvre ou délaissé les moyens de vivre par son travail, soit en réglant les conditions de son apprentissage ^ et en mesurant sa tâche sur ses

enfants deCk 1 2 ans étant, en France, d'après les tables de Duvillard, de 4,000,000, on peut évaluer, eu tenant compte des enfants qui reçoivent l'instruction élémentaire dans leur famille, à un million, soit un quart du total, les enfants de 6 k 12 ans qui n'apprennent pas à lire.

* En 1840, les classes d'adultes étaient au nombre de 3,400, fréquentées par 68,500 élèves.

^ Grâce k la méthode Wilhem, l'étude du chant est en vigueur dans toutes les écoles primaires de Paris. L'humble diapason en est l'instrument unique. Ce ne sont plus quelques groupes d'enfants qui viennent prendre le ton de ce magique instrument, ce sont des masses tout entières, dont le chifTre, dans les écoles de Paris seulement, s'élevait, en 1841, k 2,260. Des hommes faits, des ouvriers, des pères de famille ont voulu prendre part k l'enseignement du maître habile. Des concerts monstres ont été donnés par eux dans les salles de la Sorbonne, au Cirque des Champs-Elysées et ailleurs. Le nombre de ces adultes s'élevait k plus de 1,200, répartis dans onze cours. D'importantes considérations en faveur du chant ont été publiées k cette époque par les disciples de Saint-Simon et par ceux de Fourier. (Voy. de Girardin, De rimtruct. publ., 1842, p. 30).

2 Trois articles de la loi du 22 germinal an xi constituaient, avant février, toute la législation du contrat d'apprentissage. Un député, M. Boissel, disait a ce sujet, le 27 juillet 1847 : « Il serait temps de remédier aux vices de l'apprentissage, qui dégrade la population de nos grandes villes, et qui est une des lèpres de notre industrie. Il serait temps que l'apprenti cessât d'être vendu corps et âme au maître qui l'exploite et ne s'applique qu'k lui faire produire le plus tôt possible, quant k présent, sans s'occuper de ce qu'il pourra devenir plus tard... » Ce vœu n'a été converti en loi qu'en 1851. — Les sociétés qui s'occupent le plus spécialement du placement des enfants pauvres en apprentissage, k Paris, sont la Société des Amis de Venfance, Vœuvre des Apprentis et Ouvriers dirigée par des frères de la Doctrine chrétienne; et la Société pour le placement des jeunes orphelins^ fondée en 1833, etc.

forces * , soit en le plaçant dans une Maison spéciale ^ ou dans une Colonie agricole^ , soit en lui procurant une éducation professionnelle plus éleve'e dans l'une des Ecoles spéciales dagricuUure * , d'industrie ^ , de commerce ou dVrr/s ^ et métiers '' ouvertes par le gouvernement pour les capacités prolétaires.

Tels sont les Ouvroirs^, les Écoles de sœurs ^ , les OEuvres et Associations religieuses *** , les Refu^

* La loi du 22 mars 1841 limite à 8 heures le travail mécanique des enfants de 8 k 12 ans, et à 12 heures celui des enfants de 12 ans h 16. Malheureusement cette loi n'est pas exécutée dans les manufactures, encore bien qu'elle soit moms humaine que la loi anglaise. (Voy, à ce sujet le Rapport de M. le baron Ch. Dupin du 29 juin 1847).

* Par exemple, à Paris, dans V établissement de Saint-Nicolas, fondé par M. l'abbé de Bervenger.

3 11 existe, en France, 12 Colonies agricoles d'enfants, savoir : 1 pour les enfants pauvres, 6 pour les pauvres et orphelins, 4 pour les enfants trouvés, sans compter les Colonies pénitentiaires, dont nous parlerons dans le paragraphe suivant.

* Institution royale agronomique de^Grignon. — Institut agricole de Roville. — Institut agricole et école primaire d'agriculture de Grand- Jouan.

^ Ecole centrale des arts et manufactures, a Paris. — Ecole de commerce et des arts industriels, h Paris. — Prytanée de Ménars, près Blois.

* Ecole spéciale de commerce, à, Paris.

"^ Cours du Conservatoire des arts et métiers, k Paris. — Ecoles royales d'arts et métiers de Chàlons et d'Angers. — Ecole gratuite d'arts et métiers, k Lyon. — Ecole gratuite de dessin, de mathématiques et de sculpture, k Paris. — École royale, spéciale et gratuite de dessin pour les jeunes personnes, k Paris.

8 21 Ouvroirs où l'on travaille k la broderie, k la couture, au repassage, etc., sont ouverts dans les 12 arrondissements de Paris. D'autres ouvroirs sont annexés k toutes les maisons tenues par les sœurs. Il en existe dans presque tous les couvents.

* Outre les écoles tenues par des sœurs, 14 écoles dirigées par des maîtresses laïques donnent gratuitement l'instruction aux jeunes filles pauvres, aux frais de la ville de Paris.

l ^^ V Association des jeunes économes a pour but de pourvoir h l'édu-

(jes \ les Miséricordes ^, les Maisons de repenlics, etc., etc., instituées pour les jeunes /i//es pauvres, orphelines, dclaissc'es, abandonnées, pures ou qui ont l'ailli. Telles sont les Sociétés de patronage pour les jeunes libérés des deux sexes ^; la Société de Sainl-François-Regis pour la conversion du concubinage en mariage civil et religieux * ; la Société pour la délivrance des prisonniers

calion, au placement et à renlretien des jeunes Glles pauvres de Paris, qui, n'étant pas orphelines, trouvent difficilement accès dans les maisons charitables d'éducation et de secours. L'Association Sainte-Anne place en apprentissage les jeunes filles pauvres ou procure de l'ouvrage aux jeunes ouvrières qui ont fini leur éducation. L'œuvre des Catéchismes se compose d'associations, formées dans les catéchismes de première communion, pour faire élever des jeunes filles pauvres dans des maisons placées sous la surveillance des jeunes personnes composant l'associalion, etc., etc., etc.

1 Un Asile-Ouvroir, fondé a Paris, en d839, pour les nouvelles accouchées, a pour but de ramener au bien, et d'arracher aux dangers aux((uels elles sont exposées, les jeunes filles devenues mères par suite d'une première faute. — Le Refuge du bon Pasteur, Sainte-Marie- Madeleine et Saint-Michel reçoivent les pénitentes qui sortent de Saint- Lazare. — La Solitude de Nazareth, près Montpellier, reçoit de même les pénitentes qui sortent de la maison centrale.

« Il existe, sous ce nom, à Bordeaux, une maison véritablement miraculeuse fondée par M"«' de Lamourous , morte il y a dix ans. Celle maison, sans un centime de revenus, suffit, au jour le jour, aux dépenses d'entretien des nombreuses filles publiques qui viennent s'y épurer. (Voy. la vie de cette sainte dame par M. l'abbé Pouget, 1843).

2 Fondée en 1833, la Société pour le patronage des jeunes libérés du département de la Seine a patronné près de 4,100 enfants dans les premières dix années de son existence. Elle a dépensé, dans la même période, 280,8i^l francs provenant, savoir : 57,260 francs des cotisations des souscripteurs, 130,592 des collectes du jury et des secours du conseil général, du conseil municipal et du gouvernement, et le surplus, des masses des enfants libérés. — La Société de patronage des jeunes filles détenues a été fondée en 1841.

* Fondée en 1826, la société fait réhabiliter, chaque année, à Paris et dans la banlieue, 6 à 700 mariages et légitimer 7 à 800 enfants. Des sociétés analogues sont établies dans 23 villes de France.

pour dettes^; la Société de Saint-Vincent-de-Paul , qui embrasse toutes les œuvres de la charité et de la prévoyance chrétienne*, etc., etc.

Tels sont enfin les Monts-de-piélé ^ , les Prêts gratuits*, les Associations de secours mutuels^ , les Caisses

* 770 prisonniers pour dettes mis en liberté ; environ 1 ,950 autres détenus assistés; plus de 10,000 individus secourus et consolés; le commerce de plusieurs d'entre eux rétabli, etc., tels sont les résultats que cette Société a produits k Paris jusqu'en 1836, Le cours de ses bienfaits a continué depuis (Voy. notre ouvrage De Vétat actuel des Prisons en France, p. 33).

2 Fondée en 1833, la Société, en 1845, comptait plus de 5.000 membres actifs, et plus 3,000 bienfaiteurs. Elle est scindée en plusieurs sections ou Conférences. Elle s'étend dans un très grand nombre de villes de province. Sa mission embrasse l'œuvre de la visite des pauvres; Id. du mariage des pauvres ; Id. des salles d'asile; Id. du patronage des enfants; Id. des apprentis; Id. des ouvriers; M. des hôpitaux; Id. des prisonniers. Ses recettes ont été, en 1842, de 257,840 francs, et ses dépenses de 232,630 francs (Voy. Manuel de la Société de Saint- Vincent'de-Paulj Paris, 1845).

^ Il existait, en France , au moment de la révolution de Février, 46 MontS'de-piétéj dont 17 créés sous la monarchie de Juillet. Ces 46 établissements possédaient un capital de 36,544,012 francs, avec lequel ils ont prêté 42,220,614 francs sur 3,072,765 nantissements. La moyenne de chaque prêt a donc été de 13 francs 75 centimes. 5 montsde-piété prêtent gratuitement, les autres de 2 à 15 pour 100. Ces derniers sont-ils bien des établissements de bienfaisance ? (Voir ce qu'il faudrait faire pour les rendre tels, Watteville, Situation des Monts-depiété, 1846, p. 47 et suiv.).

* « Un système de prêts gratuits f mis en pratique dans quelques localités, a rendu les plus utiles services. Dans les moments difficiles, ces associations prêtent, sans intérêts, des sommes plus ou moins fortes aux ouvriers laborieux dont la conduite offre une garanlie de probité. Ce système a même été étendu à des prêts de grains, faits en automne ou en hiver, soit pour les semailles, soit pour la nourriture, à de pauvres culivateurs gênés, qui les rendaient en nature lors de leur prochaine récolte » [Circulaire du 6 août 1840).

* Ces associations ont pour but d'assurer h. ceux qui en font partie, en échange de la modique cotisation qu'ils fournissent mensuellement, des secours assurés en cas de maladie ou autres accidents déterminés.

d'épargne », les Maisons "^ et Caisses de retraite % etc., etc.

Certes, toutes ces œuvres sont empreintes du cachet théologal de la Foi, de l'Espérance et de la Charité; et, sous ce rapport, nous pouvons dire qu'en fait d'amour pour les malheureux la France ne le cède à aucune autre nation chrétienne. Mais, sont-elles toutes également marquées au coin de Fintelligence, de la prévoyance, de la sociabilité?

Il n'y a, pour nous, d'œuvre sociale, d'œuvre vraiment charitable et préventive, que celle qui a pour objet de rattacher le pauvre au foyer domestique, au respect de la maison, au culte des lares paternels; que celle qui porte secours au pauvre chez lui ou dans la maison voisine qui l'accueille; que celle qui individualise

« Partout où les associations de secours mutuels ont été établies, on a déjk pu en apprécier les excellents effets, sous le double rapport de Tordre public et de la diminulion du nombre des pauvres admis dans les hôpitaux » (Rémusat, Circulaire du 6 août 1840). « Nous ne pouvons présenter un tableau exact des caisses de secours existant en France. Il n'existe nulle part de statistique k cet égard. Le nombre des sociétés autorisées est présenté comme étant, en i 845, de 1 ,902, dont plus de 1 ,650 dans les départements pouvant comprendre de 3 a 400,000 souscripteurs. Il est probable que le nombre est beaucoup plus considérable. On comptait, à Paris, il y a déjà quelques années, 234 sociétés de secours mutuels comprenant environ 17,000 ouvriers. Dans presque toutes les grandes villes de France, dans presque tous les grands centres d'industrie surtout, il existe des sociétés de secours... » (Benoist d'Azy, Rapport sur les Sociétés de secours mutuelSy 1849.)

1 En 1831, il n'existait, en France, que 14 caisses d'épargne autorisées. Il y en avait 347 au 1^' janvier 1843. Depuis leur création, plus de 1,200 millions ont été économisés et versés dans toutes les caisses d'épargne de France ; 800 millions en ont été retirés pour des emplois utiles. Il en reste actuellement près de 400 millions, qui constituent le trésor du peuple (B. Delessert, 1845).

2 Voy. k ce sujet le iîoppori de M. de Gasparin au Roi, du 5 avril 1837, p. 33.

3 Voy. le Mémoire présenté a M. le ministre des finances, par HM. Mole, Passy, Bignon, etc., le 12 mars 1844.

ses bienfaits, en les re'pandant avec discernement sur telle ou telle personnalité connue qu'elle patronne, sans les réunir jamais en faisceau pour les jeter au hasard et en bloc sur des généralités de besoins et de souffrances dont elle ne peut apprécier ni la diversité ni l'étendue ; que celle qui relie l'enfant à sa mère, le fils au père, le serviteur au maître, l'ouvrier au patron, sans dégager jamais aucun d'eux de leurs devoirs réciproques; que celle enfin qui apprend à l'enfant à vivre de sa vie propre et non de la vie des autres, c'esl-à-dire que celle qui place l'enfant en apprentissage, non dans l'atelier commun ou la manufacture, mais dans la boutique ou dans l'échoppe; non dans la colonie agricole, mais dans la métairie ou la ferme, et qui lend dès lors bien plus à entretenir et à développer en lui le ressort de Végoïlé humaine qu'à en affaiblir la puissance dans l'absorption du communisme.

C'est dire, qu'à nos yeux, la vie commune desColonies agricoles est l'opposé de celle qu'il faudrait donner à l'enfant pauvre pour l'initier aux dui's labeurs de l'existence individuelle, car c'est l'existence individuelle, et non la promiscuité des existences, qui l'attend au sortir de l'établissement conventuel où il n'aura appris qu'à n'en pouvoir supporter seul le fardeau.

C'est dire aussi, peut-être, qu'à certains égards, la Crèche et V Asile nous paraissent présenter les inconvénients moraux qu'un ministre de Février leur a reconnus *. Mais, comme la crèche et l'asile ne font que parer

* « Les Crèches rentrent dans la catégorie de ces inslilulions de charité que Vextréme misère rend indispensables, mais qu'aecompagnenl toujours des inconvénients moraux. Les Crèches permellenl à la mère de famille d'aller gagner un salaire nécessaire; mais, en facilitant son travail hors de la maison, elles portent atteinte à la vie in-

aux dangers qui résulteraient, pour les enfants qu'ils recueillent, de l'absence momentanée et forcée de la mère hors du logis, nos observations ne peuvent contester l'incontestable utilité de cette institution louchante *, (( la seule, peut-être, que l'humanité et la religion des temps antérieurs n'eussent pas encore songé à créer'*.»

§ IV

Institutions répressives.

Système de pénalité atténuante de 1832. — Réaction répressive de 1835. — Réforme pénitentiaire de 1844. — Colonies agricoles de jeunes détenus. — Dépôts de mendicité réduits à 2. — Loi du 28 juin 1838 et vœux des Conseils généraux à leur sujet. — Institution tuée.

Il est une classe de malheureux auxquels notre théorie de l'assistance et du travail domiciliaires ne peut, en aucun cas, s'appliquer: — ce sont ceux qu'a frappés la justice. Ceux-ci, ayant forfait aux lois de la société, doivent être séquestrés de son sein et condam-

térieure. Les Salles d'asile elles-mêmes ne sont pas complètement exemples de ce reproche. Il faut veiller sur ces intéressants établissements; il faut les améliorer, mais les maintenir strictement dans les limites de la nécessité. Ils sont, par leur nature, destinés à se restreindre en même temps que s'augmente le bien-être général. Plus il sera permis à la mère d'être chez elle, moins l'Etat devra la suppléer par des soins étrangers » (Garnot, ministre de l'instruction publique, mai 1848).

1 Dans un rapport du 27 décembre 1849, M. Lepelletier d'Aulnay, au nom du Conseil de surveillance de l'administration générale de l'assistance publique de Paris, a fait de l'institution des crèches une critique plus qu'erronée que MM. d'Escodeca de Boisse et Marbeau ont réfutée dans deux brochures sans réplique, intitulées : Les Crèches de Paris, et Réponse aux détracteurs de la Crèche, 1850 et 1851.

^ Xhiers, Rapport sur l'assistance publique^ 1850.

nés à vivre, d'une autre vie que la sienne, dans des établissements spéciaux appelés Bagnes, Maisons de force, Maisons de correction, Prisons, Colonies pénitentiaires K

Toutefois, chaque coupable, ne pouvant être responsable que de sa propre faute, ne doit subir eu prison que sa propre peine : de là, la nécessité de le séparer de ses codétenus dans la prison commune ; de là, le projet de loi sur l'emprisonnement individuel, présenté aux Chambres par le gouvernement, et adopté par Tune d'elles, lorsque la révolution de Février est venue arrêter le vote de l'autre ^

Nous ne dirons rien ici de ce mode d'emprisonnement, qui seul, selon nous, peut résoudre le problème pénitentiaire , attendu que nous en avons développé ailleurs la supériorité exclusive dans divers écrits qu'on peut consulter *.

* Voy. ci-dessus, p. 461. — Les colonies pénitentiaires de jeunes détenus peuvent seules être soumises au régime de la vie en commun, parce que, d'une part, les travaux agricoles qui en sont la base ne peuvent s'exécuter en cellule, et que, d'autre part, la vie commune est moins dangereuse pour des enfants à élever que pour des adultes k punir. Toutefois, nous préférons le système de placement individuel chez des cultivateurs, recommandé par la circulaire du comte d'Argout, du 3 décembre 1832. Mais, comme cette mesure n'était applicable qu'à une certaine catégorie de jeunes détenus, et que la répulsion qu'on éprouve contre tous ceux qui ont eu des démêlés avec la justice, jeunes ou vieux, la rendait presque inexécutable, il a bien fallu recourir aux établissements spéciaux. Ici il y avait nécessité. La première et la plus parfaite des colonies agricoles de jeunes détenus est celle de Mettray, près Tours. Cinq autres colonies de jeunes détenus ont, depuis, été fondées. D'autres ont été annexées par le gouvernement aux maisons centrales de Clairvaux, Loos, Fontevrault et Gaillon.

' Voy. notamment De la Réforme des prisons en France, basée sur la doctrine du système pénal et le principe de V emprisonnement indi-

Nous ne dirons rien non plus du système de pdnalité atténuante introduit dans le Code de 1810 par la loi du 28 avril 1852; non plus que de la re'action re'pressivc des lois de septembre 185S; cela nous mènerait trop loin. Nous mentionnerons seulement bientôt quelquesuns de leurs résultats.

Ce qui doit nous occuper, en ce moment, c'est Tinstitulion à la fois répressive et préventive des Dépôts de mendicité.

Nous avons dit qu'il n'existait plus que six Dépôts de mendicité, dans toute la France, à l'époque de la révolution de Juillet. Depuis, ce nombre a été réduit à quatre ^ Encore, sur ces quatre restés debout après la chute de tous les autres, n'y en a-t-il, en réalité, que deux qui aient conservé le caractère que leur avaient conféré le décret de 1808 et le Code pénal de 1810, — savoir : celui de Villers-Cotterets ^ et celui de Montreuil ^

viduel. 1 vol. iii-8, Paris, 1838; et Défense du projet de loi sur les Prisons contre les attaques de ses adversaires, i vol. in-8, Paris, 1844.

* Savoir : le dépôt de mendicité de Villers-Cotterets ^ pour le département de la Seine; celui de Montreuil, pour le département de l'Aisne; celui de Saint-Lizier, pour le déparlement de l'Ariége; et celui de Bellevaux, pour le déparlement du Doubs.

2 Le chiffre de la population par jour du dépôt de Villers-Cotlerets varie de 7 a 800. Le nombre des admissions est, chaque année, de 200 à 250, et celui des sorties par décès, libérations, transfère ments et évasions à peu près le même. Le chiffre total de la population se partage moyennement en 425 hommes et 325 femmes , — tous vieillards, et les 5/6 infirmes. Les infirmeries contiennent ordinairement le 10^ de la population, et ce dixième se subdivise en 3/7 hommes et 4/7 femmes.

3 La population de ce dépôt est, en moyenne, de 340, dont 200 hommes et 140 femmes. Dans ce chiffre total de 340 se trouvent compris une vingtaine d'enfants des deux sexes et 90 aliénés, le dépôt de Monlreuil servant en même temps de maison de traitement pour les aliénés.

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