Secours hospitaliers
Hôpitaux et hospices en général. — Id. de Turin. — Enfanis trouvés. — Orphe- Jins, — Aliénés. — Sourds-muets. — L'hôpital Saint-Louis. — La Pelile- Maison de la Providence. — Prix de journées.
Nous comprenons sous le nom de secours hospitaliers tous ceux dont un hospilium, ou autre étabiissernent commun, est le canal ou la formule.
^ Ces charges, assez considérables, se composeni de iicr vices reli-
Les principaux établissements hospitaliers du Piémont sont au nombre de quarante, savoir : dix hôpitaux de malades, dix hospices de vieillards et d'incurables, dix maisons de refuge (ritiri e conmtli), et dix maisons d'orphelins, orfanstrofi. Les plus importants de tous sont situés à Turin et à Gênes; quelques-uns à Novare et à Verceil; les autres sont répandus dans les autres villes et provinces du royaume.
Turin est l'une des grandes villes d'Italie la plus riche en établissements de charité. L'hôpital Saint- Louis y est surtout remarqué par sa disposition architecturale aussi neuve qu'ingénieuse*. L'hôpital Saint- Jean est renommé par sa bonne administration ^, et l'hôpital des Chevaliers de Saint -Maurice et de Saint- Lazare y présente cette singularité que la charité y est faite non aux pauvres mais aux riches. On n'y reçoit en effet que des gens de qualité, au nombre de soixante, et des comtes et des marquis s'en disputent la direction. Entretenu aux frais de l'ordre qui est fort riche, cet hôpital a un employé pour deux malades, et le prix de journée de ceux-ci s'élève à deux francs ^.
gieux, messes, anniversaires, cens et rentes à payer, legs à distribuer, etc.
* Tous les hôpitaux devraient être construits comme celui de Saint- Louis, h Turin, en vue d'épargner aux malades le spectacle de la mort de leurs voisins. Là, k la tête de chaque lit, une ouverture, large comme le lit lui-même, fermée par un volet, est faite à la muraille. Si le malade meurt, s'il subit quelque opération, on ouvre le volet, et le lit, porté sur des roulettes, passe dans un corridor voisin sans que l'on puisse se douter de sa disparition, parce que les rideaux abaissés en cachent l'absence.
' Cependant on y compte cent cinq employés pour une population de cinq cents malades (Cerfberr, Rapport sur les établissements de bienfaisance de r Italie, p. 7).
' Voy. ibid., p. 10.
Parmi les hospices cl refuges de Turin on remarque surtout : l'asile pour les Vierges^; l'asile royal delà Vertu^; l'hospice 6ie la Charùé^; la maison royale des filles (Wles Rosine s ^ ; la maison royale cie la Providence^ ; l'asile royal des filles de mililaires ; la maison pieuse de JRcfuge *; la maison royale des Veuves nobles, etc.
Mais, de tous les asiles charitables de Turin, le plus admirable est l'institution privée, connue sous le nom de Petite maison de la divine Providence, fondée par le chanoine Cottolingo^ Ouverte en 1829, avec douze lits de malades, cette maison, vraiment providentielle, en contient aujourd'hui quatorze cents, répartis en divers quartiers ou familles ayant leur destination spéciale : — hôpital, — conservatoire, — sourds-muets, — orphelins, — salles d'asiles, — tous dirigés par des sœurs de charité et par des frères de la doctrine chrétienne pour qui l'établissement est une école normale, — tous entretenus par leur travail et les dons éventuels de la charité privée, l'établissement n'ayant ni fonds, ni dotations, ni rentes, ni revenus réguliers. La Petite maison de la Providence s'est développée comme le grain de sénevé de l'Évangile poussant de toutes parts de nombreux ra-
1 Casa del soccorso délie virgini. On y recueille les jeunes filles pauvres de quatorze ans en danger de perdre leur pudeur, et on les place ensuite dans des maisons liomiôles ou bien on les marie i^Pelilli di Roruto, ub. sup.).
2 Voy. sur cet asile, ci-après, p 55 et suiv.
3 Toutes les jeunes filles qui tombent dans l'adversité ne pouvant soutenir la fatigue du travail, divers asiles leur sont ouverts où elles \iventsans autre travail que des occupations d'aiguille et de ménage. Cent trente-trois jeunes filles de bonnes maisons vivent ainsi dans l'asile de La Providence.
* Cette maison contient environ cinquante femmes repenties.
* Voy. Instituti di beneficenza à Torino, par M. l'avocat Sacchi, Milan, 1835, p. 30 et 47.
meaux où viennent s'abriter toutes les misères. Une maison s'ajoute à une maison, un jardin à un jardin, sans régularité, sans plan préconçu, le gigantesque édifice marchant et s'accroissant toujours. Il est aujourd'hui coupé en deux par une rue qu'on traverse au moyen d'un tunnel. Tout ce qui ne peut trouver d'asile dans les autres institutions de charité est reçu de droit à rhospice Cottolengo : l'orphelin, l'enfant abandonné, le sourd-muet, l'idiot, l'épileptique, l'incurable, le cul-de-jatte, l'infirme, le malade, la pauvre fille délaissée, l'indigent et l'étranger, tous, jusqu'aux malheureuses victimes de la débauche, peuvent venir frapper à la porte de la petite grande maison ; il n'y a d'exclusion d'aucune sorte, et, pour avoir droit d'entrée, il suffît d'être repoussé partout * .
Les prix de journée des divers établissements hospitaliers du Piémont varient selon les localités et, surtout, suivant la bonne ou mauvaise administration de chacun d'eux. "
Ainsi, en prenant deux termes de comparaison identiques, on voit qu'à l'hospice de Ghambéry, pour recevoir 40 vieillards, il en coûte 27,117 francs, tandis que l'hospice de Pagave , à Novare, reçoit 180 vieillards, moyennant une dépense de 14,370 francs. Une différence encore plus grande se rencontre à l'hospice des indigents de Vigevano, où 211 incurables sont secourus avec 19,831 francs; lorsque l'hospice de Savone, avec une dépense de 40,459 francs, ne secourt pas au delà de 203 vieillards.
Dans la même ville, la dépense des deux hôpitaux et des deux hospices présente également, dans le prix
* Le \icomte de Maumigny, Annales de la charité, t. II, p. 757.
de la journce, des variations notables. A l'hôtel-Dieu de Gênes (Albergo dei poveri), la dépense n'est que de 40 centimes 1/5, tandis qu'elle s'élève, à VOspedaletto de la môme ville, à 67 centimes 1/2 \
Examinons maintenant, en particulier, les hospices d'enfants trouvés et d'orphelins, les asiles d'aliénés, et les écoles de sourds-muets.
Les hospices d'enfants trouvés sont au nombre de trente-deux, dont vingt-neuf possèdent des tours.
Le nombre des enfants trouvés, qui était de 17,286 en 1830, était de 18,877 en 1839, sur une population de 4 millions d'âmes, c'est-à-dire de 4 1/2 sur 1,000 habitants ^, augmentation qui est moindre que celle proportionnelle de la population totale du pays.
Cinquante-un mille nourrissons ont été reçus dans la période triennale de 1837-1839; dont 641 ont été élevés dans les hospices etS0,387 à la campagne.
La mortalité est parmi eux d'environ 1 sur 9 enfants ^.
La dépense revient à environ 52 livres par tête, terme moyen ^.
Un dixième de cette dépense est employé en frais d'administration ^.
Quant aux maisons d'orphelins, les enfants y reçoivent l'éducation religieuse et professionnelle. Le nom-
* Rapport précité du ministre sarde Pralormo, analysé par M. Martin d'Oisy.
2 De Gérando, t. II, p. 479.
3 A Gênes, l'hospice des enfants trouvés paye six francs cinquantesix centimes par mois pour chaque enfant envoyé en nourrice. Ce prix va décroissant, chaque année, jusqti'à seize ans. A cette époque Jes garçons restent, en général, a la campagne. Les filles restent à l'hospice où, plus tard, elles sont placées commes servantes chez des particuliers.
bre des jeunes gens enseignés professionnellement, pendant l'anne'e 1839, n'a été que de huit cent onze, moyennant une dépense de 64,698 francs; — soit de 77 francs 86 centimes par enfant.
Le nombre des orphelins secourus dans tous les établissements spéciaux se trouvait être, dans la même année, de 2,711.
L'asile d'orphelins où le prix de journée est le plus élevé est celui de Verceil, il monte à 93 centimes ; celui où il descend le plus bas est l'hospice de Nice, où la journée ne dépasse pas 28 centimes 1/2. Ce sont les deux seuls asiles qui présentent un chiffre aussi élevé et aussi bas.
Les écoles de sourds-muets comptent parmi les asiles les plus remarquables du Piémont. L'abbé de l'Épée de l'Italie est le Père Assorotti. Une enquête officielle -a constaté que les sourds-muets appartenaient en plus grand nombre à la classe indigente qu'aux autres classes sociales. On en porte le chiffre total à 835. Ce chiffre est probablement trop bas, comme celui de 4,000 énoncé par un écrivain sarde est évidemment exagéré \
Nous en dirons autant du nombre des aliénés. Ce nombre s'élevait, en 1859, d'après le rapport ministériel, à 815. Mais ce chiffre, qui est celui des quatre étabhssements d'aliénés qui existent en Piémont, ne peut être celui de tous les aliénés soumis à un traitement dans les États sardes.
* Rapport et Analyse précités, Annales de la chanté, vi« année," liv. 1 à 5.