SOLUTIONS DE L* AUTEUR
nourrir cette population double, nous qui, année moyenne, n'avons pas de quoi nourrir la population simple*?
Donc, le problème de la misère ne sera complètement résolu, en France, tant pour le présent que pour l'avenir ^, que lorsque le gouvernement aura résolu celui de la multiplication de nos produits alimentaires proportionnellement à celle de la population ^, en améliorant la culture des terres en labour * et en dé-frichant les terres incultes, problème dont la solution, cherchée par Louis-Napoléon Bonaparte dans les quelques pages, si remarquables, qu'il a écrites sur la question de Y extinction du paupérisme^, ne pourrait,
* De Cormenin, préface de Question des subsistances, p. xiij.
* Avant peu d'années, les contrées d'où nous tirons aujourd'hui des grains seront dans l'impossibilité de nous en fournir, en raison de ce que leur population croît beaucoup plus vite qu'en France. En Angleterre, par exemple, cet accroissement est de 45 pour 100 en dix ans. Il est de 33 pour 100 aux États-Unis. Il est de 10 pour 100 en Prusse, et de 5 pour 100 seulement en France, dans la même période (Marchai, ub. sup., p. 87).
3 Le chiffre de la population va toujours croissant ; dans un demisiècle, il se sera accru de 11 millions d'individus. Le déficit des subsistances, minime actuellement, sera énorme alors; 35 millions d'hectolitres de blé seront alors nécessaires en sus de la consommation actuelle. L'étranger ne pourra plus nous les fournir. Meltons-nous donc en mesure de pouvoir lui en revendre [Ibid., p. 43 et 87).
* Sur 32 millions d'hectares de terres mises en culture (nous ne parlons pas des bois) il y a, en France, 6,800,000 hectares en jachères, plus du cinquième ! {Ibid., p. 84).
^ On évalue en maximum à 8 millions d'hectares l'étendue totale des terres incultes, en France, soit un peu plus du septième de la superficie totale du territoire, et environ le quart de la superficie cultivée, non compris les bois. C'est cette étendue, réduite k 6,427,000 hectares à défricher (71,241 hectares par département) que le prince économiste propose de mettre en culture au moyen d'une vaste association ouvrière que l'État en rendrait propriétaire moyeimant une avance
en tout cas, se trouver que dans la création d'un corps d'ingénieurs agricoles * venant en aide à nos Diaconies. Jusque-là, la France, tributaire de l'étranger plus riche et plus peuplé qu'elle ^, fera de vains efforts pour se procurer, à grands frais, dans sa colonie africaine ^ le supplément de subsistances qu'il lui faut,
de 300 millions, — association dont tous les ouvriers pauvres seraient membres sans cire personnellement propriétaires, — association fonctionnant au moyen de colonies agricoles répandues sur toute la surface de la France, à raison d'une colonie par département, colonies qui auraient k défricher, par an et par département, pendant vingt ans, 3,500 hectares au moyen de d ,781 ouvriers, ou de 1 ouvrier environ par 3 hectares, et de 120 familles pauvres recrutées annuellement pour aider a la culture des terres défrichées, etc. « Avec notre système, dit le prince Louis, 206,400 familles, 153,166 ouvriers de la classe pauvre seraient entretenus, c'est-à-dire que nos colonies agricoles auraient deux buts à remplir : le premier de nourrir un grand nombre de familles pauvres, en leur faisant cultiver la terre, soigner les bestiaux, etc.; le second d'offrir un refuge momentané à cette masse flottante d'ouvriers auxquels la prospérité de l'industrie donne une activité fébrile, et que la stagnation des affaires ou l'établissement de nouvelles machines plonge dans la misère la plus profonde. Nous aurions ainsi, pour la masse flottante des travailleurs, de grands refuges qui, lorsque l'activité générale du pays se ralentirait, conserveraient le surplus des forces non employées pour les rendre ensuite au fur et k mesure au mouvement général. Nous aurions, en un mot, de véritables déversoirs de la population, réservoirs utiles du travail, qui maintiendraient toujours a la hauteur cet autre niveau de la justice divine, qui veut que la sueur du pauvre reçoive sa juste rétribution » {De l'extinction du paupérisme, 1848, p. 10 et 12).
* Voy. Marchai, w6. sup., p. 51 et suivantes.
* L'Angleterre fait produire k son sol 25 hectolitres de grains par hectare et nourrit 87 habitants par kilomètre carré. La Belgique en nourrit 143 et obtient de ses terres un rendement double des nôtres ; l'Allemagne récolte 22 hectolitres par hectare ; la Lombardie et le Piémont nourrissent 176 habitants par kilomètre carré. La France ne peut en nourrir 07 et ne fait rendre à son sol que 12 à 14 hectolitres par hectare {Ibid., p. 83).
^ Voy. sur cette question Marchai, ub. sup.j p. 122 et suivantes.