ITALIE. — ÉTATS SARDES. — MAISONS DE TRAVAIL
tent de l'asile, et les maîtres sont obligés de les prote'ger, de les surveiller pour qu'ils se perfectionnent dans leurs connaissances acquises. Aux meilleurs élèves on accorde comme récompense l'admission à l'école publique de dessin d'ornement. De cette manière, on a fait d'une maison pieuse un établissement national de manufactures. Les ouvrages qui en sortent sont fort prisés. Quand les fonds primitifs ne suffisent pas, l'État comble la différence.
VAlbergo di Cari ta est un dépôt de mendicité ouvert en 1628 à la foule de pauvres, d'estropiés, de femmes, de vieillards oisifs qui vaguaient alors dans les rues de Turin. Fermé plus tard, puis rouvert en 1717, par Yictor-Amédée *, l'asile de la Charité contient 1,640 indigents, dont SOO invalides des deux sexes. Les valides sont répartis en divers ateliers dont les produits sont vendus par l'administration qui accorde une légère rétribution aux travailleurs, afin de leur donner du cœur à l'ouvrage. L'hospice de la Charité n'a que 70,000 francs de revenus fixes, et sa dépense dépasse 200,000 francs. La bienfaisance des habitants et la munificence de l'État comblent le déficit^.
Il y a, à Turin, une autre maison de travail non moins remarquable que celle de VAlbergo di Virtu,
* Celte réouverture donna lieu k une cérémonie religieuse extraordinaire. Tous les pauvres des deux sexes, désignés pour l'hospice, velus d'habits neufs, se rendirent à la calhédrale où la confrérie de Saint- Paul les altendait avec beaucoup d'enfants, habillés en anges, qui tendaient aux pauvres des couronnes de fleurs. De Ik, la confrérie et les pauvres sortirent accompagnés ainsi et parcoururent la ville; arrivés au palais qui devait être leur demeure, un prêtre les accueillit en disant : Voilk la porte de Dieu et la porte du ciel ! (Gerfberr, ub. sup., p. 37).
2 De Gérando, ub. sup.^ t. III, p. 538.
c'est la Maison royale des filles dites Rosines, du nom de Rose Hovona , sa fondatrice. Au-dessus de la grande porte de rétablissement, fonde en 1756, se lit cette inscription qui en caractérise le but : Tu mangeras du travail de tes mains. Dans ce refuge, on accueille les jeunes filles pauvres, âgées de treize à vingt ans, qui se trouvent sans secours et qui peuvent travailler. En entrant, elles apportent deux cents livres de dot, cent livres d'entrée, et peuvent y rester toute leur vie si elles le désirent. Selon la maxime fondamentale de leur institut, les Rosines doivent vivre de leur travail. L'asile n'a donc pas de revenus. Le produit des ouvrages de leurs mains suffît à les entretenir et à soutenir celles d'entre elles qui sont malades ou trop âgées pour travailler. L'asile contient 300 filles, parmi lesquelles 50 vieilles ou malades. Il dépense annuellement 80,000 francs. L'État donne aux Rosines les fournitures de l'armée. Tous les ouvrages de confection sont principalement recherchés, moins encore, peut-être, dit un Français, à cause de leur perfection, que parce qu'on ne peut qu'aimer des ouvrages qui sortent de mains si pures.
Au nombre des Maisons de travail de bienfaisance nous devons compter les Prisons nouvellement établies en Sardaigne. Quel immense bienfait n'est-ce pas accorder aux détenus que de leur apprendre un métier qui les sauve des tentations de l'oisiveté et des vices qu'elle engendre ? Nous mentionnons comme telles la maison de correction des jeunes détenus de Turin et la maison pénitentiaire d'Alexandrie *.
* Voy. ce que nous avons dit de ces deux prisons dans la Revue pénitentiaire de 1846, p. 287.