Administration et centralisation de la Charité
Efforts tentés pour éteindre la mendicité. — Système de Viclor-Amédée. — Édits de 1717. — Proiiibltion de l'aumône individuelle. — La charité sociale à trois degrés. — Congrégations locales; Congrégations provinciales; Congrégation généralissime ou centrale. — Junte charitable. — L'avocat des pauvres. — Système de Charles-Albert. — Édit de 1836. — Nouveau mode de comptabilité et de contrôle pour toutes les institutions de bienfaisance. — Pas de droit à l'assistance. — Résultats obtenus.
Charles-Emmanuel est le premier roi sarde qui ait subordonné, en 1651, l'extinction de la mendicité dans ses États à la création d'établissements de secours pour les malheureux. Victor-Amédée, son successeur, compléta son œuvre par plusieurs édits de 1717 *, lesquels prohibent, sous peine d'amende, l'aumône individuelle , ordonnent l'érection d'un Hôpital général dans chacune des principales villes du royaume, et créent des Congrégations de charité locales partout où l'hôpital général manquerait, à l'effet d'administrer aux indigents des secours réguliers qui leur permettent de ne pas vaguer d'un lieu à l'autre pour Se procurer du pain, — congrégations relevant de Congregâtions provinciales, et celles-ci d'une Congrégation généralissime centralisant en elle l'administration de tous les secours domiciliaires aussi bien que des secours hospitaliers de tout le royaume.
L'organisation intérieure et le mode d'action de
1 Le Recueil des ordonnances de Victor-Amédée publié à Turin, en 1717, sous le titre de: LaMendicita sbandita, par le P.Guevarra, de la société de Jésus, renferme, sous le rapport de l'ordre et de la comptabilité, des modèles excellents a consulter encore aujourd'hui (voy. la substance de ces ordonnances dans l'ouvrage de M. Petitli di Rorelo, Saggio sul buon governo délia mendicita^ etc., 1. 1, p. lOo et suiv.}.
chacune de ces trois sortes de congrégations charitables, hiérarchiquement superposées, sont savamment développés dans les Instructions envoyées par le roi à toutes les communautés d'habitants, ainsi qu'à tous les gouverneurs et intendants des provinces chargés d'en assurer l'exécution *.
A côté de la congrégation centrale, et pour lui venir en aide, Victor-Amédée institua, en 1766, un tribunal spécial, sous le nom de Junte, chargé de Texamen des litiges que les établissements de charité pouvaient avoir à soutenir activement ou passivement. Le tribunal spécial de la charité ne vidait pas les procès, il en pesait la valeur; mais ses décisions étaient en ce point souveraines. Il existe encore aujourd'hui , en Sardaigne , des tribunaux spéciaux qui jugent d'urgence les contestations relatives à la charité.
Aucune législation , d'ailleurs , ne s'est occupée avec autant de sollicitude que la législation sarde de tout ce qui touche à l'intérêt des indigents. Sa belle institution de l'Avocat et du Bureau des pauvres en est la preuve ^.
Malheureusement, ce ne sont pas les meilleures institutions qui sont les plus durables; car, dès longtemps, déjà, la Congrégation centrale de charité, qui formait le nœud du système de secours de Victor-Amédée, ne fonctionnait plus ou fonctionnait mal, et les Congrégations provinciales n'étaient plus que des rouages inutiles ou embarrassants, lorsque Gharles-
* Voy. le contenu de ces instructions daiis le Rapport du minisire Prolermo, et dans l'Analyse de M. Martin d'Oisy, ub. sup.
^ Voy. sur cette institution les recherches précieuses auxquelles s'est livré M. du Beux dans ses Etudes sur l'institution de l'Avocat des pawvre*, p. 116 et suiv.