‹ Du problème de la misère et de sa solution chez les peuples anciens et modernes (volume 4)Chapitre 23 sur 168 · OEuvres et Etablissements de Bienfaisance · texte numérisé non relu

OEuvres et Etablissements de Bienfaisance

En quoi consistent, à Milan, à Venise, à Trieste. — Ciiarité conventuelle et monumentale.— Palais des pauvres. — Charité légale et charité privée. — Leur mode d'action, — Leurs ressources. — Application qui en est faite aux hospices et hôpitaux. — Id. aux secours à domicile. — Centralisation des secours. — Médecins de campagne. — Confréries. — Enfants trouvés et aban donnés. — Orphelins. — Femmes en couche. — Malades curables et incurables. — Aliénés. — Jeunes filles pauvres. — Repenties. — Enfants incorrigibles.— Écoles gratuites. — Monts-de-piété. — Caisses d'épargne. — Sociétés et confréries charitables. — Patronage des libérés. — Secours mutuels. — Salles d'asile. — Crèches.

La bienfaisance se produit, dans les États Lombard- Vénitiens, sous les mêmes formes extérieures que dans les États du roi de Sardaigne. C'est toujours, ici comme là, la cbarité conventuelle parquant ses pauvres, comme une race à part, dans des établissements ad hoCf substituant la promiscuité aveugle du secours hospitalier à l'individualité éclairée du secours domestique. C'est toujours la charité monumentale, dépensant, pour loger fastueusement la misère dans des Hôtels-Dieu somptueux, beaucoup plus qu'il n'en coûterait pour la soulager humblement et efficacement chez elle.

En cela, Venise, Trieste et Milan ne le cèdent ni à Rome, ni à Turin ni à Gênes ^

bard-Vénilien, par un décret émané du gouvernement français du 10 août 1808, a été maintenue par le nouveau Code pénal aulricliien. Condamnés k un mois de prison pour la première fois, elk trois mois en cas de récidive, les mendiants peuvent, en outre, être soumis à des travaux pénibles, au jeûne, et même frappés de peines corporelles. ' « A Gênes , le Palais ducal est moins riche que VAlbergo di po-

Il n'est pas rare, d'ailleurs, de lire, sur le frontisj)ice des plus somptueux bâtiments de l'Italie, ces mots gravés en lettres d'or : Palais des Pauvres; — sur quoi un philanthrope français fait cette observation : (( Il wsemble qu'en foulant le marbre d'un palais, l'infortuné qui vient y chercher protection sent moins les dures étreintes de la misère; » — observation que nous trouvons moins juste que celle-ci : « Des colonnes, des mosaïques, des ornements d'architecture, des cours spacieuses et des salles immenses, ne valent pas, pour un malade, le cœur d'une Sœur de charité. » Or, c'est la Sœur de charité qui manque surtout aux Hôpitaux-palais de l'Italie. C'est aussi la Sœur de charité qui manque à l'Hôpital-palais de Milan.

Mais, à défaut de sœurs, ce sont des frères, les Frères-Saint-Jean-de-Dieu , qui gouvernent plusieurs des hôpitaux et hospices de la Lombardie.

Outre ses hôpitaux, Milan possède plusieurs hospices : un pour les Enfants trouvés * ; un pour les Orphelins ' ;

veri. Trois grands architectes ont élevé celte maison d'un luxe incroyable » (J. Janin, Foyage en Italie, p. 70).

* Fondé, en 787, par un architecte nommé Datheus. L'établissement actuel est encombré d'un nombre considérable d'enfants allaités plusieurs ensemble par une même nourrice, ou élevés au biberon. On ne garde pas au dehors. Aussi en meurt-il beaucoup. L'hospice a dépensé, en i830, l'énorme somme de cinq cent quarante-cinq mille de nos francs; six mille cent vingt-un enfants y étaient inscrits dans cetle année. Quelque onéreux que soit ce fardeau, la charité italienne aimerait mieux succomber sous le faix que de s'en décharger au moyen de la suppression des tours ou du déplacement des enfants dans des provinces inconnues des mères.

* Existe depuis plus de 300 ans. Les orphelins qu'on y accueille de sept à treize ans y restent jusqu'à dix-huit. On leur enseigne k lire, a écrire, etc. On les envoie ensuite chez les meilleurs artisans de la ville pour y apprendre un métier. Us étaient, en 4840, au nombre de

deux pour les Orphelines *; un pour les Enfants abandonnés ; un pour les Enfants de parents vicieux ; un pour les Vieillards invalides; un pour les Pauvres incurables; enfin, un pour les Aliénés *.

Milan possède aussi des Salles d'asile * et une Crèche *.

Milan possède enfin plusieurs Refuges déjeunes filles % une école de Sourds-muets, un institut d' En fants incorrigibles, plusieurs Unions de bienfaisance ^, une société

deux cenls, et coûtaient à rétablissement chacun cent livres autrichiennes par jour,

* L'un, appelé Della-Stella, en contient trois cent dix-huit; l'autre, Sainte-Marie-de-Laurette^ en contient cent six. Le second n'est que le réservoir du premier. Si, dans le premier, oià elles restent jusqu'h, vingt-un ans, elles ne trouvent pas à se placer, elles passent dans le second où elles peuvent demeurer toute leur vie. Quand elles se marient, elles reçoivent trois cents livres de dot.

* Voy. sur ces divers établissements de bienfaisance, Cerfberr, ub. sup.y p. 44 et suiv., et de Maumigny, Annales de la charité, t. IF, p. 712 et suiv.

3 Les Salles d'asile se propagent en Lombardie. Il y en avait cinq h Milan en 1838, lesquelles contenaient de sept à huit cents enfants (il y en a huit aujourd'hui). Ils sont entretenus par des souscriptions volontaires. Le plus remarquable est celui de San-Celso. On y suit pour l'instruction la méthode d'Aporti, qui consiste à conduire l'intelligence du connu à l'inconnu par déduction, par analyse. Tout ce que font les enfants, ils l'exécutent en mesure; ils ne se meuvent qu'au son des chants. On leur fait changer d'occupation toutes les demi-»' heures. On leur enseigne k lire au moyen de caractères mobiles. On leur fait aussi exécuter de petits travaux dont le produit profite h l'élablissement. Les filles tricotent; les garçons tressent des cordons, font de la charpie, etc. L'établissement leur fournit une blouse propre, et leur donne tous les jours une soupe. Ils ont tous un numéro à la ceinture de leur blouse, et un panier dans lequel ils apporient le pain et la nourriture que leur donnent leurs parents.

* Cette Crèche a été fondée lé 15 juin 1850.

^ Tels que la Beata virgine addolorata pour les jeunes filles qui sont nubiles; la Maison de refuge pour les jeunes filles qui ne le sont pas. On les forme pour être maîtresses d'école ou femmes de chambre.

« Telle est, entre autres, la Pieuse union, ayaat pour but de visiter

pour le Patronage des jeunes libérés \ un Monl-de-piété^, enfin, plusieurs Inslilutions de prévoyance et de secours mutuels ^.

Venise n'est pas moins riche que Milan en établissements de bienfaisance de toutes sortes : Hôpitaux pour toutes les maladies*; Hospices pour toutes les misères : un pour les Enfants trouvés, le plus remarquable que nous connaissions, car il est désert^; deux pour les Orphelins ^ ; plusieurs Refuges de jeunes

les malades du grand hôpital, et de preadre soin des femmes et des lîUes en danger, en cherctiant à les placer ou k les marier.

' Voir sur le Patronato de Milan, fondé en 1844, Revue pénitentiaire, t. III, p. 31 et 535.

* Le raont-de-piété de Milan, lequel n'est que la réunion de trentesix établissements particuliers destinés, avant la fin du siècle dernier, à la distribution d'aumônes aussi bien qu'à des prêts sur gages, compte plus de trois cent cinquante ans d'existence. L'intérêt est de six pour cent.

3 Voici l'indication des principales : Pieux institut typographique, fondé en 1804; pieux institut de secours pour les médecins, fondé en 1842; pieux institut philharmonique, fondé en 1783; pieux institut théâtral, fondé en 1829 (Voy. détails intéressants sur ce dernier institut dans le rapport précité de M. Gerfberr, p. 115 et suiv.).

* Venise possède deux magnifiques hôpitaux, l'un militaire, pouvant recevoir mille malades; l'autre civil, pouvant en recevoir quatorze «îents; plus, une maison de convalescence, et deux hôpitaux spéciaux pour les Arméniens et les Albanais.

5 Cet hospice fut fondé, en 1346, par Pierre d'Assise, surnommé le petit frère Pierre-de-la-Pitié, précurseur de notre Vincent de Paul. Les enfants qui y étaient déposés en grand nombre sont tous placés aujourd'hui a la campagne; il n'en reste pas vingt dans la maison. A mesure qu'un enfant est déposé dans le tour, une nourrice l'emmène à la campagne, le nourrit, l'élève, et le garde. Le Frioul est depuis longtemps en possession de cette espèce d'industrie. Le règlement mérite d'être lu et médité. Le texte s'en trouve dans le rapport de M. Gerfberr, p. 52, 310 et suiv.

^ L'un pour les garçons, l'autre pour les filles. Les garçons reçoivent, dans l'établissement, l'instruction primaire, et au dehors, chez

filles *; deux Asiles d'enfants abandonnés; cinq Salles d* asile pour la première enfance; deux Maisons de repenties ; divers Asiles pour les Vieillards ; un Hospice des Incurables; un Hospice d'Aliénés; deux Ecoles gratuites, etc. *.

Venise possède encore, depuis le commencement de ce siècle, un Mont-de-piété qui prête à six pour cent, et une Caisse d'épargne qui accorde un intérêt de quatre pour cent.

Pour faire connaître tous les tre'sors de cette charité aux formes multiples, aux traditions séculaires, il nous faudrait parler encore de maintes œuvres de détail : des fondations pieuses répandues dans presque toutes les îles qu'entourent les lagunes; des Maisons de retraite annexées à la plupart des paroisses, et dont quelques-unes ressemblaient aux Béguinages flamands, etc.; mais nous n'avons plus de place que pour dire un mot ici du mode d'administration des secours aux indigents.

A Venise , les diverses confréries et commissions qui s'étaient formées pour le soulagement des indigents de chaque paroisse ont été réunies, en 1814, sous une direction centrale appelée Publica Beneficenza.

Les revenus fondés, les legs, les dons annuels mettent à la disposition de la direction une somme de 3,400,000 francs. Cette somme, magnifique pour

des artisans, rinstruction professionnelle. Quand ils savent un métier, on leur donne, à l'âge de seize ans, la liberté de choisir l'état qu'ils préfèrent. Les filles restent dans l'hospice jusqu'à l'âge de vingt-quatre ans, h moins qu'elles ne se marient ou qu'elles ne se placent. On leur donne, à leur sortie, une dot et un trousseau.

^ Voyez, sur ces divers établissements de bienfaisance, les Annales de la charité, t. I, p. 628 et suiv.

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une \ille de cent quatorze mille âmes, est employée en (îistributions de vêlements, de couchers, de chauffage, d'aliments, de médicaments gratuits. Déplus, les indigents reçoivent journellement quinze, vingt, trente centimes par tête, et davantage encore, selon les besoins constatés *.

A Trieste, cité de plus de quatre-vingt mille âmes, la bienfaisance privée s'efface en quelque sorte sous la bienfaisance légale.

La bienfaisance légale est représentée, à Trieste, par V Institut général des pauvres, fondé en 1819. Cet institut, administré par sept directeurs, centralise tous les services comme tous les revenus de la charité ^, sauf ceux du Grand Hôpital général ^. Ainsi, il est chargé de recueillir les vieillards invalides, les infirmes, de procurer du travail à ceux qui en manquent, de prévenir la 0iendicité en assistant les indi-

* Voy. ibid., p. 634 et 635.

* Le capital de fondation de riustilut était de 158,000 francs, dont 409,000 versés par la ville , et provenant d'anciennes réserves , 25,000 donnés par le Cercle du commerce, 13,000 par l'empereur, le reste par des particuliers. Dans les dix premières années de son existence, l'Institut a distribué une somme totale d'environ 800,000 francs. Ses ressources ont augmenté depuis. Outre l'intérêt de son capital, accru de nouveaux dons, il jouit d'une assignation sur la taxe des vins, de droits sur les amendes, sur les bals et spectacles, sur la distribution des cartes de nouvel an, etc., etc. Ses revenus étaient, en 4843, de 138,900 francs {Ibid., p. 636).

* Terminé en 1841, il a coûté, en construclion et ameublement, près de 2 millions; il peut recevoir 1,000 malades à la fois, outre les infirmes. Les fous (au nombre de 31 hommes et 22 femmes en 1843) sont établis k part, dans l'ancien évêché. Les Juifs ont un hôpital particulier. On a affecté à ce bel et vaste établissement les revenus des anciennes fondations hospitalières. Le tour, altaché k l'Hôpital général, a reçu 348 enfants en 1843. Le même hôpital a reçu, la même année, 133 femmes en couche (Ibid.).

gents, d'élever les enfants abandonne's en leur procurant, dans un établissement spécial, l'éducation religieuse, scolaire et professionnelle, etc., etc. ^

A Milan et dans le reste de la Lombardie, la charité légale n'intervient que comme auxiliaire de la charité privée. Tous les établissements de bienfaisance y ont leurs revenus propres; et quand ils sont insuffisants à secourir toutes les misères, les particuliers, et, à leur défaut, les villes, fournissent les fonds nécessaires pour y subvenir.

Comme couronnement de ce système de secours, le gouvernement a institué un Service médical gratuit pour les pauvres, dans toutes les communes du royaume Lombard-Vénitien ^, et , à Venise et à Milan spécialement , des Maisons d'industrie, pour y appliquer à l'oisiveté besogneuse le remède souverain du travail. C'est de cette institution importante qu'il nous reste maintenant à parler ^.

1 Avec ses ressources propres, l'Instilut a fait, en 1843, aux pauvres de la ville, des distributions journalières de soupe et de pain, des distributions mensuelles depuis 2 francs 50 centimes jusqu'à 12 francs 50 centimes par tête, des distributions extraordinaires quelquefois plus fortes, des répartitions de vêtements et de couchers. En outre, il a entretenu dans ses bâtiments environ 120 vieillards, 18 garçons et filles, 170 petits enfants. Les distributions en argent présentent une importance de 56,000 francs, et les distributions de vivres, y compris les internes, de 53,000 francs [Ibid.].

2 Toutes les communes ont un médecin, un chirurgien et une sagefemme. Ce personnel sanitaire est payé par les communes (Voy. détails a ce sujet, Cerfberr, ub. sup.^ p. 147 et suiv.}.

3 Pour ce qui est des prisons, voyez, sur les plombs de Venise^ l'ancienne prison cellulaire de Milan, etc., la Revue pénitentiaire, t. III, p. 288.

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