‹ Du problème de la misère et de sa solution chez les peuples anciens et modernes (volume 4)Chapitre 25 sur 168 · Mendicité et Travail · texte numérisé non relu

Mendicité et Travail

Caractère de la mendicité en Toscane. — Ses causes. — Brigandage désarmé. — Son remède dans le travail. — Case di Mendicità. — Casa pia di Lavora de Florence. — Sa discipline. — Ses résultats financiers et moraux.

La Toscane, étant un pays plus agricole que manufacturier, est moins exposée qu'on ne l'est, en France, en Amérique, et dans les grandes cités industrielles de l'Angleterre, aux dangers et aux dommages qui résultent de la cessation instantanée des demandes de travail. La Toscane, dès lors, est à Tabri de ces flots de mendiants que les chômages et les intermittences commerciales amènent accidentellement dans les autres pays, a Et cependant, s'écrie douloureusement le docteur Turchetti, par des causes qu'il est plus facile d'indiquer que de détruire, cette belle province de l'Italie est contaminée par le paupérisme, et, au dehors de la capitale où elle est formellement défendue par la loi, la hideuse mendicité blesse les regards et attriste le cœur de chacun. Disons toutefois, à la décharge de mon pays, que la masse des mendiants qui inondent les chemins de la belle et riche Étrurie sont étrangers à l'Étrurie pour la plupart. Ce sont

les fainéants et les gueux de toutes les contrées environnantes qui viennent exploiter à leur profit nos sentiments bien connus d'humanité, et qui font de cela un métier qu'on leur voit exercer avec une audace et une habileté extraordinaires, dans tous les lieux où il y a foule, dans les foires, dans les marchés, aux jours de fêtes patronales, etc. La fête passée, ils transportent leur industrie ailleurs , où vous pouvez les revoir, avec le même visage et les mêmes moyens d'appeler la commisération publique sur leurs plaies simulées, sur leur misère de convention,

« Il n'y a pas, continue le même auteur, une personne qui ait profondément médité sur notre besogne publique actuelle et qui ait passé quelque temps parmi nous, qui ne déplore et qui ne maudisse cette espèce de brigandage désarmé (brigandaggio disarmalo) qui comporte en lui tous les vices *. »

Ajoutons, pour tout dire, que si les portes des plus riches villas de la Toscane sont constamment assiégées d'une foule d'hommes, de femmes, d'enfants, couverts de vermine et de haillons, qui vous en bouchent le passage, c'est moins parce que l'habitude ou la faim les pousse à vous demander l'aumône à grands cris, que parce que c'est à ces signes qu'on reconnaît ici une maison charitable; cela fait honneur au maître dans l'opinion. Personne, en Italie, ne songe à prévenir ce dernier degré de misère, en dirigeant et en encourageant l'industrie; on ne s'en occupe que lorsqu'elle est à son comble ; mais alors elle a son pain assuré ; les misérables ont leur curée comme les

* Turchetti, Lettere sulli Instituti di beneficenza délia Toscana, i vol. iii-8J845, p. b3el54.

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