Charité
Charité K^gale inconnue. — Charité sociale seule employée. — Comment s'établit. — Comment le gouvernement intervient dans ses œuvres. — Est grandiose et monumentale. — Le fait répond-il au princi|^e? O
La métropole des croyances chrétiennes est aussi la métropole de la charité.
La charité a conservé, à Rome, au milieu des révolutions qui ont pu en ralentir l'essor sans jamais en altérer l'essence, son caractère primitif de vertu théologale, de vertu privée, de vertu chrétienne. La charité s'y est également faite grandiose et monumentale, comme tout ce qui se fait dans la ville éternelle. Ses asiles sont des palais ^ La charité est plus encore dans les mœurs des Romains que dans leurs institutions. Ce qui, chez d'autres, a sa source dans le sentiment naturel du devoir et de l'humanité, prend chez eux sa vie dans l'inspiration religieuse, dans des motifs de foi, dans les paroles de la révélation divine. C'est pourquoi les particuliers laissent si peu au gouvernement le soin de pourvoir aux besoins des pauvres. Ce soin ils le prennent eux-mêmes, et ce serait, dans leur conscience, une impiété que d'y manquer. De là, les établissements nombreux et les nombreuses sociétés de bienfaisance que Rome doit à la charité individuelle de ses riches et pieux habitants.
Presque toutes les œuvres qui se sont formées, à Rome, dans un but charitable et moral, sont nées ainsi de l'union de quelques âmes dévouées et généreuses, union qui a produit une fondation. Les papes, en
* Voy. sur le luxe et la magnificence des établissements de charité, les Voyages en Italie du docteur Valentin. 1 vol. in-8, Paris, 1826.
créant, comme souverains, des institutions charitables, ont agi de même, c'est-à-dire qu'ils leur ont assigne, avec complète aliénation , des terres et des revenus ; en sorte que les établissements de bienfcxisance importants, les hospices, les conservatoires, les hôpitaux, possèdent leur fortune indépendante, administrée, sous la tutelle de l'État, par des commissions spéciales. Si ce patrimoine ne suffît pas à leurs besoins, des secours sur le budget leur sont alloués, et quelques milliers de piastres reçoivent annuellement cette destination. Les autres œuvres vivent de quêtes et de dons manuels *. Ainsi, l'exercice de la charité individuelle, à Rome, repose sur le double principe de Tassociation et delà fondation, auquel vient s'ajouter comme accessoire accidentel la subvention. L'État n'intervient pas autrement dans les œuvres charitables qu'il patronise et qu'il soutient.
Faire de l'État le dispensateur souverain des aumônes, lui imposer la loi de subvenir à l'indigence comme il fait la guerre ou protège par sa police la vie des citoyens, ce serait, par une confusion d'idées ou de termes, transporter au gouvernement l'obligation qui apppartient à la socièlé^ ce serait créer la charité légale. Or, la charité légale répugne à l'esprit du catholicisme romain. « Ce qui constitue le vice de la charité légale^ c'est qu'elle provient de l'impôt; c'est qu'elle est une obligation sans mérite de la part de l'État, regardée comme telle par l'indigent qui l'exige , en sorte que les douces relations du bienfaiteur et du pauvre se changent en rapports de créanciers à débiteurs. Dans la charité sociale, au contraire, le secours est toujours
* De Bazelaire, ub. sup,, xxxiii.
volontaire, mc^ritoire; il n'arrive pas quotidiennement comme une redevance, mais au moment opportun, comme une liljeraliuî providentielle; il offre donc espérance, mais non corlitude, confiance mais non sécuriié au pauvre; il vient TaidtTjà Tinslant, quelquefois décisif, où le malheur le place dans raltcrnalive d'efforls d('s( spérés ou de mort, mais il ne lui ravit pas la pénible et glorieuse nécessité du travail ^ »
Voilà la théorie. Mais, en fait, la charité sociale, telle qu'elle est exerct'e, à Rome, n'équivaut-elle pas à la charité légale'^
L'homme, soumis en ce monde à toutes sortes de misères, peut souffrir par IVsprit ou par le corps. La souffrance de Tâme, c'est Fi^norance et le crime; celle du corps, c*ec;t l'indigence ou la maladie. Aux deux premières la société, ù Rome, offre, comme préservatif et comme remède, des asiles d'éducation et de correction; aux secojides, des lieux de soulagement et des mstituiions de secours*.
Examinons les procédés qu'elle suit dans ce double but, ainsi que les fruils qu'elle en retire.