‹ Du problème de la misère et de sa solution chez les peuples anciens et modernes (volume 4)Chapitre 4 sur 168 · Hôpitaux et Hospices · texte numérisé non relu

Hôpitaux et Hospices

Ouverts à toutes les infirmités, à toutes les infortunes. — Mais ne remédient qu'à quelques-unes. — En laissent plus au dehors qu'ils n'en soulagent au dedans. — Mauvaise adminislralion. — Deux employés pour cinq malades. — Preuves par chififies.

La maladie étant la plus visible et la plus touchante des misères humaines , les premiers asiles que la bienfaisance éleva sur les ruines de ceux qu'avait détruits la conquête, s'ouvrirent aux pauvres qui souffraient.

Nous avons dit l'origine des divers Hospitia de l'É-

* Ibid., p. XXVIII.

glise primitive ^ Fondés sur les mêmes principes, les Hospliia de l'Église moderne n'ont pu que produire les mêmes effets.

Dix-neuf hôpitaux, dont huit publics, et onze particuliers, existent, à Rome, pour le traitement des diverses maladies.

Des huit hôpitaux publics, deux, dont le nombre moyen des malades est de cinq cents, sont destine's spécialement aux maladies mé(itca/es\ Trois autres, dont le nombre moyen des malades est do trois cent cinquante, sont affectés aux maladies chirurgicales ^. Un autre ÇSaint-Roch) reçoit les femmes enceintes et leur permet d'y faire leurs couches graiuitement et en secret. Soixante-dix femmes chaque année sont ainsi sauvées du crime ou du désJîonneur. Un autre * est consacré au traitement des aliénés dont le nombre moyen est de quatre cents. Un autre eniin ^ est destiné aux convalescents.

Ces huit hôpitaux publics contiennent une population moyenne de quatorze cents malades par jour.

Les onze hôpitaux particiiHers, debtinés pour la plupart aux ctrangers qui se rendent à Uome pendant les années saintes, n'en contiennent en tout que soi!;ante ^.

On a dit que les hôpitaux de Rome portaient le cachet spécial de la catholicité, en ce qu'ils s'ouvraient aux douleurs de toutes les nations. Mais ce cachet man-

1 Voy. t. Il, p. 235 et suiv.; et p. 444 et suiv.

* Saint-Esprit pour les liommes, Saint- Sauveur pour les femmes. ' Saint-Jacques^ Sainte-Marie-de-la-Consolation, et Saint -Gallican,

pour les deux sexes.

* Sainte-Marie-de-la-Pitié.

s La Sainte- Trinité, fondé en 1548.

« Voy. sur l'administration de ces divers hôpitaux, Monsignor Morichini, ub. sup., p. 33 et suiv.

que de son empreinte essentielle, l'unité , — chacun de ces établissements ayant son administration particulière, sans moteur central qui leur imprime un mouvement commun.

C'est pourquoi les cent mille écus romains que les hôpitaux publics retirent annuellement de leurs biens propres, joints à pareille somme que leur fournit l'État, chaque année, à litre d'indemnité et de subvention, ne soulagent qu'un si petit nombre de malades.

Un malade coûte deux pauls (1 fr. 10 c.) par jour, et un employé trois pauls (1 fr. 65 c), en dehors de l'intérêt annuel des capitaux immenses enfouis dans les constructions.

Or, pour cinq malades on compte deux employés ^ Les employés ont donc plus d'intérêt que les malades à la conservation des hôpitaux.

C'est pour cela sans doute qu'on y tient tant.

Une fois entrée dans le système de la bienfaisance par voie d'établissements publics, Rome fut entraînée à avoir autant d'asiles spéciaux de charité que de catégories de misères à secourir. Elle créa donc, outre ses hôpitaux, des hospices pour la vieillesse ^, des hospices pour les orpheHns% des hospices pour les enf^mts

* Morichini, ub. sup.^ p. 9.

* Les vieillards occupent deux quartiers séparés, les hommes, au nombre de cent vingt, les femmes, au nombre de quatre-vingt-dix, dans le vaste hospice apostolique de Saint-Michel, fondé en 1688, véritable phalanstère chrétien, où les deux extrêmes de la vie se touchent, où les deux sexes sont réunis sans être confondus (Voy. Morichini, w6. sup.^ p. 102 etsuiv.).

2 Les orphelins occupent les deux autres quartiers du même hospice, les jeunes garçons au nombre de deux cents, les jeunes filles au nombre de deux cent cinquante; tous sont appliqués à divers états ou métiers suivant leur sexe et leurs forces. — Les jeunes garçons orphelins ont trois autres hospices qui leur sont spécialement affectés : celui

trouvés S des hospices pour les pauvres veuves^, des lïiadelonnettes pour les repenties^, des refuges de jour, des refuges de nuit*, des conservatoires pour la pudeur

de Sainte-Marie-in-AquiriOy où il n'y a que dix-huit places gratuites; celui de Sainte-Marie-des- Anges qui en contient trois cent cinquante, et celui de Papa Jean (Tala Giovani) qui en a cent vingt. Ce dernier hospice, fondé par un pauvre artisan maçon, Jean Borgi, d'oii lui vient son nom, diffère essentiellement des autres en ce que les enfants apprennent leurs métiers, non dans l'établissement, mais dans les boutiques et ateliers de la ville oii ils se rendent chaque matin. A vingt ans, on les congédie, — Quant aux jeunes filles orphelines, autres que celles qui sont élevées k Saint-Michel, elles sont reçues dans des établissements spéciaux, appelés Conservatoires, dont nous parlerons ci-après dans un article à part [Ihid., p. 119 et 124).

* Le tour de l'hôpital du Saint-Esprit, fondé en 1198, reçoit annuellement près de huit cents enfants, lesquels, après un court séjour à l'hospice, sont placés dans des maisons particulières, k la ville ou k la campagne, et confiés aux soins de nourrices, agréées par l'administration et surveillées par des inspecteurs spéciaux. Les soins des nourrices ne cessent point avec l'allaitement; elles conservent l'enfant jusqu'à sept, huit ou dix ans, puis elles le rendent k l'hospice. De Ik les enfants mâles sont envoyés k Viterbe, dans im asile semblable où ils apprennent un métier; puis, k vingt ans, on les congédie avec une bourse de dix écus. Quant aux filles, elles restent k l'hospice du Saint- Esprit et y forment, dans un local spécial, un grand conservatoire de six cents jeunes filles. — Les enfants illégitimes (bastardume) coûtent, k Rome, cinquante mille écus par an {Jbid., p. 15, 92 etsuiv.).

* D'autres établissements, ou plutôt de pieuses maisons, accueillent gratuitement ]es pauvres veuves et leur ménagent un asile; mais elles ne leur donnent ni la nourriture ni le vêtement. Les veuves y vivent en communauté, avec la liberté de sortir, de travailler comme il leur plaît, et de s'occuper comme elles veulent [Ibid., p. 157).

^ Rome possède trois asiles de celte sorte, lesquels ne comptent que quarante-huit personnes (Ibid., p. 15).

* Rome possède deux refuges de nuit: le premier Sainte-Galle pour les hommes, le second Saint-Louis-de-Gonzague pour les femmes. Bien que ce dernier soit le plus important moralement, il est numériquement le moins considérable. Il n'y a que trente lils k Saint-Louis, il y en a près de trois cents k Sainte-Galle. La charité, toujours active, n'est pas toujours logique, k Rome. Du reste, plus que plein en hiver, l'hospice Sainte-Galle est presque vide en été. Cela explique

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des jeunes filles', etc., etc., tout cela donnant abri à près de quatre mille cinq cents pauvres, et coûtant, innlilcment, plus de deux cent mille écus chaque année ^.

Nous disons inutilement, car, du moment où tous les hospices d'une ville non-seulement ne peuvent en contenir tous les pauvres, mais en laissent sans secours au dehors beaucoup plus qu'ils n'en soulagent au dedans, à quoi servent, pour tous, les énormes dépenses qu'ils entraînent pour quelques-uns?

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