ITALIE.— NAPLES.— ÉTABLISSEMENTS DE BIENFAISANCE
sance, sont l'objet de la sollicitude incessante du roi, et les prisonniers se partagent ses bienfaits avec les enfants trouvés * , les orphelins ^, et tous les malheureux qui composent la grande famille des pauvres.
Depuis 1840, divers dépôts de mendicité et refuges pour les indigents ont été fondés par le gouvernement du roi, et Naples et les provinces ne présentent plus cette foule de mendiants en guenilles qui , auparavant, couvraient les rues ^.
Mais, de tous ces établissements de bienfaisance, celui qui conserve toujours la prééminence et qui en
du 41 juin 1831, il prescrivit de combler les souterrains secrets, de classer les détenus selon Tàge, le sexe, la condition et les crimes, et de fournir du travail aux condamnés. Des prisons neuves sont construites k Palerme. La réforme pénitentiaire commence a se faire jour dans les prisons de Naples (V. détails fournis à ce sujet par M. Mittermayer au congrès pénitentiaire de Francfort, en 1846; Revue pénit.^ t. IV, p. 48 et suiv.}.
* L'hospice de VAnnunziata reçoit a Naples tous les enfants trouvés. Il jouit d'un revenu de 64,000 ducats. La population des enfants à la mamelle ou sevrés que contient cette maison roule entre trois et quatre cents (Petilli di Roreto, Saggio sul buon governo, etc., t. II, p. 122.) Un hospice semblable est établi au chef-lieu de chaque province. Un petit balcon couvert fait l'office de tour. Il reçoit très rarement des enfants légitimes. Tous les enfants sont placés en nourrice chez des particuliers. Parvenus à l'âge d'adulte , les garçons passent dans les hospices destinés aux enfants pauvres; les filles continuent a être entretenues et occupées dans la maison qui les a élevées; elles trouvent facilement à se marier; car, c'est un usage dans le peuple, d'aller, par dévotion, chercher une épouse au milieu d'elles (V. Note adressée par M. le docteur de Renzi à l'Institut de France, et insérée dans les Annales d'hygiène, n'> 32).
2 Les orphelins des deux sexes sont placés à l'Albergo dei poveri (de Gérando, Bienf. publ., t. H, p. 404).
^ Le savant Philippe de Rizzi, de Naples, a présenté, il y a une douzaine d'années, dans sa Ptocologie^ un plan de travail pour l'extirpation de la mendicité (Voy. Naville, de la Charité légale, t. II, p. 142).
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est, pour ainsi dire, le pivot central, c'est le grai Albergo dei poveri qui renferme plus de trois mill individus des deux sexes. Là, il y a différents métieri pour les tissus de coton, pour les soieries, pour h broderie, pour la passementerie, pour la fabrique d( corail. Là, il y a une école de musique, une école d< dessin, une école de calcul ; on y trouve une institution pour les sourds-muets, une fonderie de cara( tère, une imprimerie, une lilhographie. Ainsi, il y a di travail pour tous les âges, des écoles pour tous les art et tous les métiers, de l'instruction pour toutes h capacités. Ainsi se réalise celte pensée du fondateur que le travail est le plus sûr et le plus efficace remède pour retirer de la fange cette masse d'hommes q»] vivaient dans la misère parce qu'ils vivaient dans l'oisiveté *.
Cependant, quelque vaste, quelque gigantesque qu'il soit, Y Albergo dei poveri ne peut contenir tous les mendiants, tous les nécessiteux du royaume, et les vagabonds armés, et les brigands infestent encore les grands chemins des Deux-Siciles.
Le gouvernement de Naples a fait, à diverses reprises, de grands efforts pour détruire ou gagner ces bandits; mais tant d'efforts restent encore à faire que le bien déjà accompli est réputé à peine commencé.
En ce qui touche les pauvres proprement dits, Ferdinand a compris que rien n'est fait dans le champ de la bienfaisance si , aux secours conventuels des établissements publics, ne viennent se joindre les secours individuels de la chnrité à domicile. Il a également compris que, pour qu'une graine, même bonne, puisse
* Marquis de Salve, ub.sup., p. 305 et 312.
ITALIE. — KAPLES. — SŒLURS DE CHAllITÉ. 97
venir à fruit , il faut , avant tout, qu'une main habile sache l'ensenriencer à propos. De là cette heureuse pensée, qui germa dans son cœur avant de germer dans son esprit, qui lui fit demander à la France ce que l'Italie ne pouvait lui fournir, des sœurs de Saint- Yincent-de-Paul.
Cest au mois d'octobre de l'année 1843 qu'on vit arriver, dans la ville de Naples, huit sœurs de charité de France, que notre reine Marie-Améhe avait choisies elle-même pour être envoyées au roi Ferdinand. Bien qu'étrangères au langage, aux mœurs, aux préjugés du pays, une fois au milieu des malheureux, elles se retrouvèrent dans leur patrie.
«Vers la fin de décembre 1843, est-il dît dans un compte rendu officiel, les huit sœurs de la charité commencèrent à prendre soin des malades, qui, dépourvus de tout, dépérissent dans leurs maisons ; souvent ces pauvres malades manquent de lits; il y en a beaucoup d'entre eux qu'on trouve couchés sur la terre. Les sœurs de la charité, aidées des dames napolitaines qui se sont associées à leur sainte mission, pourvoient à tout : draps, chemises, linge pour soigner les plaies, nourriture journalière, aliments pour soutenir les forces des convalescents, et, avec cela, des paroles de consolation et d'espérance, pour ranimer les esprits abattus qui n'ont jamais entendu les accents consolateurs de la religion. Je transcris les propres mots italiens que je trouve dans le rapport : « La visita degli inferrni offre pure ailo sguardo lo spetta colo di allre miserie e corporali e spiritùah. Famiglie desolate e prive di nutrimento per la malattia o per la morte di chi ne è il sostegno , aile quali fa d' uopo di un pane per vivere, bambini vicini a perire per man-
canza di latte, povere fanciulle o vecchi abbandonali che non hanno corne procurarsi un tetlo , persone a cui sovrasta il giudizio di Dio con un coucubinato sulla coscienza; le leggi del pudore violate per difetto di letto. E tutte queste miserie debbono essere addolcite con opportuno alleviamento. » Suit ici l'énumération des malades soignés depuis décembre 1845 jusqu'à la fin de décembre 1844 :
Malades soignés dans leurs maisons, 16,897
Malades qui ont consulté les médecins chez
les sœurs de Saint-Vincent-de-Paul, 960
Malades dont on a guéri les plaies, 7,465
Ce nombre est prodigieux quand on pense que, jusqu'à présent, il n'y a eu que huit sœurs dans leur établissement de la rue Gonstantinople, et quand on réfléchit que ce ne sont pas les seuls soins qui les préoccupent. L'éducation des jeunes filles qui n'ont aucun moyeu d'être élevées forme aussi F objet important de leur zèle. Ainsi, d'un côté, sœurs hospitalières, d'un autre côté sœurs institutrices , les pieuses missionnaires de Saint- Vincent-de-Paul s'en vont répandant dans les maisons des pauvres les secours intellectuels à côté des secours matériels; belle et sainte propagande, qui ne peut attirer sur elles que des bénédictions !