ESPAGNE. — ETABLISSEMENTS DE BIENFAISANCE
sent à l'État au nom de la religion, et ils font si bien valoir leur dénûment arrogant, qu'ils exploitent la charité fidèle aussi re'gulièrement , aussi librement qu'un propriétaire toucherait ses fermages ou qu'un fermier ferait la moisson. Ils n'ont pas besoin d'huissiers pour exécuter leurs débiteurs. Les âmes pieuses qui croient les bonnes œuvres utiles au salut sont dans la dépendance de cette population vagabonde, dont l'existence , perpétuée par la religion , est une dîme impérieusement levée sur les consciences; mais les consciences ne sont pas libres, car il serait aussi périlleux de ne point payer sa rente au mendiant que de refuser de s'acquitter des autres taxes publiques. La misère est pour eux un patrimoine , patrimoine plus productif pour eux que le bien ne l'est pour les autres; leur oisiveté est une industrie ; leurs maladies sont des armes plus fortes que des épées ; leur faiblesse fait violence : ce sont des bandits de rue, associés trop souvent aux bandits de grand chemin *. »
Les bandits de grand chemin forment une catégorie de mendiants particulière à l'Espagne, dont la manière de demander l'aumône nous est surtout connue par le roman de Gil-Blas , — Tescopette au poing.
Ils se divisent en deux classes, les ladrones et les rateros : les premiers composant le patriciat, les seconds le prolétariat de cette république de brigands dont les exploits consistent à détrousser les passants et à dévaliser les dihgences.
Et ce n'est pas seulement dans les montagnes de la Sierra -Morena, mais c'est dans toutes les parties du
* Marquis de Gustine, VEspagne sous Ferdinand JI, t. Il, p. 320.
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royaume, et jusqu'aux portes de Madrid, que ces mendiants armes vous demandent la bourse ou la vie, choses qu'ils prennent souvent toutes deux ^ .
Howard rapporte qu'on ne trouvait , de son temps, que peu de mendiants en Espagne.
Et, de fait, si Ton en croit M. Rubichon, dans sou ouvrage sur TAngleterre, et le recensement qu'il dit avoir été fait, en Espagne, en 1787 , le nombre des mendiants valides et vagabonds de ce pays ne s'élevait à cette époque qu'à 7,030.
Mais, bien que M. de Villeneuve-Bargemont ait constaté, en 1834, que, sur 13,900,000 individus qui composent sa population totale , l'Espagne compte 450,000 indigents, dont 90,000 mendiants, il est certain, pour tous ceux qui ont visité l'Espagne, que le nombre des mendiants de ce pays doit être porté à un chiffre bien plus élevé que le 1/5 de la population indigente, et que le 1/154 de la population totale.
Nous venons de voir, en effet, que les mendiants y pullulent , qu'ils y foisonnent , et que , d'un bout à l'autre de l'Espagne, l'Espagne tend la main aux passants.
Établissements de Bienfaisance.
Secours à domicile inconnus. — Mont-de-piété gratuit. — Établissements de bienfaisance. — Enfants trouvés. — Spécialement protégés par la loi. — Estil vrai qu'elle les anoblisse ? — Enfants abandonnés. — Orphelins. — Vieillards. — Sourds-muets. — Salles d'asile. — Pauvres valides sans ouvrage. -— Maison de travail volontaire. — Administration charitable. — Junte centrale.
* Voy., sur ce sujet, la lettre de M. J. Tanski, du 12 nov, 1842, insérée daus le Journal des Débais,