ESPAGNE. — ÉTABLISSEJVIENTS DE BIENFAISANCE
— Sœurs et dames de charité. — Le gouvernement pauvre ne peut rien pour les pauvres. — La bienfaisance se suffît à elle-même. — Pas de taxes forcées. — Aumônes privées. — Sportule des couvents.
Malgré les ténèbres et les difficultés de la civilisation espagnole, la Péninsule n'est pas, sous le rapport du soulagement delà misère, en arrière du mouvement réformateur et des améliorations bienfaisantes qui se propagent activement dans le reste de l'Europe. L'aumône et les établissements de charité étaient organisés en Espagne bien longtemps avant qu'on eût songé en France à utiliser les ressources inépuisables de la bienfaisance chrétienne, et nous voyons, de nos jours, l'une de ses plus importantes cités mettre en œuvre, pour les classes pauvres, une institution de prêt graluitf qu'aucune autre ville de l'Europe n'a pu encore parvenir à fonder *. Ainsi procède l'esprit catholique. Dans les contrées où l'humanité a le plus gémi de son fanatisme et de ses écarts, on trouve des monuments à sa justification et à sa gloire.
* La ville de Barcelone possède un mont-de -piété qui n'a rien de commun avec ceux qui sont établis en France. Celui dont nous parlons prête sans aucun intérêt à toutes les personnes nécessiteuses qui lui portent un gage, sur lequel elles reçoivent aussitôt les deux tiers de sa valeur. Cette institution de bienfaisance porte le nom de montde-piété de Notre-Dame de V Espérance. Son président, M. le marquis de Llio, vient d'adresser aux curés du diocèse une circulaire pour leur faire connaître les bases de cet utile établissement. Les prêts sont faits pour six mois et un jour. Après ce terme, si la personne obligée déclare qu'elle est dans l'impossibilité de retirer son gage, il lui est accordé encore six mois. Ce n'est qu'a l'expiration de ce second délai que les dépôts sont vendus aux enchères. Si l'objet produit une somme plus forte que celle qui avait été annoncée , le surplus est religieusement rendu à son propriétaire. Dans l'année d849, r,686 personnes de toutes les conditions ont eu recours au mont-de-piélé de Notre-Dame de l'Espérance.
Bien que, de tout temps, les lois espagnoles se soient montrc'es pleines d'humanité pour les classes pauvres ^ l'Espagne ne connaît pas le secours à domicile ; elle ne pratique que l'aumône dans les rues, et le soulagement de la misère dans les établissements pnblics qui lui sont spécialement consacres.
Les hôpitaux de l'Espagne sont renomme's pour leur magnificence. On cite, entre autres, ceux de Madrid, de Talavera, de Tolède, de Girone, de Badajoz, etc.
Madrid possède plusieurs hospices remarquables : Vlnclusa ou Maison des Enfants trouvés^; le collège de los Desamparados ou des Jeunes garçons abandonnés '; le
^ Voy. Las leyes de Recompilacion, Madrid, 177S, l. III, p. 67. — L'Espagne a eu son avocat des pauvres. Aujourd'hui les pauvres sont défendus gratuitement par des défenseurs d'ofiice, et sont dispensés de la contrainte par corps, etc. (Voy., h ce sujet, Du Beux, ub. sup., p. 487 el 232).
* L'établissement, fondé en J567, est si pauvre aujourd'hui, que peu d'enfants sont envoyés en nourrice a la campagne, et que chacune des nourrices à demeure a trois nourrissons à la fois. En 1833, la mortalité a été de 31 sur 100; dans les années suivantes elle s'est élevée k 41 ; mais il y a eu le choléra. La mortalité est de 82 pour cent dans les deux premières années des enfants admis ; 8 pour cent seulement atteignent sept ans. La population de l'hospice était de 1,000 environ en 1823; elle était de 2,290 en 1833. Augmentation, cent pour cent en dix années. Depuis, le nombre des enfants s'est toujours accru : il était de 1,202 en 1834; de 1,318 en 1836; de 1,448 en 1837. — A sept ans, les enfants quittent Vlnclusa, pour passer, les garçons dans le collège des Abandonnés, et les filles dans celui de la Paz, — Du reste, aucun discrédit ne s'attache au litre d'enfants trouvés. Il est défendu de les qualifier de bâtards, d'adultérins, etc. Ne serait-ce pas de là qu'est venu ce dire que les enfants trouvés sont anoblis, en Espagne, par le fait seul de leur origine ? (Voy. Ramon de la Sagra, des Etablissem. debienfais. à Madrid, Paris, 1838, p. 8 el suiv.)
3 Fondé en 1600. A la fois école el atelier. A quatorze ans, on place les enfants, comme apprentis, chez des artisans recommandables, et, dès qu'ils connaissent suffisamment leur métier, ils sont émancipés. Ils étaient au nombre de 187 en 1838 {Ibid., p. 15).