ESPAGNE. — ÉTABLISSEMENTS DE BIENFAISANCE
Les aumônes privées et les aumônes des couvents achèvent de soulager les malheureux que les établissements de bienfaisance ne peuvent contenir.
Howard parle d'une société charitable appelée la Hermandad del Refugio, laquelle parcourait, chaque jour, les rues de Madrid, frappant le pavé d'un bâton garni de fer pour annoncer son passage. Tous les pauvres, tous les malheureux qu'elle rencontrait, elle les conduisait à Thôpital San Antonio, et, là, elle faisait donner à chacun une ration de soupe et des œufs, puis, s'ils étaient sans asile, elle leur faisait fournir un lit pour passer la nuit, et les renvoyait le lendemain avec un morceau de pain et des raisins secs , — pour recommencer, sans doute, après...
J'aime mieux cette manière de faire l'aumône que celle usitée dans les couvents.
Le récit suivant en donnera une juste idée :
f< En sortant de l'église des Capucins, près de Séville , je vis, rassemblés dans la cour , trois à quatre cents mendiants de tout âge, qui, couchés au soleil ou accroupis sur leurs talons, attendaient la distribution de soupe que le couvent est dans l'usage de faire chaque jour, à la môme heure. Jamais je n'avais vu tant de misère, ni la misère sous tant de formes ; jamais l'infirmité sociale ne m'était apparue sous une si hideuse livrée. Tout à coup, d'accroupi qu'il était, ce troupeau affamé se dressa tout entier sur ses pieds, comme mû
ment sous le régime de la taxe des pauvres; il en existe encore des vestiges dans le pays (voy. la collection de Duquesnoy, n° 16). De nos jours, à Cadix, à Grenade, dans les Asluries, on destine aux hôpitaux et aux hospices une partie des octrois. A Madrid, et dans plusieurs autres grandes villes, on alloue aux hospices le revenu des prébendes vacantes, et une part du produit des loteries, de la poste et de la ferme des tabacs (Naville, ub. sup.).
par une machine électrique;... c'était la pâture qu'on apportait. Quatre énormes chaudières de soupe furent apportées du couvent dans la cour ; deux moines les accompagnaient, armés, l'un d'un pochon pour faire la distribution, l'autre d'un fouet pour contenir les impatients. Les mendiants se rangèrent en file le long des murailles^ ceux qui avaient des chapeaux les ôtèrent, et la prière commença. Après la prière vint la sportule. La distribution se fit avec ordre. A mesure que les pauvres défilaient devant la chaudière, le moine remplissait de soupe le vase dont chacun était muni ; puis, tous ceux qui avaient reçu leur ration sortaient de la cour, et ils allaient la dévorer, dispersés chacun de son côté, au pied des arbres et des murailles, au bord des fossés; puis, quand elle était dévorée, ils se couchaient au soleil comme des animaux immondes, et ils dormaient *. »
Et, le lendemain, cela recommençait, et le surlendemain encore, et tous les autres jours de l'année.
Répression de la Mendicité.
Lois contre la mendicité. — Peines rigoureuses. — Pères des pauvres. — Maisons de travail forcé. — Dépôt de mendicité de San Bernardino. — Doctrine de Dominique de Soto. — Prévaut sur toutes les prohibitions royales. — La mendicité brise toutes ses entraves. — S'accroît depuis la suppression des couvents. — Que faire pour l'arrêter?
Contradiction étrange ! Il n'y a pas de pays au monde où la mendicité soit, en fait, aussi ouvertement tolérée, aussi puissamment encouragée qu'en Espagne, et pourtant, qui le croirait, il n'y en a pas un où la mendicité
* Ch. Didier, m6. sup.