‹ Du problème de la misère et de sa solution chez les peuples anciens et modernes (volume 4)Chapitre 36 sur 168 · ESPAGNE. — RÉPRESSION DE LA MENDICITÉ · texte numérisé non relu

ESPAGNE. — RÉPRESSION DE LA MENDICITÉ

ait été prohibée, en droit , par des lois plus se'vères, plus rigoureuses, plus atroces.

Dès l'an 1351, le roi don Pedro ordonne aux indigents valides de gagner leur vie par leur travail, leur faisant défense de quêter leur subsistance, à moins qu'ils ne soient impotents.

En 1369, une autre ordonnance rend les alcades responsables de l'oisiveté des indigents valides, et les punit sévèrement s'ils ne les obligent à travailler.

En 1379, une loi des cortès de Burgos prescrit aux mendiants robustes d'apprendre un métier ou de se mettre au service d'un maître. Les verges, l'exposition publique, la mutilation, le dernier supplice même sont infligés au mendiant vagabond *.

Mais la rigueur de ces peines, blâmée par les ecclésiastiques etles théologiens, eutprécisément pour résultatde les rendre inapplicables; aussi la mendicité continuât-elle à se montrer plus persistante que leurs menaces.

Pour en faire cesser les abus , une charte royale, rendue le 24 août 1540, ordonne que nul ne pourra demander l'aumône, si ce n'est dans le lieu de sa naissance , et six lieues seulement alentour, faveur exclusivement réservée aux vrais pauvres.

* Voy. le tableau de ces diverses lois dans la Biblioteca espanola econoinico-politîca de M. Semperès, analysé dans la Revue d'Edim bourg du mois d'octobre 1813. — Diverses villes aggravèrent dans leurs ordonnances municipales les peines infligées par les lois. L'ordonnance de Briviesca, de l'an 1387, autorise tout individu h s'emparer du vagabond qu'il rencontre et à l'employer à son service pendant un mois sans aucun salaire. La ville de Tolède, par un arrêté de l'an 1400, condamna les mendiants "a recevoir d'abord cinquante coups de fouet dans la ville et à en être chassés a coups de bâton ; en cas de récidive, à avoir les oreilles coupées, et s'il y avait double récidive, à la peine de mort [Ibid.].

110 EIJHOPE CATHOLIQUE.

En 1555, les cortès, en sollicitant Texécution des anciennes lois contre les mendiants, proposent et fondent rinstitution des Pères des pauvres, magistrature spéciale chargée du soin de procurer du travail aux indigents valides, du soulagement aux autres, avec une autorité de police sur ceux des premiers qui se refuseraient à travailler *.

Diverses Maisons de miséricorde furent érigées en conséquence pour occuper les mendiants. En 1583 , il en existait une à Barcelone, mais elle ne put se maintenir. Le même essai fut renouvelé le siècle suivant, et échoua encore une fois. Plusieurs autres villes , après avoir conçu un dessein semblable, y renoncèrent devant les résistances de la mendicité. L'éveque de Barcelone ayant demandé, un jour, à quelques alcades et baillis pourquoi ils n'arrêtaient pas cette race d'hommes, reçut pour réponse, « qu'on n'osait pas l'entreprendre, parce que ces gens étaient trop redoutables, et que, lorsqu'on avait tenté de s'en saisir, ils s'en étaient vengés par l'incendie^. «

De 1664 à 1775, plusieurs ordonnances furent rendues pour employer les indigents valides au service militaire, pour multiplier les asiles destinés aux impotents, pour régler la procédure contre les mendiants, pour autoriser les laboureurs et les artisans à les prendre pendant quelque temps, sous la seule condition de les loger, nourrir et vêtir, et d'en être les gardiens, etc. ^. Mais toutes ces mesures sont restées sans effet, et, nonobstant le Dépôt de mendicité , ou Maison de Travail

* Voy. ihid.

' Voy. Don Juan Sempere y Guarinos, Policia de Espana cerca los pobres, article inséré dans la Biblioteca espanola ci-dessus citée, «t de Gerando, ti6 sup.,{. lll, p. 581.

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