ESPAGNE. — RÉPRESSION DE LA MENDICITÉ
forcé de San Bernardino, ouvert, à Madrid, en 1834, la mendicité, encouragée par la doctrine populaire du célèbre prieur Dominique de Soto S n'a fait qu'accroître dans ce pays en raison même des obstacles opposés à son développement.
Cet accroissement a lieu, surtout, depuis la suppression des couvents*.
Faudrait-il donc, pour l'arrêter, que le gouvernement fît ce que les couvents ont fait?
Oui; seulement il faudrait qu'il fît mieux.
' D'après ce professeur de théologie, ni l'Évangile, ni les lois civiles ne permettent de restreindre la liberté naturelle du pauvre , ni de l'empôclier de chercher des secours où il espère en trouver. Il veut qu'en fait de secours aux pauvres on se guide plus par la charité que par la justice; il pense même qu'il faut avoir pitié de celui que la pauvreté force à feindre des infirmités, comme seul moyen de toucher les âmes. Selon lui, l'autorité n'a pas le droit de limiter les besoins du pauvre, car la subsistance n'est pas la seule nécessité, pas plus qu'elle n'a celui de taxer le riche pour le contraindre a donner, car alors la charité ne serait plus un mérite. Cette doctrine avait pour objet de réfuter celle d'un autre moine, du frère Jean de Médina, qui soutenait « qu'il valait mieux mettre un indigent en état de gagner sa vie que de lui jeter un m^aravedis, et que chaque pays doit soutenir ses propres indigents, comme dans la Galice et la Biscaye, où cette règle est suivie, et où l'on ne voit pas un seul mendiant. » — L'opinion de Dominique de Soto dut prévaloir dans un pays comme l'Espagne, et prévalut. La polémique développée entre les deux moines a été imprimée à Salamanque en 1543. Nous devons l'analyse de ce document curieux à M. de Gerando qui, lui-même, en devait la connaissance à M. Ternaux- Corapans. Yoy. De la Bienfaisance publique, introd., p. xiv.
* « Le nombre des mendiants chassés des campagnes par la misère et arrêtés, chaque jour, dans les rues de Madrid, est vraiment épouvantable. On a beau les renvoyer a leur domicile, ils reviennent toujours poussés par la faim » (Ramon de la Sagra). Le dépôt de mendicité de Saint-Bernardin reçoit, en moyenne, 2,258 mendiants par année, chiffre énorme et que n'expliquent que trop les divisions intestines de ce malheureux pays (Ibid.).