Conservatoires et Institutions dotales
Double insUtution, particulière à Rome. — Son but, — Se» résultats. — La ville qui honore le plus le célibat est celle qui pousse le plus au mariage. — UAnnonciade. — L'ordre de Sainte -IMcle. — Mariages processionnels de Pie IL — Vierges martyres — Maris en loterie. — Mademoiselle 36.
Il est une autre sorte d'hospices dont l'existence, ou du moins l'organisation sur une aussi large échelle, est particulière à Rome ; c'est celle des Conservatoires, où de jeunes filles pauvres, orphelines pour la plupart, sont reçues très jeunes, élevées, instruites dans un art quelconque et dotées ensuite, quand Tàge les appelle à prendre leur place dans le monde.
Comme, sur une population de cent soixante-huit mille neuf cents âmes, deux mille filles pauvres sont ainsi gratuitement entretenues, l'on peut dire que toute jeune fille
pourquoi l'on voit tant de pauvres dormir en plein air, pendant la belle saison. Sous ce climat si doux, les pauvres préfèrent à la discipline d'un refuge les libres degrés d'une église ou le libre étal d'un boucher (/6^■d., p. 131 et 134).
* Voir l'article suivant, p. 16.
' Morichini, ub. siip.f p. 15. — Vécu romain vaut 5 fr. 30 cent.
ITAHË.— ÉTilTS POK'liFiCAUX.— COKSEflVATOIRES. 17
pauvre a, dès se^ plus jeunes années, une retraite pour Jes jours dungereux, et que pas une fille du peuple ne se trouvée sans un aliri et sans un honorable travail. Le nom de conscrvaloire i)idique, d'ailleurs, assez le but de ces abris de paix et d'honneur \
Rome compte quatorze de ces maisons, moitié pensionnats, moitié couvents, non compris le quartier des jeunes orphelines de la Madone des Anges, et de l'hospice central de Saint-MiclieL
Les jeunes filles ne quittent les conservatoires que pour se faire religieuses ou pour se marier. Si elles se font religieuses elles reçoivent une dot de deux cent cinquante fraîjcs; si elles se marient elles n'en reçoivent qu'une c^e cent soixante-huit environ ^. C'est le contrciire, ce nous ^semble, qu'il faudrait étabUr. Qiiant à celles qui ne ^e marient pas ou n'entrent pas en religion, elles restent dctus l'établissement, y vieillissent, et y meurent, vierges martyres ^ Ne vaudrait-il pas mieux les placer dans des familles particulières qui sont à. la recherche de servantes habiles et honnêtes? Les vides qu'elles feraient augmenteraient d'autant le nombre des jeunes filles à sauver.
Pour procurer des maris aux six cents jeunes filles de son hospice-conservatoire des Enfants trouvés*,
* De Bazelaire, ub. sup., p. lxxxvi.
* Certberf, Des établissements de bienfaisance de l'Italie, p. i2i.
* Une chose curieuse, c'est que chacune d'elles fait son lit avec deux" coussins et deux places bien marquées, comme si celte précaution, cette manière de se ienir prèle à recevoir un mari , devait leur porter bonheur. Malgré les observalions qu'on leur fait sur ce point, les pauvres tilles sont incorrigibles et persévèrent dans leur étrange habitude (Poujoulat, w6. sup., p. 311).
* Voy. ci-dessus, p. 15, notel.
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Pie II avait imaginé de les faire sortir, trois fois l'an, en procession, afin que les jeunes gens, en les voyant si modestes, prissent l'envie de se choisir des épouses parmi elles. Soixante-quinze mariages se firent ainsi dans la seule année 1G67. Celles qui ne se mariaient pas prenaient le voile dans la congrégation de Sainte- Tlîècle. Mais, épouses et religieuses tournèrent, à ce qu'il paraît, souvent à mal, ce qui fit qu'innocent X abolit l'ordre de Sainte-Thècle, et substitua aux mariages processionnels les distributions de dot valant beaucoup mieux ^
Croirait-on qu'à Rome, grâce aux institutions dotales, on marie, chaque année, aux frais de l'État, un nombre considérable de pauvres filles % et qu'une maison connue sous le nom de Y Annonciade consacre des revenus assez importants à cette œuvre pie, inconnue aux autres pays ^ ?
Nous verrons ci-après, p. 20, que la loterie, à Rome, est une œuvre de bienfaisance. Pour imprimer encore plus ce caractère à l'institution qu'il avait cru devoir rétablir, Benoît XIV ordonna qu'à chaque tirage cinq jeunes filles prélèveraient leur dot sur le gain des cinq numéros sortants. Cela s'est constamment prati-
* Voy. Morichini, uh. sup., p. 92.
2 Le nombre moyen des jeunes filles mariées ainsi annuellement est de quatre cents, et le montant des dots données a chacune d'elles varie de trente k cinquante écus, outre les vêtements. — Les revenus de l'œuvre s'élèvent à vingt-cinq mille écus, dont quinze mille seulement sont consacrés aux dots (Morichini, p. 198).
3 De Tournon, uh. sup], t. Il, p. 132.— D'autres confréries que cellç de V Annonciade ont pour objet le mariage des jeunes filles pauvres au moyen de constitutions de dots: telles sont notamment l'archi confrérie de la Sainte-Conception y l'archiconfrérie de VEtendard^ceWe de Sainte- Apolline ^ celle du Saint-Rosaire, celle du Saint-Sauveur ^ etc., etc.
que depuis lors; de sorte que, tous les mois, le public voit accolé à chaque numéro le nom de la Romaine à laquelle le hasard procure les chances d'un mari, et que celle-ci ne porte à l'autel ni un nom commun, ni un nom propre, mais un nom de nombre : c'est mademoiselle 56 ou mademoiselle 88^
Chose étrange ! en nul autre pays le célibat n'est tenu à si grand honneur qu'à Rome, et, nulle autre part qu'à Rome, le gouvernement ne pousse au mariage par des sacrifices plus grands, par des efforts plus soutenus.