BELGIQUE. — MISÈRE ET MENDICITÉ
villes, et de 29 pour 100 dans les campagnes, proportion qui se balance dans la Flandre occidentale *; mais cela tient sans doute au grand nombre de tisserands et de fileuses, aujourd'hui sans ouvrage, qui habitent les districts ruraux de ces deux provinces*; — ce qui a fait dire que la Flandre, à qui même manque le sol ^, est devenue l'Irlande de la Belgique ^
400,000 individus des deux Flandres, sur une population totale de 1,400,000, vivent dans un dénùment complet, dans une indigence absolue. Des milliers et des milliers y goûtent rarement un morceau de pain, même de pain de seigle, et les enfants, pour ne pas mourir d'inanition, se jettent affamés sur les tubercules ou les racines qu'ils arrachent dans les champs*.
« On ne nourrit pas une population de 400,000 ouvriers avec des abstractions métaphysiques, w disait un orateur à la tribune belge ^; aussi, à défaut de travail, qu'on ne peut plus leur fournir, force est de leur donner du pain.
C'est ainsi que plus du quart % souvent plus du tiers'', quelquefois plus de la moitié ^ de la population
* Ducpetiaux, ub. swp., p. 19, 20 et 75.
* La Belgique est de tous les États celui où la population est le plus pressée. Les deux Flandres coraplenî un habilani pour 43 ares seulement, tandis que la France en compte 1 pour i hectare 45 ares; l'Irlande 1 pour 1 hectare 3 ares; l'Ecosse 1 pour 2 hectares 92 ares. L'Angleterre sous ce rapport se rapproche le plus de la Belgique; elle compte i habitant pour 91 ares(Voy. Ducpetiaux, ub. sup.^ p. 52, 54 et suiv.).
^ De Merode, Discours à la chambre des députés^ séance du 23 janvier 1844 (Voy. Moniteur belge du 24}.
* De Mérode, ub. sup.
* M. Angillis, môme séance (Moniteur belgcj ub. sup.). « M. Van Custen, Ibid.
^ D'après les états transmis par les administrations communales,
vit à la charge des trois autres quarts, des deux autres tiers, de l'autre moitié, dans la plupart des communes des Flandres.
Il y a des fermes, dit M. Desmaisières , gouverneur de la Flandre orientale, qui reçoivent jusqu'à 1,000 individus par semaine demandant l'aumône ^
On voit, dans le pays d'Alost, ajoute M. de Smet, jusqu'à 1,000 mendiants dans un jour ^.
Et ce n'est pas seulement le jour, c'est la nuit, que les bandes de mendiants parcourent les campagnes , demandant de la viande et du pain. « Ils se sont présentés deux fois, la nuit, à ma porte, disait un cultivateur de Turnbout à la commission d'enquête de 1840, et je leur ai donné, à l'instant, tout ce que je pus, par la fenêtre, car ils ne font aucun mal quand on les satisfait promptement^ » Un babitant d'Avelghem fait une déposition analogue. Cette mendicité nocturne prend partout une telle extension que partout la milice rurale se constitue eu permanence, toutes les nuits, pour l'arrêter'.
Quoique moins intense que dans les Flandres, la misère n'en exerce pas moins ses ravages dans les autres provinces de la Belgique, et, dans celles-ci comme dans celles-là, elle n'en constitue pas moins pour les classes pauvres, relativement aux classes ai-
on compte non pas seulement i indigent secouru sur 3,87 habitants, mais! sur 2,72, même 1 sur 2,37 dans la Flandre occidentale (Ducpetiaux, ub. sup., p. 24 et 35).
* Moniteur belge, même séance.
» Ibid., séance du 24.
» Ramon de la Sagra, Communication à V Académie des Sciences morales et politiques de Paris, 1842, p. 21.
sëes, une disproportion effroyable de corruption morale % de dégradation physique ' et de mortalité^.
Institutions charitables.
Charité conventuelle ou bâtie : — Hôpitaux, Hospices et autres Établissements publics de Bienfaisance ; — Leur nombre ; — Leur population ; — Leur dépense.— Charilé apostolique ou individuelle : — Maîtres des Pauvres; — — Bureaux de bienfaisance ; — Secours à domicile; — Nombre d'indigents secourus; — Sommes dépensées; — Quotité moyenne revenant à chacun. — Placements chez des particuliers: — A la ville ; — A la campagne. — Indigents à l'enchère. — Le village de Gheel. — Sainte Dymphna. — Feimeshospices substituées aux Colonies agricoles. — Supériorité de ce système.
La charité sociale, en Belgique, revêt deux formes, adopte deux modes de secours distincts, comme dans le reste de la chrétienté moderne ; secours conventuels dans des êlablissements publics spéciaux ; secours individuels au domicile même de celui qui les reçoit.
* Le rapport des enfants naturels aux naissances totales a été, en i839 et 1840, de 1 sur 14 dans toute la Belgique, de 1 sur 8 ou 9 dans les provinces les plus fournies d'ouvriers, de 1 sur 25 ou 30 dans les provinces qui en ont le moins. A Bruxelles, sur 3 enfants qui nais^ sent il y a, terme moyen, un bàlard. Dans la classe ouvrière, sur 100 enfants il y a 36 bâtards. Spécialement, dans la classe des couturières, lailleuses, lingères, fleuristes, modistes, brodeuses, dentellières, il n'y a guère qu'wn enfant sur cent qui doive le jour k une union légitime (Voy. Ducpetiaux, Condition des jeunes ouvriers^ t. I, p. 34S et 346). On compte, à Bruxelles, une fille publique sur loO habitants (76 zd., p. 347).
^ Voy. à ce sujet Ducpeliaux, Paupérisme dans les Flandres, p. 32 et 38, et Ramon di^ la Sagra, Voyage en Belgique, t. Il, p. 298 et suiv.
• Dans les q'.iartii^rs de la ville de Bruxelles qui comptent le plus de pauvres, on constate annuellement 1 mort-né sur 330, et 1 décès sur 29 habitants; plus de la moitié des décès (54 sur 100} ont lieu avant Tàge de 5 ans. — Dans les quartiers, au contraire, qui comptent h moins de pauvres, on ne compte que 1 mort-né sur 460, et 1 décès
i;V2 EUHOI»E CATHOLIQUE.
Les secours conventuels comprennent 318 hospices el hôpitaux de toutes sortes : — hôpitaux pour les malades^ hospices d'aliénés *, d'enfants trouvés ^, d'aveugles et sourds-muets^y d'orphelins, etc., — dont la population moyenne est de 22,000 individus , et la dépense moyenne annuelle de 4,600,000 francs*. La plupart de ces établissements sont communaux ; dans ce cas, leur administration est communale. Les autres sont des fondations particulières , qui ont leurs fonds spéciaux; dans ce cas, leur administration est celle de toutes les institutions privées.
Les secours publics individuels, composés des taxes communales spécialement affectées à ce service, embrassent une population moyenne annuelle de 650,000 individus, dont la dépense moyenne annuelle est de
sur 53 habitants. Il y meurt proportionnellement moins d'enfants audessous de 5 ans (Ducpetiaux, amélioration des habitations, p. 8), — Dans les communes rurales, la proportion des décès s'est élevée, depuis 1824, de 1 sur 41 a 1 sur 30 habitants, dans la Flandre orientale, el a 4 sur 25 dans la Flandre occidentale (Ducpetiaux, Paupérisme dans les Flandres, p. 30).
* D'après un relevé officiel de 1835, on comptait alors en Belgique 5,015 aliénés, dont 2,774 hommes et 2,361 femmes; ce qui donne 4,22 aliénés pour 1,000 habitants. 37 hospices, dont 44 pubhcs et 23 particuliers, leur sont ouverts.
^ En 1841, le nombre des enfants trouvés élait de 5,095, et celui des enfants abandonnés de 5,878 , total 6,973. Il élait de 8,589 en 1830. Cette diminution est attribuée à la suppression de quelques tours, et aux réformes introduites dans le régime des établissements d'enfants trouvés. Les filles enceintes ne sont admises à faire leurs couches dans aucun hospice.
^ En 1835, on comptait en Belgique 4,117 aveugles, et 1,900 sQurdsmuels des deux sexes. Sept asiles sont ouverts à ces infortunés, lesquels n'y sont qu'au nombre de 300 ( Voy. Ramon de la Sagra, ub. sup., p. 488 et 216).
* Calculs officiels de 1834. Leur chiffre s'est considérablement accru depuis.
5,300,000 francs * ; leur administration appartient , sous la tutelle de l'État, aux Bureaux de bienfaisance établis dans chaque commune.
Ainsi, la charité conventuelle ou bâtie, et la charité apostolique ou domiciliaire, — nous l'appelons apostolique parce que les apôtres n'en connaissaient pas d'autre , — se donnent mutuellement la main , en Belgique, pour soulager toutes les misères, et consacrent annuellement à cette œuvre plus de 10 millions et demi de francs ^.
Considéré en masse, le chiffre annuel des secours distribués à domicile constitue une somme énorme; mais, considéré dans les parcelles qui en sont disséminées entre les 6 ou 7,000,000 prenant part, il ne donne à chacun qu'un secours bien minime, la moyenne de ce secours n'étant (moyenne de 1834) que de 8 fr. 60 centimes par an, pour tout le royaume.
Cette minimité de quote-part rendrait inexplicable le soulagement réel qui résulte , pour la classe indigente, de la distribution des secours à domicile, si l'on ne savait que le plus grand nombre des indigents inscrits ne sont secourus que par intermittence et pendant une partie de Tannée seulement, ou même ne sont portés sur les tables des pauvres que par suite de circonstances extraordinaires, de manque de travail momentané, de gêne accidentelle, etc.; d'où il suit
* Même observation. Dans les Flandres, les dépenses des hospices et des bureaux de bienfaisance, qui étaient de 2,948,500 fr. en 1828, s'élevaient à 5,726,900 fr. en 1847 (Ducpetiaux, Paupérisme dans les Flandres y p. 26).
* Dépenses des dépôts de mendicité et des enfants trouvés comprises : calculs de 1834. Aujourd'hui le budget de la charité puulique s'élève à plus de 12 raillions {Journal de Bruxelles^ du 28 juillet 1842).
qu'en défalquant de la masse des secours les petîtes sonnnies ainsi distribuées en plus grand nombre, ce qui reste suffît pour assurer aux autres , en quotité bien plus élevée, les secours permanents qui leur compétent.
Ces secours, d'ailleurs , ce n'est pas seulement en les distribuant à domicile, par ses Maîtres des pauvres *, que la charité en fait le meilleur emploi , c'est en les convertissant, au profit de ceux auxquels elle les destine, soh en placements individuels k là campagne, chez des paysans, ou en ville chez des particuliers, soit en placements collectifs par petits groupes, dans des villages ou dans des fermes-hospices.
C'est ainsi que, dans plusieurs communes rurales, lorsqu'un vieillard, impotent ou même atteint d'une maladie chronique, se trouve sans famille qui puisse le recueillir et le soigner, le bureau de bienfaisance le place et Fentretient dans une famille étrangère, laquelle ne s'y refuse jamais, y trouvant son profit autant que la charité le sien *. Le vieillard, de son côté, est ravi de n'être point envoyé au dépôt de mendicité, et de pouvoir rester aux lieux où il est né, parmi ceux avec lesquels il a été élevé, en conservant ses habitudes.
Pareillement, dans plusieurs communes, les orphelins pauvres qui n'ont pas de parents pour les recevoir^ sont mis en pension chez des particuliers hon-
* Voy. sur l'Inslitution des Maîtres des pauvres notre chapitre sur la Hollande, ci-après II« pari.
* Le vieillard, au dépôt de mendicité, coûterait à la commune audelk de 130 francs par an. En pension chez un particulier, il ne lui coûte que 72 francs, plus le vêtement qui est peu de chose; malade, il coûterait, dans l'hôpital, i francs 20 centimes au moins; en pension chez un particulier, il peut ne coûter que 80 francs (Arrivabene, ub, sup., p. 70, 71 et 72j.
BELGIQL'E.— INSTITUTIONS CHARITABLES. 135
nêtes et laborieux, où leur dépense est beaucoup moindre que dans l'hospice*.
Qui n'a entendu parler du village de Gheel, dans la province d'Anvers, et des aliénés qu'on y place chez les paysans? Autrefois, une sainte martyre appelée Dymphna, dont les reliques existent encore dans l'église de Saint-Amans, située à l'extrémité du village, rendait la raison aux fous qu'on y amenait de tous les points des Pays-Bas. Depuis que la sainte ne fait plus de miracles, le seul fait de rhabitation des fous dans le village où elle repose, opère, dit-on, des cures non moins merveilleuses. De là, la grande célébrité dont jouit Gheel dans toute la Belgique. Les habitants se chargent d'un, de deux, de trois pensionnaires, quelquefois de cinq, jamais plus : c'est une spéculation qui leur profite autant qu'aux malades. Les aliénés, hommes et femmes, errent librement dans les rues , dans les chemins, sans que personne paraisse y prendre garde et sans qu'il en résulte rien de fâcheux pour les mœurs '^. Du reste, on n'en rencontre qu'un petit nombre. Tout au plus 100 sur 400 ont la faculté de circuler librement. Les femmes ne sortent presque jamais. Les fous furieux ont des entraves aux pieds et aux mains. Un grand nombre d'hommes sont employés aux travaux de Tagriculture ; ils servent de valets de ferme, et les cultivateurs en retirent un grand avantage. D'autres chantent le dimanche au lutrin.
* II y a des communes où le bureau de bienfaisance ne paye que 40 francs pour la pension d'un orphelin {Ihid., p. 72). Dans les hospices ordinaires, elle est de 60 centimes k 1 franc par jour (Ducpeiiaux, Lettre du 6 février 1851).
* « Les grossesses des femmes aliénées de Gheel sont excessivement rares. » (Esquirol, Des maladies mentales, t. II, p. 720).
i:i5 EUROPE CATFIOLIQIIE.
Presque toutes les femmes sont occupées à filer, à faire de la dentelle, ou bien elles remplissent les fondions de servantes dans la maison où elles sont pensionnaires ^ Une cloche rappelle chez leurs hôtes, aux heures du repas et à la chute du jour , ceux qui en sont absents. Les habitants de Gheel traitent ces insensés avec une familiarité qui captive leur confiance. Ils devinent leurs penchants, savent se prêter à leurs bizarreries ou les combattre à propos. Souvent d'un mot, d'un geste, ils calment les plus furieux. On est frappé de leur air bien portant. Beaucoup parviennent à un âge avancé; on comptait naguère, parmi eux, deux centenaires ^ Nulle part, d'ailleurs, on ne trouve à placer les aliénés plus économiquement qu'à Gheel ', la pension y est de 160 à 200 francs par an ^. Aussi, la colonie renferme-t-elle des aliénés de toutes les parties de la Belgique et même de l'étranger. Le nombre en était de 4 à 500 lors de la visite que j'y fis en 1838, tous distribués dans le village, dans les hameaux et dans les fermes environnantes, sous la surveillance d'un préposé supérieur de l'administration des hospices de Bruxelles.
Dans les campagnes de la Flandre occidentale , les vieillards, les infirmes, les orphelins étaient mis en pension chez des paysans ; mais les bureaux de charité, pour obtenir les conditions les moins onéreuses, ayant, dans beaucoup de communes, mis ces malheureux à Venchère, en adjugeant au rabais l'entretien de
* Voy.Esquirol,w6.5wp.,etRam.delaSag.,Foy.en5eZ(/., t.II,p.li7.
* Sur les 679 aliénés qui ont été entretenus k Gheel en 1839 (dont 354 hommes et 325 femmes), on n'a compté que 34 décès (Arrivabene, Situation économique de la Belgique j p. 17).
' Arrivabene, ub. sup., p. 18.
chacun d'eux, et la mise en œuvre de ce procédé ayant donné lieu à des scandales et à des abus qui ne permettaient plus de le pratiquer *, à la mise en pension chez les particuliers on a substitué, dans plusieurs localités de cette province, la réunion des vieillards et des infirmes dans des Fermes-hospices, où ils jouissent, à très peu de frais, d'un véritable bien-être ^.
Quinze de ces fermes-hospices sont déjà établies et entretiennent 878 pauvres vieillards. La moyenne de la population de chacune d'elles est de 30 à 60. Une seule en contient 140. Le prix moyen de leur entretien est de 20 à 25 centimes par tête et par jour^. Ce résultat est important. Je ne connais pas d'institutions de bienfaisance meilleures et qui coûtent moins cher.
Du reste, la cause de cette économie est très simple : chaque ferme-hospice est une espèce de métairie ; le travail agricole est fait par les vieillards eux-mêmes;
* « Ces adjudications se faisaient k peu près de la même manière que la location ou la vente d'un objet mobilier ou d'un animal domestique. Les pauvres qu'il s'agissait de mettre en pension subissaient une sorte d'exhibition publique; et chacun était admis a supporter les charges résultant de chaque inlirmité, et les profits à tirer des forces qui restaient à chaque sujet. Souvent la mise à l'encan avait lieu au milieu des observations les plus révoltantes, et l'adjudication définitive était l'objet de plaisanteries ou d'immorales félcilations » [Rapport de M. Van Damme, commissaire de l'arrondissement de Roulers-Thielt, i846).
* « Les habitants de ces hospices jouissent en général d'un véritable bien-être. Ils sont bien nourris, bien logés, convenablement vêtus, entourés de soins et de ménagements. Leur existence est doucement active, pleine de régularité et de quiétude » [Ibid., et Ducpeliaux, Paupérisme dans les Flandres, p. 280).
3 Dans le dépôt de mendicité des Flandres, à Bruges, le prix d'entretien a été, en 1845, de 41 centimes pour les indigents et mendiants valides, et de 50 centimes pour les vieillards et infirmes (Ducpetiaux, ibid.).
138 FLROPE CATHOLIQUE.
presque partout la récolte fournit toutes les provisions; le service intérieur de la ferme, de la basse-cour et de l'étable est abandonné aux femmes; les vêtements sont, en grande partie, confectionnes dans la maison; en un mot, chaque ferme-hospice est, en quelque sorte, une petite colonie agricole exploitée par une association de vieillards et d'infirmes > s'aidant l'un l'autre, chacun dans la proportion de ses forces, sous la direction de quelques sœurs de charité *. Ces petits établissements, bien étudiés, contiennent, à notre avis, le germe d'améliorations importantes dans l'organisation de la bienfaisance publique ; ils font voir tout ce que le travail agricole présente de ressources contre l'envahissement du paupérisme, et tendent à faire, sous ce rapport, ce que les anciennes Colonies agricoles de la Belgique n'ont pu parvenir à réaliser ".
Institutions préventives.
Crèches. — Salles d'asile. — Écoles primaires. — Id. da dimancliie. — là. professionnelles. — Monts-de-Piété. — Caisses d'épargne. — Ateliers de charité. — Ouvroirs. — Sociétés philanthropique. — Maisons de repenties.
A côté des institutions charitables qui soulagent la misère, la Belgique compte un gçand nombre d'in-
* Voy. Van Damme et Ducpeliaux, ub. sup.
* Le gouvernemcDi hollandais avait établi, en 1822, une colonie agricole libre k Wortel, pour cinq k six cents indigents, et une colonie agricole forcée h. Merxplas-Ryckevorsel, pour huit k neuf cents mendiants. Quand nous avons visité ces colonies, en 1888, elles étaient k la veille de succomber sous le poids des dettes qu'avait contractées pour les soutenir la société fondatrice et directrice. Depuis, elles sont tout k fait tombées, et leurs habitants ont été répartis dans les dépôls de mendicité dont nous parlerons dans le paragraphe suivant.
stitutions préventives dont le but est d'y obvier. De ce nombre sont : les Crèches *; les Salles d' asile "^ ; les Ecoles primaires ^ ; les Ecoles du dimanche * ; les Montsde-Pièté ^; les Caisses d'épargne ^; les Sociétés philanthropiques "^ ; les Maisons de repenties ^ ; enfin les mesures
* Quatre viennent d'être fondées en Belgique : deux k Bruxelles, une a Liège, une autre à Verviers.
^ On les appelle, en Belgique, Ecoles gardiennes. Il en existait six k Bruxelles, en 1843, qui donnaient asile à 1,500 enfants. A Bruges, la ville en a ouvert trois où se réunissent 1,100 élèves Tournai, Mons et plusieurs communes rurales en possèdent aussi.
' On comptait, en 1830, 1 élève sur 13 habitants; 1 sur 9 en 1840. Malgré cette augmentation, le tiers des enfants en âge de fréquenter les écoles (33 sur 100) demeure plongé dans l'ignorance (Ducpeliaux, Condition des jeunes ouvriers, t. I, p, 304).
* Des écoles dominicales sont établies dans plusieurs villes et communes rurales. La Flandre orientale seule en compte 160 qui sont fréquentées par 55,000 élèves (Arrivabene, p. 33).
* Il en existe 22. Leur dotation se compose assez généralement de capitaux appartenant aux hospices, aux bureaux de bienfaisance et aux communes, lesquels se partagent les bénéfices. Le taux de l'intérêt varie selon l'importance de la somme prêl^e. Ce sont les valeurs les plus fortes qui payent l'intérêt le plus faible. A Gand, les prêts qui ne dépassent pas 12 francs sont exempts d'intérêts. L'intérêt est de 12 à 15 à Bruxelles, et de 10 à 12 à Namur. Le nombre des gages déposés en 1839 a été de 1,360,640 pour tout le royaume, et celui des gages retirés de 1,242,968. — La totalité des sommes prêtées a été de 8,810,704 francs; et celle des sommes retirées de 8,266,840 francs.
^ U y en avait 30 en 1843. Les dépôts effectués jusqu'à la fin de 1842 étaient évalués de 64 à 68 millions. Mais il faut observer que c'est dans les caisses d'épargne que presque toutes les provinces, les communes, les bureaux de bienfaisance, et tous les établissements publics versent leurs fonds disponibles.
' Telles sont : la Société royale de Philanthropie^ la Société de Saint • Vincent-de-Paul , la Société générale pour favoriser V industrie nationale, la Société de patronage pour les libérés, les Sociétés de charité maternelle, les Sociétés pour procurer de l'ouvrage aux ouvriers qui en manquent, etc.
8 Voy. sur celles de Bruxelles et d'Anvers détails intéressants dans le Voy. en Belg. de Raraon de la Sagra, t. II, p. 221 et suiv.
140 FAIROPE CATHOLIQUE.
prises pour assurer du travail à la classe indigente , et la mettre à l'abri des exigences égoïstes de la spéculation.
Pour atteindre ce double et dernier but, la Belgique a organisé des Ateliers de charité dans plusieurs de ses villes'; elle a fondé des Ecoles professionnelles ^; elle a, en un mot , réglementé , autant qu'il est au pouvoir des gouvernements de le faire, la liberté de l'industrie*,— liberté dont l'exercice sans entraves entraîne plus de désastres, à elle seule, pour la classe ouvrière, que le déchaînement de toutes les autres libertés dont l'exercice illimité est devenu un des dogmes politiques et économiques de notre temps; — mais ses efforts ont été impuissants à prévenir , autant qu'à soulager l'indigence valide, et force lui a été, dès lors, de recourir aux moyens coërcitifs pour la réprimer.
1 Un décret du roi Léopold, du 29 août 1835, porte : « Quelles que soient les mesures que prenne le gouvernement dans le but d'extirper le fléau de la mendicité, on ne parviendra k un résultat vraiment satisfaisant que lorsqu'on aura ôlé tout prétexte k la fainéantise. »
* En d837, la Belgique possédait six Maisons de charité ou de travail, occupant ensemble 2,200 indigents valides. J'ai visité, en 1838, celles d'Anvers et de Gand. Celle-ci contenait une population de 800 individus, dont moitié femmes, en hiver, et de 4 ou 500 en été. Aucune de ces maisons ne pouvait se soutenir sans un fort subside du gouvernement. Et c'est dans la province oiî la mieux organisée fonctionne que l'on compte le plus d'indigents.
^ Il existe, dans la Flandre orientale, il institutions où les enfants des indigents apprennent un métier. Le nombre des enfants qui les fréquentent est de i ,200. La Flandre occidentale en possède aussi un assez grand nombre. Quelques ouvroirs sont également établis, oii l'on enseigne aux jeunes filles de la classe ouvrière la filature, le tricot, la broderie et surtout la dentellerie.
^ Voy. k ce sujet Notice sur l'organisation de l'industrie belge en i842, par M. Ramon de la Sagra, p. 9, 13, 22 et suiv.
§IV
Infttltatfons répresslTes.
Dépôts de mendicité. — Prisons. — Leur insuûisance.
Contre les flots menaçants de la mendicité qui grossit *, de la criminalité qui monte ^, la Belgique n'a à opposer que ses Dépôts de mendicité * et ses Prisons ^,
* Le nombre des mendiants a triplé et quadruplé dans les divers dépôts de mendicité de la Belgique. Citons pour exemple le dépôt de la Cambre, situé aux portes de Bruxelles : le nombre des entrées, qui était de 491 en 4830, était de 1,142 dix ans après, et de 1,944 en 1842 (Voy. Ducpetiaux, Paupérisme en Belgique, p. 7 et 8).
* Elle monte surtout chez les jeunes délinquants. Le nombre des délinquants âgés de moins de 16 ans, qui était de 983 en 1836, atteignait le chiffre de 1,296 en 1839 (Ducpeliaux, Conditions des ouvriers, t. I, p. 436). Même progression dans la criminalité flamande (Voy. Id., Paupérisme dans les deux Flandres, p. 39 et suiv.). Voy. ci-après, note 4.
^ Ils sont au nombre de cinq ; un dans le Brabant, la Cambre ; un à Bruges, pour les deux Flandres; un k Mons; un k Rukheim, dans le Limbourg; un a Hoogstraten, près Anvers. Leur population totale était, lorsque je lésai visités en 1838, de 2,500 reclus, dont plus de 1,500 étaient oisifs. — La moyenne de la dépense de chaque reclus, de 1831 k 1835, a été de 163 francs par an. — Ces établissements sont non-seulement des lieux de réclusion pour les vagabonds et les mendiants condamnés ; ils offrent encore un asile aux indigents valides ou invalides qui s'y rendent volontairement. — Il y avait, en outre, une colonie agricole de répression pour la mendicité ; mais elle a été supprimée. Voy. ci-dessus, p. 138, note 2.
* Les maisons centrales, au nombre de six, y compris la maison pénitentiaire des jeunes délinquants à Saint-Hubert, contenaient une population de 3,217 condamnés en 1831, et de 4,593 en 1843. Les maisons de sûreté et les maisons d'arrêt, au nombre de 26, contenaient, aux deux mômes époques, une population de 1 ,578 et de 2,133. D'où il suit que, dans l'espace de 13 ans, la population des maisons ceni raies s'est accrue de 30 pour 1(0, et celle des maisons secondaires de 26 pour 100 (Voy. Ducpetiaux, Mémoire sur les prisons, p. t>}.
I4i EUROPE CATHOLIQUE.
barrières impuissantes, et plutôt fiiites pour en acce'- Icrer que pour en endiguer le cours.
Les prisons belges, en effet, ne sont que d'immenses fabriques, où, malgré la substitution nominale de la gratification au salaire % le condamné n'en trouve pas moins la rémunération de son travail, et où, malgré le système cellulaire de nuit pratiqué, pour la première fois, dans la célèbre Maison de force de Gand % la promiscuité complète dans laquelle vivent, pendant le jour, les condamnés de cette prison, et, jour et nuit, les détenus des autres prisons, fait que le condamné en sort plus corrompu qu'il n'était en y entrant, et reporte au sein de la société de nouveaux et plus actifs éléments de dépravation et de misère ^.
Vainement, pour empêcher les résultats funestes du système de la vie en commun des détenus dans les prisons, le gouvernement a-t-il recommandé, par plusieurs circulaires ministérielles, de diviser les détenus de chaque prison en trois classes de bonsy de ]passables, de mauvais, en prenant pour triple base la nature du délit ou du crime, le caractère et la durée de la peine, enfin la morahté du condamné, — la mauvaise disposition des locaux s'est opposée presque partout à l'exécution de ces prescriptions; et là où elles ont pu être suivies, on en a bien vite reconnu l'inanité. Il est vrai qu'on a cherché à y suppléer par ce qu'on
1 Voy. Rapport de M. Moreau-Christophe au ministre de l'intérieur sur les prisons de la Belgique^ etc., Paris, 1838, Imprimerie royale, in-4, p. 130.
« En 1772, voy. Ibid., p. 120.
* Pendanl la période de 1836 à 1839, sur 100 accusés il y en avait 30 en récidive. Parmi les récidivistes, 42 sur 100 avaient subi plus d'une condamnation. Ce fait accuse le régime des prisons (Ducpetiaux, Condition des ouvriers, l. I, p. -437).
appelle la larrière morale du silence. Mais celte barrière a été reconnue plus vaine encore que les autres, en ce que ce n'est pas seulement la langue, mais le geste, mais le regard qui est le fil conducteur des communications de pensées et de paroles de détenu à détenu. D'ailleurs, le silence le plus rigoureusement tenu ne peut empêcher les détenus de se voir et de se reconnaître à leur sortie de prison. Or, c'est là surtout qu'est le danger social des prisons communes. Aussi, le système cellulaire de jour et de nuit, autrement dit Temprisonnement individuel continu , est-il adopté en principe, et pratiqué déjà sur plusieurs points, par le gouvernement du sage Léopold, comme le seul qui puisse efficacement garantir la société, aussi bien que le détenu lui-même, des dangers moraux de sa réclu-
sion *
Quant aux dépôts de mendicité, ces avenues des prisons, comme les appelle Ducpeliaux, on n'a pas suffisamment réfléchi, en les créant, aux conséquences qu'entraîne la séquestration des indigents valides. En les enlevant à leur domicile, à leurs relations, à leurs habitudes, on transforme, le plus souvent, les causes accidentelles de leur misère en causes permanentes. Alors qu'un léger secours suffirait^ peut-être, pour les aider, eux et leurs familles, et les mettre à même d'attendre des circonstances plus favorables, on rompt, en quelque sorte, les liens qui les rattachent à la société, en les isolant dans des lieux de soi-disant répression, d'où ils ne sortent ordinairement que pour y rentrer. Qu'il est rare, en effet, de
^ Voy. Communication de M. le baron de Ilotly au Congr. pénit. de Bruxelles, en 1812 {Rcv. pénit., {. IV, p. 49;.
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voir un indigent, qui a passé quelque temps dans un dépôt, revenir se classer, artisan laborieux, parmi ses concitoyens! Condamné, pendant sa séquestration, à demeurer oisif, ou à s'occuper de travaux sans rapport avec ses occupations précédentes, il perd ses bonnes 'habitudes pour en contracter de mauvaises, son caractère se détériore, son moral se corrompt, son activité s'amortit ; il se fait insensiblement à cette vie paresseuse; la prévoyance l'abandonne, et il demeure volontairement à la charge de la commune, alors que, secouru autrement, il eût pu ne lui rien coûter.
C'est ainsi que la Belgique n'a pas compris que le moyen imaginé pour alléger la misère publique n'était propre au contraire qu'à en augmenter le fardeau. Évacuez mille indigents sur la Cambre*, dit le publiciste éminent que j'ai tant de fois cité dans le cours de ce chapitre, et, quelque temps après, vous vous apercevrez que la place qu'ils ont abandonnée est remplie par de nouveaux indigents.
C'est qu'il en est à peu près de nos moyens actuels de bienfaisance comme de nos débouchés commerciaux; l'ouverture d'un nouvel établissement de charité provoque une augmentation dans le nombre des pauvres , comme l'ouverture d'un nouveau débouché amène un accroissement dans la fabrication. C'est îine loi constante que l'expérience a confirmée *.
* « Il se trouve, en ce moment, au dépôt de la Cambre, plus de 600 jeunes reclus des deux sexes qui y demeurent livrés, pour la plupart, à l'oisiveté la plus complète, population prédestinée aux prisons, auxquelles les dépôts sevyeiii (V'àyeRuesï) {Condition des jeunes ouvriers, 1. 1, p, 437).
2 Id. De l'état des aliénés en Belgique, p. 28.