CHAPITRE PREJMIER
Angleterre.
Paupérisme. — Charité légale : Taxe des pauvres. — Charité privée ; Établissements de Bienfaisance. — Institutions préventives. — Institutions répressives.
— Résultats obtenus.
Paupérisme.
Richesse et misère comparées. — Statistique des pauvres en Angleterre, et spécialement à Londres, à Liverpool, à Manchester, etc. — Casual paupers. — Pauvres domiciliés. — Leur condition physique et morale. — Wliile-Chapel,
— Lodging hoiises. — Parc à bêles humaines. — Misère industrielle et misère agricole. — Le Ghetto. — Les cellars. — Les morts de faim. — Abaissement des salaires. — Mines et manufactures. — Marché aux enfants. — Sort des enfants et des femmes. — Mortalité. — Dépopulation des campagnes. — Émigration. — Misère morale. — Promiscuité des âges et des sexes. — Enfants naturels. >— Enfants trouvés. — Ivrognerie. — Prostitution. — Criminalité.
L'Angleterre, si peuplée \ si riche de son crédit ^,
1 L'Angleterre étend son empire sur une population de 139,556,000 habitants, savoir:
L'Angleterre, l'Ecosse, l'Irlande et dépendances. 23,400,000 hab.
Le Hanovre i, 550,000
La république des îles Ioniennes 170,000
L'empire Anglo-Indien 414,430,000
Total 139,556,000
* Richesse contre-balancée par une dette d'au moins 20,000,000,000
de ses vaisseaux *, de son sol ^, de ses produits % de ses manufactures *; — l'Angleterre, dont le revenu moyen de chaque habitant surpasse de près de moitié celui d'un habitant de la France; — l'Angleterre, à côté d'une opulence qui défie toute comparaison, exhibe les haillons et les vices de la plus affreuse, de la plus dégradante misère, sans que, de tous les trésors de son industrie, elle ait encore pu tirer assez de travail pour assurer de l'ouvrage et du pain à tous ses enfants. Un septième de ses habitants manque
de francs. Le rapport de la dette k la population est de près de 900 francs pour chaque habitant.
* L'Angleterre possède 94 vaisseauxde ligne, 117 frégates et 324 autres bàlimenls de l'État, sans compter une immense marine marchande (20,900 bâtiments soit à voiles, soit à vapeur). Elle exporte, dans un an, pour 6 ou 700 millions de cotonnade, ce qui fait, pour un seul détail, un compte de vente plus élevé que tous les comptes réunis de l'exportation manufacturières de la France.
2 L'Angleterre offre une superticie de 55,000,000 arpents, dont 40,000,000 sont cultivés; 9,000,000 d'individus suffisent aux besoins de son agriculture (De Villeneuve). Elle a 86 canaux et 170 lignes de chemins de fer.
3 Le revenu total de l'Angleterre s'élève a 12,870,476,375 francs. D'après M. Pablo Preber, les produits directs de l'agriculture sont évalués à 6,144,500,000 francs; ceux du commerce et de l'industrie à 6,725,976,375 francs. Le capital agricole est porté à 47,587,500,000 francs.
* La population manufacturière et commerciale de l'Angleterre est évaluée h 14,000,000 d'individus. L'emploi des machines est supposé représenter, pour l'industrie du coton seulement, 84,000,000 d'ouvriers. D'après la Revue Britannique (juin 1833), M. Say ne portait la puissance des machines employées a celte industrie qu'à 42,000,000 d'ouvriers. M. le baron Charles Dupin, en 1824, évaluait la totalité des forces productives des machines à vapeur en Angleterre à l'équivalent de 6 millions d'ouvriers. D'autres auteurs affirment, et particulièrement M. Preber, que depuis Tintroduction des premières machines en Angleterre leur travail représente celui de 200 millions d'ouvrier^ c'est à dire presque autant que l'Europe renferme d'habitants.
encore, à l'heure qu'il est, de l'un et de l'autre*. La misère revêt de telles formes, descend à de telles profondeurs, prend une telle extension, en Angleterre, qu'elle y a reçu un nom spécial qui la définit,
* M. le baron de Morogues estime que le nombre des pauvres de la Grande-Bretagne s'élève au quarts et peut-être même au tiers de ses habitants. Mais celte évaluation comprend l'Irlande et l'Ecosse. De leur côté, MM. Rubichon et Balbi portent, le premier k d/11, le second à 1/13, le nombre des indigents valides secourus par la taxe des pauvres. Mais ils n'ont pas compris dans cette évaluation les enfants de ces mêmes pauvres. — En 1831, environ 1,276,620 individus ont été secourus par la taxe des pauvres ; en comparant ce nombre a la population totale (Irlande et Ecosse non comprises), on trouve que la misère officielle frappait alors, en Angleterre, un individu sur sept 15/20. — Les commissaires nommés pour faire le recensement de 1841 (Edmund Phipps et Thomas Wardon) ont complété leur travail par un curieux ouvrage intitulé : Occupations of the People, dont nous extrayons le tableau suivant, relatif seulement à la population de l'Angleterre, sans le pays de Galles.
I. Individus employés dans le commerce et l'industrie 2,529,073