Secours à domicile
Canaux par lesquels se distribuent aux valides : — Aumônerie apostolique ; — Dalairie; — Caisse des Brefs; — Loterie; — Confrérie des saints apôlres ; — Congrégation de la Divine Pitié; — Couvents. — Canaux par lesquels se distribuent aux malades: — Visites; — Pharmacie centrale; — Dames de charité: — Médecins de campagne. — Manque d'unité dans l'administration des secours, — Essais de centralisation de Léon XII. — Veut rétablir les diaconies de la primitive Église. — Echoue dans son projet. — Conséquences.
Les hospices et les hôpitaux, quelque nombreux qu'ils fussent, et en raison même de leur plus grand nombre, n'ayant pu qu'élargir la plaie qu'ils avaient pour objet d'amoindrir, Rome songea à revenir au mode de secours, le seul efficace, qu'employait la primitive charité. A côté donc de ses établissements pubHcs, si improductifs et si coûteux, elle organisa, tant pour ses pauvres valides que pour ses pauvres malades, le secours à domicile, si simple et si chrétien,— le secours à domicile qui se donne, s'augmente, se diminue, se retranche en proportion des besoins et selon les circonstances variables et diverses, — le secours à domicile qui soulage l'indigent sans l'enlever
* L. R. P. deGeramb, Voyage à Rome, p. 347.
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à sa famille, et qui, en resserranl leurs Jieus mutuels, lui permet de partager avec les siens les dons que la Providence lui apporte.
Les secours à domicile se distribuent, à Rome, sous diverses formes, et par plusieurs canaux abondants.
Il y a, daLord, VAumônerie apostolique, inslituoe par innocent XII, vrrs la iin du dix-septicme siècle, laquelle est spécialement chargée de distribuer aux pauvres les dons particuliers des papes. Cinq cents écus par mois sont ainsi distribués par monsignor l'aumônier en dons manuels, selon la volonté et le plus souvent sur un rescrit du saint-père. D'autres sommes sont employées au soulagement des infirmes, au soutien des écoles, à la délivrance de prisonniers pour dettes, etc.
La Chcmcellerte romaine, appelée aussi Daterie ou Daiairie, fournit à l'aumônerie apostolique vingt-deux mille écus par an pour l'exei'cice de toutes les œuvres charitables dont cette dernière est chargée. De plus, elle a un rôle de familles pauvres auxquelles elle donne douze cents écus par an, en subventions mensuelles, et cinq mille deux cents écus en deux distributions spéciales, aux fôtes de Pâques et de Noël.
En outre, la Caisse des Brefs verse en aumônes, chaque année, trois mille écus, aux trois solennités de Noël, de Pâques et de l'Assomption, suivant les ordres du pape ou du cardinal secrétaire. Quelques autres allocations mensuelles montent, dans le courant de l'année, à trois mille six cents écus.
En outre, la Loterie qui, après avoir été supprimée par Benoît XIII, fut de nouveau autorisée par Benoît XIV, le fat sous la coodition expresse que le lise donnerait aux gagnants un surcroît de quatre-vingts
pour cenî, et reverse''ait sur les pauvres tous les profits du jeu, di^duciion faite des dépenses qu'il ei»traînerait. C'est ainsi que la loierie, devenue une œuvre de charité, répand treille mille écus par an en aumônes manuelles, et cela sur un rescrit du pape, du cardinal secrélaire, et du trésorier. Outre cela, la loterie distribue encore annuellement quinze mille cens d'aumônes et cinq mille trois cents écus en dois à de pauvres jeunes filles, ainsi que nous l'avons dit plus haut *.
Mais , tous ces dons , distribués au hasard par des administrations diverses, sans vues d'ensemble, et sans uidté d'action, n'atteignirent point le but pour lequel ils avaient été institués.
C'est pourquoi, voulant centraliser ces diverses ressources et en assurer un meilleur emploi, Léon XII institua, par un Molu proprio de décembre 1826, une Commission des subsides chargée d'en faire la répartition générale, au moyen de congrégations régionnaires ot paroissiales dont l'organisation rappelait celle des anciennes diaconies. Mais , les jalousies d'esprit de corps s'opposèrent à la léalisation de ce projet, et la commission des subsides dut borner sa mission à la distribution de ses fonds propres, dislribution qui consiste eu cent soixante-douze mille cent quarante-cinq é(îus fournis par le trésor seul, laissant à l'aumônerie, à la datairie, à l'administration de la loterie, et aux sociétés charitables le soin de répartir leurs charités à leur gré*.
Les sociétés charitables , piirîant tOtites d'une inspiration parement religieuse, ont, à Rome, une orga-
* Voy. ci-dessus, p. 17, el ci-après, p. 41 ; M^richini, p. 176 el 184.
* Voy. «6î£/., p. 180 et 183.
nisation sacerdotale, encore bien que, pour la plupart, elles ne se composent que de membres laïques ; elles portent le nom de confréries ou d'archiconfreries; la bannière d'un saint leur sert de ralliement comme sa vie d'exemple ; une chapelle particulière est ordinairement affectée à leurs réunions et leurs règlements ont un cachet tout catholique. Dans l'exercice extérieur de leurs bonnes œuvres, les confrères se cachent généralement sous un habit fort laid en lui-niéme, mais favorable à l'humilité. Le sac de pénitent qui les couvre ne laisse voir que les deux yeux, et des hommes du monde, de hauts dignitaires voilent souvent sous ce froc grossier leur généreux concours au soulagement de la misère \
Les couvents, de leur côté, sont autant d'associations de bienfaisance qui répandent d'abondantes aumônes, non pas sans doute suivant les meilleurs principes économiques, mais selon les seuls peut-être qu'il leur soit possible de pratiquer.
Les congrégations particulières , instituées dans le but spécial de distribuer des secours au domicile des pauvres, sont, notamment, l'archiconfrérie des Saints Apôtres et la congrégation de la Divine Pitié *.
L'archiconfrérie des Saints Apôtres date de Tan 1S64. Née de l'union de quelques hommes pieux, elle se consacra spécialement au soulagement des pauvres qui , ayant joui d'une certaine aisance, sentent plus douloureusement le poids de la misère. Ses membres, issus de nobles et riches familles, sont au nombre de quatorze, et chacun d'eux distribue par an soixante écus en aumônes ^.
* De Bazelaire, ub. sup.^p. xxxiir.
• Morichini, ub. sup., p. 185, 186 eldl
La congrégation de la Divine Pitié date de 1679. Ses membres, prêtres ou séculiers, sont au nombre de trente à quarante. Leur méthode de distribution de secours est celle-ci : chaque quartier de la ville a son député assisté de deux autres membres visiteurs. Aucune aumône n'est accordée avant qu'un visiteur ait, de ses propres yeux, constaté la misère et le besoin. Les secours se donnent en nature plutôt qu'en argent, plutôt à un petit nombre de personnes qui s'en trouvent vraiment soulagées qu'à de nombreuses familles pour qui ils ne seraient qu'une goutte d'eau. Des couchages, des vêtements, le rachat des gages du montde-piété, le payement des loyers, des bons de pain sont les aumônes les plus ordinaires. D'après ses statuts l'œuvre doit assister spécialement les infirmes, les jeunes filles en péril, les veuves, les femmes délaissées par leurs maris, les prisonniers, les pénitents, les jeunes gens privés de leurs emplois et les voyageurs. — Deux mille cent écus sont ainsi distribués en aumônes par les députés des douze quartiers de RomQ *.
Les secours dont nous venons de parler se distribuent spécialement aux indigents vahdes. Les indigents malades n'y auront-ils pas leur part et ceux que les hôpitaux ne peuvent pas recevoir ne pourrontils pas aussi être secourus dans leurs familles?
VAumônerie générale comprend les malades dans la dispensation de ses secours à domicile. Elle partage, à cet effet, la cité en onze sections nommées visites. Chaque visite embrasse deux, trois, quatre et cinq paroisses. Onze charitables ecclésiastiques présidenlj
» Morichini, ub. snp, , p. 185, 186 et 188. ^
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les visites et se uommeut visiteurs. Chacu'«e d'elles a son médecin et son chfrurgien ; onze [)îuirfnaciens complètent le service médical de l'œuvre. Quand un malade réclame les secours do l'Aumonerie. il en fait prévenir son curé qui envoie un billet d'avis à la pharmacie. Le médecii) y passe tous les matins, trouve le billet avec l'adresse du malade et va le visiter. Si la maladie a un caractère trop grave pour êtn^ soignée / à domicile, ou si le malade manque de l'entourage nécessaire, on le porte, aux frais de rAumônerie, dans un hôpital. Ordinairement, on soigne ainsi chez elles les personnes qui appartiennent à des familles distinguées, mais pauvres, et qui rougiraient d'être confondues avec le peuple dans la salle publique d'un hôpital. Nous n'avons aucune donnée précise sur le nombre des malades secourus ainsi chez eux. Nous savons seulement que l'Aumonerie y consacre sept mille écus par an *.
Une congrégation semblable à celle de nos Sœurs grises manquait, à Rome, au service des malades. On sait qu'à son retour de France Pie VII, émerveillé des miracles de charité des saintes filles, avait résolu de créer pour l'Italie un ordre de religieuses semblable à celui de Saint-Vincent de Paul j mais qu'effrayé des difficultés que la différence des pays et des mœurs opposait à la réalisation de ce projet, il avait fini par y renoncer ^. Cependant, le manque d'un lieu spécial,
' Voy.ibid.^p.Si et 86.
* Pie VII disait à ce sujet : « Nous avons cherché k introduire les sœurs de Sainl- Vincent de Paul dans loule la catholiciié, et parliculièremeut en Italie, eji Allemagne cl en Iilande. On nous a »ai : devant les malades, ITialienne n'a pas tout h fai- assez de coarage et de fovce morale pour se soumettre k tant de faiigue^; rAH.cmande a quelque
à Rome, pour le traitement deg maladies chroniques, a suggéré, dans ces derniers temps, à quelques pieuses dames, l'idée d'établir dans la capitale du monde chrétien un ordre de Sœurs de la charité pour le soulagement des malades à domicile. En 1820, on en fit Térection canonique dans l'église paroissiale de la Madone-des'Monts, et, depuis, elle s'est répandue dans plusieurs autres paroisses.
La congrégation des Dames de la charité, de Rome, se compose de femmes, veuves, mariées, ou filles, de condition honncte, et âgées de plus de quarante ans. Elles ont à leur tête une prieure. Le curé est le directeur. Les novices font pendant six mois l'apprentissage des services qu'elles auront à rendre. Chacune des paroisseï? où les sœurs sont établies agit séparément et a sa caisse spéciale , mais toutes se soutiennent réciproquement et s'entraident de prêts d'argent et de personnes dans les besoins urgents. Dès qu'il y a, dans une paroisse, un malade chronique, le curé en avertit les sœurs qui vont le visiter deux fois par semaine, lui donnent une demi-livre de viande par jour, payent le médecin, le chirurgien, les remèdes, fournissent le lit et les linges nécessaires, enfin ne le quittent que s'il meurt ou revient à la santé.
Les ressources de la congrégation se composent de coniributions volontaires , mensuelles ou annuelles.
chose de trop «soumis et de trop facile; l'Anglaise ne manque ni d'iiumauilô, ni d'exaltation, mais elle est trop sostenuta (mol difficile à reudie, et qui renferme une sorte de reproche de pudeur mal entendue); lu Française possède l'adresse, l'assurance, la résolution, le commandement doux^ la piéli^, sévère indispensable îi nn tel état. Ce* pendant nous ne renonçons pas au désir d'améliorer en cela le service de DOS hôpilaux » (Artaud, Histoire de Pie FIIy\, II, p. 482).
La Madone-des-Monts, considérée comme la mère de l'œuvre et le modèle que doivent copier les autres paroisses, reçoit de la datairie une légère subvention. Elle ne peut , avec ses minces ressources , secourir à domicile que huit malades. Ses dépenses de juillet 1852 à août 1853 se sont élevées à deux cent soixante écus; chaque malade coûte donc trente- deux écus par an. La paroisse a cinq mille habitants et trente Dames de charité. La paroisse de Saint-Augustin secourt huit infirmes; celle de Sainte-Marie-di-Marcheggiani quatre ; l'œuvre y naissant à peine *.
Rome a cinquante-quatre paroisses. Bien du chemin reste donc encore à faire pour que toutes reçoivent également les secours des Dames de la charité.
Tout ce que nous avons dit jusqu'ici des secours donnés aux malades, à domicile ou dans les hôpitaux, ne s'applique qu'à l'indigence urbaine, c'est-à-dire aux seuls habitants de Rome ou des villes de province qui ont la même organisation charitable. Quant à l'indigence rurale, elle n'a ni asiles, ni hospices, ni hôpitaux pour ses pauvres, et pourtant le cultivateur qui trouve la maladie ou la misère sur son champ insalubre ou ingrat ne mérite-t-il pas autant la sollicitude et les secours de la charité que l'ouvrier de ville dont la profession est presque toujours plus fructueuse? C'est pourquoi, à défaut d'établissements publics qui pussent réunir en commun les pauvres des campagnes disséminés à de très grandes distances , le gouvernement papal a, depuis longtemps, institué des médecins communaux chargés de porter gratuitement les» secours de leur art aux indigents ruraux qui les
* Morichini, ub. sup., p. 83.