SUR 100 DÉCÈS
Angleterre..
Londres.. .
Birmingham.
Liverpool. .
Manchester.
au-dessous de 4 ans.
de 4 à i6 ans.
de 46 à 21 ans.
C'est donc encore à Manchester et à Liverpool que la mortalité fait le plus de ravages chez l'enfance. Et les ravages sont même plus grands que ne le constate le tableau qui précède, si l'on en croit M. Roberton, la principale autorité statistique de Manchester. D'après ce savant accoucheur, sur 100 décès, dans cette métropole de l'industrie cotonnière, il y en aurait près de M d'enfants au-dessous de cinq ans, tandis que la proportion n'est guère que de 52 dans les campagnes environnantes^. Quelque élevé que soit ce taux, il est loin d'approcher, comme on voit, du chiffre fabuleux de 98 S/10 sur 100 qu'on a osé mettre en avant comme vrai dans une séance récente de notre Assemblée nationale % ce
* Vital Statistics of Manchester. Quart. Journ. of stat. soc, juillet 1840. p. 195.
2 Docteur Hawkins, Factories inquiry, 2"* report. — Le Registraire général pour 4838 constate que, dans le Lancashire, comté manufacturier, les décès des enfants au-dessous de 5 ans sont au nombre de 458 sur 1,000, tandis qu'ils ne sont que de 365 sur 4,000 dans le pays de Galles, pays agricole {Year Book, 1840, p. 50).
3 D'après je ne sais plus quel témoignage, cité par M. Blanqui, et invoqué a la tribune nationale, séance du 31 janvier 1851, sur
qui prouve, selon la remarque de M. L. Faucher, qu'il y a des gens, en France, qui parlent de la Grande- Bretagne comme on parlerait à peine aujourd'hui de l'empire chinois *.
Ceux qui échappent à cette terrible mortalité arrivent à la vieillesse en même temps qu'ils atteignent l'âge viril. Le sang naturel s'altère dans leurs veines ^; fatigués d'un improductif travail, ils ne craignent plus de tendre leurs mains à l'aumône; ils vont par bandes quêter des secours qu'ils ne peuvent plus gagner ', et, quand le secours leur fait défaut comme le salaire, ils émigrent et vont chercher fortune, c'est-à-dire du pain, ailleurs *.
D'autres se révoltent, comme nous l'avons vu; d'autres, las de souffrir, s'affaissent dans le désespoir
21,000 enfants nés à Manchester, 20,700 mourraient avant d'avoir atteint l'âge de cinq ans.
* Lettre au Journal des Débats^ du 2 février 1851. — Cependant, nous devons dire que M. W. Farr, auteur du 7^ rapport du bureau de renregislrement des naissances, mariages et décès en Angleterre, pour les années 1843 et 1844, constate également que « sur 21,152 enfants au-dessous de cinq ans, durant sept années, 20,726 sont décédés k Manchester » (Voy. Annuaire de l'Economie polit, pour 1847, p. 181).
* « Les étrangers sont généralement frappés, dit le docteur Hawkins, de la petite stature, de la maigreur et de la pâleur qui distinguent les ouvriers de Manchester. » Je n'ai jamais vu ailleurs, ni dans la Grande- Bretagne, ni en Europe, une dégénérescence plus palpable, mieux caractérisée, de la forme et de la couleur du type national.
« « Telle est la détresse des ouvriers h Leicester qu'ils vont mendiant par troupes de 2 à 300. A Birmingham, les ouvriers sans travail et à demi morts de faim parcourent la ville par troupes, en faisant des collectes dans des plats d'étain. »
* Poussés par la misère ou l'incertitude du lendemain, plus de 70,000 ouvriers et fabricants ont émigré en 1841. On a calculé que, pendant les dix dernières années, 400,000 industriels, ouvriers et artisans, ont abandonné leur pays natal.
de l'imprévoyance*; d'autres, enfants et femmes, aussi bien qu'hommes faits, noient leur misère dans le vice et dans le vin ^ ; tous croupissent dans l'igno-
* « Telle est l'imprévoyance et la triste position des ouvrières de Manchester que plus de la moitié des mères vont faire leurs couches à l'hospice do la maternité. L'enfant une fois né reçoit moins de soins de sa mère que les animaux n'en donnent à leurs petits » (W. Beaver Neale, Juvénile delinquency in Manchester ^ 1840).
* L'enquête faite en 1834 sur l'intempérance des classes ouvrières constate que l'ivrognerie, qui diminue dans las classes supérieure et moyenne, augmente au contraire chez les ouvriers, dans les districts agricoles comme dans les manufacturiers, et gagne les femmes et les enfants. — De 55,400 qu'il était en Angleterre, en 1801, le nombre des débitants de spiritueux s'est élevé k 108,200 en 1816, et a 172,900 en 1833. — En 1820, il a été mis en consommation, en Angleterre, 7,526,696 gallons de spiritueux; et 12,341,283 en 1836; augmentation de 44 pour 100, en 17 ans (le gallon vaut un peu plus de quatre litres et demi}.— Il y a 20 ans, on comptait à Londres 10,138 maisons où l'on pouvait se procurer des spiritueux. — Dans 14 de ces maisons, un des commissaires enquêteurs compta 142,453 hommes, 108,593 femmes, et 18,391 enfants, total 269,437 individus qui s'y rendirent dans l'espace d'une semaine. — 93,869 personnes, dont 35,500 femmes, ont été arrêtées par la police métropolitaine dans un état complet d'ivresse, de 1831 a 1833. — Indépendamment des 30,000 ivrognes que la police capture annuellement dans les rues de la métropole, il y en a plus de 60,000 qui échappent a la surveillance (Voy. Report from the sélect committee on inquiry into drunkenness^ etc., Aug. 1834, et Ducpetiaux, uh. sup.). — A Manchester, un commissaire ayant pris Dote des personnes des deux sexes qu'il vit entrer, un samedi, chez un marchand de liqueurs, il trouva que 112 hommes et 163 femmes y éti^ienl entrés pendant quarante minutes, ce qui fait une proportion de 412 individus par heure. De cinq heures du soir jusqu'à minuit, la même boutique ne recevait pas moins de 2,000 chalands, chaque samedi, la plupart du sexe féminin. — On évalue h 430 le nombre des tavernes patentées k Manchester, et a 322 celui des gin shops [Ibid.^ et S. -P. Kay, The moral and physical condition ofthe working classes in Manchester). — M. Chadwick estime que la dépense en liqueurs fortes (sans compter le vin), en bière et en tabac, dont la classe ouvrière consomme la plus grande partie, s'élève annuellement, dans le Royaume- Uni, de 45 k 50 millions de livres glerling. Dans ce chiffre, les bois-
minie et l'ignorance *, peuplent les rues d'enfants ille'gitimes^, préludent au crime parla débauche, et roulent enfin des lupanars dans les prisons.
sons spiritueuses figurent pour plus de moitié [Report on the sanitary condition, etc., p. 227).
1 Sur plus de 80,000 enfants que contient la population réunie des villes de Manchester, Liverpool, Salford, Bury et York, on en compte plus de 50,000 dénués, sinon de toute instruction, du moins d'instruction convenable et appropriée a leurs besoins. — A Soulhwark, l'un des principaux districts de Londres, 58 enfants sur 100 demeurent livrés k l'ignorance et à l'action des vices qu'elle entraîne. Dans la paroisse de Marylebone, 55 enfants sur iOO sont tout k fait dénués d'instruction. — Sur 2,725 indigents renfermés dans les maisons de travail des comtés deSuffolk, Norfolk et Kent, en 1837, plus des deux tiers n'avaient aucune instruction. — Sur 100 filles publiques, il y en a k peine 3 qui ne soient pas iguorantes (Voy. Quarterly Journal of the statist. Soc, t. II, p. 416; et t. III, p. 28 et 62).
* On a publié, pour la première fois, en 1830, le chiffre des naissances illégitimes en Angleterre : Enfants légitimes, pour cette même année, 362,020 naissances; enfants naturels 20,039; total 382,059. Ce qui fait 1 enfant naturel sur 18 naissances, proportion peu élevée comparativement k celle des naissances illégitimes dans les autres pays (Voy. ci-dessus, p. 131, note 1). Postérieurement au recensement de 1830, l'enquête parlementaire relative a la législation des bâtards a constaté que, tandis qu'il naît, sur 1,000 naissances, 83 enfants naturels dans le pays de Galles, il n'en naît que 53 en Angleterre, et pourtant les habitants du pays de Galles se livrent k l'agriculture, profession qui est regardée comme la plus contraire au libertinage. Oui; mais, dans cette contrée, les filles mères, ne pouvant cacher leurs fautes, sont obligées de faire inscrire leurs enfants, tandis qu'en Angleterre la densité et l'opulence des habitants de ses grandes villes permettent de dérober k la publicité les fruits du libertinage; d'où celle conclusion du commissaire rapporteur: « Le chifi're de 53 enfants illégitimes sur 1,000 naissances, porté au compte de l'Angleterre, ne saurait être exact. S'il était réel, que faudrait-il en conclure? C'est que les filles de mauvaise vie, qui sont en si grand nombre dans cette partie du Royaume-Uni, sont frappées de stérilité, ce qui serait alors la preuve d'une corruption plus profonde » (Revue Britannique^ 1838). — A Manchester, pendant les années 1824-1826, le rapport annuel des naissances illégitimes aux nais-
En Angleterre, comme partout ailleurs, les lupanars sont des lieux de misère avant d'être des lieux de prostitution.
Ce qui le prouve, c'est le grand nombre de prostituées qui abondent dans toutes les villes où la misère progresse parallèlement à l'industrie.
Londres surtout pullule de fdles publiques; sur 450,000 femmes que M. Colquhoum, magistrat de paix, estimait pouvoir exister dans cette métropole, au commencement du dix-neuvième siècle, il en comptait 50,000 livrées à la prostitution, c'est-à-dire un neuvième *.
Bien que ce chiffre ait été contesté par plusieurs officiers de police, — lesquels, par cela seul qu'ils n'ont pas le droit de visite sur les prostituées ^, sont moins
sances légitimes a été comme 4 est k 12 (Ducpetiaux, ub. sup.y t. I, p. 203 et 335).
* M. Chadwich réduit le nombre des filles publiques k 7,000 dans Londres, ce qui supposerait, en y joignant celles qui fréquentent la Cité, un total d'environ 10,000 prostituées. Mais M. Chadwich produit lui-même des documents qui contredisent son assertion. Ces documents établissent, en effet, qu'il y a, dans le ressort de la police métropolitaine, 3,335 maisons qui reçoivent des femmes de mauvaise vie. En adoptant la proportion de 4 femmes par maison, on trouverait 13,335 prostituées, et k peu près 16,000 en y comprenant la Cité. Le docteur W'arlaw en compte 16,600 pour le seul comté de Middlesex {W'dûaw' s Lectures on Prostitution).
* M. le capitaine Rowan, l'un des deux commissaires généraux de la police de Londres, m'a dit qu'un droit de contrôle attribué k la police sur les iilles publiques impliquerait la reconnaissance ofiicielle d'un droit d'exercice accordé k la prostitution publique (Voy. Parliament rep. on the metropoL pol., Aug., 1838). — Aucune visite médicale obligée n'ayant lieu sur la personne des prostituées de Londres, la maladie vénérienne devrait y exercer des ravages effroyables. Cependant, il ne paraît pas qu'elle y sévisse plus qu'k Paris. M. Mayne prétend qu'elle y sévit moins. Sir Frédéric Roe m'a exprimé la même opinion. Les relevés des hôpitaux, où les filles malades se rendent
aptes à en appre'cier le nombre que les juges de paix, dont la juridiction sommaire embrasse tous les cas de contravention à la morale publique, — il existe sur ce point des documents authentiques qui ne permettent pas d'en baisser le taux*.
Or, ces documents constatent que le nombre des prostituées de Londres est plutôt supérieur qu'inférieur à 80,000*, et que celui des maisons publiques, de celles qui logent des prostituées ou qui les reçoivent, est de S, 000 pour toute la ville, y compris la Cité , nombre égal à celui des gin palaces ^ ; qu'enfin plus de 400,000 personnes sont engagées directement ou indirectement dans la prostitution, à Londres, et que
volontairement, constatent en effet que la santé publique a moins k souffrir sous ce rapport à Londres qu'à Paris. Mais ces relevés étant nécessairement incomplets ne peuvent fournir que des renseignements inexacts. — -Voy. ci-après, p. 168, note 2.
* Ces documents, que nous avons sous les yeux, sont ; Rapports de la Société pour la suppression du vice en Angleterre, depuis 1802, date de sa fondation, jusqu'à, 1838; Déposition du secrétaire de cette Société (M. Prichard) devant une commission du parlement en 1817; Rapports de la police métropolitaine pour 1837 et 1838; Rapports de la Société, constituée en 1835, for the protection ofyoung females and prévention of juvénile prostitution, pour 1836, 1837 et 1838; Rapport de M. Talbot, secrétaire de cette Société; celui de la commission de police devant le parlement ; et celui du secrétaire d'État de l'intérieur, de 1837 à 1838.
* a Pas moins de 80,000 prostituées existent à Londres, dit M. Talbot, secrétaire de la Société for the protection ofyoung females, etc.; la plupart d'entre elles sont d'un âge fort tendre. On a calculé qu'il en mourait 8,000 par année, et cependant leur nombre loin de diminuer semble s'accroître encore, le marché en étant toujours approvisionné par les misérables qui font métier de ce. trafic infâme, et le nombre en est grand. »
' Voy. Ryan, Prostitution in London, p. 132. Dans certains quartiers de la Cité les maisons de prostitution se touchent. A Saint-Gilles, sur un espace de 700 yards (environ 700 mètres) de circonférence, qu'on nomme le repaire; rookeryj on compte 24 maisons suspectes et
plus de 8,000,000 de livres sterling y sont connuellement dépensés par le fait seul de ce désordre *.
Peut-être le nombre des maisons de prostitution paraîtra en discordance avec celui des prostituées; mais, pour quiconque a étudié Londres et ses mœurs, ces deux chiffres ne sont nullement contradictoires. Les maisons de passe, appelées places of accomodation, à Londres, suppléent, en effet, au défaut des maisons publiques, et le nombre de ces sortes de maisons est infini. Dès que la nuit est venue, des myriades de filles publiques se répandent dans les rues les plus fréquentées, comme des nuées de phalènes * ; mais leur extérieur n'a rien de commun avec celui des filles de Paris; il reste empreint de la décence et de l'aristocratie de manières propres à celte nation, et comme il y a trente femmes pour un homme qui en use, la prostitution reçoit de cette double circonstance un cachet que l'on ne trouve que là. Du reste, les rangs des prostituées sont étages comme les rangs de la société britannique; il y en a pour toutes et de toutes les conditions ; mais, à quelque degré d'abaissement qu'elles se trouvent placées, toutes ou presque toutes appartiennent à la classe ouvrière ou domestique, et sont
40 prostituées par maison. Combien de quartiers, dans Londres, ressemblent à celui-là! (Léon Faucher, Etudes sur l'Angleterre^ 1. 1, p. 77).
^ Voy. Ryan, ub. sup., p. 492.
* Plusieurs écrivains prétendent que sur 3 filles, dans les familles des basses classes, il y en a une qui s'abandonne à la prostitution avant 20 ans. D'autres maintiennent qu'il y a une prostituée sur sept femmes honnêtes. Un grand nomore de malheureuses filles arrivent à Londres, de toutes les parties de la Grande-Bretagne, dans l'espérance d'y trouver à se placer plus avantageusement ; le désappointement arrive bientôt : alors elles se livrent à la débauche (Ryan, Prostitution in London^]^. 469).
généralement sans instruction aucune *. Toutes, ou presque toutes, quand elles n'appartiennent pas à des maîtresses de maison qui les exploitent, sont des filles qui quittent, le soir, la maison paternelle, la boutique, le magasin de lingerie où elles travaillent le jour, et où elles rentrent après avoir mendié et obtenu pour leurs faveurs la faveur de quelques shellings. Ajoutons qu'elles ne se livrent pas au premier venu, et qu'elles choisissent parmi les hommes qui passent celui qui leur convient le mieux. Bien entendu que cette remarque ne s'applique pas aux rangs infimes de la prostitution anglaise. La misère y étant plus grande, l'avilissement y est aussi plus profond.
On a constaté, à Londres, un fait constaté également à Paris, savoir : que la prostitution ne s'y allie pas qu'à la misère, mais au crime; — plus des deux tiers des condamnés pour crimes ou délits ayant des relations et des intelligences avec des filles publiques ou des maîtresses de maison^.
Mais c'est toujours la misère qui est la première pourvoyeuse des maisons de débauche. Le salaire des jeunes ouvrières de Londres est si minime^, et le gain
* D'après les rapports officiels de la police métropolitaine, sur 3,103 prostituées traduites devant les tribunaux, de janvier 4837 à. janvier 1838, il y en avait 1,773 qui ne savaient ni lire ni écrire; 1,237 savaient lire ou écrire très imparfaitement. Les autres savaient lire et écrire ; 4 de celles-ci avaient reçu une éducation supérieure. — M. Tâlbot pense qu'un tiers des prostituées sont des domestiques à gages. Beaucoup de femmes mariées, dit-il, et beaucoup de veuves se livrent aussi à la prostitution, et soutiennent leurs familles par ce moyen (Ryan, ub. sup.^ p. 180).
« Ryan, ub. sup , p. 121, 133, 166.
' Les ouvrages d'aiguille sont si peu rétribués, à Londres, que le^ jeunes personnes qui s'y livrent ont de la peine à gagner de 3 à 4 shellings (3 francs 75 centimes à 5 francs)par semaine, en travaillant 16 h
des courtisanes comparativement si élevé *, que, dès leur âge le plus tendre ^, les jeunes filles de la classe pauvre se précipitent vers l'appât séducteur qui les attire, et où, sous l'or et la soie, elles trouvent, au lieu du bonheur qu'elles cherchaient, une vieillesse prématurée, la maladie et la mort.
dix-huit heures par jour. Le salaire d'une brodeuse est, pour une forte journée, de 50 à 60 centimes. Les lingères obtiennent généralement 30 centimes pour coudre une chemise, et 20 à 23 centimes pour un pantalon. On ne saurait rien imaginer de plus affreux que l'existence de ces pauvres filles (Voy. Léon Faucher, Etudes sur l'Angleterre^ t. I, p. 79j.
* « Plusieurs filles publiques de Londres gagnent de 20 k 30 livres sterling par semaine; d'autres gagnent davantage ; la plupart de celles qui fréquentent les théâtres, etc., reçoivent de iO k 12 livres. Celles d'un rang encore plus inférieur gagnent 4 ou 5 livres, quelques-unes moins d'i livre, et un grand nombre pas 10 shellings. Si nous fixons la moyenne du gain de chaque prostituée k 100 livres par an, nous avons un total de 8,000,000 de livres. Que si nous fixons k 20 livres la dépense moyenne annuelle de chacune des 80,000 prostituées, nous avons pour résultat une dépense de 1,600,000 livres; laquelle étant déduite des bénéfices, il reste pour bénéfice net aux maîtresses de maison, 6,400,000 livres; ce qui fait, pour chacune des 5,000 maîtresses de maison qu'on suppose exister k Londres, un revenu annuel de 1,000 livres sterling, somme énorme, comparativement k celle qui forme le revenu d'un grand nombre d'officiers de terre ou de mer, et d'honnêtes négociants. Ajoutons que nous n'apportons aucune exagération dans nos chiffres» (Ryan, ub. sup.^ p. 193).
2 A Londres et dans la Grande-Bretagne la précocité du vice existe et se propage sur une bien plus grande échelle qu'k Paris. Voici ce qu'on lit dans l'adresse publiée par la Société qui a pour objet de préserver les jeunes filles et de les arracher k la prostitution : « Dans les trois hôpitaux les plus considérables de Londres, et en huit années, il ne s'est pas présenté moins de 2,700 enfants de 11 k 16 ans infectés d'une maladie honteuse. » Un missionnaire de la Cité, M. Logan, dit: « Dans un de nos hôpitaux, je rencontrai cinq jeunes filles qui souffraient d'un mal honteux, l'une de 13 ans, l'autre de 12, la troisième de 11, la quatrième de 9, la cinquième de 8 » {Anexposure of female prostitutiorij by W, Logan, City missionary).
Liverpool et Manchester rivalisent avec Londres sous ce rapport.
A Liverpool, sur une population de 213,000 habitants, on compte 4,200 tilles publiques : soit 1 fille publique pourSO habitants! Toutes ou presque toutes allient le vol à la prostitution ; un tiers de ces femmes vivent avec des voleurs. On a constaté que, dans une seule maison de prostitution, il a été volé, dans un an, 1,000 livres sterling (23,000 francs)! La pratique du vol est encouragée par l'impunité, les victimes n'osant pas, une sur dix, porter plainte et poursuivre. Il existe, à Liverpool, 1,600 public houses, 70 taps, S85 cabarets à bière, 300 maisons de prostitution, et 20 saloons (espèces de salles de danse) où se réunissent les filles et les voleurs * .
Dans les autres grands centres de population, à Birmingham, à Leeds, à Manchester, on retrouve le même hideux spectacle. On compte, dans cette dernière ville, 765 filles publiques dans les rues et 695 maisons de débauche, sans compter les manufactures, qui sont autant de fabriques de prostitution^. On peut lire, dans un des rapports de la police : « Il y a des cabarets où garçons et filles montent deux par deux; généralement le commerce des sexes commence à quatorze ou quinze ans. Il y a des cabarets où on ne reçoit que des enfants. » Un autre rapport dit qu'on voit des enfants de douze à quatorze ans qui amènent avec eux des filles du même âge. La promiscuité des sexes dans les
1 Voy. Revue Britannique, 1836, et Ducpetiaux. t, 4, p. 337.
* « Le nombre des femmes qui s'abandonnent à la prostitution dans les manufactures est si grand qu'elles ne peuvent plus concevoir » (Enquête de 4832, citée par M. Léon Faucher, Etudes sur l'Angleterre, t 1,p. 339).
mines, et l'emploi des femmes pour les travaux les plus durs, engendrent cette précoce et dégradante dépravation.
La prostitution et le vol étant sœur et frère, le lupanar et la prison sont frère et sœur; — l'un conduit nécessairement à l'autre, comme le vol conduit à tous les autres crimes, ses auxiliaires. Aussi, la criminalité, en Angleterre, suit-elle la même marche ascendante que la misère et la démoralisation des masses*.
Bien que ces désordres moraux se manifestent dans les classes ouvrières, dans les classes pauvres des grandes villes, avec plus d'intensité que dans la classe laborieuse des campagnes, cependant les effets matériels du paupérisme se font plus vivement sentir encore chez celles-ci que chez les premières; car le paupérisme n'est pas resserré dans quelques localités spéciales, il couvre de sa lèpre toute la surface de l'Angleterre, il atteint même les classes aisées^, et, à la différence des États continentaux, ses victimes sont plus nombreuses encore dans les champs que dans les cités'.
L'agriculture, pourtant, a fait en Angleterre plus de progrès qu'en aucune autre contrée de l'Europe. Mais, qu'importe la culture savante qui fait rendre à la terre
* De i836 k i842, le nombre des crimes et des délits s'est accru, en Angleterre, dans l'effrayante proportion de 59 pour 100. L'accroissement s'est élevé à dOO pour 400 dans les districts manufacturiers (Léon Faucher, Etudes sur l'Angleterre, t. I, p. 331).
2 « La ruine et la misère ont pénétré, avec leur triste cortège, dans presque toutes les familles ; la fortune est devenue médiocrité ; la médiocrilé est devenue indigence » (Discours du révérend M. Baker, dans un meeting tenu à Bolton, en 1842).
» Buret, De la Misère, t. I, p. 193. — Voir sur les salaires et les habitations des journaliers l'enquête du Morning Chronicle enl847, reproduite par Ledru-RoUin, Décadence de l'Angleterre^ t. II, p. 12 et 31.
tout ce qu'elle peut donner? Qu'importent les moissons fécondes, les gras pâturages, les bestiaux modèles, si le peuple des campagnes, si le salarié de la glèbe meurt de faim?
Il n'y a, en effet, dans les campagnes anglaises, que des fermiers entrepreneurs de cultures en grand, et des journaliers qui ne possèdent rien et qui ne peuvent obtenir le moindre petit coin de terre à cultiver *. Autrefois, chaque villageois avait sa vache et son porc et un enclos autour de la maison. Là où un seul grand fermier laboure aujourd'hui, trente petits fermiers vivaient autrefois; de sorte que, pour un individu plus riche à lui seul que les trente fermiers d'autrefois, il y a maintenant vingt-neuf journaliers misérables dont plus de la moitié est de trop^. Aussi, le gouvernement conseille-t-il, et favorise-t-il à grands frais, l'émigration des paysans, comme le seul remède à leur misère toujours croissante ^. Qu'ils émigrent dans les pays soumis à l'Angleterre ou ailleurs, cela importe peu.
* Le deuxième rapport de la commission des pauvres contient une supplique de 31 chefs de famille de la paroisse de Bledlow, comté de Buckingham, dans laquelle ces malheureux disaient : « Beaucoup de nous, quand ils se présentèrent devant les magistrats, à deux heures, le 4 décembre 1834, n'avaient pas mangé depuis la veille. Nous ne demandons pas mieux que de louer bien cher un coin de terre, pour y planter des pommes de terre, mais personne ne peut nous en procurer! » {First annual report.^ App., p. 348).
* Quarterly Review, mars 1830. Les 5/6 du sol appartiennent à 30,000 propriétaires a peine.
3 Dans les douze principaux comtés agricoles, l'en plus des naissances sur les décès a été de 11 pour 100, de 1831 à 1841, alors que dans la même période l'accroissement de la population n'a élé que de 9 pour 100, dans toute l'Angleterre. 2 pour 100 de la population agricole a donc été forcé d'émigrer ou de chercher à vivre hors de son berceau (Voy. Year book^ 1845, p. 44). -— 1,179 pauvres, dont l'Angleterre s'est débarrassée, de 1836 à 1837, lui ont coûté, rendus en Amé-
Qu'ils s'en aillent, cela suffit. Quand ils refusent de partir, on leur accorde des secours rien que pour changer de place, c'est-à-dire rien que pour déplacer la misère en la transportant, des comtés agricoles où elle est extrême et sans remède, dans les comtés industriels où il y a quelque espoir d'un peu de travail et d'un morceau de pain *. f]
Quand les cottages habités par les ouvriers des] champs tombent en ruine, loin de les réparer le landlord en accélère la chute. Par ce moyen, on débarrasse j sa terre de gens coûteux et on diminue d'autant la taxe^ qu'on supporte pour les pauvres. On appelle cela éclaircir un domaine, clear on estale. On l'éclaircit encore d'une autre manière. D'après la loi du seulement, il faut un séjour de trois ans dans une paroisse pourj avoir droit aux secours de la taxe des pauvres. Peu! avant l'expiration des trois ans, on expulse les loca-r! taires en détruisant les maisons qu'ils occupent, et, 1^] vide fait sur le domaine, on le convertit en pâturag( ou en fermes laitières; l'élève du bétail remplace les céréales ; l'animal exproprie l'homme, c'est plus économique^. Latifundia.., solitudinem faciunt. C'est commej dans l'ancienne Rome ^
Heureusement que la population agricole ne form(
rique, 7,450 livres sterling. L'année précédente, on avait fait émigrer^ 5,141 paysans à raison de 5 livres sterling 10 shellings 6 deniers par tête (Voy, Third ann. report., App. n^ 6). Si l'Angleterre voulait en-j| voyer tous ses pauvres au-delà des mers, elle serait ruinée par les seuls frais de transport. Aussi s'est-elle, depuis, montrée plus avare d'un remède qui lui coûte si cher. En 1837, il n'y a plus eu que 75S émigrants, qui ont coûté 3,478 livres [Fifth ann rep.^ p. 355). « Third annual report, App. n» 4.
* Enquête précitée du Morning Chronicle, ub. sup., t. II, p. 38 et 47*^|
* Voy. ci-dessus, t. I, p. 146,
que le tiers environ de la population totale; — autrement l'Angleterre serait une Irlande * .
Gbarlté légale. — Taxe des pauvres.
Loi de <604. — Loi de 4834.
La charité légale s'exerce, en Angleterre, sur une échelle inconnue aux autres peuples. Nous ne saunons donc apporter trop de soins à faire voir, sous leur vrai jour, le principe et les conséquences de la taxe des pauvres.
Cette taxe repose sur deux lois principales que nous allons faire connaître.
1 . Système de secours du statut de la XLIJP année d'Elisabeth.
\ 9 décembre k 601 .
Réforme religieuse du seizième siècle. — Confiscation des biens du clergé et des hôpitaux. — Conséquences. — Myriades de pauvres à Igi charge des paroisses. — Droits du pauvre à l'assistance : — Lois qui reconniiissent ce droit. — Statut d'Elisabeth. — Catégories d'indigents qu'il concerne. — Secours aux impo-
* L'auleur de la Décadence de V Angleterre prétend que le recensement de 1841 prouve que cette évaluation, généralement admise, est erronée, et qu'en Angleterre, comme en France, la population agricole représente les deux tiers de la population générale. Ce n'est pas cette évaluation, mais l'opinion qui la contredit, qui est erronée. Le recensement de 1841 constate, en eftet, que, sur une population totale de 15,000,154 habitants que contenait l'Angleterre, pendant cette année, non compris le pays de Galles, la population agricole comptait pour 1,157,816, et la population commerciale et manufacturière pour 2,529,073. — La moyenne des personnes occupées aux travaux de l'agriculture, pendant la même année, n'a été que de 7 pour 100 de la population totale de l'Angleterre, tandis qiie la moyenne des ouvriers employés dans les manufactures a été de 16 pour 100 (Voy. cidessus, p. 147, noie 1, et Year hook, 1845^ p. 87 el 90).
tenta; —Travail aux valides;— Peines contre les fainrjanls. — Solidarité des familles. — Mutualité des paroisses. — Abus qui dénaturent le système de secours de la loi : — Labour rate; — Rounds mcti; — Parish-Farms ; — Allowances ; — Settltmeni; — Secours sans travail aux valides, — A qui profite la taxe. — Malversations des overseers. — Démoralisation des classes pauvres. — Envahissement et progression du paupérisme. — Nécessité dune nouvelle loi.
La réforme religieuse du seizième siècle n'aboutit, en Angleterre, qu'à ce triple résultat : — que les immenses richesses territoriales du clergé catholique * passèrent aux mains du roi, des nobles et du clergé protestant'; — que le clergé protestant se regarda comme propriétaire absolu, et non plus seulement comme dépositaire de ces richesses, qui formaient précédemment le patrimoine des pauvres ^ ; — qu'enfin la suppression des ordres religieux et des couvents, et la confiscation des biens des hospices et hôpitaux qui en dépendaient *, privèrent les pauvres, non-seulement du pain quotidien qu'ils recevaient de la charité des monastères *, mais encore des asiles et des secours réguhers auxquels ils avaient légitimement droit \ De là, les flots d'mdigents, de mendiants, de vagabonds, de
* Le clergé catholique était propriétaire des 7/10 du royaume. 1,041 maisons religieuses jouissaient annuellement de 273,000 livres sterling de rente, somme prodigieuse pour cette époque. Dans celte somme ne sont pas compris les dîmes, amendes, redevances et autres droits ecclésiastiques qui pouvaient s'élever a deux fois autant (John Wade, Middle and working classes, p. 38).
* Le clergé protestant d'aujourd'hui , pour 6,500,000 âmes qu'il gouverne spirituellement, jouit d'un revenu temporel de 240 millions de francs, revenu qui dépasse, a lui seul, ceux de tous les clergés réunis du monde chrétien, lequel renferme 203,728,000 âmes.
8 Voy. ci-dessus, t. II, p. 219.
* 100 hôpitaux furent ainsi détruits par la réforme (Voy. deSevelinges, Biographie de Henri VIII).
* Voy. Blackstone, t. II, ch. I.
« Voy. ci-dessus, t. II, p. 219, 227, 293 et suiv..
moines spoliés, de voleurs S qui inondèrent le pays à cette époque, et dont les lois rendues pour en arrêter les ravages ne font que révéler le danger, en en mettant à nu les misères.
D'abord, ou ne songea à guérir le mal qu'en le supprimant matériellement dans ses effets par des lois pénales atroces contre la mendicité et le vagabondage ^.
Mais, bientôt, on reconnut qu'il fallait, avant tout, le tarir dans sa source par des mesures de prévoyance et de charité en faveur des classes ouvrières sans travail, des classes pauvres sans pain. De là, les lois de Henri VIII, d'Edouard VI et d'Elisabeth sur le droit de l'indigent à l'assistance paroissiale ^.
Ce droit est, en effet, reconnu par les lois antérieures au fameux statut de la quarante-troisième et dernière année du règne d'Elisabeth (19 décembre 1601), lequel n'a fait que le consacrer de nouveau en le régularisant et en l'organisant sur des bases que les lois postérieurement rendues ont successivement restreintes ou élargies, mais toujours reconnues et respectées, jusqu'à nos jours *.
* Dans la seule année 1506, et dans le seul comté de Sommerset, il y eut 40 individus exécutés pour vol; 35 eurent la main brûlée; 37 furent punis du fouet. Il y avait alors, dans chaque comté, trois ou quatre cents vagabonds (Sir Morton Eden, State of the 'poor, t. I). Sous Henri VIII, 72,000 voleurs, petits et grands, furent mis à mort (Harisson, Description of England) . Le nombre des prisonniers pour dettes excédait 60,000 (Hume , t. VIII, ch. XXXV). Sous le règne d'Elisabeth, il n'y avait pas d'année où 3 à 400 voleurs ne fussent la proie des gibets (Sir Morton Eden}.
* Voy. ci-après, g V.
» Loisdei556,del551,dei563,del572, de 1575, de 1598, de 1601.
* Voy. l'analyse de ces lois dans le Report on the administration andpractical opération of the poor laws, London, 1834, p. 6 et suiv.
Les dispositions du célèbre statut d'Elisabeth embrassent trois classes spéciales d'indigents : — Les indigents valides; — les indigents invalides; — les enfants pauvres '.
Aux indigents valides, pas de secours, mais du travail à domicile. Le statut porte textuellement à ce sujet : « Il sera nommé, chaque année, dans chaque paroisse, par les juges de paix, plusieurs inspecteurs ou gardiens des pauvres (overseers) choisis parmi les notables de l'endroit, à l'effet de pourvoir, sous l'autorité desdits magistrats, à ce que du travail soit fourni aux individus, mariés ou non mariés, qui n'ont pas le moyen de s'entretenir ou qui n'exercent aucun état quotidien qui les fasse vivre. A l'effet de quoi sera levée, chaque semaine ou autrement, au moyen d'une taxe imposée à chaque habitant, curé, vicaire et autres, ainsi qu'à tout possesseur de terres, maisons, dîmes originaires ou inféodées, mines de charbon ou de bois taillis, propres à être vendus dans ladite paroisse, en telle quantité et pour telle somme qui seront jugées nécessaires, une provision de lin, de chanvre, de laine, de fil, de fer, et autres matières premières propres à être ouvragées par des pauvres. Les juges de paix condamneront à la prison les indigents valides qui refuseront de faire la tâche qui leur aura été fixée. »
Quant aux indigents invalides, le même statut porte : « Une taxe en argent sera pareillement imposée, dans chaque paroisse, aux mêmes personnes, pour être employée aux besoins les plus urgents (for the necessary
* Voy. le texte complet de ce statut, clans le Rapport précité, Supplément, n° 3.
relief) des estropiés, des vieillards, des impotents, des aveugles et autres indigents incapables de travailler, et cela, soit à leur domicile, soit dans des maisons d'habitation qu'il sera loisible aux inspecteurs de faire construire pour cet usage, sur des terrains communaux, aux frais des paroisses.
« Si lesdits indigents invalides ont leurs pères et mères, grands-pères et grand'mères, ou des enfants, ceux-ci seront tenus de les secourir et de les entretenir, selon leurs facultés, de la manière et pour le prix qui seront fixés par les juges de paix du comté où ils ont leur résidence, sous peine de 20 shillings d'amende pour chaque mois de refus ou de retard dans l'accomplissement de ce devoir. »
Quant aux enfants, le même statut porte : « que le produit de la taxe paroissiale sera pareillement consacré à payer les frais d'apprentissage des enfants pauvres, et à fournir du travail aux enfants dont les pères et mères négligent de leur en donner ou sont dans l'impossibilité de le faire ou de les élever. »
Les autres dispositions du statut portent :
« Dans le cas où la paroisse serait trop pauvre pour que le montant de la taxe imposée à ses habitants puisse subvenir aux besoins ci-dessus mentionnés, les juges de paix sont autorisés à faire peser cette taxe sur les autres paroisses du canton, et même, en cas d'insuffisance de celles-ci, sur toutes les paroisses du comté. »
u Tout contribuable qui refuse de payer, le pouvant, sera condamné à demeurer dans la maison d'arrêt commune ou dans la maison de correction du comté jusqu'à ce qu'il paye. Ses biens pourront être saisis. Seront de même condamnés à garder prison, jusqu'à
satisfaction complète, tous inspecteurs en relard de rendre leurs comptes, ou refusant de remplir leur mission, etc., etc. »
Ainsi, obligation légale imposée aux paroisses de venir en aide à /ewrs pauvres par des taxes personnelles, taxes converties en travail à domicile pour les pauvres valides {able hodied), et en secours pécuniaires ou eu nature, soit à domicile, soit dans des maisons spéciales, pour les pauvres invalides qui sont sans parents : — tel est, en résumé, le système d'assistance forcée consacré par le statut d'Elisabeth '.
Exécuté dans son esprit et dans sa lettre, ce statut eût pu avoir pour résultat l'extinction de la mendicité et l'apaisement de la misère d'alors ; — ce qui le prouve, c'est que la taxe des pauvres, qui s'est successivement élevée, depuis, à plus de 8 millions de livres sterling, ne montait qu'à 665,562 livres en 1695; et que cette dernière somme suffisait à satisfaire à tous les besoins.
Mais, bientôt, l'abus vint confisquer à son profit l'application et le sens de l'Acte de 1601, et ce qui devait être un remède souverain devint une souveraine aggravation du mal.
D'abord, au travail à domicile, que les inspecteurs ne purent, ne voulurent ou ne surent organiser pour les indigents valides, on substitua le travail de circulation ou de ronde, chez les particuliers, c'est-à-dire que les particuliers furent autorisés ou contraints à recevoir, à
* Ge système a été complété par plusieurs lois postérieures, et notamment par les Actes de 1662, de 4685, de d723, de 1795, sur le domicile de secours; par le Gilbert' s Act de 1782 sur l'incorporation des paroisses; par le SturgeBourne's Act de 1810 sur les managing VestrieSf ou comités d'administration des paroisses, etc., etc.
entretenir, et à faire travailler chez eux, en l'acquit de leur taxe, les indigents valides munis à cet effet d'un billet de logement, ticket, délivré par les inspecteurs, — et cela, au taux fixé par la paroisse et proportionné non aux services, mais aux besoins des indigents ainsi placés, roundsmen. Ces placements, qui n'existaient pas seulement pour les cultivateurs, mais encore pour les industriels, avaient lieu soit à vie, soit pendant un certain nombre de jours, ou un certain nombre de semaines, à tour de rôle ^ On appelait ce mode de payer la taxe, labour-rate, taxe de travail ^
En second lieu, les paroisses prirent elles-mêmes à ferme des terrains abandonnés, parish farms, farm-^ houses % et y placèrent le plus de bras inoccupés qu'elles purent ^; et comme ce genre de travail ne pouvait qu'être très circonscrit, elles créèrent des espèces d'ateliers nationaux, consistant en travaux de manœuvres sur les routes, dans les sablonnières, etc., travaux qui étaient payés à tant la journée alors même qu'il n'y avait rien de fait : Work nominal, wages real, disent les commissaires enquêteurs*.
Enfin, les paroisses ouvrirent aux indigents valides les maisons de charité, alms-houses, que la loi d'Elisabeth n'avait autorisées que pour les impotents, et, sous prétexte de les faire travailler, on ne les y occupa qu'à des ouvrages insignifiants qui laissaient libre carrière à la paresse ^
1 Voy. Report of the Poor4aws commissionners, for i834, p. 31 et suiv.
* Voy. ibid. Index, \® Labour-rate.
3 Voy. ihid., p. 51-53. — 74, 105, 139.
* Voy. ihid., p. 2, 39, 40, 61, 63, 70, 76, 87, 100, 132.
* Ibid., p. 51 et suiv.j et Index, v° Workhouses.
180 EUROPE PIIOTESTANTE.
Tous ces travaux, d'ailleurs, outre qu'ils ne profitaient ni aux ouvriers ni aux paroisses, étaient, à ce qu'il paraît, fort rarement ordonnés, car le compte rendu de la taxe des pauvres pour 1852 constate que, sur 7,05(3,988 livres sterling dépensées au soulagement des indigents, dans le cours de cette même année, 554,000 livres au plus l'ont été en rémunération de travail, y compris le travail sur les routes, et celui des maisons de charité *.
Ainsi, contrairement au texte précis du statut d'Elisabeth, qui défendait tout secours aux indigents valides autrement que sous forme de travail, les indigents valides furent secourus sans travail dans presque tous les comtés de TAngleterre.
Il y a plus : on inventa un système de secours dont le résultat immédiat fut de bouleverser les lois constitutives du travail, dans tous les champs, dans tous les ateliers, dans toutes les manufactures. Ce système fut appelé allowance, ou payement des gages par la taxe, payment of mages oui of rate ; il consistait à allouer un supplément de salaire à tous les ouvriers, urbains ou ruraux, dont le prix de journée ou de main-d'œuvre n'était pas suffisant pour les faire vivre avec leur famille. Qii iii'i*Àvait-il de là ? C'est que, d'une part, tous les fermiers et chefs de fabrique abaissaient de moitié, des trois quarts, les salaires qu'ils payaient auparavant à leurs ouvriers, et qu'ils augmentaient d'autant leurs bénéfices au préjudice de la caisse des pauvres ; c'esî que, d'autre part, les ouvriers, sûrs d'avoir toujours un salaire suffisant, se mettaient peu en peine de le gagner, et que Vallowance accordait ainsi à l'imprévoyance et à la paresse une prime d'encouragement
* Rep, ofPoorAaws commission., for 1834, p. 33.
et de récompense que le travail seul eût dû obtenir *.
Ajoutez que les secours donnés, — aux valides comme aux impotents, — en argent ou en nature ^, — hors de la maison de charité, oui door, c'est-à-dire à domicile, ou dans la maison de charité, in door, — étaient tels que la condition des pauvres secourus était de beaucoup préférable à celle des non pauvres % et que ceux qui recevaient la taxe devenaient plus riches que ceux qui la payaient*.
Ajoutez que la taxe variait en quotité dans chaque paroisse % et que chaque paroisse avait pour l'admission aux secours son administration, ses usages, nous di-
* Voy. sur les abus et les inconvénients de Vallowance, Administration and opération ofthe Poor-/aw5, 1833, — a l'Index, \° AUowance ; et le Rapp. des Poor-laws commiss., iSM, eod. verb.
* Les secours en nature consistaient en fleur de farine ou en pain, en vêtements, en souliers, en secours médicaux, en combustible, et surfout en loyers, payés en tout ou en partie.
* Dans la maison de charité de Bristol, les pauvres recevaient a déjeuner du gruau ou du riz au lait; k dîner une livre de bœuf ou de mouton, ou bien un pouding au riz, etc. A Shrewsbury ils avaient pour déjeuner du bouillon gras ou de la soupe au lait, pour dîner, cinq fois la semaine de la viande avec des légumes, une fois du pain et du fromage, une fois des pommes de terre et des boulettes de farine [dumplings), ou bien une livre de gâteau de froment avec du lait, et le soir, à souper, alternativement, de la viande, des pois, de la soupe, ou des pommes de terre (Raumer, V Angleterre en 1835, t. I, p. 431 et 135). — Voy. sur V Extravagant food des workhouses d'alors Admin, and oper. ofthe Poor-laws, 1833. Index, v° Workhouse.
* En 1830, dans la Cité de Londres, 50 familles imposées pour le payement de la taxe furent réduites k vendre leur mobilier et jusqu'à leur lit pour satisfaire le fisc paroissial (Waittmann, Chambre des communes^ 15 décembre 1830).
' Le comté de Glocester renfermait des paroisses où la taxe était de 8 shillings par tête; celui de Wikshire, d'autres où elle était de 16 shillings; celui de Sufîolk de 30, et même de 40 shillings [First ann. Rep. ofthe Poor-laws commiss., 1835).
f82 EUROPE PROTESTANTE.
rions presque ses lois ; — ce qui, joint aux difficultës du domicile de secours, seulement, et aux procès inextricables qu'elles engendraient \ compliquait extraordinairement les rouages et Tunitë de mouvement de la machine.
Ajoutez que la taxe ne profitait pas qu'aux vrais pauvres et que ceux qui en avaient l'administration, sous le nom d^overseers, d'assistant, de parochial officers,etc., en attribuaient une bonne part à de faux pauvres, par crainte ^, par ignorance ^, par compassion ^, par favoritisme % quand ils ne la prenaient pas pour eux-mêmes par des appointements exagérés ^, ou qu'ils ne la détournaient pas de sou but par fraude, parjure ou malversation *.
Avec un tel système de secours, les classes laborieuses ne pouvaient que se démoraliser de plus en
1 Marc Farlaiid rapporte qu'un procès entre deux paroisses, k l'occasion d'un seul indigent, a souvent coûté plus d'argent qu'il n'en avait fallu pour assister tous les pauvres des deux paroisses [Researches, t. II, ch. VII). Souvent, en vertu d'un procès gagné, on a vu des inspecteurs expulser, le même jour, trente ou quarante familles de leur territoire, etc. {Edinburg Review, mai 1828).
2 Rep. ofthe Poor-laws commission. ^iSM, p. iOO et suiv.— 283,284. — 47. — Et Âdm. and oper. of the Poor-laws^ 1833. Index, v** Overseers.
3 Le clerk du canton de Blything, dans le Suffolk, avait 140 livres sterling d'appointements, le chirurgien 700, les inspecteurs adjoints 850, tandis que, dans d'autres localités, les mêmes officiers ne recevaient que 25, 60 et 150 livres de traitement {First Rep., 1835).
* Les documents officiels constatent dans l'administration de la taxe des pauvres les plus révoltants abus ; les inspecteurs détournaient k leur profit les deniers des pauvres, et les dépensaient en réunions de plaisir. On lit, en propres termes, dans un Rapport des commissaires : « In some of the hundreds, the entire poor-laws management is based in fraud and supported by perjury and déception » {First Rep., 1835, p. 169).
plus S le nombre des pauvres secourus ne pouvait que s'accroître d'année en année % les exigences des pauvres ne pouvaient que se mesurer sur leur chiffre % et le montant annuel des taxes paroissiales ne pouvait que constituer la charge la plus écrasante * et suivre la plus effrayante progression ^
Cette progression, il fallait enfin Tarrêter; cette formidable armée du paupérisme, il fallait la dissoudre ; cette coalition menaçante de l'oisiveté et de la faim, il fallait la rompre; — sinon la société allait se voir
* Voy. Admin. andoper. ofthe Poor-laws, 183^. lndex,y° Paupers.
* Sur 8,700,000 habitants que comptait l'Angleterre en 1803, 1,234,000 pauvres recevaient leur part des taxes paroissiales, ce qui faisait qu'un septième du peuple anglais était constitué créancier des six autres, pour tout ou partie de sa subsistance (John Wade, Middle and working classes, p. 99). En 1830, la paroisse de Sunderland contenait 17,000 habitants, sur lesquels 14,000 étaient légalement pauvres (Magendie, Rapport à V Académie des sciences, 26 décembre 1831).
3 La loi reconnaissant le droit de l'indigent à l'assistance paroissiale, ce n'était plus une charité, mais une application de la loi, que réclamait le pauvre. De là, l'expression anglaise : demander, faire application; pour: demander, accorder des secours. De là Vinsolence du pauvre dans ses réclamations (Voy. Rep. ofthe Poor-/aws, 1834, p. 25).
* Dès 1808, dans la petite ville de Salisbury, 312 pauvres secourus m door,et2, 466 oMÉ(ioor,faisaient peser sur 878citoyens une taxe de 6, 000 livres; ce qui faisait 7 livres par an pour chacun (Raumer, 1. 1, p. 130). — Les 197 millions de francs de la taxe des pauvres (moyenne annuelle de 1816 à 1823) furent répartis ainsi qu'il suit : Sur les terres, 135,260,000 francs; sur les maisons, 52,150,000 francs; sur les fermiers, 7,300,000 francs; sur les usines, 2,683,575 francs.
^ En 1695, la taxe ne se montait qu'à 665,362 livres sterling. Ea 1801, elle s'élevait à 4 milHons de livres; en 1815, à 6 millions de livres; en 1832, à 7 millions délivres; en 1833, à 7 millions 500 mille livres, près de 200 raillions de nos francs ! — ce qui , proportionnellement à la population totale, faisait par tête une charge qui s'est progressivement élevée, de la première à la dernière des quatre époques cidessus, a 4 sh., puis à 8, puis à 10, puis à 11 (Voy. Year-Booky 1834, p. 173. — Jd., 1837, p. 56. — Id., 1838, p. 189).
brisée par elle ; — de là, la loi de 1834, — loi de salut public, sous le masque d'une loi de bienfaisance.
2. Système de secours du statut des IV* et F" années de Guillaume IV,
4 août 4834.
Loi de réaction : — Plus de secours à domicile ; — Charité éléémosynaire abolie ;
— Charité de travaux forcés dans un workiiouse seule autorisée. — Nouveau système d'administration charitable: — Ministère de la misère publique; — Central board. — Board of guardians : — Unions paroissiales. -- Removalsou migrations. — Les Workhouses. — Leur régime intérieur. — Arche de Noé de la misère. — Misère traitée comme crime. — Le paupérisme les fuit d'abord.
— Économie qui en résulte. — Mais, bientôt, de vides deviennent trop pleins.
— N'intimident plus. — Pourquoi. — Philanthropie et journalisme. — Réaction contre réaction. — L'épouvanlail devient appeau. — Le secours à domicile sans travail redevient la règle. — Plus de digues! — La mer paupérienne monte. — Statistique effrayante de ses progrès.
Au bruit sinistre de cette formidable enquête de 1833, laquelle constatait qu'un impôt de près de 200 millions de francs, prélevé sur une population de 14 millions d'hommes, menaçait de se grossir encore, sous l'action dévorante des abus les plus monstrueux, les bommes d'État de l'Angleterre, réveillés comme en sursaut, après un sommeil léthargique de deux siècles, prirent l'effet du mal pour sa cause, et, n'imputant qu'aux vices de l'ancienne loi des pauvres le fait et les progrès du paupérisme, ils allèrent droit à ces vices, et crurent résoudre le problème en les extirpant. Ils firent donc la loi du 4 août 1834, — loi de réaction, c'est-à-dire d'exagération dans ses conséquences, comme dans ses principes.
La taxe paroissiale des pauvres est maintenue ; mais, plus d'alîowance *, plus de labour-raie *, plus de rounds-
* Voy. ci-dessus, p, 179 el 180.
men *, plus de parish farms ' , plus d'out door rchV/"*, plus de secours légal à domicile, sous aucune forme* ; — la charité individuelle, la charité éléémosynaire (^eleemosinary aid), est supprimée ; — la charité bâtie, la charité conventuelle, la charité in door, c'est-à-dire sous les verrous d'un workhouse, est seule permise; — et, pour que cette charité de travaux forcés puisse fonctionner plus économiquement et plus régulièrement que l'autre, plusieurs paroisses sont autorisées à se donner la main, sous le titre d'Unions, et à se réunir, en une seule administration de secours, sous le nom de Board of guardians ^, — et, pour que les Unions et les Bureaux de gardiens marchent tous d'accord et uniformément, dans tout le royaume, une Commission centrale^, une sorte de ministère de la misère publique, siège dans la métropole, à Som^ merset'Ilouse, et a, dans ses mains, le moteur suprême qui imprime l'unité de mouvement à tous les rouages du mécanisme nouveau de la charité légale ; — telle est, en substance, et sur les points principaux, l'analyse des 110 paragraphes ou articles de la loi du 4 août 1834.
Bien que l'exécution de cette loi ait été ménagée et amenée insensiblement par de sages tem-
» Ibid.,^. 179 et 181.
* Le Bureau des Gardiens se compose de fonctionnaires élus par les contribuables; il s'assemble à des jours fixes au siège de l'union. Il est l'arbitre, à peu près souverain, des secours et des affaires des pauvres ; mais il n'est pas, comme l'ancienne paroisse, comme les anciens Vestries^ indépendant de toute autorité; il a au-dessus de lui, pour le diriger et le surveiller, les délégués du pouvoir exécutif, la Commission centrale, composée de trois membres nommés par le gouvernement. Le secrétaire de la commission, M. Ed. Chadwich, eu fut l'àme et la cheville ouvrière la plus intelligente et la plus active.
péramcnts, par de graduelles transitions, afin de désaccoutumer peu à peu les paroisses des abus enracinés qui les ruinaient*, plus d'un obstacle s'opposa à la complète et immédiate réalisation de leur réforme ^.
Cependant, dès 1857, le régime nouveau était en pleine activité, dans toute l'Angleterre : 15,641 paroisses, comprenant une population de 11,751,543 habitants, et une taxe de 5,550,000 livres sterling, étaient unies, en 1859, et formaient 587 Unions; un réseau de workhouses couvrait la surface du pays \
Chaque Union a ou doit avoir un workhouse. Le workhouse est le pivot du système. Pour qu'il tourne et fonctionne suivant la loi de son institution, il faut qu'il ne soit plus l'appeau, mais l'épouvantail de l'oisiveté, de la mendicité, de la misère. Il faut que, pour qu'elle ose s'y réfugier, la misère n'ait plus d'autre ressource, et qu'elle ait eu recours aux derniers
* On a commencé par substituer les secours en nature aux secours en argent ; cette seule mesure suffit pour diminuer d'un tiers la somme affectée aux secours dans quelques paroisses de Londres {First ann. Rep., p. 8). Ensuite, à défaut de workliouses, quelques paroisses n'offraient plus que du travail très pénible, et à la tâche, avec un salaire de beaucoup inférieur à celui qu'on pouvait gagner ailleurs a moindre peine, ce qui éloigna beaucoup d'oisifs {Ibid.}.
2 Les plus sérieux vinrent des chefs des manufactures ; supprimer Vallowance, c'était les forcer à payer tout entier le salaire de leurs oU' vriers. Tant que les lois des céréales, qui sont la liste civile de l'aristocratie, ne seraient pas rappelées, on ne pouvait, disaient-ils, supprimer, sans injustice, les secours qui assuraient le bon marché du travail . Des proclamations incendiaires provoquèrent les ouvriers à la révolte. La force armée dutsouvent intervenir (Voy. Fifth ann. Rep. , p. 21).
3 Fifth ann. iîep., d839,p. 178. En 1849, le nombre des Unions était de 606.
efforts pour y échapper : Will strain every nerve to keep oui* ,
Quelle est donc cette nouvelle maison de pauvres, d'où la terreur éloigne les malheureux qui s'en approchent quand la faim les pousse à y entrer?
Les murailles en sont de briques ou de pierres polies; la façade en est ornée; le site en est champêtre ; l'aspect en est attrayant; c'est celui d'un vaste et élégant cottage bien plus que celui d'une prison. Et pourtant, c'est une. prison que ce grand bâtiment, à ailes, à pavillons, à cours aérées et découvertes. C'est une prison, avec son master et sa matron, — à cette différence près, pourtant, que ceux qui y entrent sont toujours libres d'en sortir.
Un workhouse, nouvellement construit, est destiné à contenir de 500 à 800 habitants. Un workhouse est l'arche de Noé de la misère. Toutes les variétés de l'espèce s'y trouvent groupées et classées par genre, dans des compartiments séparés. Ainsi, les vieillards, les incurables, les infirmes, les orphelins, les idiots et les fous, les vagabonds et les indigents valides, hommes, femmes et enfants, y sont réunis sans être confondus^.
Comme hospice, le workhouse est, pour la vieillesse et les infirmités, un asile aussi généreux que le peut accorder la charité chrétienne.
Comme dépôt de mendicité et maison de travail, le work-house est, pour l'indigent valide, le refuge le plus pénible que la charité légale puisse offrir. D'abord, la
* Second anniial Rep., i836.
* Ils étaient réunis et confondus dans les maisons de charité, dans les workhouses de l'ancien système (Voy. First annual Rep.^ p. 25).
nourriture y est inférieure, en quantité et en qualité, à celle des travailleurs libres du district dans lequel il est situé. Elle se connpose presque exclusivement de bouillie de farine d'avoine (gruel, oat meal), de légumes et d'eau ; on n'y sert de la viande de porc (bacon) que deux fois par semaine. L^indigent valide y reçoit donc tout juste ce qu'il lui faut pour ne pas mourir de faim. En second lieu, il est appliqué à un travail forcé, purement mécanique, consistant dans le supplice du moulin à bras, crank mill, ou du moulin à pieds, iread mill. En troisième lieu, il faut qu'il dise adieu à sa femme et à ses enfants, car les sexes et les âges sont isolés dans le workhouse comme dans la prison. L'administration en fait une prescription absolue, sans laquelle elle déclare perdus tous les bons effets de la loi. Enfin, les reclus des workhouses sont astreints, comme des prisonniers, à un vêtement uniforme, à une sorte de costume pénal.
Si donc l'hospitalité de ces tristes demeures n'est déniée à personne, cette hospitalité a pour condition que quiconque y pénètre, poussé par le désespoir et la faim, doit rompre, tant qu'il en habite la sombre enceinte, toutes les affections de famille, tous les liens qui l'attachent à la terre. La misère l'ensevelit vivant, et le malheur lui prépare un sort aussi terrible que le crime*.
L'idée mère de la nouvelle loi était, d'ailleurs, fort simple : — Les facilités de l'ancienne loi avaient multiplié les pauvres; il faut que les rigueurs de la nouvelle en restreignent désormais le nombre; pour cela, il faut ne distribuer de secours qu'en cas de nécessité constatée, et seulement dans un lieu
* Voy. de Carné, Revue des Deux-Mondes ^ n° du 15 décembre 1838.
frappé de réprobation par la terreur populaire, et dont on ne puisse franchir la porte sans abdiquer sa liberté.
Ainsi, dépaupériser l'Angleterre en faisant, pour les pauvres, un objet d'effroi du secours même offert à leur indigence, et affranchir la nation de l'impôt de la charité en le supprimant, tel est le double but de l'institution des workhousesy substitués, comme mode unique de secours, aux secours divers, à domicile et autres, en usage sous l'ancienne loi.
Ce but a-t-il été atteint?
Ce qu'il y a de certain, c'est qu'avec sa loi et son administration nouvelles, le pouvoir est parvenu, en moins de trois années, à produire dans les classes pauvres un ébranlement général qui a soudainement changé le cours de leurs habitudes. A peine la loi estelle en action que le paupérisme semble disparaître tout à coup comme par enchantement ^ A la vue du tcorkhouse, il se sauve et émigré, ou, quand il reste, il travaille et accepte un salaire qu'il dédaignait autrefois. Dès 185o, le budget du paupérisme, qui était de 7,870,801 livres sterling en 1818, descend à 5,526,400 livres. En 1836, il baisse à 4,717,620 livres, et, en 1857, à 4,044,741 Hvres, — plus bas que celui de 1805 qui était de 4,077,891 livres'. De sorte que, de 15 shillings 2 deniers par tête qu'était la moyenne de la taxe en 1818 , proportionnellement à la population, elle descend à 5 shillings 10 deniers en 1857; — économie énorme et tout à fait indéniable*.
* Voy. E. Burel, De la Misère en France et en Angleterre, 1. 1, p. 172.
« Voy. Second ann. Rep., p. 562 et 563, et Third Rep., p. 311. —
Comparalivemcnl à la dépense moyenne faite par elles, pour le soula-
Certes, si la réduction dans le chiffre de l'impôt et dans le nombre des pauvres secourus était le seul but que se proposât la loi, ce but, elle l'a évidemment rem* pli. Mais, ne devait-elle pas se préoccuper aussi d'opérer la même réduction dans la somme de la misère ? Or, la misère refoulée, pendant trois ans, sur elle-même, ou déplacée d'un lieu sur un autre, par une sorte de transvasement appelé removal \ finit par rompre son frein et par redemander sa liste civile, avec des intérêts composés, même en passant par les workhouses, moins affreux, après tout, que le froid, la soif et la faim.
Et puis, ces w^orkhouses si redoutés étaient devenus moins redoutables depuis les brèches qu'y avaient faites déjà la philanthropie et le journalisme, marchant d'accord pour en dévoiler, pour en exagérer les rigueurs ^.
Et puis, les années 1836, 1857, 1838 furent si cala-
gement légal des pauvres, pendant les trois années qui ont précédé leur union, la dépense affectée pour le même objet, par les paroisses unies, depuis 12 mois en 1837, a baissé de 46 a 66 pour \00 {Third iJé'p., p. 53).
* Owmigration. En 1835 et 4836,5,141 habitants des comtés agricoles de l'ouest et du sud, chassés par la misère, sont removed dans les comtés industriels du nord. Ce transvasement coûte aux paroisses ou au trésor 28,414 livres sterhug. On s'applaudit de ce résultat, et l'on constate avec la plus vive satisfaction que la taxe est diminuée de 46 pour 100 dans les localités ainsi cleared, ainsi dispauperised. (Voy. First ann. Rep , p. 36 et suiv., et Second ann. Rep., p. 449 et suiv.). Moins de deux ans après, la misère passe des districts agricoles dans les districts manufacturiers, et la misère qu'on y avait transvasée y devient un fardeau qu'on ne peut plus porter, et les Unions sont obligées de payer son retour aux lieux qui l'ont vue naître!
* La Poor men guardian Society et le journal le Times ont provoqué, en 1847, une enquête sur VUnion d'Andover, enquête de laquelle il résulte que la nourriture du workhouse de cette union était si mauvaise que les pauvres suçaient avidement les os qu'ils étaient chargés
miteuses que ces rigueurs durent fléchir devant les crises industrielles et les glaces prolongées de Thiver ^
Donc, attaquée dans son triumvirat % démantelée dans sa discipline, affaiblie dans sa constitution normale, forcée dans ses derniers retranchements par la famine et la disette, l'institution des workliouses finit par se convertir en institution de charité, et par ne plus présenter la même résistance au flot battant du paupérisme.
Dès lors, les workhouses, envahis par les pauvres qui n'y trouvaient plus seulement le hard labour du crank à tourner, du wheel à fouler, mais le travail doux et facile des industries ordinaires % avec bon feu, bon toit et bonne nourriture *, se trouvèrent trop
de broyer. Dans une autre maison, le Shed (lieu de punition), où l'on renferme les femmes insoumises, était si horrible, qu'une jeune fille s'est noyée pour ne pas y retourner. Dans une autre, sur 25 pains sesés, il s'est trouvé un déficit de 18 onces. Dans une autre, 23 pauvres n'avaient pour se laver que la pompe, et pour s*essuyer qu'une seule serviette, etc., etc.
* Voy. The third^fourth and fifth ann. Report of Poor-lmos commis.
* Les trois membres de la Commission centrale, surnommés le triumvirat des pauvres, .souleyhrenl, par de prétendus abus de pouvoir, des plaintes qui firent que le parlement modifia son organisation en 1 847, et la convertit en Poor-laws Board dépendant du ministre de l'intérieur.
* Les workhouses font même concurrence aujourd'hui aux ateliers libres. Témoin la plainte adressée au ministre de l'intérieur par la Société des couturières nécessiteuses, sur le préjudice qu'elles éprouvent de la confection dans ces maisons des chemises et autres vêtements, ainsi que des fournitures d'uniformes destinés à la police, h la marine et h l'armée. Sur quoi le ministre a répondu que le soumissionnaire était libre de prendre ses ouvriers où il voulait (Legoyt, Annales de la Charité, 1849, p. 217).
* Dans la paroisse de Marylebone, à Londres, le workhouse contenait, le l^r février 1846, environ 1,900 pauvres. Chaque pauvre reçoit 18 onces de viande par semaine, en trois fois; son ordinaire se com-
11)2 EIROPE PROTESTANTE.
pleins, de vides qu'ils étaient, et leur enceinte ne fut plus assez vaste pour contenir tous ceux que la loi forçait d'y secourir.
Dès lors, la loi inexécutée, inexécutable, s'abrogea d'elle-même, et l'on en revint aux anciens errements, aux anciens abus du statut d'Elisabeth.
Dès lors, le secours par le travail au workhouse devint de règle Texception et le secours à domicile sans travail redevint d'exception la règle*.
Dès lors, la mer paupérienne remonta son étiage et dépassa son plus haut niveau *.
Et tous les millions dépensés pour en arrêter les ravages n'aboutirent qu'à les rendre plus grands ' .
pose, en outre, d'autres mets substantiels et agréables [suhstantial and gratifying). La consommation hebdomadaire de ces 1 ,900 pauvres est de 900 gallons (4,089 litres environ) de bière, et de 62 gallons (282 litres) de porter, soit près de S litres de bière ou de porter par homme et par semaine. — Dans le worjchouse de Saint-Pancrass, les parents, les amis, peuvent envoyer quelques provisions aux pauvres. Les hommes qui sont employés à des travaux manuels, comme les charpentiers, les briquetiers, les plâtriers reçoivent par jour une pirUe de forte bière. Ils louchent un shilling par semaine. La veille de Noël, on donne une once de tabac à chaque homme, et un quart de livre de sucre aux femmes, ainsi qu'une once de thé {Rapp. loc, cité par M. Legoyt,w6. sup., p. 220 et 222).
* Dès l'année 1838, dans un seul trimestre, la dépense pour le soulagement des pauvres, dans toute l'Anglelerre, s'était accrue déjà de 5 pour dOO [Fiflh ann. Rep., p. 91). — Dans la partie de Londres qui dépend du comté de Middlesex, le nombre des indigents secourus, qui n'était que de 49,814 en 1840, s'était élevé à 73,815 en 1841. De 1841 à i842 le paupérisme a fait des progrès encore plus alarmants; dans la seule paroisse de Mary-le Bone, le nombre s'est accru de 2,621 à 5,396. VUnion de la Cité a vu la taxe des pauvres augmenter de 15 pour 100 en trois années et a dépensé 1,500,000 francs en 1842 pour l'entretien de 6,125 indigents (Léon Faucher, Etudes sur V Angleterre, t. I, p. 62). — Dans toute l'Angleterre, le nombre des pauvres s'est accru de 7 k 10 pour 100, c'est-à-dire de 800,000 individus, dans
f ANGLETERRE. — CHARITÉ PRIVÉE. — INST. DE RIENFAÎSANCE. 193
Charité privée. — Établissements de Bienrafsanee.
Statistique des Charities en Angleterre. — Établissements et Sociétés qu'elles comportent à Londres. — Pauvres qu'elles secourent. — Protélariat et patriciat de la misère. — Quid des filles-mères, des enfants trouvés, des bâtards ? — Enfants de genilemen pauvres. — Domestiques et gouvernantes, etc., etc. — Nature des secours: — Pensions ; — Ateliers de charité ; — Comestibles, combustibles, vêtements, etc. — Atlotements. — Maisons ouvrières. — Assainissement des habitations ; — Bains et lavoirs publics, etc. — Ce que coûtent les Charities. — Leur mobile. — Vices de leur administration. — Le dininy
En dehors des workhouses * et des secours de la taxe des pauvres, la charité légale ne s'immisce en rien dans
l'espace de 1840 à 1848 (Ledru-Rollin, Décadence de V Angleterre, t. II, p. 179 et 330). Exemple (Voy. ci-après, p. 218, noie 3) :
Total
Proportion !
Pauvres
Propor-
Pauvres
Propor.
des
du nombre ■
de»
tion
secourus
tion
total des
Population.
workhouses
centé-
à domicile.
centé-
et des
pauvres
(In door.)
simale.
(Out door.)
simale.
pauvres
secourus
à domicile.
secourus ] relativement
à la 1
population.
* Comme succursales des workhouses, on a établi, dans plusieurs comtés et spécialement à Londres, des districts asylums et des vagrant-wards pour y recevoir, la nuit, les houseless poors, et les casuais paupers dont nous avons parlé ci-dessus, p. 148. Celte création n'a pas été heureuse : on y a renoncé, et I'oq se contente des lockups^ dont nous parlerons ci-après, § V.
les œuvres et établissements de bienfaisance, en Angleterre. La charité privée seule les fonde, les administre, les soutient. Ainsi, les hôpitaux, les hospices, les asiles d'aliénés, les maisons d'enfants trouvés, les refuges d'orphelins, etc., etc., sont autant d'institutions de bienfaisance provenant de donations, de legs, de cotisations privées, — institutions dans la gestion et dans l'entretien desquelles la charité légale, c'est-à-dire le gouvernement et le trésor public n'interviennent en aucune façon.
La charité privée a ses pauvres comme la charité légale a les siens. Ces pauvres ne sont pas les mêmes. Les pauvres de la charité légale appartiennent au prolétariat de la misère; les pauvres de la charité privée au patriciat. Les distinctions aristocratiques, qui se rencontrent à tous les degrés de l'échelle sociale, en Angleterre, se conservent sous le niveau de l'indigence, à tel point que si un poor man de la classe moyenne se faisait inscrire comme pauper sur les listes de la taxe paroissiale, il serait considéré comme indigne, et rayé de celles des sociétés de charité.
Les institutions et sociétés de bienfaisance sont innombrables en Angleterre. Leur seule nomenclature et les rapports qui les concernent se composent de oO volumes in-folio jusqu'à 1835 seulement * , et la simple analyse de ces rapports en forme 2 ^
* Voy. Reports ofthe commissioners appointed to inquire concerning Charities in England and Wales. 30 vol. in-folio, dont le dernier publié porle la date de 1835. (Voy. ci-après, p. 216.)
« Voy. Anahjtical Digest ofthe commissioners' Reports upon Charities. 2 vol. m-foiio, London, 1835.
ANGLETERRE.— CHARITÉ PRIVÉE. — mST. DE BIENFAISANCE. 195
Les Charities, comme on dit en Angleterre, embrassent tous les besoins, tous les âges, toutes les conditions, tous les accidents de la vie.
C'est à Londres qu'elles ont acquis le plus de développement. C'est à Londres qu'il faut les étudier pour en connaître tous les modes d'action, toutes les ressources.
Londres ne compte pas moins de 8S0 Charities de toute espèce *.
Elles se formulent en Hospices, en Hôpitaux, en Dispensaires, en Asiles, en Refuges, en Établissements bâtis de tout genre, en Secours à domicile de toute nature, en Sociétés et Associations de toute
sorte ^,
Il y en a pour tous les malades, pour les sourds-muets pour les aveugles, pour les aliénés, pour les femmes en couche, pour les convalescents ^ Y en a-t-il pour les en^
* Voy. Di varie Sociefà et Institutioni dî beneficenza, in Londràf 4828-1832. The benevolent and religions Societies in London^ 1840.
* M. Lef^oyt en a fait connaître tous les rouages dans une série d'articles publiés dans les Annales de la Charité de 1849.
3 11 y a, k Londres, 13 hôpitaux généraux dont le nombre moyen des malades soignés est annuellement, savoir : k l'intérieur de 29,620; au dehors de 254,769; total 284,389. Il y a, en outre, un grand nombre de dispensaires généraux qui ont une clientèle de plus de 100,000 malades. Plus un grand nombre d'hôpitaux et dispensaires spéciaux pour le traitement de certains malades, ou de certaines maladies, la syphilis, la phthysie, l'ophthalmie, etc. — Les hospices d'aliénés de Londres, dont le principal est Belhlem, contiennent, en moyenne, 3,400 malades. — Les femmes en couche sont soignées dans des hôpitaux spéciaux ou k domicile. Depuis sa fondation, en 1737 jusqu'k 1845, la Société royale de la Maternité a donné des soins chez elles, k 346,357 femmes en couche. Deux hôpitaux spéciaux reçoivent les filles-mères. Celte faveur ne s'étend pas au delk d'une premier© faute [Ibid.].
196 EUROPE PnOTESTANTE.
fants trouvés^ f II y en apour lesorp/ie/ms', i)Ouv les enfants
* Jusqu'à la réforme de 183i, le principe de la recherche de lapaternitéy admis en Angleterre, recevait une application ai)usive, et l'on peut dire absurde. D'un côté, lorsqu'une fille déclarait un père putatif, celui-ci se trouvait dans l'impossibilité de se défendre, et la déclaration de la mère valait preuve légale ; de l'autre, la pension k laquelle le père était condamné, ipso facto, profitait plutôt a la fille qu'à l'enfant. De là ce résultat, que des fautes multipliées assuraient à la femme une existence d'autant plus douce, qu'elle était descendue plus bas dans le vice. Le Poorlaw amendement Act bl corrigé ces abus, tout en maintenant rigoureusement le principe de la recherche de la paternité. Aujourd'hui, celle-ci doit être prouvée devant les Quarter sessions, a la diligence des gardiens ou inspecteurs, par le témoignage de la mère, aussi bien que par tout autre moyen, selon un mode de procédure spécialement déterminé (cl. 73-75). Lorsque cette preuve est faite, le père demeure condamné à soutenir son enfant jusqu'à l'âge de sept ans, la mère restant chargée de lui jusqu'à l'âge de seize, et l'enfant devant suivre, dans tous les cas, la condition et le domicile de celle-ci. Si la mère est dans l'indigence, elle peut, en justifiant de son abandon par son séducteur, réclamer des secours de la paroisse en son propre nom; à son enfant on ne doit rien. L'opinion publique, en Angleterre, proscrit les hospices d'enfants trouvés. Cependant il en fut fondé un à Londres, en 1739, aux frais d'un généreux citoyen, Thomas Coram. Mais le nombre desenfans trouvés placés dans l'hospice s'étant élevé à 6 mille dès 1760, le parlement, effrayé d'un chiffre qu'il n'avait pas prévu, décida qu'à l'avenir les maisons qui avaient pu s'ouvrir pour cette destination ne recevraient plus les enfants qui auraient leurs mères. Aujourd'hui, le Foundling hospital de Londres ne reçoit aucun enfant trouvé, malgré son nom, pas môme ceux qu'on expose quelquefois à sa porte, et ceux des provinces ne s'ouvrent qu'avec des difficultés extrêmes. Les enfants trouvés sont confiés par les paroisses à des nourrices, ou reçus et élevés dans les workhouses ou les hospices d'orphelins. Ce qui fait que, bien qu'il n'y ait pas d'hospices d'enfants trouvés proprement dits en Angleterre, la dépense des enfants trouvés ne s'en élève pas moins à un dixième de la dépense totale du paupérisme. (Terme et Montfalcon, Hist. des enf. trouvés, p. 459; Remacle, Des hosp. d'enf. trouvés, p. 113, et les aut. qu'ils citent, et ci-dessus, p. 163, note 2.)
2 On compte k Londres plus de 20 asiles généraux pour les orphelins des deux sexes appartenant à toutes les parties de la métropole, et à la religion anglicane; et plus de 10 asiles spéciaux fondés pour des en-
des gentlemen pauvres * ; — il y en a pour les veuves, pour les vieillards, pour les invalides de terre et de mer ; — il y en a pour les classes ouvrières * ; — il y en a pour les pauvres en général, pour les pauvres sans asile, pour les mendiants et pour les vagabonds ^ ; — il y en a pour
fants dont les parents appartenaient à certaines professions, h, certains cultes.
* Christ' s hospital. C'est Ik un établissement particulier h l'aristocratique Angleterre. Il n'a d'hôpital que le nom. C'est un collège-hospice dont je n'ai pas admiré que la belle architecture. Les élèves, dont le nombre moyen annuel est de 800, sont vêtus comme ils l'étaient du temps d'Edouard VI, leur fondateur : toque noire, jaquette jaune, soutanelle bleue. C'est celte dernière couleur qui les fait appeler Blue-coat-boys. Une succursale de Christ' s hospital est établie, pour les filles, à Hertfort. Les deux populations réunies forment une moyenne annuelle de 1,500 enfants des deux sexes (Voy. A briefhistory of Christ' s hospital). ' Une Société pour l'amélioration de la condition des classes ouvrières s'est fondée, en 1844, par les soins et sous la présidence de lord Ashley.
^ Une enquête de 1843 ayant constaté que, dans plusieurs paroisses de Londres, la moitié, souvent même les deux tiers des habitants, étaient réduits k la misère, et que, dans les 179 paroisses, plus de 530,000 individus étaient réduits à attendre un morceau de pain de la charité (Voy. Annales de la Charité, 1845, p. 568),révêque de Londres convoqua, le 16 décembre 1843, une assemblée composée de membres du clergé anglican et de laïques, a l'effet de fonder, en dehors de la Charité légale, une Société de charité privée dont la mission serait d'améliorer la situation des pauvres au moyen de visites paroissiales. En conséquence, un comité de visiteurs s'organisa dans chacune des 179 paroisses, et plus de 500,000 francs furent recueillis et distribués dès la première année [\oy. ibid.). — D'autres visiting Societies s'occupent du soulagement des pauvres k domicile, et spécialement des pauvres honteux. — Les pauvres sans asile et sans argent sont reçus dans des asiles de nuit fondés par plusieurs Sociétés charitables. On comptait huit de ces refuges à Londres en 1846. Ces asiles reçoivent, en moyenne, 300 pauvres de tout sexe et de tout âge par nuit. Le nightly shelter, entre autres, a reçu en 1846, du 20 décembre au 10 avril, 49,081 pauvres. Quand un asile ne peut accueillir ceux: qui se présentent, on leur délivre un bon avec lequel ils trouvent un glle pour la nuit dans le voisinage. — Les mendiants et les vagabonds
les domesliques et pour les gouvernantes * ; — il y en a pour les callwliquesy pour les juifs, pour les francs-maçons : — il y en a pour les étrangers, pour les Écossais et pour les Irlandais, comme pour les nationaux^ etc., etc., etc.
De plus, la charité sociétaire organise des ateliers de travail ^ et des secours mutuels ^ ; et elle ne distribue pas ses dons qu'en argent *, mais en comestibles, en combustible, en vêtements % en lots de terre ^. De plus,
sont les hôtes les plus habituels des asiles de nuit. (Voy. ci-dessus, p. 148 et 149.)
^ La nombreuse population des domesliques (on n'en comptait pas moins de 168,700 h Londres, d'après le recensement de 1841), a, de tout temps, excité la sollicitude de la charité. Aussi de nombreuses Sociétés se sont-elles fondées pour leur donner des secours, ou leur procurer des asiles, quand ils sont momentanément sans place. (Voy. Legoyij ub.sup.)
^ La Société pour la répression de la mendicité a des ateliers de charité où elle occupe jusqu'à 3,000 pauvres. V Association philanthropique nationale fait balayer les rues, nettoyer les égouts, rigoles, etc., par des indigents, en hiver, au prix de 12 à 14 shillings par semaine et par homme. (Ibid.)
3 Voy. Legoyt, ub. sup.^ p. 327 et suiv., et 334.
* Le plus communément sous forme de pensions hebdomadaires, dont le montant varie de 3 k 8 francs pour les hommes, et de 2 à 6 francs pour les femmes.
^ La Société philanthropique de Londres distribue à un prix presque nominal des bons de charbon, de pain, etc. Du 16 juillet au 26 décembre 1848, la Cuisine pour les soupes de Leicester square a distribué plus de 80,000 rations de soupe et de pain. L'Association pour le soulagement des pauvres de la Cité a fait vendre, en 1847, dans un intervalle de onze semaines, 1,348,950 kil. de houille au prix de 60 centimes les 50 kil. (Ibid.)
* En 1848, la Société pour l' amélioration de la classe ouvrière a acheté 117 acres déterre, lesquels, divisés entre 550 personnes, produisent un prix de fermage qui profite à la masse. Cette répartition de petits lots de terre qui s'opère spécialement entre des ouvriers industriels et auxquels ils travaillent les jours de fêle ou de chômage, est connu eu Angleterre sous le nom de système d'allotement, — La So-
elle pourvoit à Fentrelien de la santé des pauvres par l'assainissement de leurs habitations *, par des institutions de propreté ^^ etc., etc.
Tout cela, indépendamment des aumônes individuelles qui se jettent chaque jour à profusion dans le tronc toujours béant du paupérisme, et des secours en nature ou en argent que de riches particuliers se plaisaient à répandre dans la classe pauvre, à certains jours de l'année...
Assurément, toutes ces institutions, toutes ces sociétés; toutes ces Chanties sont admirables en elles-mêmes.
ciété VAmie des laboureurs agit de même pour les ouvriers agricoles. (Voy . Rapports de la commission des pauvres, aux tables, v° Aîlotements).
* La môme Société s'occupe spécialement de procurer aux classes pauvres des logements plus salubres que ceux que nous avons mentionnés ci-dessus, p. 449. Pour cela, au lieu de bâtir des cités ouvrières qui parquent les pauvres dans des lazarets d'où ils ne peuvent sortir, la Société construit dans les divers quartiers de Londres des maisons où elle loue des logements de trois pièces pour une somme hebdomadaire de 4 francs 35 centimes à 7 francs 50 centimes. Elle en a construit d'autres contenant 30 chambres qu'elle loue a de pauvres veuves au prix de 1 franc 85 centimes par semaine, puis d'autres pour loger la nuit à raison de 40 centimes par nuit (Voy. ci-dessus, p. 148). La première maison modèle de la Société a élé élevée à Saint-Gilles, au prix do 125,000 francs. Cent quatre personnes y sont convenablement logées. Pour un capital employé de moins de 400,000 francs, la Société perçoit un revenu de 35,000 francs, ou 10 pour 100. Enhardie par ses premiers succès, la Société construit en ce moment une maison modèle pour les familles. Les proportions de cette maison seront assez considérables pour permettre de donner à chaque famille un petit appartement de trois k quatre pièces au prix que coûte aujourd'hui un« seule chambre dans les plus pauvres quartiers de la métropole. — V Association métropolitaine pour l'amélioration des habitations des classes ouvrières^ fondée en 1845, continue sur une vaste échelle l'exemple donné par la Société présidée par lord Ashley (Voy. détails intéressants k ce sujet, Legoyt, m6. sup., p. 342 et suiv.).
' Au moyen d*' bains al de lavoirs publies. Voy. Ibid., p. 414 et suiv.
bien que leur mobile le soit moins * ; mais, indépendamment de ce que leur administration est essentiellement vicieuse * et mange une bonne partie des revenus % n'ont-elles pas précise'ment pour résultat d'augmenter le mal que leur but spécial est d'éteindre ? Ce qu'il y a de certain, c'est que les esprits les plus sensés s'effrayent des millions qu'elles jettent annuellement dans le gouffre du paupérisme * , et y voient la cause de
* Ce mobile est l'intérêt. La charité, pour l'Anglais riche, est plus affaire d'argent qu'affaire de sentiment. Il la prise surtout en raison du profit qu'il en retire. Quand il devient souscripteur d'une société de bienfaisance, c'est que sa souscription lui donne le droit de désigner les pauvres auxquels il entend qu'on l'applique, et que le bon qu'il délivre à cet effet sur la caisse sociale lui vaut quittance de toute autre aumône. C'est une générosité, mais surtout un débarras.
' Autant de sociétés, autant d'élats-majors d'employés, autant d'administrations distinctes, sans aucun rapport entre elles, etc., etc.
3 Les frais de personnel, d'agence, elc, de chaque société absorbent communément 20 pour 100 des revenus. Dans quelques sociétés, ils atteignent la moitié, les trois quarts, jusqu'aux quatre cinquièmes des recettes. Parmi les frais d'administration figurent, en première ligne, les dépenses du dîner annuel que se donnent les administrateurs, comme, parmi les salles les plus vastes et les plus magnifiques qu'on se plaît à faire voir aux étrangers, dans les hospices, hôpitaux, et autres établissements charilables qu'ils visitent, figure, en première ligne, le dining room. Quand vous avez tout vu, et que vous croyez n'avoir plus rien k admirer, on vous ouvre les portes du dining room... C'est la pièce principale, la clef de voûte de l'édifice; sans elle l'établissement n'existerait pas. Dining room! Il faut être Anglais pour prononcer, savourer et comprendre ce mot-la.
* En 1828, on évaluait les revenus des fondations charilables de Londres, en terres, maisons, rentes foncières, etc., a 14,705,325 francs ; en intérêts de capitaux placés dans les fonds publics à 9,604,575 francs; — lolal 24, 309,900 francs (Rapport de la commission des fondations charilables). On estime que, depuis 20 ans, ce revenu s'est accru au moins d'un quart; d'autres le portent k 37 millions (Legoyt, ub. sup., p. 485). M. de Gerando estime a 3 ou 4 millions délivres sterling par an les bienaits répandus par les Charities dans la classe pauvre en Angleterre. {Bienfaisance publique, t. IV, p. 147]. Voy. ci-après, p. 217, note 4.
ri m prévoyance et du laisser-aller dans lesquels vivent les classes pauvres, sûres qu'elles sont de trouver, dans les trésors inépuisables de la bienfaisance, de quoi pourvoir toujours aux nécessités du présent, sans se mettre en peine de rien épargner pour l'avenir.
Le révérend William Stone, recteur de Spitaîfields, a fait, des établissements et des sociétés de bienfaisance de son pays, uneénumération, et, en même temps, une critique des plus piquantes, en racontant l'histoire d'un pauvre ouvrier tisserand qui, depuis sa naissance jusqu'à sa mort, avait rencontré, à chaque pas de sa vie, une société charitable pour pourvoir à tous ses besoins; — (( de telle sorte, dit-il, qu'il est né pour rien, a été mis en nourrice pour rien, a été élevé, instruit, vêtu pour rien, a appris un état powr rien, a été malade et guéri pour rien, s'est marié et a eu des enfants pour nm, lesquels enfants sont venus au monde et y ont vécu, comme leur père, pour rien, jusqu'à leur mort, dont le linceul, la terre et les prières leur ont été, à tous également, fournis pour rien ' . )>
Cependant, la prévoyance a aussi sa part dans les institutions que la charité britannique a fondées. Nous allons indiquer les principales dans le paragraphe suivant.
§IV
Institutions préventives.
Institutions scolaires. — Salles d'asile. — Crèches. — Ragged schools, etc. — Écoles industrielles et agricoles. — Mechanics institutions. — Société de propagande morale et intellectuelle. — Circulating library. — Sociétés de moralisation et de préservation. — Id. de protection. — Id. de tempérance. —
Voy. Evidence on volontary Charities, London, 1837, p. 14.
Société pénitentiaire. — Patronage des libérés. — Jd. des enfants des condamnés. — Sociétés de secours mutuels. — Id. de prôts. — Maisons de prêta sur gages. — Clubs. — Caisses d'épargne et de prévoyance, etc.
Soulager la misère est bien ; la prévenir est mieux. C'est dans ce dernier but que ce sont formées, de toutes parts, en Angleterre, et spécialement encore à Londres, les sociétés et institutions préventives dont nous allons présenter Ténumération sommaire :
Institutions scolaires.'-^ Le crime et la misère étant attribués principalement, en Angleterre comme en France, à l'ignorance des masses \ on a dû songer, chez nos voisins comme chez nous, à répandre l'instruction parmi le peuple. De là, les nombreuses écoles, gratuites ou semi gratuites, ouvertes aux enfants des classes ouvrières, sur toute la surface du Royaume-Uni ^ ; de là, la clause éducative insérée dans l'Acte de 1853 qui règle le travail des enfants dans les manufactures ' ; de là, les subventions pécuniaires accordées par le gouvernement, depuis 1833, à la propagation de l'instruction populaire, laquelle, comme tout le reste, est abandonnée à l'initiative et à la charité privées * ; de là, les infant schools, ou salles
* Voy., sur celte ignorance, ci-dessus, p. 163, n. 1.
* L'enquête faite en 1833 constate qu'à cette époque le nombre des écoles primaires était de 55,799, et celui des élèves de 2,825,837, pour l'Angleterre et le pays de Galles. Mais il paraît que ce dernier chiffre esl exagéré (Voy. Hill, Treatise on éducation, 1. 1, p. 8). Eu 1818, le nombre des écoles n'était que de 30,930, et celui des élèves de 1,794,640; le nombre des écoles et des élèves aurait ainsi plus que doublé dans l'espace de 15 ans.
5 Voy. sur les difficultés d'exécution de celte loi, Ducpeliaux, Condition des jeunes ouvriers, t. I, p. 275 et suiv.
* Les subventions du gouvernement se sont successivement élevée s de 750,000 k 2,500,000 francs.
d'asile pour la première enfance*, complétées récemment par les crèches^; de Ik^hsragged schools, ou écoles des haillons, pour les pauvres en guenilles (ragged), qui y sont admis*; de là, les districts schools proposées comme annexes aux icorA;/ioMses, lesquels contiennent64,S70 enfants au-dessous de seize ans, et 56,855 de deux ans à seize ^ ; de là, enfin, les nombreuses sociétés qui ont l'instruction primaire pour objet ^, et qui ont reçu, depuis ces dernières années, une impulsion nouvelle par suite de l'élan que lord Brougham a su leur imprimer ^.
Ecoles industrielles et agricoles, — En outre des dis^ tricis schools, destinées seulement aux pauvres enfants des workhouses % d'autres écoles d'industrie et d'agriculture, accessibles à tous les enfants de la
* Dans le nombre d'élèves cités ci-dessus note 2, pour 1833, celui des Infant schools compte pour 89,000, — Voy. sur ces écoles l'opuscule de madame Millet, intitulé : Observations sur les salles d'asile d'AnyleterrCy Paris, 4828.
2 Voy. ci-après, p. 225, note 3.
' Lord Ashley en est le fondateur. M. Ledru-Rollin en mentionne 1053, à Londres, donnant l'instruction à 17,249 enfants, et M. Legoyt 82 seulement fréquentées par 9,000 élèves. Lequel croire ? Ni l'un ni l'autre ne cite le document officiel où il a puisé ses chiffres.
* Voy. Beports on the training ofpaupers children, 1841.
^ Les deux principales sont : la Société des écoles nationales, dirigée par le clergé de l'église anglicane, et la Société des écoles anglaises et étrangères, dirigée par des laïques.
« Lord Brougham a fondé, en 1826, la Société pour la propagation des connaissances utiles, laquelle a rendu des services moraux auxquels n'ont pas répondu ses succès pécuniaires, car sa mauvaise situation financière l'a obligé de se liquider en 184G.
'' Vécole industrielle de Norwood près Londres, et Vécole normale de Battersca, aussi près Londres, sont les deux premières écoles de district fondées par la commission de la loi des pauvres. Elles sont dues au zèle éclairé du docteur Kay et de M. Tufnell. Voy. plans et détails intéressants sur ces deux écoles dans les Report on the training of pauper children^ 1841, p. 301 et suiv.
classe ouvrière des champs et de la ville, se sont érigées, depuis peu, sur divers points de l'Angleterre '.
Instituts d'ouvriers (Mechanics institutions), — Les instituts dont nous venons de parler sont pour les enfants; ceux-ci sont pour les adultes. On complaît en Angleterre, il y a une dixaine d'années, environ quarante instituts d'ouvriers dans les villes de 10,000 habitants et au delà, et plus de soixante dans les villes de moindre importance, sans compter un grand nombre d'autres institutions ayant le même but, celui d'instruire et de moraliser la classe ouvrière, et de suppléer à l'absence ou à l'insuffisance de la première éducation.
Sociétés de propagande morale et intellectuelle. — Il en existe deux à Londres qui ont fondé des bibliothèques circulantes, Circulating library, dont les livres sont prêtés gratuitement aux ouvriers ^ . Des cours sont faits par leurs soins dans les manufactures. Elles font en outre composer et distribuer gratuitement de petits traités , tracts. Le nombre de leurs succursales dans les provinces s'accroît, chaque jour, sous les noms de Sociétés bibliques, Sociétés religieuses, etc.
* Nous citerons, entre autres, l'école d'Ealing près Londres, l'école de Winkfield près de Windsor, l'école rurale de Balerbury près de Chelmsford, l'établissement agricole de Soutliam, l'école d'industrie agricole de Lindfield, dans le comté de Sussex, l'école d'Ockham, dans le comté de Surrey, l'asile royal de Victoria pour les jeunes filles, etc. (Voy. Détails sur ces divers établissements, dansB.-F.Duppa, Industrial schools for the peasantry, Londres, 1837; de Gérando, Bienfais. publ., t. II, p. 548, et Ducpetiaux, Condition des jeunes ouvriers^ t. II, p. 148 et suiv.)
2 Voy. Ducpetiaux, ub. sm/j., p. 176 et suiv.
' Voy. sur ces bibliothèques, Ibid.,p. 183.
Sociétés de moralisation et de préservation pour les classes ouvrières. Elles sont très nombreuses. Nous en avons mentionné quelques-unes ci-dessus.
Sociétés pénitentiaires. Elles ont pour objet l'amendement des condamnés, pendant leur séjour dans les prisons; les principales sont : la Société pour Vamélioration de la discipline des prisons et V Association des dames pour la réforme morale des prisonnières * .
Sociétés de patronage pour les libérés, — A l'exception de la maison qui vient d'être fondée, à Londres, sous le nom d'Asile d'Elisabeth Fry, pour recueillir les femmes condamnées, à leur sortie de prison, et de la fondation de bienfaisance appelée le fonds des shérifs, destinée à fournir des secours aux libérés des deux sexes, nous ne connaissons d'autre institution spéciale aux libérés que les deux Refuges for the destitute, fondés, l'un in Middlesex House, Hackney Road, pour les jeunes filles, l'autre à Hoxton pour les jeunes garçons. La population était de 100 individus environ dans l'un comme dans Tautre, lors de la visite que j'y ai faite en 1838 ^
Société de patronage pour les enfants des condamnés. — Ces enfants sont reçus dans deux établissements séparés, situés à Saint-Georges-des-Champs, dans Londres, l'un pour les garçons, Manufactory, l'autre pour les filles, Female-'School , auxquels se trouve joint un autre établissement, House Reform^ pour la moralisation des jeunes criminels. 150 à
* Voy. sur ces deux sociétés notre Rapport au min. de Vint, sur les pris, de VAngleterre^ 1 vol. in-4°, de l'imprimerie roy., p. 79.
* Voy. il short account ofthe Refuge for the destitute^ containing the wiew of the institution, etc., ainsi que les rapports annuels de la Société.
206 ELROPE PROTESTANTE.
200 enfants reçoivent annuellement les soins de la «ociétd ' .
Sociélé des Amis de l'enfance pour V empêchement du vagabondage, — Elle a fondé à Hackneij-Wick un asile en faveur des enfants abandonnés ou vagabonds, asile dans lequel on a tenté de tîombiner l'éducation agricole avec la réforme morale. 100 à 120 enfants y résident à la fois dans le cours de chaque année ^.
Sociétés de tempérance, — Ces sociétés sont d'autant plus nombreuses en Angleterre que le mal à guérir et plus intense et plus invétéré (v. ci-dessus, p. 162). La principale est The British and foreign Tempérance Society, fondée à Londres, en 1851. Elle publie un rapport annuel et une foule de petits traités qu'elle répand à profusion dans les classes ouvrières ^.
Sociétés de protection. — Les principales sont : The poor men guardian Society, fondée en 1846, pour surveiller l'administration des workhouses et en dénoncer et poursuivre les abus; — The lunatics friend Society, ayant pour mission de prévenir l'abus qui pourrait être fait des lois sur les aliénés ; — The royal human Society, pour porter secours aux asphyxiés; — The royal Society for the protection oflife from fire; — The national life-boat Society
* Voy. An Account of the Philantropic Society instituted for the prévention of crimes by the admission of the Offspring of ConvictSy and for the reformation of criminal Children, Londres, 1837. — La sociélé vient de faire l'acquisition d'une ferme de 433 acres dans le comté de Surrey, pour occuper les enfants aux travaux agricoles dès que les constructions commencées seront achevées.
2 Voy. Report of the children's friend Society, for the prévention of juvénile vagrancy, London, 1837.
3 Voici les titres de quelques uns de ces traités : The tempérance Catechism ; — A physician's définition of « delirium tremens » ; — The effects ofgood english Gin, etc.
OU société des naufrages; sans compter les sociétés d'assurance sur la vie ; les sociétés d'enterrement ; les sociétés pour V abolition de l'esclavage ; the society for the prévention of cruelty to animais, etc., etc.
Sociétés de secours mutuels, — Le nombre de ces sociétés est tellement considérable en Angleterre, et les ressources dont elles disposent si importantes que, dans un pays où le respect pour la loi serait moins grand, la sécurité publique pourrait, dans certains cas, en être gravement compromise. Qu'il suffise de savoir que l'une d'elles, dont le siège est à Manchester (Manchester Unity of odd fellows), comptait, en 1844, près de 250,000 membres, dont les cotisations, dans cette seule année, avaient atteint le chiffre énorme de 8,130,000 francs. Dans la séance du Parlement du 6 avril 1846, le procureur général de la reine assurait qu'il existe, dans la Grande-Bretagne, 54,200 sociétés de secours mutuels, réunissant plus de 4 millions de membres, lesquels versent annuellement, en cotisations aux caisses d'épargne, une somme de plus de 150 millions de francs * !
Clubs. — Il existe, à Londres et dans les autres grandes villes de la Grande-Bretagne, une autre variété de sociétés de secours mutuels qui portent le nom de clubs. Il n'y a peut-être pas d'ouvrier qui n'appartienne au moins à l'un de ces clubs; le plus nécessiteux est quelquefois membre de plusieurs d'entre eux, tels que le médical club, qui garantit des secours médicaux en cas de maladie ; le burial club, qui garantit un enterrement convenable ; le clothing club, qui
* Les sociétés de secours mutuels {Friendly Societies) sont régies par un bill du 3 juillet 1846. (Voy. à ce sujet Legoyt, ub. sup.f p. 436 et suiv.)
donne des habillements à des prix au-dessous du cours; le building club, qui garantit la propriété d'un cottage à chaque assuré, etc., etc. *
Sociétés de prêts, — Ces sociétés ont pour but de venir en aide aux besoigneux par des prêts d'argent de 25 à 27S francs, prêts qui s'effectuent sur la garantie de deux cautions, et moyennant un remboursement par à-comptes hebdomadaires. L'intérêt du prêt est de 5 pour cent. Mais les accessoires montent plus haut *.
Maisons de prêts sur gages. — On compte, à Londres, près de 400 de ces maisons, lesquelles sont affranchies de toute surveillance du gouvernement. On évalue à 3 millions le nombre des objets engagés annuellement, et à 37 ou 40 millions de francs leur valeur totale. Le taux de l'intérêt est de 10 centimes, quelque minime que soit la somme, pour toute période de moins d'un mois, et de 20 pour cent pour les objets d'une valeur de 20 francs et au-dessus, s'ils restent engagés pendant une année ^.
Caisses d'épargne (Saving's banJcs), — En 1857, on comptait, dans la Grande-Bretagne, 400 caisses d'épargne; 936 mille livrets, et près de 500 millions de francs en dépôt. Les caisses d'épargne, en Angleterre, accordent la facilité d'acheter, moyennant un versement effectué en une ou plusieurs fois, une annuité de 4 livres au moins, de 20 livres au plus (de 100 à 500 francs). Ce stimulant manque en France. En outre des sociétés de secours mutuels, les domestiques et les employés sont les plus nombreux déposants *.
* Yoy.Ibid, ElBuret, Delà misère enAnglet. et en Franceji. II, p. 297. " Voy. a ce sujet Legoyt, ub. sup., p. 421.
» Voy. Ibid., p. 423.
* Voy. History ofSaving's banks, by J. Tidd Pratt, et Buret, t. II, p. 28S.
Sociétés de prévoyance {Promdent societies). — Ces sociétés ont pour but de remplacer les Friendly socieltes, eu procurant aux ouvriers les avantages de l'association sans exposer les entrepreneurs du travail aux dangers qui en résultent pour eux. Une association de gens aisés, de chefs d'industrie, se charge du patronage des ouvriers et du soulagement de la misère; les riches consentent à recevoir et à administrer les économies du pauvre auxquelles ils ajoutent des souscriptions et des dons volontaires. Là seulement est le principe de la solution du problème de l'association ouvrière. Beaucoup de ces sociétés existent dans les comtés manufacturiers de la Grande-Bretagne. La principale est celle de Liverpooi*.
Quels ont été les résultats de toutes ces associations, de toutes ces institutions préventives pour la moralité et le bien-être des classes pauvres? Nous le verrons dans les deux paragraphes suivants :
Institutions répressives.
Les Anglais ont moins de foi dans la charité que dans la compression. — Lois anciennes contre les mendiants: peines atroces, — Lois nouvelles : peines trop douces. — L'arbitraire du juge supplée à ce qui leur manque. — Vagran tact; — Loi des suspects. — Peines contre la misère qui se convertit en felony ou en misdemeanour. — Juridiction qui les prononce. — Verdicts du jury le cèdent aux Summary convictions des juges de paix. — Whipping et Hard labour. — Lockups, Common Gaols, Bridewells, Hulks, Van-Diemen. — Milbanck et Pentonville. — Reformatory de l'île de Wight. — Les Anglais ne croient pas à l'amendement des coupables. — Le système de la transportalion est leur système pénitentiaire.
Quelque nombreuses que soient les institutions préventives de l'Angleterre, et encore bien que ce nombre semble donner la mesure de sa foi dans les œuvres de la charité, cependant c'est dans les mesures
* Voy. Annual reports ofthe Lîverpool Provident Societies.
de coiilrainte et de répression que TAngleterre a, de tout temps, et avant tout, placé sa confiance.
C'est pourquoi la législation, née de la réforme religieuse du seizième siècle, substitua la taxe forcée à l'aumône volontaire; c'est pourquoi, en même temps qu'elle punit de châtiments sévères ceux qui refusaient de la payer, cette législation infligea des peines plus sévères encore à ceux qui se refusaient à la recevoir.
C'est ainsi que la mendicité vagabonde, qui prit une extension immense après l'abolition des couvents, fut traquée, poursuivie, condamnée à des peines atroces par les mêmes lois qui prescrivaient, sous peine de prison, de secourir l'indigence sédentaire *.
* D'après une loi de d531, rendue sous le règne de Henri VIII, « Tous mendiants valides, qui étaient rencontrés sans pouvoir justifier du travail qui leur faisait gagner leur vie, étaient attachés derrière une charrette et fouettés jusqu'à ce que le sang coulât. » — La loi de 1536 ordonnait de fouetter, puis de renvoyer au lieu de leur naissance les mendiants et vagabonds. En cas de récidive , ils avaient l'oreille droite entièrement coupée ; s'ils récidivaient de nouveau, ils étaient condamnés à mort comme ennemis de la société. — La loi de 1547, rendue sous Edouard VI, ordonnait « que toute personne, homme ou femme, capable de travailler, qui resterait trois jours sans rien faire , serait marquée d'un fer chaud sur la poitrine , et deviendrait l'esclave, pendant deux ans, de celui qui l'aurait dénoncé. » La loi ajoute : « Si l'esclave échappe à son maître pendant douze jours, il sera esclave toute sa vie, marqué d'un fer rouge à la joue, ou au front. S'il déserte une seconde fois, il sera condamné à mort. Si le vagabond avait déclaré faussement appartenir à tel ou tel lieu, il était marqué au front et devenait esclave pour sa vie de la ville ou du village qu'il avait indiqué dans sa fausse déclaration. Les enfants des vagabonds étaient mis de force en apprentissage, les garçons jusqu'à vingt-quatre ans, et les filles jusqu'à vingt. Pour plus de sûreté, leurs maîtres pouvaient leur mettre un collier de fer au cou. » — Une loi d'Elisabeth, de l'an 1572, porte : « Toutes personnes valides qui seront arrêtées et reconnues en état de vagabondage et de mendicité seront, pour la première fois, fouettées grièvement, et
Mais ces lois eurent l'effet de toutes les lois inhumaines; elles succombèrent sous leur inapplicabilité, et la mutilation de l'oreille, le collier de fer au cou, la marque au fer chaud, la mise en esclavage, peines modifiées déjà dès 1598 * , ne pouvant pas plus arrêter le flot montant du paupérisme que les entraves, jetées dans la mer par je ne sais plus quel roi de Perse en colère, n'avaient pu en réprimer les fureurs, elles aboutirent, en signe d'impuissance, à la peine pure et simple du travail forcé, pour un mois, dans une maison de correction.
C'est la pénalité d'aujourd'hui, laquelle a pour pendant le secours forcé dans les workhouses,
« Toute personne, dit l'Acte de la cinquième année de Georges IV, qui vague dehors ou qui se tient dans les rues, sur les places publiques, sur les grands chemins, dans les passages ou dans les cours, pour demander ou pour recevoir l'aumône, peut être, sur la déposition d'un seul témoin, condamnée à un travail forcé, dans une maison de correction, pour un temps qui n'excédera pas un mois. »
Si l'ancienne législation contre la mendicité était trop sévère , la nouvelle peut-être est trop douce ;
auront le cartilage de l'oreille droite brûlé avec un fer chaud. En cas de récidive, elles seront réputées coupables de félonie ; la troisième fois, elles seront condamnées a mort sans bénéfice clérical. « La même loi ajoute : « Sont réputés fainéants , mendiants valides et vagabonds, tous individus jouissant de tous leurs membres, capables de travailler, n'ayant ni terre ni maître, ne faisant aucun commerce, ni métier légitime, et tous ouvriers ordinaires, valides et sains de corps, oisifs et refusant de travailler moyennant le prix de journée communément accordé. »
1 Deux lois de la trente-neuvième année du règne d'Elisabeth (ch. 3 et 4, an 1598) suppriment la brûlure de l'oreille, et y substituent le fouet jusqu'au sang. Le mendiant en récidive n'y est plus condamné k mort, mais au bannissement, ou aux galères, etc.
mais elle trouve un forlifiant dans la loi non abrogée de Georges II sur les vauriens, mauvais sujets, gens sans aveu, confondus sous le nom de royues \ et dans l'arbitraire qui est laissé au juge *, et à la police % pour infliger une peine plus longue et plus efficace aux suspicions char aciers, aux disorderly characters, aux repuled lliieves, etc., etc., en vertu du Vagrant Ad *,
* Une loi de 1744 divise les vogues en trois classes : fainéants et gens de mauvaise vie; —vagabonds et vauriens; — vauriens incorrigibles; — et punit, ceux de la première classe, d'un mois de prison; ceux de la seconde de six mois de prison et du fouet; ceux de la troisième de deux ans de prison et du fouet.
* J'assistai, une fois, à l'audience tenue par le magistrat du principal police office de Londres, dans Bow-Street. Sur les dix affaires jugées ou instruites en ma présence, cinq au moins l'ont été par des jugements qui seraient cassés, en France, pour arbitraire et excès de pouvoir. Exemple : A. est accusé d'avoir volé un mouchoir; il prouve que ce n'est pas lui, mais B. qui a commis le vol. Voici la sentence du juge : « A. est déchargé de l'accusation de vol portée contre lui, mais condamné, nonobstant, comme incorrigible ROGUE, à garder prison jusqu'aux assises de Westminster. » Autre exemple : G. et D. sont traduits devant le juge de paix comme suspects à la police, et comme ayant été trouvés, la nuit précédente, fréquentant le Strand, dans Vintcntion de commettre une félonie. C. es! condamné à un mois et D. à trois semaines d'emprisonnement pour ce seul fait. — Une autre fois , à la cour criminelle centrale de Old- Bailey, j'entendis le juge convertir en misdemeanour un cas de félonie prouvé, et substituer une peine légère à la peine capitale encourue ( Voy. mon Rapport au ministre de l'intérieur sur les prisons de V Angleterre, i vol. in-i**, avec planches , de l'imprimerie royale , 1837, p. 6 et suiv. ).
* La veille des foires, des fêles ou des courses de chevaux, la police, en province, fait un balayage général (a siveep) de tous les individus mal famés des communes environnantes, et les tient sous clef jusqu'à ce que la fête soit passée (Voy. First draught on Constabulary force, 1837).
'* Le Vagrant Act est une loi de suspects, qui met k la discrétion des autorités « Tout individu réputé voleur, ou trouvé fréquentant toute rivière, canal, eau navigable, dock ou bassin, ou tout quai, pont, ou
La misère qui se traduit en nuisance publique ou privée, en misdemeanours ou en félonies, c'est-à-dire en délits ou en crimes, est passible de la peine d'emprisonnement, ou de celle de la transportation, ou de celle du gibet, suivant la gravité des cas.
Le fouet, whipping, est l'accessoire légal de la première de ces peines, quand il n'est pas infligé lui-même comme peine principale, en vertu de la sentence du juge^
Il en est de même du hard labour, ou travail forcé '^.
C'est le jury qui rend le verdict de culpabilité, et la cour ô' assises ou des quarter sessions qui prononce la peine encourue, en matière de misdemeanour ou de félonie ^.
C'est le juge de paix, sans assistance du jury, qui rend le verdict et la sentence de condamnation, en matière de petites offenses ou de petty sessions. Mais
magasin y aliénant, ou loule rue, voie ou avenue y conduisant, ou toute place publique ou lieu en dépendant, avec Vintention de commettre une félonie. »
* Le nombre des individus condamnés au fouet par les diverses cours judiciaires d'Angleterre est de six à sept cents par année. Il est rare aujourd'iiui que cette peine soit infligée publiquement; elle est subie dans l'intérieur de la prison. Cette peine, qui répugne tant à nos mœurs, est tout tout a fait dans les habitudes de celte nation. Comment ne s'en servirait-on pas dans les prisons, quand elle est en usage dans l'armée et dans les écoles ? Je tiens d'un jeune homme de dix-sept ans, élève interne du célèbre collège d'Ealon, que, sur 500 étudiants dont se compose l'établissement, il y en a au moins de cinq k sept par jour auxquels le gouverneur donne le fouet : c'est à nu et avec un balai que se fait l'opération. Ils aiment mieux vingt coups de fouet qu'un pensum (Voy. notre Rapport précité sur les prisons de l'Angle-' terre, p. 7, note i }.
2 Voy. Ibid., p. 64 et suiv. et les dessins y joints figurant les tread mill, tread wheel, crank mill et autres instruments qui ne servent qu'à moudre le vent, to grind wind, et qui constituent le hard labour en usage dans les prisons anglaises.
' Voy. sur les dilTérentes juridictions des cours d'Angleterre, Ibid., p. 13 et suiv.
ces petites offenses sont si nombreuses, et la juridiction pénale des juges de paix si étendue, que les summary conviclions s'étendent à une fois plus d'aff'aires concernant la liberté des citoyens que les verdicts du jury, et que l'emprisonnement qu'ils prononcent peut aller jusqu'à trois ans *.
En attendant leur jugement, les inculpés, prévenus et accusés, untried, sont détenus préventivement, d'abord dans une station de police, lockup , puis dans une maison d'arrêt, common gaol, à moins qu'ils n'aient été admis à donner caution, auquel cas ils demeurent libres de leurs personnes ^.
Les condamnés à mort sont pendus ^
Les condamnés à la déportation sont transportés aux colonies pénales de Van-Diemen ^. En attendant leur transfèrement, ils subissent leur peine sur les pontons, hulks % ou dans la prison de Pentonville ^
Les condamnés à l'emprisonnement sont enfermés dans une maison de correction, brideioeUj ou dans un pénitencier, penileniiary house.
1 Voy. a ce sujet ibid., p. 14.
2 Voy. ibid., p. 22 et suiv.
^ Les condamnations à mort sont beaucoup plus nombreuses que les exécutions. Sur quatre a cinq cents condamnés annuellement à la peine capitale, vingt à peine la subissent. Les autres sont transportés en Australie.
* Tous les ans, trois ou quatre mille individus sont condamnés par les tribunaux civils à être transportés "a deux mille lieues de la métropole, pour sept ans, quatorze ans, pour la vie.
^ Voy. notre Rapport précité sur les Prisons de l'Angleterre^ p. 40 et suiv.
® Ils restent, dans cette prison, dix-huit mois, pendant lesquels ils sont soumis au régime cellulaire absolu. Après quoi, ils sont transportés en Australie. Voy à ce sujet Revue pénitentiaire^ t. III, p. 305 et suiv.
ANGLETERRE. -- INSTITUTIONS RÉPRESSIVES. 2l5
Les jeunes délinquants sont envoyés à Tîle de Wight, et subissent leur détention dans une maison de correction spéciale, Parkurst Reformatory .
Mais, de ces diverses peines, la mort et la transportation sont seules principales. L'emprisonnement n'est compté que comme accessoire, secondary punishment , et sa durée ordinaire n'est que de six mois et au-dessous * .
Quant aux pénitenciers, il n'y en avait qu'un, Milhanck ^ , lequel n'est plus aujourd'hui qu'un dépôt de passage servant de succursale à Pentonville.
On croit peu à l'amendement des convicts, en Angleterre, et un grand nombre de criminalistes pensent, avec M. Western, que « ce n'est point pour les mettre à l'école ou en apprentissage qu'on condamne les criminels à la prison, mais uniquement pour les punir. »
J'ai causé de cela souvent avec des Anglais de la position la plus élevée et de l'esprit le plus distingué. Tous, ou presque tous, ont plus de foi dans le système delà déportation que dans le système pénitentiaire. C'est à peine s'ils croient à l'amendement possible des jeunes délinquants. Encore n'est-ce qu'en vue d'en faire des émigrants qu'ils ont fondé le Reformatory de l'île de Wight ^
Pourquoi donc, alors, tout ce mouvement, toutes ces dépenses, pour substituer le système cellulaire au système de la vie en commun, dans toutes les prisons de la Grande-Bretagne? Nous ne l'avons jamais compris.
* Voy. ibid.y t. I, p. 428, et Rapport précilé, p. 8 et 15. « Voy. ibid., p. 429, et ibid.y p. 34.
* Voy. An A et for establishing a Prison young offenders^ 10 août
EUROPE PROTESTAJJTE.
Résultats obtenus.
Tonneau des Danaïdes. — Progression ascendante du chiffre des Charities et des Poor-raies. — Progression parallèle du nombre des pauvres et des mendiants.
— Id. du nombre des arrestations et des crimes. — Démoralisation et dégénérescence croissante des femmes et des enfants. — Naissances illégitimes. — Infanticides. — L'Opium tenant lieu de Crèches. — Les Gardem de Londres.
— Les Gin palaces. — Ivrognerie. — Imprévoyance. — Enfants de la misère.
— Ce qu'était le travail autrefois, ce qu'il est aujourd'hui. — Les mécaniques. — Antagonisme du capital et du travail. — Coalitions et révoltes. — Les Hebeccaïies. — Misère physique et misère morale. — Abaissement progressif des salaires. — Élever le salaire au niveau du besoin ; — C'est le problème : — Comment le résoudre ?
Lord Ashley, dont le nom se rattache à tout ce qui se fait de bien dans son pays, disait dernièrement, avec un légitime orgueil, en présidant le meeiing annuel de Tune des nombreuses Sociétés de bienfaisance dont il est le fondateur : u Après avoir accompli d'immortelles choses dans la guerre, après avoir enfanté des merveilles danslesai'tsde lapaix, après avoir laissé bien loin derrière nous toutes les autres nations dans la voie du progrès commercial et industriel, nous sommes encore à la tête du monde civilisé par notre profonde sollicitude pour tout ce qui souifre , sollicitude dont témoignent ces innombrables institutions charitables fondées pour toutes les douleurs, pour tous les besoins, pour toutes les infortunes... »
Oui! Mais qu'ont produit, pour le bien-être et la moralité des masses, ces innombrables Charities, dont l'enquête en 30 vol. in-f a coûté cinq millions de francs et demandé vingt ans pour être achevée?
L'enquête de 1853 nous l'apprend, a Toutes ces6'/iarities, y est-il dit, créent les besoins qu'elles soulagent;
sans pouvoir soulager jamais tous les besoins qu'elles créent * . »
Un magistrat, s'adressant à tous les membres des Sociétés de bienfaisance de l'Angleterre, leur disait de même , en 1857 : « Il est bors de doute que la misère en ce pays s'est considérablement accrue par les moyens mêmes employés pour l'éteindre ^. » Puis, définissant la taxe des pauvres, il ajoutait : « Qu'estce que le Poor-ralel — Le semis sur couche du paupérisme.» fïot-bedofpauper{sm,misery, poverUj, dégradation.
Ainsi, les vingt milliards de francs et plus qu'a dépensés la charité légale, pour la taxe des pauvres, depuis deux siècles et demi % joints aux vingt milliards de francs et plus qu'a dépensés la charité privée en institutions de bienfaisance, dans la même période de temps *, n'ont abouti qu'à verser dans le gouffre sans
* « Thèse 'public Charities create the necessity they relieve^ but they DO NOT RELIE VE ail the uecessity they create. » {Extracts, d837, p. 180.)
2 It is no longer a question that the miseries of our fellow-creatures hâve been incalcnlably augmented by the very means wich hâve been used to relieve them. » ( Voy. An Address to the members ofBenefit Societies, by a magistrate, London, 1837, p. 59 el 61.)
* M. Ém. de Girardin n'évalue qu'à 5 ou 600,000 livres sterling (H ou 12 millions de francs) le taux annuel de la taxe des pauvres, en Angleterre, depuis trois siècles [De l'abolit, de la Misère, 18o1, p. 154). C'est une erreur de 5 à 6 millions de livres au moins à ajouter a son chiffre. Dès 1776, en effet, la taxe s'élevait, en nombres ronds, à 1,600,000 livres. Depuis, elle s'est progressivement élevée à 1,900,000 liv. en 1785; à 4,000,000 liv. en 1803; à 6,000,000 liv. en 181 9; a 7,000,000 liv. eu 1832; à 7,500,000 liv. en 1833 (près de 200 millions de francs), y compris les frais faits pour removals et autres relatifs aux pauvres ; d'où il suit que notre évaluation de la taxe à 20 milliards de francs pour deux siècles et demi est plutôt au dessous qu'au-dessus du chiffre vrai (Voy. ci-dessus, p 183, note 5, el Year Book, 1838, p. 189).
. * M. Duchàlel dit « Qu'on calcule que les aumônes des particuliers
fond du paupérisme l'eau inutilement éternelle du tonneau des Danaïdes.
Et non-seulement tant de milliards dépensés l'ont été inutilement, mais ils n'ont fait qu'agrandir le gouffre qu'ils avaient pour objet de combler.
Ouvrez le budget du paupérisme, en Angleterre, et vous y verrez ce qui suit :
De 15 à 16 millions de francs qu'elle était en 1695, la taxe des pauvres s'est progressivement élevée jusqu'à 200 millions de francs en 1835 * . Cette progression effrayante s'est ralentie et a même rétrogradé de 57 millions par an, pendant les trois années qui ont suivi le Poor laws Amendment Act àe IH'54!; mais, depuis, la progression a repris son essor, et, dès 1849, la taxe était remontée à 149 millions de francs...
De 8 à 900,000 individus qu'était le nombre des pauvres à la charge des taxes paroissiales, en 1812, 1815, 1814 % ce nombre s'est progressivement élevé jusqu'à 1,876,000, en 1848'. Ajoutez-y pareil chiffre pour les pauvres secourus par la charité privée, et vous trouverez que ce dire de John Wade : « Qu'un sep-
s'élèvent au moins aussi haut que la taxe. » (De la Charité^ not, D, p. 370, Paris, 1829.) Voy. ci-dessus, p. 200, notai.
* Voy. ci-dessus, p. 217, not. 3.
2 Duchàiel, De la Charité, not. D, p. 370.
^ Voy. ci-dessus, p, 193. J'emprunte ce chiffre au tableau qui se trouve sans justification d'origine, dans les Pièces justificatives du livre sur l'Angleterre de M. Ledru-Kollin. — Le Rapport de la commission des pauvres pour 1849 établit qu'au l**" juillet de ladite année, le nombre des indigents officiellement secourus n'était que d'un million environ ; — ce qui donnerait un pauvre officiel sur quatorze habitants. Mais, si a ce million nous en ajoutons un autre pour les pauvres inscrits dans îa saison rigoureuse, au l^'" janvier, et ceux secourus par la charité privée, nous retrouverons la proportion déjà donnée d'un pauvre sur sept habitants, Voy. ci-dessus, p. 147, et la note suivante.
tième du peuple anglais est constitué cre'ancier des six autres pour tout ou partie de sa subsistance ^; » et que cet autre de lord John Russell : k Nos pauvres forment une armée quatre fois aussi forte que celle avec laquelle nous avons combattu l'empire français ^, » — sont plus au-dessous qu'au-dessus de la vérité.
Quand la Société pour l'extinction de la mendicité s'est formée, à Londres, son but, évidemment, était d'arriver à la réalisation de son titre. Mais, en môme temps qu'elle poursuit devant les tribunaux l'application des lois qui interdisent la mendicité à l'état de métier, la Société fait distribuer des bons de secours aux mendiants des rues. Qu'arrive-t-il de là? C'est que le nombre des mendiants secourus s'accroît, chaque année, en proportion de la somme des secours accordés. Ce nombre, qui était de 1,160 seulement, en 1828, s'élevait à 11,196, en 1858, —à 32,996, en 1845,— à 55,855, en 1847. — En 1846, la société avait fait distribuer 148,569 repas à ses clients.
Donc, grâce à la Sociètépour V extinction de la mendicité ^ la mendicité fleurit à Londres, et se ravive, et s'étend, d'année en année, à tel point qu'aujourd'hui on ne compte pas moins de 60 mille mendiants dans la métropole ; — mendiants que vous rencontrez par flots, dans les rues les plus riches de la ville, sales, déguenillés, grotesquement vêtus; et, parmi eux, des femmes qui ressemblent à des paquets de haillons ambulants, et des troupes d'enfants, pieds nus, repoussants de malpropreté et d'effronterie ; — tous présentant cet aspect fantastique qui caractérise la mendicité britannique.
* Voy. ci-dessus, p. i 83, noie 2.
2 Paroles cilCes par Raumcr, V Angleterre en 1835, t. I, p. 124.
Et ces étranges créatures que l'on voit passer, le soir, à la lueur du gaz des palais du genièvre, gin palaces *, ne sont pas une exception dans Londres : des quartiers entiers, nous dirions presque des villes entières, n*ont pas d'autres habitants^. Les haillons qui les couvrent sont même du luxe pour un grand nombre d'entre eux. Tous n'en ont pas. Beaucoup ne vont pas à l'église faute de vêtements ^
Les relevés dressés par la police de Londres constatent que le nombre des individus dans celte ville (non compris la Cité) qui n'ont d'autre moyen d'existence que le crime, le vol, la maraude, flotte entre 16 ou 17 mille ; ce qui fait, pour une population de 1,315,592 âmes, une proportion de malfaiteurs de 1 sur 89 habitants^.
Plus de 30 mille autres individus attendent leur existence des caprices... du vent. Ce sont les malheureux occupés aux travaux des docks, ces entrepôts de l'opulence métropolitaine. Que le vent soit favorable, et une nuée de navires encombre le port, et des troupes innombrables d'ouvriers accourent de tous les quartiers de Londres où il y a plus de bras que de travail, ouvriers de toutes sortes^ banqueroutiers de tous états, bouchers, boulangers, cabaretiers, épiciers, anciens soldats, marins, gentlemen ruinés, clercs renvoyés, commis destitués, domestiques sans place; en un mot,
* Voy. la description de ces temples de l'ivrognerie dans Buret, De la Misère en Angleterre et en France^ t. I, p. 424 et suiv.
2 Voy. ci-dessus p. 449. — On décore du nom fleuri de jardins (Gardensï) les récrptacles d'immondices où la misère s'abrite sous d'affreuses huttes en planches, dans le district de Bethnal-Green. Voy. détails pleins de douleurs, m6. sup., I, 269.
•^ Voy Handloom weavers Jnquirij, et Buret, ub. sup.^ I, 368.
* Voy. First Rep. ofthe Constabulary force comnnssioners, London,
tout homme ayant besoin d'un morceau de pain . Dure est la besogne, et minime le salaire... 5 shillings (6 francs 25 centimesj environ par semaine ! Mais, vienne le vent d'est, et ces milliers de travailleurs devront vivre d'air comme le caméléon. Ces vents, parfois, soufflent pendant quinze jours, trois semaines^ sans discontinuer; alors, on peut se faire une idée du gouffre de misère dans lequel tombent ces malheureux ' . Mendiants ou voleurs, que peuvent-ils être autre chose ?
Une fois que la misère s'est appesantie sur un homme, elle le déprime peu à peu, elle dégrade son caractère, elle lui enlève les uns après les autres tous les bienfaits de la vie civilisée et lui impose les vices de l'esclavage et de la barbarie.
Malgré les Sociétés de tempérance, le nombre des ivrognes, dans la classe pauvre, va toujours en augmentant ^
Il en est de même du nombre des malheureux qui doivent le jour à l'imprévoyance. On dirait que c'est à la limite extrême du dénûment que les êtres humains se pressent en plus grand nombre, comme pour se disputer le droit de souffrir ! Vainement la mort les décime à leur berceau ^ ; la trop prolifique misère lui en dérobe toujours assez pour composer une population toujours croissante d'hommes, de femmes, d'enfants rabougris, rachitiqucs, dégénérés*; — de gens besogneux, vicieux, criminels.
* Voy. l'enquête de M. Mayhew, dans le Morning Chronicle, reproduite par M. Ledru-KoUin, Décadence de l'Angleterre^ t. I, p. 194.
- Voy. ci-dessus, p. 162, not. 2.
' Voy. ci-dessus, p. 159.
* Voy. ci-dessus, p. 161. Les jeunes filles des manufactures, no-
sm
EUHOPE PROTESTANTE.
Parallèlement au chiffre ascendant du paupérisme, monte et s'élève progressivement le chiffre croissant de la criminalité. — Le nombre des accusés traduits devant les cours d'assises d'Angleterre et du pays de Galles s'est élevé, savoir :
Ax^NÉES.