‹ Du problème de la misère et de sa solution chez les peuples anciens et modernes (volume 4)Chapitre 60 sur 168 · SUISSE. — TAXES FORCÉES · texte numérisé non relu

SUISSE. — TAXES FORCÉES

torisdes à se rembourser des secours qu'elles ont donnés aux indigents, non-seulement sur les biens de ces indigents, s'il vient à leur en échoir, mais encore sur ceux de leurs héritiers * .

Nous avons dit que la taxe des pauvres ne se paye pas qu'en argent, et qu'elle se paye aussi en nature.

Eu Thurgovie, les communes doivent aux indigents un logement et la jouissance d'une portion de terre. Pour le surplus, c'est aux personnes de leur communion à y pourvoir. Pour forcer les contribuables à remplir à cet égard leurs obligations, on a établi, en 1819, la taxe semi-volontaire, dont l'administration est remise à des tribunaux de mœurs, composés en partie d'ecclésiastiques, et en partie de laïques, lesquels sont autorisés à taxer les personnes qui ne contribuent pas suffisamment dans les collectes qui se font pour les pauvres'^.

Ce qui augmente les charges de la taxe, dans la plupart des cantons suisses, c'est la manie d'émigration dont leurs habitants sont possédés. Dans plusieurs communes du canton d'Appenzel, on envoie les deux tiers des sommes que l'on dépense pour les pauvres à des individus qui sont établis ailleurs. Il est des districts du canton de Berne où la moitié de la population cherche au dehors des moyens d'existence. Sur les 8,000 communiers de Summiswald il y en a plus de la moitié dans l'étranger. Sur les 10,970 bourgeois de Langnau, il n'y en a que 4,650 qui habitent la commune. Plus des deux tiers des ressortissants de Trub vivent hors de leur pays. Lorsque ces malheureux n'ont

« Ibid.^i, I, p. 105.

» /6î(i.,t. I,p. 106, 336et338.

pas réussi au dehors ils retombent avec toute leur famille îi la charge de leur commune. Aussi, Ton craint tellement le fardeau de leur retour que l'on préfère souvent les entretenir à l'étranger au moyen d'une pension. Plusieurs d'entre eux l'obtiennent ou la font augmenter par la seule menace de revenir * .

La taxe, d'ailleurs, va toujours en augmentant dans ceux des cantons où elle est le plus sûrement établie.

A Genève, le montant de la taxe, qui était de 5,652 francs seulement en 1824, s'est progressivement élevé à 6,641 francs en 1828; à 10,618 en 1832 ; à 12,925 en 1854, etc. \

A Berne, malgré les chasse-pauvres que l'on rencontre partout, armés d'une rapière d'une longueur démesurée, et coiffés d'un énorme chapeau à trois cornes avec une volumineuse cocarde, la taxe, pendant les années réunies de 1827 et 1828, est montée à 1,142,922 francs. On citait, en 1825, une commune de ce canton où la taxe s'était élevée de 15 centimes à 5 francs 70 centimes pour chaque tête de bétail. Dans quelques communes de l'Oberland, elle s'est élevée à 60 fois ce qu'elle était primitivement. En un siècle, elle a monté, à Ruderswyl, de 570 francs à 2,400. Depuis la fin du siècle dernier à l'année 1852, elle a doublé à Lauperswyl et triplé à Langnau. Elle a décuplé à Eggiwyl en 20 ans, et à Rothenbach en 15 ans\ Cette prodigieuse augmentation de la taxe est, depuis longtemps, l'objet de la sollicitude publique. C'est pour en arrêter le cours qu'ont été

1 Ibid., t. I, p. iU.

* Ibid.y t. Il, tableau n'* 6.

3 Ibid.,A. II, p. 47.

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