‹ Du problème de la misère et de sa solution chez les peuples anciens et modernes (volume 4)Chapitre 61 sur 168 · Aumônes privées · texte numérisé non relu

Aumônes privées

Quoique défendues en droit, existent en fait. — Causes de ce fait. — Aumônes autorisées dans certains cantons. — Curateur des pauvre* à Zurich. — Commission des ministres et anciens à Schaffouse. — Quêtes et collectes.

L'un des mauvais effets de la charité légale est d'éteindre dans les cœurs le sentiment de la charité privée. Dans tous les cantons de la Suisse où la taxe des pauvres augmente, les dons volontaires diminuent. A Lucerne, on répond souvent à ceux qui sollicitent des secours pour les malheureux : « Nous avons donné en vertu de la loi ; nous ne pouvons donner davantage. » Dans Appenzel, on se refuse souvent de donner aux collectes qui se font à l'église, sous le prétexte que les taxes forcées sont préférables, personne ne pouvant s'y soustraire ^

Dans les villes oii il y a de riches fondations pour les indigents, les administrateurs des établissements de charité sont dans le plus grand embarras lorsqu'on conséquence de besoins extraordinaires ils deviennent insuffisants. Ils ne peuvent songer à adresser au public des appels que la réputation de richesse des institutions qu'ils dirigent rendrait inutiles'.

Cependant, et encore bien que, dans le canton catholique de Fribourg, l'aumône soit sévèrement interdite *, elle est encore la formule chrétienne sous la-

1 Naville, w6. swp., 1. 1, p. 12i, et t. II, p. 256.

2 L'amende encourue, en cas d'infraction, revient de droit au dé-

quelle on fait la charitd, môme dans certains cantons protestants. Il en est même où, en dépit de la loi, on se ftiit un point d'honneur de pouvoir dire que Ton n'a renvoyé de sa porte aucun mendiant sans lui donner quelque secours *. Mais, il faut dire que cette générosité a souvent lieu par crainte autant que par compassion. La superstition y entre aussi pour une bonne part. C'est ainsi que, dans les Grisons, on attribue une grande influence aux malédictions des mendiants, et que, dans le canton d'Appenzel, on regarde la proscription de la mendicité et de Taumône comme une œuvre de ténèbres et un présage de malheurs*.

C'est pourquoi il y a des cantons où l'aumône est formellement autorisée ^.

Dans le canton d'Underwald, ceux qui n'ont rien sont autorisés à demander l'aumône à ceux qui ont quelque chose. Pour cela, on leur permet de mendier, une ou deux fois par semaine, en masse et sous la conduite d'un gendarme.

On fait mieux à Zurich, Habituellement on s'y borne, pour le soulagement des pauvres, aux collectes qui se font dans les églises. Lorsque ces collectes sont insuffisantes, on fait passer, tous les quinze jours, dans les maisons, une boîte destinée à recueillir de nouveaux dons. Les besoins excèdent-ils encore les ressources que l'on peut se procurer ainsi, le pasteur s'adresse, par une circulaire, aux personnes qui sont dans l'aisance, et enfin, si, malgré tous ces appels, il reste des

nonciateur. M. Naville raconte à ce sujet qu'un honorable citoyen de ce canton a été puni de l'aumône qu'il avait faite, sur la dénonciation même de l'indigent qui la lui avait demandée.

* Ibid., t. II, p. 15.

2 ibid., t. Il, p. 2b.

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