SUISSE. — MOYENS RÉPRESSIFS
à la vraie misère et obstacle à ses progrès, la charité légale poursuit, de l'autre, la fausse indigence et cherche à en réprimer les écarts.
De là, les mesures par elle prises contre les oisifs, les vagabonds, les mendiants.
Les peines que les lois prononcent contre les mendiants, dans plusieurs cantons de la Suisse, sont : — la perle des droits civiques, le retranchement de l'assistance, Temprisonnement, l'enrôlement forcé, les coups, la condamnation au pain et à l'eau, la marque, le travail forcé dans les champs avec des blocs de bois aux jambes, etc. *.
Le nombre des gardes champêtres, des agents de police et des gendarmes y a été augmenté, depuis plusieurs années, pour assurer la proscription de la mendicité * .
Nous avons parlé déjà des chasse-pauvres de Berne, et de leur longue rapière, et de leur volumineux tricorne, et de leur terrible cocarde... Dans quelques autres on a substitué, par économie, les paysans aux gendarmes. Dans celui d'Appenzel, notamment, chaque propriétaire de maison doit, à son tour, prendre la hallebarde pour aller à la chasse aux mendiants, ou se faire remplacer dans cet emploi à ses propres frais ^.
Malgré cela, et malgré la défense de mendier affichée à l'entrée des bourgs ou aux portes des églises % et malgré les primes accordées à tous les citoyens qui se font aides de police à raison de tant par tête de mendiant arrêté^, la mendicité, protégée par la dis-
* Naville, ub. sup., l. II, p. 4 et 190. » Ibid,, p. 9, 22, 30, 290.
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persion des habitations et l'escarpement des montagnes *, autant que par la superstition des habitants ^, progresse ou se maintient nonobstant toute défense, quand elle n'est pas soutenue ou encouragée par les personnes mêmes chargées de la détruire ^
Toutefois, je dois dire que je n'ai rencontré de mendiants que dans les cantons catholiques.
Cependant, c'est à Fribourg, le canton catholique par excellence, que la prohibition de mendier est sanctionnée par les peines les plus sévères. Non-seulement la défense de faire l'aumône y est rigoureusement établie, ainsi que nous l'avons vu page 267, mais les pauvres qui ne travaillent pas sont emprisonnés et mis au pain et à l'eau pour quarante-huit heures, sans que le prétexte de n avoir pas trouvé d'ouvrage puisse être jamais reçu. S'il y a récidive, leur incarcération se prolonge progressivement jusqu'à six mois *.
Comme on le voit, la bienfaisance publique, à Fribourg, est empreinte d'un caractère de sauvagerie que devrait repousser l'esprit du catholicisme qui est la religion de l'État dans ce canton ; — et c'est l'observation que je me suis permis d'en faire respectueusement à monseigneur l'évêque de Fribourg.
Mais, comment s'étonner de cette charité barbare, dans un pays où la mort du Sauveur des hommes est représentée sous la hideuse nudité de cadavres en bois, de grandeur naturelle, élevés sur d'immenses croix
1 Ihid.
2 Voy. ci-dessus, p. 268.
2 Dans les cantons de Berne et d'Appenzel, les chefs des communes envoient les pauvres quêter aux portes des particuliers (Naville, t. I, p. 20).
* lbid.,i. I, p. 333 et 339.