‹ Du problème de la misère et de sa solution chez les peuples anciens et modernes (volume 4)Chapitre 82 sur 168 · SUISSE. — MOYENS RÉPRESSIFS · texte numérisé non relu

SUISSE. — MOYENS RÉPRESSIFS

patibulaires, dans tous les carrefours de la ville-cheflieu; — dans uu pays où les prisonniers travaillent enchaînés sur les routes, quand ils ne sont pas rivés à des billots pour leur vie, ou qu'on ne les enferme pas dans des cages, comme à Rue ou à Romont ; — dans un pays, enfin, où l'on ne connaît encore d'autre loi pénale que la Caroline, autrement dit le Code Charles- Quint '!

Et pourtant Fribourg touche, d'un côté, à Berne, et, de l'autre, à Lausanne, et les pénitenciers de ces deux villes ne sont qu'à quelques lieues de distance de ses cages et de ses schalwerck.

C'est que le système pénitentiaire fait peu de progrès, en Suisse. Sur les 22 cantons, il n'y en a que 4, Genève, Berne, Vaud et Saint-Gall, qui le met-» lent en pratique d'une manière plus ou moins complète *.

Il y a même des cantons où il n'existe aucune prison pour peine ; on y bannit ou on y pend les coupables. Celte justice a l'avantage d'être la plus économique. Dans le canton de Schwilz, par exemple, c'est avec un budget de 20 à 25 mille francs par an que la république paye ses magistrats, ses exécuteurs de justice, et sa force armée, laquelle consiste en huit gendarmes.

Ce qui n'empêche pas le paupérisme de cheminer, à travers les monts et les vallées de la Suisse, sans s'em-

* Voy. Moreau-Cliristophe, Rapport au ministre de V intérieur sur les prisons de la Suisse^ etc. 1838, p. 141.

' Autrefois, les détenus de la maison de force de Berne étaient employés au balayage et k l'enlèvement des boues des rues de la ville. Aujourd'hui, ils le sont, en assez grand nombre, aux travaux des routes et aux travaux agricoles. Voy. à ce sujet, Ibid.j p. 229 et suiv.

ban asser de la multiplicité des moyens qu'on emploie pour lui barrer le passage.

On dit même qu'il s'accroît en raison directe des efforts qui sont faits pour l'amoindrir.

Sur quoi, — sans contester, d'ailleurs, ce qu'il y a de vrai dans cette assertion que les pauvres sont d'autant plus nombreux, en un pays, qu'il y a plus d'établissements de bienfaisance ayant pour but d'en diminuer le chiffre, — nous ferons cette observation finale, que les établissements de bienfaisance qui paraissent le plus multiplier les pauvres ne font souvent qu'en révéler, qu'en manifester le nombre. Ces pauvres existaient à Vétat latent avant la fondation ; ils existent à Vétat patent après la fondation. Voilà, souvent, toute la différence.

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