CHAPITRE VI
Suède. — Norwége. — Danemark.
Suède.
Nation-borne. — Institutions aussi extraordinaires que le climat. — Agriculture et industrie. — Oiseleurs, pêcheurs, plongeurs. — Salaires. — Instruction populaire. — Ivrognerie. — Statistique des pauvres, des mendiants, des criminels. — Taxe des pauvres. — Les forswarlors. — Cri d'alarme du prince Oscar. — Devenu roi, fera pour la réforme paupériemie ce qu'il a fait pour la réforme pénitentiaire.
Rien ne serait plus intéressant pour nous que de connaître à fond les institutions de ce peuple qu'on a appelé les Français du Nord, et qu'une dynastie française gouverne. Mais, bien que ces institutions soient aussi extraordinaires que le climat qui les protège, on se montre peu curieux, chez nous, d'aller les étudier sur les lieux mêmes. Qu'irions-nous faire, d'ailleurs, aujourd'hui surtout, avec notre niveau égalitaire, au milieu des cinq ordres hiérarchiques de cette nationborne dont la constitution séculaire est plus immuable que les montagnes, que les forêts, que les lacs qui couvrent la plus grande partie de son sol? Restent les cabanes enfumées des Lapons. Mais elles n'ont pas plus d'attrait pour nous que leur cuisine.
En Suède, dans les provinces du sud, on compte à peine un tiers de la surface propre à la culture. Dans le nord, la misère force les habitants à mêler, pour leur nourriture, à la fiUMne d'avoine ou d'orge, l'écorce
(le certains arbres, et notamment du pin, à laquelle on fait subir une préparation.
Néanmoins, la patrie du célèbre Linnée n'a pu rester en arrière pour les perfectionnements agricoles, et la société d'agriculture de Stockholm, présidée par le roi, a su, malgré l'état de léthargie dans lequel s'y trouve la nature pendant près de neuf mois, en tirer plus d'une source d'abondance.
L'industrie est nécessairement peu avancée dans ces climats; elle se borne à l'exploitation des bois et des mines. Les habitants des campagnes filent eux-mêmes et tissent les étoffes dont ils font leurs habits.
La pêche est plus qu'une ressource pour les habitants, c'est une des principales richesses de l'État. Des poissons en abondance cherchent un abri ou viennent déposer leur frai dans les retraites si multipliées que leur offrent, sans interruption, plus de 300 lieues de rochers, dont les sommités sont couvertes par des nuées d'oiseaux de toute espèce. De là deux genres d'occupations qui fixent et nourrissent deux classes d'hommes, les pêcheurs et les oiseleurs.
Il y a aussi des plongeurs. Ceux-ci forment une compagnie nombreuse dont les associés sont répandus sur toute la côte, et sont toujours prêts à porter secours dans les naufrages et à retirer du fond de la mer les objets qu'il leur est possible d'enlever.
Le rapport de la population agricole à la population industrielle est : : 4 : 1; savoir, 3,092,800 propriétaires ou agriculteurs, et 773,300 manufacturiers ( évaluation de M. de Villeneuve ).
Les terrains communaux, les terres vagues et les landes qui en dépendaient ayant été partagés entre les particuliers ont offert un accioissement de produc-